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Chorégraphes : un air de retraite plane sur la danse

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Ouvrages

Le 31 janvier, au Théâtre des Champs‑Élysées, Carolyn Carlson annonçait que sa compagnie était dissoute après cette dernière représentation du spectacle The Tree, et qu’elle allait « tirer sa révérence », ajoutant : « une page se tourne avec émotion et gratitude, mais un nouveau chapitre reste à écrire pour la Blue Lady. Dans ce contexte incertain, il est plus que jamais important de propager des gestes d’union et d’empathie, et c’est pourquoi elle continuera de partager sa poésie visuelle via des projets de transmission et d’enseignement et des events ». Le fait s’entend. La dame n’est certes pas rassasiée de scène, mais l’âge joue cependant. L’argument ne vaut pas pour Yvann Alexandre qui donne l’ultime représentation de sa compagnie le 4 juin, après presque trente-cinq ans d’activité, quoique lui-même n’ait que 50 ans – il fut d’une précocité étonnante. Coïncidence, sans doute, et l’on soulignera que les motifs de cessation d’activité sont très différents (Yvann Alexandre va prendre la direction du CDCN Pôle-Sud). Mais ce festival Faits d’hiver 2026 mettait en valeur, à travers Daniel Larrieu et Lionel Hoche qu’accompagnait Carlotta Sagna, deux chorégraphes marquants des années 1980-1990 ayant explicitement dissous leur compagnie. Thierry Malandain, quittant le CCN Ballet Biarritz en fin d’année 2026, annonce bien quitter la structure qu’il a créée, mais ne renonce pas à exister artistiquement. Et malgré son succès persistant, Jean-Claude Gallotta a été informé que sa compagnie n’était plus subventionnée eu égard à son âge…

Mise à l’écart de « la jeune danse »
À peu près impossible de confirmer en croisant les données : le ministère de la Culture favorise l’accès à ses chiffres comme un paysan aveyronnais à ses coins à champignons ! Aucun chiffre ne permet de mesurer l’ampleur de cette progressive mise à l’écart de la cohorte (démographique) de chorégraphes de « la jeune danse ». En revanche, en 1997, feu Les Saisons de la Danse publiait un hors-série intitulé « 99 biographies pour comprendre la jeune danse française », avec quelques échos. Il y avait là des erreurs (et 104 chorégraphes plutôt que 99 à cause des duos), mais un échantillon que l’on peut tenir pour représentatif. Il ne reste que 22 chorégraphes actifs (dont 18 avec une compagnie) clairement en activité, soit moins que de morts (28 à minima). 40 de ces artistes sont « en retraite ». La petite vingtaine de compagnies encore en activité tend à se réduire, comme le prouve la suppression des subventions, tandis que la zone grise entre activité et évanouissement disperse un généreux potentiel d’œuvres et de savoir. Ce dont témoigne la richesse des dépôts d’archives à la médiathèque du Centre national de la danse. 
Un chorégraphe reste chorégraphe, même sans produire, dire « j’arrête » » est presque contradictoire avec cet état. Il n’y a que dans le cas exceptionnel où le départ d’un CCN coïncide avec ce changement de statut que la transition est claire. Les vraies sorties sont invisibles. Elles prennent la forme de disparition progressive des créations, de raréfaction des commandes, de retrait non déclaré, dans un climat assez délétère, de déception voire de rancœur. Et c’est un véritable sujet politique.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°604

Légende photo : La création ouvrÂges, de Carlotta Sagna, Daniel Larrieu et Lionel Hoche lors du festival Faits d’Hiver 2026.

Crédit photo : D. R.

Création : le théâtre comme bunker

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LL604 Bunker

Marion Siéfert présentera pour la première fois un spectacle dans le cadre du Festival d’Avignon, intitulé Bunker, à la FabricA (du 19 au 25 juillet). Le PDG d’un groupe pétrochimique s’est réfugié dans son abri souterrain avec sa fille, qui a décidé de ne plus parler, et son neurochirurgien personnel qui gère ses implants neuronaux.

Une résidence en service de neurochirurgie
La metteuse en scène, qui avait notamment créé _jeanne_dark_, dévoile : « Le bunker n’est pas traité de façon réaliste. Avec la scénographe Nadia Lauro, nous avons cherché à comprendre les logiques sécuritaires et paranoïaques qui sous-tendent les espaces que sont le théâtre et la cage de scène. » 
Le texte a été écrit à quatre mains avec le cinéaste Matthieu Bareyre, avec lequel Marion Siéfert collabore régulièrement. Ils ont bénéficié d’une résidence dans un service de neurochirurgie de la Pitié-Salpêtrière à Paris, dans le cadre du programme Culture-Santé. « Cela a été inspirant et utile, nous avons pu nous rendre compte des avancées de la médecine actuelle en ce qui concerne les implants neuronaux. » Non pas pour créer un humain augmenté – comme dans le spectacle – mais pour soigner des personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou de troubles obsessionnels compulsifs.

Treize coproducteurs
Doté d’un budget de 490 000 euros, le spectacle compte 13 coproducteurs, les principaux étant la Comédie de Genève, le Théâtre de Gennevilliers et la Nouvelle Scène nationale de Cergy-Pontoise. Bunker entamera une grande tournée à la rentrée en commençant par le Festival d’automne, en Île-de-France, puis Marseille, Strasbourg ou Annecy. Marion Siéfert connaît bien le Festival d’Avignon pour y avoir travaillé juste après ses études : elle rédigeait des programmes de salles et menait des entretiens avec des artistes programmés par le duo Archambault/Baudriller. « J’y ai découvert le travail de beaucoup d’artistes qui ont été très inspirants pour moi, j’ai pu assister pour la première fois à des répétitions, et cela m’a confirmé dans l’idée que je pouvais moi aussi créer. » 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°604

Légende photo : La comédienne et danseuse Janice Bieleu dans Bunker, de Marion Siéfert

Crédit photo : Matthieu Bareyre

Anniversaires : June Events et La Maison Danse Uzès, une vie de longue durée

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LL604 Anniversaires

L’un fête ses 30 ans du 3 au 7 juin, l’autre ses 20 ans du 26 mai au 13 juin. Et comme au premier jour, les festivals La Maison Danse Uzès porté par le CDCN Uzès Gard Occitanie, et June Events par l’Atelier de Paris / CDCN ont toute leur vitalité. Rien que les taux de fréquentation le disent : 91 % en 2025 pour le premier, et 92 % pour le deuxième. Selon Anne Sauvage, à la tête de l’Atelier de Paris, un festival est « une matière perméable, se régénérant » au gré des contextes. Une qualité qui n’est pas étrangère à la longévité dont June Events peut se targuer. « Les transformations du projet de l’Atelier de Paris et du lieu à la Cartoucherie de Vincennes ont renforcé June Events, grâce à la reprise du Théâtre du Chaudron en 2012 et la labellisation en 2015 », résume-t-elle. Soit, pour le festival : des doubles soirées entre « découvertes » à l’Atelier de Paris et grands formats au Théâtre de l’Aquarium, et plus de spectacles coproduits par le CDCN (11 sur les 14 créations de l’édition 2026). Pour Émilie Peluchon, le festival La Maison Danse Uzès, renommé ainsi à son arrivée en 2023, « n’est pas distinct du travail mené à l’année ». Elle développe un projet autour de l’enfance et de la jeunesse pour le CDCN, qui irrigue désormais le festival, et encore davantage à l’avenir depuis que la structure est PIPD (Pôle international de production et de diffusion) Danse enfance jeunesse.

La force des  partenariats
Si un festival dure, c’est parce qu’il est entouré. Parmi ses tutelles, La Maison Danse CDCN bénéficie du soutien du même maire depuis 1996 et d’« une complicité » avec les équipes techniques pour déployer le festival dans l’écrin patrimonial qu’est Uzès – sur les 300 000 euros de son budget (sans aides fléchées), 80 000 euros sont dédiés à son installation, le CDCN n’ayant pas de lieu propre. À quoi s’ajoute l’aide des « forces vives du territoire », dont les commerçants et les habitants, au diapason de cet événement qui a vite trouvé son succès : « Didier Michel, son fondateur, est arrivé avec un fort désir de danse, des aficionados et un réseau large de professionnels. » De son côté, June Events (200 000 euros de budget) fait preuve « d’inventivité et d’expertise » pour (re)construire sans cesse des partenariats, dans un dialogue au long cours. S’il prend en charge 100 % du plateau artistique et technique dans les espaces de la Cartoucherie, le CDCN peut compter notamment sur l’aide de nombreux lieux en coréalisation et le soutien des centres culturels étrangers à Paris et des délégations internationales pour l’accueil des artistes étrangers.

Une acuité de regard
Quid de la substance artistique ? Anne Sauvage souligne : « La vitalité du festival est liée à notre sensibilité envers la force de l’invention chorégraphique, sans forcément suivre les modes. » Depuis sa création par Carolyn Carlson, June Events n’a en effet cessé d’être un tremplin parisien pour les artistes (Katerina Andreou, Aina Alegre, Maud Le Pladec…), en privilégiant la pluralité des « écritures ». Pour cette édition, le chorégraphe Selim Ben Safia est invité à concevoir un pan de la programmation, dans le cadre de la Saison Méditerranée. Une démarche d’ouverture aux artistes que la directrice entend développer pour ce festival qui accroît aussi la place faite à l’émergence. Celle-ci a vite trouvé sa visibilité à La Maison Danse Uzès, dès sa création par Didier Michel qui souhaitait « faire vivre les écritures du moment », celles de la nouvelle danse, constate Emilie Peluchon. Depuis son arrivée, celle qui tient à la diversité des esthétiques infléchit la ligne du festival pour « faire vivre des héritages autant que donner à voir la création de demain ». Pour preuve, l’affiche de 2026 fait se côtoyer entre autres Maguy Marin, avec sa pièce May B (déjà programmée en 1996), et Sati Veyrunes, jeune artiste montante. Une édition où les filiations se questionnent pour mieux penser l’avenir.

Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°604

Légende photo : A gauche : Anne Sauvage, directrice de l’Atelier de Paris. A droite : Émilie Peluchon, à la tête de La Maison Danse Uzès.

Crédits photos : Patrick Berger / Peter Avando 

Hauts-de-seine : Le conseil départemental renonce finalement à son festival Chorus

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Daoud

Malgré les 11 700 festivaliers présents lors de cette 38e édition du festival Chorus (du 10 au 12 avril), le département des Hauts-de-Seine vient d’annoncer que l’événement « ne reviendra pas l’an prochain ». La décision que la collectivité qualifie « difficile » s’inscrit « dans un contexte financier particulièrement contraint ».

Un autre événement ?

Ce festival de musiques actuelles fondé en 1988, doté d’un tremplin reconnu était le seul festival porté par un département et « seul festival à la Seine Musicale depuis son ouverture », rappelle la collectivité. Tout en assurant toutefois que « l’esprit Chorus, qui a fait la force du festival, ne s’arrête pas, mais va se prolonger sous une autre forme, avec toujours le même ADN : le repérage, l’accompagnement de l’émergence et le soutien à la création et à la diffusion au service de la jeunesse et du territoire. » En ce sens, les Hauts-de-Seine assurent travailler à la structuration d’« un temps de visibilité, permettant aux artistes accompagnés de se produire dans des conditions professionnelles exigeantes et valorisantes, en lien avec les réseaux du secteur ». Sans toutefois s’avancer sur sa forme. Après deux années très délicates, le département reste dans une équation financière structurellement contrainte, avec cependant 95 millions d'euros pour la culture et le sport en 2026. La collectivité a annulé pour 2026 le Festival de jazz de la Défense (créé en 1992) mais a annoncé son retour « tous les ans » à partir de 2027. En début d’année, le département avait envisagé une alternance entre Chorus et le Jazz. Ce dernier l’a emporté.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°603

Crédit photo : D. R.

Lucas Bonnifait : « Le Théâtre 13 - Glacière devient un lieu d’expérimentation pour les jeunes artistes »

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Lucas Bonnifait

Initiée fin 2025 a 20e édition du Prix T13 se déroule jusqu’au 20 juin, avant une reprise des spectacles lauréats à l’automne lors d’un festival. Le directeur du Théâtre, 13 - Glacière, Lucas Bonnifait explique la transformation de ce prix dédié aux jeunes artistes.

Pourquoi remoduler ce Prix T13 ?

C’est une réponse à une envie commune d’améliorer les conditions d’accueil des compagnies. Il reste un concours, mais je souhaitais le rendre moins compétitif. À partir de ce qui existait déjà, nous avons pensé un accompagnement de ces jeunes équipes vers leur structuration et un professionnalisme. En étirant le temps sur deux saisons, elles peuvent ainsi avoir une visibilité à long terme. Le Théâtre 13 devient un lieu de travail et d’expérimentation.

Quelles sont les modifications ?

Outre la réduction de l’âge limite de candidature (de 25 à 35 ans), nous accompagnons les six finalistes retenus pour le 3e tour par des formations en production, diffusion et sensibilisation à  l’accueil public. Et nous étendons leur temps de résidence technique de mars à mai. Quant au jury, il s’augmente de nouveaux professionnels dont Raphaël De Almeida Ferreira, le directeur du JTN, et des équipes de CDN ayant une école adossée. Et à l’automne, place au festival : comme avant, le spectacle lauréat est repris pour 10 dates, avec un apport en coproduction par le Théâtre 13 (3 000 euros) et la SACD (5 000 euros).  Mais à présent, les cinq autres finalistes rejoueront trois représentations (20 000 euros dédiés à leur achat en cession), pour leur offrir une visibilité après juin. Et le lauréat du prix du public est repris à l’Atalante.

En quoi ont-elles été  possibles ?

Comme nous avons fusionné les deux premiers tours en une présentation de projet en janvier, cela libère le plateau de mars à juin. Dédier ce temps-là aux jeunes compagnies est un geste fort pour la salle Glacière, qui ne nous pénalise pas dans notre saison puisque nous avons aussi la salle Bibliothèque. Pour certaines formations, nous nous entourons de bureaux  de production et d’un cabinet d’architecture pour organiser des ateliers avec des habitants du quartier. Depuis deux ans, nous avons triplé le budget dédié au Prix (105 000 euros) pour lequel il n’y a pas de subventions fléchées.

Quels sont vos objectifs ?

Réunir d’autres partenaires pour assurer les formations, mais aussi des professionnels issus des  réseaux jeune création pour  rejoindre le jury, comme l’équipe de La Loge, par exemple.

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°603

Crédit photo : Julien Pebrel

Liberté de création et de diffusion

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Pégard

Catherine Pégard renforce le plan ministériel en s’inspirant du CESE.

Fin 2024, dans la foulée d’alertes parlementaires et professionnelles, Rachida Dati lançait le premier plan pour la liberté de création artistique, constitué d’une convention avec l’Observatoire de la liberté de création, de la nomination d’une haute fonctionnaire, Juliette Mant, et de référents dans chaque DRAC, mais aussi d’un guide juridique. Si le travail effectué par Juliette Mant est salué, les atteintes se multiplient.  Catherine Pégard, qui a reçu les préconisations du CESE (La Lettre du Spectacle, le 3 avril) le 21 avril, passe la seconde, avec un « renforcement » de ce plan au niveau interministériel. Un des constats du CESE et de la filière du spectacle vivant est le manque de connaissance des agents publics. D’où le très faible nombre de cas judiciarisés et, parfois, une prévalence des forces de l’ordre à annuler des événements afin de préserver l’ordre public plutôt qu’à protéger leur diffusion contre ceux qui souhaitent l’empêcher. « La liberté de création constitue un principe fondamental, garanti par la loi et indissociable de la vitalité démocratique de notre pays », a rappelé la ministre Catherine Pégard, alors que la loi relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP) fête ses 10 ans. Dans la boîte à outils de celle qui « appelle une mobilisation renouvelée et collective », la création d’un comité de coordination interministérielle réunissant la Culture, l’Intérieur et la Justice, afin « d’assurer un suivi renforcé des situations sensibles et une réponse publique coordonnée ». C’est via la diffusion de deux circulaires interministérielles aux préfets et aux magistrats du parquet, « pour rappeler le cadre juridique applicable et garantir une protection effective de la liberté de création sur l’ensemble du territoire », que Catherine Pégard espère mobiliser l’appareil d’État. Avec, par ailleurs, un renforcement de la formation des agents publics.  Le plan vise aussi à « mieux documenter les atteintes et adapter en continu l’action publique ». 

Encadré : L’Ufisc lance une enquête nationale

L’Union fédérale d’intervention des structures culturelles (Ufisc) coordonne une enquête nationale en ligne (ufisc.org) sur les atteintes à la liberté de création. « Dans un climat général d’austérité budgétaire et de montée réactionnaire, cette enquête cherche à identifier, mesurer et mieux comprendre les phénomènes d’entraves à la liberté de création, aux libertés associatives et aux baisses de financement et leur impact sur l’emploi et l’économie des structures. » L’étude est coordonnée avec l’Observatoire des libertés associatives, en lien avec un consortium de chercheurs et s’adresse prioritairement à l’ensemble des associations et structures de l’économie sociale et solidaire du champ culturel, mais est ouverte  aux établissements publics ou aux entreprises individuelles.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°603

Crédit photo : Thomas Garnier

« Malgré le contexte, nous n’avons pas voulu rogner sur le festival »

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Richard Fournier

Lancé voici 25 ans, Le Mans fait son cirque (20-31 mai) s’apprête à fêter cette date symbolique. Malgré des moyens en nette baisse, le Plongeoir n’a pas souhaité réduire la dimension de l’événement, détaille Richard Fournier, le directeur du pôle national cirque du Mans (Sarthe). 

Le Mans fait son cirque fête ses 25 ans. Comment l’abordez-vous ? 
Nous célébrons cet anniversaire dans un contexte un peu particulier, avec une structure fragilisée par les coupes budgétaires de la région Pays de la Loire. Nous y avons perdu 100 000 euros. Mais, nous n’avons pas voulu rogner sur le festival. Il est de même ampleur que les années précédentes. Nous avons mobilisé les réserves qui nous restaient, tout en conservant l’appui, sans augmentation, de nos principaux partenaires que sont l’État et la ville du Mans. Parmi les temps forts de cette édition, nous avons programmé La Bamboche des 25 ans, imaginée avec la complicité des compagnies CirkVOST et Sapage nocturne, pour une fête d’anniversaire qui se déroulera donc sous le plus grand chapiteau existant en Europe. Nous accueillerons plusieurs avant-premières, et notamment celle de Casa Otra (Prendre place) pour Cirque en musée. C’est l’une de nos singularités que d’ajouter aux spectacles en intérieur, sous chapiteau et dans l’espace public, ce volet spécifique qui nous amène à commander des créations in situ qui nourrissent là un autre type de lien avec le public. Un livre-événement témoigne de toute cette aventure sur un quart de siècle.

Le festival est ancien, mais le Plongeoir est tout jeune (2021). Est-il fragilisé dans son projet par le retrait de la région ?
Les deux sont implantés dans le quartier prioritaire des Sablons, qui compte parmi les plus pauvres en région Pays de la Loire. Cela a un sens et nous accueillons tout au long de l’année jusqu’à 85 000 personnes [20 à 25 000 pour le festival, NDLR] pour de la pratique en amateur, des spectacles, des projets d’éducation artistique et culturelle… Ce que nous y développons, c’est un projet sociétal, qui construit du lien, pour les jeunes et les moins jeunes. La dimension économique est réelle, pour l’écosystème du cirque comme pour la vie locale, à l’image des jeunes du quartier que nous employons sur différents postes durant le festival. Ce travail auprès du public de proximité ne se voit pas, mais il est fondamental.

Comment l’écosystème du cirque, et le Plongeoir, traversent-ils la crise actuelle ? 
Nous sommes tous interdépendants dans un écosystème soumis une grande tension. Les leviers sont bien difficiles à trouver. Nous avons déjà très largement investi le champ de la coopération, développé les séries pour réduire les coûts. Nous accompagnons les reprises de spectacle au répertoire, pour augmenter leur durabilité. Nous œuvrons à l’insertion des jeunes, en accueillant cette année les trois écoles nationales. Tout cela demande du temps, de l’intelligence collective et que le programmateur mette son orgueil de côté. C’est le Plongeoir qui a pallié la défection de la région dans le financement de la classe de lycée option cirque, qui relève pourtant de ses compétences. Avec l’État, nous poursuivons, dans le souci de préparer ces jeunes qui, un jour, s’impliqueront dans cette filière, qu’ils soient artistes, techniciens ou administrateurs. Comme pour le festival, nous intervenons car nous pouvons encore le faire, sur nos réserves. Pour le moment. 

Propos recueillis par Cyrille Planson

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°602

Légende photo : Richard Fournier

Crédit photo : Thomas Brousmiche

« Le succès du WET ne s’est pas effrité en dix ans »

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Bérangère Vantusso

Du 27 au 29 mars, avait lieu la 10e édition du festival WET. Dédié à la jeune création, sa programmation est confiée à la Jeune Troupe du Théâtre Olympia - CDN de Tours. Retour sur cette décennie avec Bérangère Vantusso, sa directrice. 

Votre regard sur ces dix ans ?
Le WET a très vite eu du succès à sa création, car il répondait au besoin d’un autre focus sur la jeune création. Et depuis, il ne s’est pas effrité. Le nombre de professionnels, conséquent, s’est stabilisé. Quant au public, on note de plus en plus un effet de rajeunissement. C’est la deuxième année consécutive que le taux de remplissage est de 99 %. Et nos partenaires – tels le CCNT ou La Pléiade pour les lieux – sont les mêmes depuis quelques années.

Quel tremplin le WET est-il devenu ? 
Confier la programmation à des artistes sortis d’écoles, qui ont donc un sous-réseau, permet de repérer rapidement des compagnies encore sous les radars. Et en dix ans, le festival a accueilli des artistes qui aujourd’hui sont très présents sur les scènes, avec différents degrés de visibilité – Marion Siéfert, Camille Dagen, Eddy D’Aranjo, ou le Collectif OS’O. Après le WET 9, des compagnies ont aussi bénéficié d’une longue exploitation au Théâtre de La Tempête.

Le profil des candidatures a-t-il changé ?
Cette année, on a reçu 250 candidatures. C’est copieux, mais guère plus qu’avant. Parmi elles, se trouvent désormais des compagnies qui ne devraient plus candidater car elles sont trop structurées ou ont déjà créé plus de trois spectacles. Mais comme le paysage est dégradé, ce qui augmente la précarité et la pression de réussir, elles tentent leur chance au WET. On constate un effet de rupture de parcours après l’émergence. Lors de la journée professionnelle pendant le festival, nous avons discuté de solutions à envisager pour resserrer les mailles à cet endroit. Pour autant, les critères de sélection du WET ne sont pas assouplis, sinon il perdrait son essence.

Quid de sa situation financière ? 
Nous n’avons pas de subventions fléchées pour le WET. Il y a dix ans, le choix a été fait de prendre 150 000 euros sur le disponible artistique, ce qui est toujours le cas. On peut donc considérer qu’il s’agit d’une diminution, puisque tout le reste a augmenté, y compris les logements. Certaines éditions, le WET a accueilli dix spectacles, cette année, il y en a huit. En dessous, ce serait dommage…

Quelles sont vos perspectives ?
Un plafond est atteint quant à la fréquentation, ce qui crée de la frustration auprès des spectateurs qui ne peuvent pas avoir de places. Nous devons réfléchir à une réouverture de l’espace, peut-être en démarrant un jour plus tôt. Ainsi les spectacles joueraient une fois de plus, ce qui favoriserait le repérage et permettrait au public du territoire de les voir. 

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°602

Légende photo : Bérangère Vantusso

Crédit photo : C. Loiseau

« Le Festival d’Avignon ne travaille jamais seul »

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Clémentine Aubry

Arrivée début avril au poste de directrice déléguée du Festival d’Avignon, Clémentine Aubry a succédé à Pierre Gendronneau, parti en juin 2025. Elle évoque les contours de cette 80e édition, prévue du 4 au 25 juillet. 

Vos premières impressions ?
J’ai pris le train en marche la semaine de l’annonce de la programmation. Je découvre une équipe en plein travail qui a des attentes fortes vis-à-vis de mon poste. Je vais beaucoup apprendre sur le terrain. Cependant, mes premières expériences professionnelles furent au Festival d’automne à Paris et aux Rencontres de la photographie d’Arles.

Le festival offre davantage de places et un nouveau système de réservation.
Effectivement, 136 000 places contre 121 000 l’an passé, grâce à des séries plus longues. Nous veillons à équilibrer les premières et la répartition des publics sur les trois semaines en travaillant sur les jauges journalières. 47 spectacles soit 300 levers de rideaux sont prévus. Nous proposons des inscriptions à des créneaux d’achat dédiés, mais le système habituel demeure, avec des contingents de places pour chaque mode de réservation.

Comment se porte financièrement le festival ?
Les comptes sont à l’équilibre. Le budget prévu pour 2026 est de 16,7 millions d’euros [contre 16,4 en 2025, NDLR], avec une subvention stable du ministère de la Culture de 4,2 millions et un objectif de mécénat de 1,4 million d’euros. Nos trois plus grands mécènes restent le Crédit Coopératif, le groupe AXA et la Fondation Hermès (cette dernière soutient Transmission impossible, le programme d’immersion avec la chorégraphe Lia Rodrigues). Des partenaires nous rejoignent, comme le Korea Arts Management Service (KAMS) ou le Centre culturel coréen de Paris. Localement, de nouveaux mécènes sont à nos côtés, comme GSE, pour le Hamlet itinérant. Nous coproduisons pour la première fois avec le Holland festival et le Festival d’édimbourg – nés eux-aussi en 1947 – un spectacle, celui de Christiane Jatahy et Wagner Moura. Il est important de dire que le Festival d’Avignon ne travaille jamais seul, il est constamment dans une logique de coopération.

Certains tarifs augmentent, comme dans la Cour d’honneur, à 45 et 55 euros…
Nous pensons davantage en termes de politique tarifaire que de tarifs, avec des cartes pour les étudiants ou les personnes en situation de handicap. Les tarifs de théâtre restent bien inférieurs à ceux de certains grands concerts. Le vrai frein économique pour les spectateurs, c’est surtout l’hébergement et la restauration à Avignon. 

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°602

Légende photo : Clémentine Aubry

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

« Incarner un lien entre l’opéra et la société »

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Alexandra Lacroix

Alexandra Lacroix dirige depuis le 1er janvier Angers Nantes Opéra, dont elle a présenté sa première saison. Elle est également depuis l’an dernier vice-présidente des Forces musicales, syndicat regroupant 51 opéras et orchestres. 

Votre première saison a pour thématique l’amour et croisera les disciplines...
Des thématiques universelles sont des points d’accroche. L’amour sera décliné en quatre variations ou chapitres durant cette saison 2026-2027. Avec Orphée et Eurydice, mis en scène par Lorraine de Sagazan, Così fan Tutte, par Phia Ménard, Werther, par Ted Huffman – trois coproductions – et je mets en scène l’œuvre contemporaine The Carmen Case, composée par Diana Soh. Des croisements de formes auront lieu, notamment grâce à (La) Horde, Leïla Ka ou Clément Cogitore, ce qui est une dimension essentielle de mon projet. Des variations autour de ce thème seront proposées, comme un concert augmenté ou une exposition. Près de 46 000 places sont proposées pour plus de 70 représentations.

Vous introduisez notamment deux nouveaux dispositifs, Écho et Ring Lab…
Écho est un comité scientifique composé de trois chercheurs et trois chercheuses dont les travaux recoupent la thématique de la saison. Des rencontres auront lieu avec le public. L’idée est d’incarner un lien entre l’opéra et la société. Le Ring Lab est un dispositif de résidence et de recherche artistique avec quatre artistes qui vont élaborer un travail de recherche et de territoire à partir de cette même thématique après l’appel à la participation lancé au public « Pour vous, c’est quoi l’amour ? ».

La région des Pays de la Loire et le département de Loire-Atlantique ont réduit leurs subventions (de 350 000 et 100 000 euros)…
Ces coupes sont intervenues quelques mois après ma nomination, ce qui a remis en question mon projet. J’ai dû notamment changer deux des quatre productions prévues. Ce qui est d’autant plus choquant que nous sommes le seul opéra de la région. Et les Nantais se plaignent de spectacles trop souvent complets, mais nous n’avons pas les moyens pour davantage de représentations. Notre budget est de 10,5 millions d’euros, dont 2,9 millions d’euros de disponible artistique. Le manque de moyens fragilise notre rayonnement sur le territoire. Ces coupes sont malheureusement une dynamique nationale que je compte dénoncer en tant que vice-présidente des Forces Musicales. Mais je souhaite montrer l’opéra positivement en lui redonnant du souffle par le récit, par l’émotion partagée et par l’expérience collective. 

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°601

Légende photo : Alexandra Lacroix

Crédit photo : Delphine Perrin