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Quelle stratégie pour cette nouvelle saison ?

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Anne-Sophie Boulan

Les artistes s’attendent à vivre une « saison en enfer », tant la diffusion s’est réduite. Et si nul n’a de solution à la crise actuelle, beaucoup tentent de trouver un nouveau modèle économique.

Tous le reconnaissent aujourd’hui, à l’heure de la rentrée : Avignon fut cet été comme une parenthèse enchantée, le lieu où l’on partageait, certes, ses inquiétudes, mais où chacun profitait également de l’instant pour alléger quelque peu la charge mentale qui pèse depuis des mois, voire des années. « On a tenté de vivre au présent, sans trop penser à demain. Mais la peur de l’avenir était omniprésente, se souvient Olivier Saksik, relations presse et relations extérieures chez Elektronlibre. C’est ma vingt-cinquième rentrée et je crois que, définitivement, on nous dit que nous ne sommes pas essentiels. » En juillet, à la suite d’une enquête, Lapas a pu témoigner d’un « effondrement du secteur artistique entre la saison 2025-2026 et les deux saisons précédentes, avec une baisse d’activité cumulée de 45 % ». Aucune compagnie n’échappe à ce phénomène. Au mieux, on s’estime chanceux de « passer pour le moment entre les gouttes, estime Nicolas Bonneau, directeur artistique de la compagnie La Volige. Avec Monte-Cristo, qui tourne depuis deux ans, nous sommes sans doute “tombés” dans la bonne case, au bon moment, dans le contexte de prudence des programmateurs. Et cela nous permet aussi d’avoir une bonne production pour la prochaine création. Mais les deux autres projets, plus difficiles d’accès, ont fait un tiers de dates en moins qu’espéré. Sujets jugés trop compliqués, interventions des élus ou autocensure des programmateurs qui semblent de plus en plus perdus, ils en ont marre des sujets féministes… »

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Par Cyrille Planson

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Légende photo : Anne-Sophie Boulan, chargée de développement et de conseil

Crédit photo : D. R.

VHSS : les écoles supérieures en question

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Léon Roiné-Rivière

Face aux élèves accusés d’agression sexuelle, les directions des écoles d’art dramatique en plein désarroi.

Quatre affaires d’agressions sexuelles au moins cette année impliquant des élèves ont placé les directions des écoles supérieures d’art dramatique concernées dans la tourmente. Malgré les formations obligatoires, malgré les bonnes volontés, elles sont vite désemparées face au réel, brutal et complexe, des situations. Par maladresse, par ignorance, ou à cause d’une législation opaque et inadaptée, l’application des protocoles peut ajouter de la violence ressentie à la violence des faits. Et pour une partie des élèves, c’est insupportable. « Nous avons vécu l’enfer jusqu’en juin. » En novembre dernier, la dénonciation d’une agression sexuelle, au cours d’une soirée privée, d’un étudiant sur une camarade de promotion de l’école du Théâtre national de Bretagne (TNB) entraîne un maelström émotionnel. « Nous étions à la fois dans la peur et dans la colère », décrivent une partie d’entre eux, qui dénoncent une « gestion calamiteuse » de la direction. Celle-ci assure pourtant que « bien que cette situation se soit produite hors de la responsabilité de l’école, dès le signalement, l’équipe de direction a activé son protocole interne et a mis en place un ensemble d’actions visant à recueillir la parole des personnes concernées, garantir un accompagnement psychologique et juridique de celles-ci, et préserver la continuité pédagogique du groupe dans un climat de respect et de sécurité ».

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Par Bruno Walter

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Légende photo : Léon Roiné-Rivière, coprésident de l’Affut

Crédit photo : D. R.

Cour des comptes : des maisons d’opéra dans le brouillard

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opera

En 2024, c’est l’Opéra national de Paris qui avait été la cible des magistrats financiers. Cette année, la Cour des comptes a scruté 11 maisons d’opéra sur les 30 de l’Hexagone – dont 6 pour la seule Région Île-de-France. 

Si, « par leur rayonnement [elles] contribuent à la renommée et à l’attractivité culturelle de la France et des différentes régions », dans les faits leur situation est d’« une grande hétérogénéité » notamment en raison « d’une diversité des statuts déterminant leur mode de gestion, et de leurs composantes artistiques. »

Régie inadaptée
En plan large, la Réunion des opéras de France (ROF) a estimé que la quasi-totalité des maisons d’opéra représentait en 2022 une dépense de 589 millions d’euros, dont 398 millions de financements publics. Elles sont gérées pour la plupart en régie « alors que le statut d’établissement public de coopération culturelle, plus adapté à une transparence de gestion et aux missions des maisons, reste marginal ». Des différences qui se retrouvent dans « les labels et appellations délivrés par le ministère de la Culture » aux différences « peu lisibles ». Autre grief de la Cour, qui s’est entourée de ses chambres régionales pour l’occasion, une « méconnaissance de leur public » qui constitue « un frein à leur évolution », car elles sont désormais dans l’obligation de « relever le défi de renouveler leur public en adaptant leur offre », le tout avec des moyens contraints. « La connaissance des publics est pourtant essentielle aux choix de programmation des spectacles et à la mise en œuvre d’une politique tarifaire adaptée », ajoute le rapport qui assure que « l’offre culturelle des maisons doit ainsi répondre à un besoin de diversification des audiences et de création artistique ». Une diversification géographique, sociologique et générationnelle qui « peine à prendre forme » sur les actions en direction des scolaires qui ne touchent qu’« un nombre limité de classes ». 
Dans ses recommandations la Cour insiste sur la nécessité de « définir une stratégie de coordination commune entre l’État et les collectivités territoriales », le premier ciblant son intervention sur l’Opéra national de Paris, opérateur du ministère de la Culture aujourd’hui face à un mur d’investissement. « Les subventions attribuées aux maisons d’opéra en région par le ministère ne sont pas cohérentes avec les labels et appellations qu’il attribue : le montant de ses subventions n’est pas fixé en fonction du cahier des charges de chacun des deux labels (opéra national en région et scène lyrique d’intérêt national) et de l’appellation scène conventionnée d’intérêt national ». 

Quels labels ?
Encore moins cohérent quand l’État finance des maisons qui « ne bénéficient d’aucun label ou appellation ». Un brouillard à « clarifier » qui vaut aussi pour la Réunion des opéras de France (ROF), que la Rue de Valois a conventionnée notamment sur la collecte des données (moyens financiers, programmation, fréquentation) : son rôle et sa place comme partenaire du ministère « doivent être mieux définis dans la prochaine convention, tout comme les moyens de remplir les missions qui lui sont confiées. »

Recommandations
La Cour des comptes a formulé plusieurs recommandations pour les maisons d’opéras : 
- améliorer la connaissance des publics pour construire des politiques tarifaires adaptées et une stratégie d’attractivité ;
- veiller à une évaluation des coûts des coproductions ;
- clarifier les critères pour l’attribution des subventions ; 
- assurer un suivi annuel de l’exécution des conventions avec des objectifs (ministère) ;
- concertation avec la ROF et les collectivités pour inciter au statut d’établissement public de coopération culturelle. 

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°586

Crédit photo : Martin Argyroglo

 

Étude : la création artistique représenterait 1,6 % de l’empreinte carbone française

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empreinte carbone

L’étude de la Direction générale de la création artistique présentée début juillet pose les bases de travail pour accélérer la réduction des émission de gaz à effet de serre du secteur.

La direction générale de la création artistique vient de présenter au Festival d’Avignon son étude sur l’empreinte de la création artistique qui révèle que les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur des arts visuels, du spectacle vivant et des enseignements artistiques représentent 1,3 % de l’empreinte carbone de la France (soit 8,5Mt CO²e). À titre de comparaison, le transport aérien intérieur s’élève à 0,7 %, celle du numérique à 4,4 % et celle du tourisme à 14 %. Pilotée par la DGCA, cette étude a été réalisée par le cabinet PwC (PriceWaterhouseCoopers) avec l’aide du Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS-Doc) du ministère de la Culture. Ces résultats sont au-dessus des hypothèses de départ et sont principalement tirés vers le haut par les déplacements des publics, mais aussi par les « achats » des structures. 

Des déplacements très émetteurs
Au sein de la création artistique, le spectacle vivant est de loin le plus producteurs de GES et, dans le spectacle vivant, ce sont assez logiquement les festivals de musique qui globalement sont les plus émetteurs, et de loin. Car dans les faits, et sans surprise, les principaux postes d’émission de GES du spectacle vivant sont, en moyenne, les déplacements de spectateurs (38 %), les achats (25%), l’énergie (10%), les déplacements des artistes (9%), les immobilisations (10%) et les déplacements de salariés (6%). On observe toutefois de larges disparités selon les labels et les genres. Ainsi, pour un festival de spectacle vivant hors musique, les déplacements comptent pour 67% des émissions quand c’est 57 % pour un festival de musique. Mais au sein des mêmes festivals de musique, le poste « déplacements des publics » peut être responsable de 40 % des émissions (Festival de la Paille) ou de 78 % (Les Suds). 
Lancée afin de pallier le manque de données sectorielles, cette étude s’est appuyée sur des  référents carbone afin de travailler sur un échantillon (il compte de 3 à 10 bilans carbone par label, CCN, CDCN, CDN, Cnarep, PNC, SMAC, SN, orchestres nationaux en régions, festivals, opéras). Ce qui a permis de déterminer les principaux postes d’émissions et de formaliser un plan d’action collectif. L’objectif de cette démarche est aussi de changer l’avenir. En tête, l’Europe doit réaliser -50 % d’émissions en moins à l’horizon 2030.

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°586

Crédit photo : D. R.

Observatoire des politiques culturelles : 47 % des collectivités ont un budget Culture en baisse entre 2024 et 2025

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graphique budget culture

Les données présentées à Avignon cet été confirment les remontées de terrain et inquiètent des professionnels qui redoutent que le scénario s’amplifie en 2026.

Le Baromètre 2025 sur les budgets et choix culturels des collectivités territoriales présenté par l’Observatoire des politiques culturelles (OPC) à Avignon rejoint clairement toutes les alertes de terrain : 47 % des directions des affaires culturelles qui ont répondu à l’enquête évoquent une baisse de leur budget « culture » total « avec une situation qui diffère selon les collectivités », précise toutefois Samuel Périgois, chargé de recherche à l’OPC. 58 % des régions sont en baisse, 63 % des départements, 36 % des communes (de plus de 50 000 habitants), 25 % des métropoles ou encore 36 % des agglomérations. 
De manière globale, 26 % de ces budgets culture baissent entre 5 % et 20 %, et l’enquête relève même chez 7 % des répondants une chute de plus de 20 %. La culture n’est toutefois pas moins bien lotie que les autres, car 40 % des collectivités qui ont répondu voient leur budget primitif global baisser entre 2024 et 2025. Et certaines de manière très nette (4 % des collectivités de plus de 20 %). L’année dernière, seules 15 % des collectivités évoquaient un budget primitif global en baisse. « Il y a de vraies évolutions avec des baisses très marquées : nous voyons que la situation budgétaire des collectivités s’est nettement dégradée », synthétise Samuel Périgois. 

Fonctionnement et subventions en berne
Sur les seuls budgets culturels de fonctionnement, « les 2/3 des régions et 70 % des départements déclarent une baisse », détaille Samuel Périgois, « et seuls 11 % des départements déclarent une hausse ». Sur ces seuls budgets, 49 % des collectivités répondantes subissent une baisse. Et « tous les domaines sont impactés en fonctionnement (hors masse salariale) », souligne Samuel Périgois. Pour le spectacle vivant, c’est 35 % de baisse en fonctionnement, contre 41 % de stabilité et seulement 15 % de hausse.
Sur l’emploi culturel, ce sont les départements qui baissent le plus la voilure (38 % de baisse), devant les communes (27 %). Et sur le volet des subventions, qui a le plus touché les compagnies, 42 % des collectivités connaissent une baisse (12 % de hausse seulement) contre 11 % l’an dernier, avec des montants en chute dans près de 58 % des régions, 67 % des départements. Le bloc communal qui reste un partenaire majeur de la culture (80 % des dépenses) tient encore la culture avec près de 23 % de budgets en baisse.

Une mesure des évolutions budgétaires
Ce baromètre est réalisé en partenariat avec le ministère de la Culture et Régions de France, Départements de France, France Urbaine, Intercommunalités de France, Villes de France, Fnadac, FNCC, Culture·Co. Cette étude annuelle mesure en temps réel les évolutions des budgets des collectivités et leur positionnement sur la culture en examinant non pas des chiffres bruts, mais des évolutions. L’enquête est faite par questionnaire auprès d’un échantillon de 214 collectivités (départements, régions, communes de plus de
50 000 habitants, intercommunalités (avec villes-centres supérieures à 50 000 habitants). 
En parallèle, l’OPC produit cette année un focus territorialisé en région Auvergne-Rhône-Alpes
qui cible de plus petites communes et des territoires ruraux, avec un échantillon de 30 cibles. 

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°586

Crédit photo : D. R.

Agora – Montpellier Danse : un pas de plus vers la structure définitive

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Agora – Montpellier Danse

L’ouverture du 45e festival Montpellier danse s’est déroulée dans une étrange atmosphère : si l’annulation de la venue de la Batsheva (lire ci-dessous) a privé beaucoup de professionnels du motif officiel de leur venue, rares sont ceux qui avaient annulé, manière d’hommage à la mémoire de l’historique. Le conseil de la Métropole a d’ailleurs voté une délibération baptisant la cour de l’Agora du nom de Jean-Paul Montanari, ce qu’une cérémonie – le 26 juin – a officialisé. 

Une association porteuse du label CCN
Pour la suite et malgré un calendrier particulièrement serré, l’équipe qui va diriger Montpellier Danse, Jann Gallois, Pierre Martinez et Hofesh Shechter, rassemblés autour de Dominique Hervieu devrait bien pouvoir signer les contrats d’embauche début septembre… Ce qui compte tenu de la complexité du dossier juridique était une gageure. Pour simplifier la situation, une association porteuse du label CCN devrait reprendre l’ensemble des activités de l’Agora de la danse / Montpellier, sous la présidence, sinon du maire de la ville, Michaël Delafosse, du moins sous son regard très vigilant. 

Mouvements dans l’équipe
Pour l’activité, l’équipe ne devrait pas changer profondément sauf quelques départs « naturel », comme le directeur technique, Didier Estrade, ou Mireille Jouvenelle, administratrice depuis très longtemps. On doit souligner que si Jean-Paul Montanari était connu pour avoir un caractère complexe, le turn-over de son équipe a toujours été quasiment inexistant. Plus important, le départ d’Anne Kerzerho, responsable pédagogique du master exerce à ICI — CCN de Montpellier, pour Marseille où elle va diriger le festival Parallèle, va amener la nouvelle direction (entendre Dominique Hervieu et Jann Gallois principalement) à se pencher immédiatement et directement sur l’organisation du dispositif pédagogique… 
Autres priorités : le territoire et les amateurs. Dominique Hervieu a déjà rencontré plusieurs partenaires locaux, comme Réseau Danse Occitanie, et compte intensifier ces contacts. Façon d’aller vite, mais prudemment pour celle qui rappelle qu’à 62 ans, elle n’a pas le projet de durer excessivement, Elle cale ses projets sur la succession des mandats des CCN (soit 4 ans puis, ensuite peut-être 3 ans, pas au-delà).

Philippe Verrièle

Annulation de la Batsheva : quelles conséquences pour Montpellier Danse?
L'annulation de la Batsheva qui devait ouvrir le festival étant le fait de la compagnie empêchée par la fermeture de l'espace aérien Israélien, Montpellier Danse n'encourt ni dédit ni pénalités. Mais l'équilibre financier reposant largement sur la billetterie des spectacles programmés au Corum, la perte de 6 000 places d'un coup en est un rude (en 2024, le festival avait réuni 34 000 spectateurs) !. Malgré toute les précautions Mireille Jouvenel l'estime à 50 000 euros et reconnaît que s'il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives il ne sera pas possible d'effacer les conséquence d'un tel coup. 

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°585

Crédit photo : D. R.

« Avec la fusion, nous retrouvons le sens d’une filière du spectacle vivant »

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Céline Portes et Vincent Roche-Lecca

Scène Ensemble est né le 1er janvier de la fusion du SNSP et de Profedim. Le nouveau syndicat a fait le choix d’une coprésidence portée par Céline Portes et Vincent Roche-Lecca.

Quel est le poids de Scène Ensemble six mois après sa création ? 
Vincent Roche-Lecca : Nous approchons aujourd’hui les 500 membres, avec des typologies d'acteurs et d'actrices du spectacle vivant subventionné très divers. Du coup, nous avons une approche un peu plus d'ordre de la filière, entre des ensembles artistiques, des scènes permanentes, des festivals...

La coprésidence s’est-elle imposée comme une évidence ? 
Céline Portes : C'était une évidence et une nécessité, car il y avait toute une confiance à créer en tant que syndicat unifié. Il fallait rassurer nos adhérents sur le fait qu'on ne perdrait aucune technicité dans nos expertises. C’est absolument passionnant, car nous retrouvons comme le dit Vincent le sens d'une filière du spectacle vivant avec les producteurs, les diffuseurs, et tout le sens de nos interdépendances dans cette filière. Cette coprésidence représente aussi cette chaîne. 

Pourrait-on envisager d’autres rapprochements  ? 
V. R.-L. : J’espère que certains vont y voir un signal pour venir toquer à la porte ! Nous arrivons au bout d'un système d'organisation du spectacle vivant, dans un secteur, une branche, assez balkanisée, peuplée de microentreprises et de chapelles. C’est aussi le sens de l'histoire de ce secteur, qui va devoir se serrer les coudes. Mais la peinture est encore très fraîche chez nous et ce sont des choses qui se discutent sur le long terme. Il y a aussi des familiarités déjà existantes avec les Forces musicales et le Syndeac, avec lesquels nous sommes regroupés au sein de l'USEP-SV.
C. P. : On peut toujours imaginer ouvrir plus loin, mais il faut déjà stabiliser Scène Ensemble. Nous avons déjà doublé, triplé, le spectre des thématiques et des enjeux à prendre en charge.  Nous sommes plus forts ensemble, mais est-ce qu'il faut devenir toujours plus gros ? Vincent a raison d’évoquer l’USEP-SV parce que nous avons de vrais combats en commun.

Vous avez une feuille de route avec cinq axes. Mais si vous deviez choisir, lequel serait prioritaire ? 
V. R.-L. : Nous pesons un vrai poids économique et c’est très bien d'avoir argumenté là-dessus, mais peut-être a-t-on un peu perdu de vue à quoi sert le service public de la culture. Le combat prioritaire, peut-être, serait de retrouver une petite musique séduisante à l'oreille pas seulement des spectateurs, mais aussi des décideurs et d’autres secteurs d'activité. Nous manions de l’argent public, ça coûte, mais ce n'est pas forcément le nombre d'entrées que l’ont fait qui est l’alpha et l’oméga. Derrière, c'est une société plus fraternelle, plus apaisée.
C. P. : Nous devons réaffirmer vraiment la question de l'intérêt général dans le service public de la culture. 

L’un des points de tension actuel est la baisse, parfois même l’effondrement du soutien des collectivités, pour des raisons parfois économiques, mais parfois aussi très politiques. Que comptez-vous faire ? 
C. P. : En effet, c'est assez vertigineux. Évidemment, il y a la question de la compétence partagée qui va être notre sujet prioritaire, même si le débat n'est pas forcément à notre avantage en ce moment, car des collectivités ont déjà fait le choix de dire que la culture ne les concerne plus. Il va falloir interroger le législateur.
V. R.-L. : On doit également renforcer le dialogue avec les élus locaux convaincus, qui peuvent faire contagion chez d'autres ou servir de boussole. Nous pouvons agir plus fortement auprès de leurs fédérations.

Êtes-vous inquiets à l’approche des élections municipales ? 
C. P. : Extrêmement inquiets. Nous regardons les cartes et nous voyons quelles collectivités pourraient basculer dans une zone de non-dialogue. Ce qui a changé, c'est que nous avons une extrême droite aujourd’hui armée idéologiquement, sur ce que devraient être aujourd'hui la proposition et l'offre culturelle de services publics. Il va falloir batailler sur le terrain des programmes, ce qui n'était pas le cas avant. Cela va nous obliger à préciser aussi certaines positions, à préciser exactement notre vision du service public de la culture.

Il y a l'extrême droite, mais on voit que certaines idées et postures ont essaimé dans la droite traditionnelle.
C. P. : Nous avons en effet un discours de remise en question plus généralisé sur la nécessité même de la culture. Avec Christelle Morançais par exemple, nous avons une vision très claire de ce que devrait être la culture : un divertissement pur et simple, rentable, avec une vision commerciale. Et c’est vrai que l’on ne s'attendait pas à ces attaques-là de ce spectre politique.
V. R.-L. : Nous serons impactés dès la saison prochaine par ces municipales. Je me souviens de 2014 : dans les mois qui ont suivi, de nombreux directeurs de théâtres de ville ont été débarqués… 

Propos recueillis par Bruno Walter

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°585

Légende photo : Céline Portes et Vincent Roche-Lecca

Crédit photo : D. R.

Le public de théâtre rajeunit mais la base de spectateurs se tasse

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Le baromètre Les Français et le théâtre de l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) met en évidence « un important rajeunissement des Français spectateurs de théâtre au cours des 12 derniers mois », avec un âge moyen de 40,5 ans (-5 ans par rapport à 2024) et, des publics qui se sont encore féminisés, à hauteur de 57 % désormais : soit « + 8 points par rapport à l’an dernier, et + 6 points par rapport à la proportion de femmes dans la population française ». La tendance observée depuis deux ans « semble désormais bien installé », ce qui rassure l’ASTP, car « elles sont très prescriptrices sur les pratiques culturelles et les loisirs. »

Tassement de la base de spectateurs
Ce rajeunissement repose sur la part importante que prennent les moins de 35 ans (47 %) parmi les spectateurs de théâtre alors qu’ils représentent 30 % de la population, à l’inverse des plus de 50 ans (47 % de la France entière) qui fournissent 33 % des publics de théâtre. Toutefois, avec 22 % des Français qui sont allés au théâtre au cours des 12 derniers mois, soit 11,3 millions de Français, la base se rétrécit par rapport à l’an dernier (-7 %), bien que le théâtre soit le deuxième type de spectacles le plus suivi après les concerts et les festivals de musique, ces derniers observant eux une nette croissance de leurs publics. En tout, 26,1 millions de Français ont déclaré être allés au spectacle pendant la période concernée, soit 51 % de la population.
De manière assez attendue, les CSP+ et les urbains, notamment Parisiens, sont toujours « très représentés » parmi les spectateurs de théâtre cette année, mais l’ASTP note que « leur présence s’érode, laissant entrevoir une possible évolution de fond de la composition des publics, à surveiller. »

Des comportements assidus
Le baromètre réalisé par Médiamétrie du 22 au 30 avril auprès de 1 541 individus en France entière âgés de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas, relève une nouvelle fois la fidélité et l’assiduité des spectateurs de théâtre, avec 6,3 représentations vues au cours des 12 derniers mois, et même jusqu’à 7,8 pièces vues pour les moins de 35 ans. 
Selon les déclarations des spectateurs, 25 % estiment que leur pratique s’est « intensifiée » cette année, avec là aussi une tendance plus forte chez les moins de 35 ans (30 % disent y être allés plus). 

Le prix est toujours un enjeu
Les 20 % de ceux qui vont le moins au théâtre évoquent le prix des places (32 %), la perte d’habitude (22 %) et le manque de temps (21 %) comme prétexte. Malgré tout, ce type de spectacle reste une sortie attrayante, car 61 % des Français aimeraient y aller plus souvent. Pour les Français c’est une sortie « désirable » à l’image toujours positive, bien qu’elle paraisse trop chère (69 % des Français). Mais en deux ans, se réjouit l’ASTP, le « consentement à payer une place » s’établit désormais dans une fourchette de 31 à 54 euros (contre 26 à 47 euros en 2023).

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°585

Crédit photo : D. R.
 

Fabrice Roux : « Je souhaite des aides plus importantes pour les indépendants »

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Fabrice Roux

Fabrice Roux, directeur-gérant de L’Archipel (cinéma et salle de musiques actuelles et de théâtre), à Paris, président de la société de production Happyprod, vient d’être réélu pour 3 ans à la tête de La Scène indépendante, qui représente des entrepreneurs de spectacles. Fervent défenseur d’aides spécifiques pour les plus petits indépendants, l’activation des aides à l’emploi dès 1 artiste sur scène, il évoque aussi la nouvelle gouvernance de l’ASTP dont le conseil d’administration du 11 juin (après notre bouclage) devait désigner les représentants du conseil professionnel et élire de la présidence de l’association.

Vous avez signé un communiqué avec Ekhoscènes saluant la réforme de l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) alors que vous avez été très critique pendant le processus.
Nous avons atterri sur quelque chose qui nous convient. Auparavant, il y avait trop peu de bénéficiaires et des inégalités de traitement. J’ai appelé de mes vœux une modification, et pas que de la gouvernance. L’inspection générale des affaires culturelles (IGAC), dont nous avions demandé le rapport, a rendu ses conclusions. C’est un système qui ne prenait pas en compte les évolutions naturelles que le métier avait vues. Il y avait des dysfonctionnements. Il fallait redistribuer les cartes. La direction d’Ekhoscènes a participé à faire évoluer les choses. 

Vous êtes donc satisfait de la nouvelle architecture de gouvernance ?
Oui. En bonne intelligence, nous avons réussi à la changer. Nous représentons 10 % du conseil d’administration de l’ASTP, et Ekhoscènes 90 %. Aujourd’hui, nous sommes dans un autre rapport, avec la montée en puissance de l’État et de la Ville de paris, et l’entrée des salariés, des organismes de gestion collective. Les relations avec Ekhoscènes se sont apaisées. Désormais, l’ASTP est plus ouverte, plus transparente. Ça s’annonce bien pour la suite. Nous allons tout faire pour accoucher de la réforme des aides.

Vous voulez des aides spécifiques pour les indépendants ?
Oui. Nous avons le droit de réclamer des aides spécifiques pour les indépendants — qui n’ont que leur banque et le droit de tirage pour eux. Je ne suis pas contre les groupes, je suis pour qu’on revoie l’organisation du partage des aides afin qu’il y ait des lignes budgétaires plus importantes pour les indépendants qui n’ont pas de filet de sécurité. 

Quand aboutira cette réforme des aides ?
On est bien parti pour faire voter les choses en décembre avec des dispositifs plus justes, avec l’accent sur l’aide à la diffusion, à l’emploi, à la création. Je suis aussi pour qu’il y ait une aide au déficit, mais seulement pour les entreprises, pas pour les projets. Là, l’ASTP est à la fois l’endroit où apaiser les choses et servir de laboratoire pour le futur. Car il faut s’élever un peu au-dessus de la mêlée pour regarder l’intérêt de la filière. Par exemple, il n’est pas normal que seule la ville de Paris contribue au financement de l’ASTP, les autres grandes villes doivent aussi le faire. Sur ce sujet du financement de l’ASTP, je reste sidéré qu’on n’ait pas encore déplafonné les recettes de la taxe [cette année le plafond est de 8,5 millions d’euros, NLDR]. On devrait d’ailleurs aussi déplafonner les recettes de la taxe qui financent le Centre national de la musique. On a fléché un impôt pour que nos filières se développent, il ne faut pas freiner ni limiter ce développement.

Et les crédits d’impôts ?
On peut se satisfaire que cela ait été remis dans le budget cette année. Mais ça me gêne que des esthétiques comme la danse ne puissent y émarger. Je me battrai pour ça. Et ce qui ne fonctionne pas non plus, ce sont les inégalités de traitement entre la musique et l’humour (crédit d’impôt dès un artiste sur scène) et le théâtre (où il faut être 6 sur scène au moins). Il n’y a aucune raison à cela. Aujourd’hui, tout le monde fait tout, on n’a pas vraiment de raison d’entretenir des différences de traitement entre différentes esthétiques : nous voulons l’égalité de traitement. Pourquoi cela existe-t-il pour l’humour et la musique et pas pour le théâtre ?

Le Centre national de la musique a un nouveau président…
Je suis très heureux des rendez-vous que j’ai eus avec Jean-Baptiste Jourdain [nouveau président, NDLR] qui connaît très bien le secteur. Nous avons de notre côté un discours franc et direct : le rabiotage sur le droit de tirage, cela ne me convient pas. On a touché à ça et on a un peu l’impression qu’on est devenu une variable d’ajustement. Je ne désespère pas de le faire revenir là-dessus. Il ne faut pas toucher au 65 % [jusque-là, le produit de la taxe billetterie du CNM était reversé aux producteurs de live à 65 % et les 35 % restants répartis à toute la filière via les aides sélectives. Ce droit de tirage est passé à 60 %, soit 2,7 millions d’euros en moins]. J’ai des adhérents qui ont besoin de ces droits de tirage, car ils font énormément de développement d’artistes. Ceux qui investissent en plus sur l’émergence, il faut les accompagner. Et sans doute faut-il accompagner davantage les indépendants que les groupes, car ce sont souvent des découvreurs de talents. Concernant les aides sélectives, je pense que le nouveau règlement élaboré est très compliqué. Il faut le simplifier. On doit pouvoir organiser des aides triennales. On connaît les producteurs, certains déposent 30 demandes d’aides. Il faut faire des canaux directs, aller plus vite, plutôt que de redemander à chaque fois les mêmes pièces, etc. 

Votre syndicat représente aussi des producteurs d’humour ?
Oui, cela me tient très à cœur — nous avons 103 producteurs d’humour. Je suis pour qu’on crée une commission création-diffusion particulière pour l’humour avec des producteurs qui savent de quoi ils parlent. C’est un genre en permanence en croissance, et il faut créer les conditions pour que les producteurs se rejoignent. Nous avons créé les Augustes de l’humour à Lille, un énorme succès, et cette manifestation a vocation a être diffusée sur France Télévisions. À partir de 2026, j’aimerais qu’on crée un marché professionnel (stands, showcases) sur 2-3 jours autour de cette manifestation. 

Et le Fonpeps ?
On continue de vouloir que dispositif de soutien à l’emploi du plateau artistique de spectacles vivants diffusés dans des salles de petites jauges (APAJ) soit applicable, dès une personne sur scène et non de 3 personnes comme actuellement. Car nous sommes dans de petites salles. A Avignon, je crois que 900 spectacles ont moins de 3 artistes sur scène. Dans les chiffres, c’est l’aide à l’embauche en CDI ou en CDD dans le secteur du spectacle (AESP) qui mangeait beaucoup des crédits du Fonpeps, avec des postes administratifs qui sont devenus permanents. Or, le Fonpeps est d’abord une aide à l’emploi des artistes et techniciens. Une des solutions pourrait être de limiter l’APAJ aux jauges les plus petites, par exemple pour les salles de moins de 250 personnes (aujourd’hui moins de 500), dès un artiste sur scène. 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°584

Légende photo : Fabrice Roux

Crédit photo : Alexandre Dinaut

Des élus demandent un moratoire, le gouvernement crée un groupe de travail

Infoscènes
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Sleaford Mods

Des parlementaires et maires de grandes villes viennent d’écrire aux ministres de la Santé, de la Transition écologique et de la Culture pour demander un moratoire sur le décret « son » qui vise à limiter les niveaux sonores des spectacles, notamment en plein air. « S’il est basé sur des ambitions vertueuses auxquelles nous souscrivons [ce décret] s’avère aller trop loin dans les restrictions sonores », assurent ces quinze grands élus. « Les valeurs limites stipulées rendent le décret inapplicable pour les spectacles et festivals en plein air ». Et les élus de reprendre les mots de la filière : « Cette réglementation fragilise donc gravement l’exercice même de certaines pratiques musicales, et menace plus largement la tenue de tout événement en extérieur sur l’ensemble du territoire que ce soit dans les grandes agglomérations ou les territoires ruraux. » Pour Ekhoscènes, ou encore le Syndicat de musiques actuelles, il devient d’autant plus urgent que la saison des festivals a débuté. 

Appuyer sur pause
Le moratoire, espèrent-ils, pourrait s’appliquer pour l’été, afin de trouver calmement des conditions d’amélioration du décret. Au Printemps de Bourges, Rachida Dati avait annoncé qu’« une nouvelle étape importante sera franchie à la fin du mois d’avril [avec la réunion] des ministères concernés pour s’accorder sur un assouplissement de la réglementation, en particulier sur les niveaux d’émergence ». 
Dans leur courrier, les élus rappellent tout le travail de la filière déjà réalisé en vue de la future application de la loi en 2023. Ainsi, l’association Agi-Son a patiemment testé l’application technique du décret, sur le terrain, avec une expérimentation de grande ampleur lors du festival Marsatac (Marseille).  Mais les résultats constatés montrent « l’inapplicabilité du décret et de son arrêté, malgré la mise en œuvre de nombreuses mesures préventives techniques ». 
En réponse, le gouvernement  vient d’annoncer la création d’un « groupe de travail technique avec les professionnels concernés », placé sous l’égide du ministère de la Culture, et chargé « d’identifier d’ici le 31 octobre prochain des propositions alternatives » afin de trouver des dispositions « techniquement plus facilement applicables. »  

Jérôme Vallette 

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°584

Légende photo :  Sleaford Mods au festival Levitation 2024 (Angers)

Crédit photo : Eric Deguin