Aller au contenu principal

Infoscènes

De la solidarité en temps de crise

Infoscènes
Image
Yvann Alexandre

Qui Vive ! implique 24 lieux et 62 équipes artistiques durant trois mois en réponse  aux coupes budgétaires de la Région Pays de la Loire.  

L’opération est sans doute inédite à l’échelle d’une métropole. Pendant un trimestre, 24 lieux culturels associés expérimentent une nouvelle forme de coopération « par la mise en commun de leurs moyens d’action dans un contexte de fragilisation économique de la culture, afin de soutenir et de valoriser la richesse de l’écosystème culturel local », expliquent les promoteurs de ce projet. Parmi eux, Yvann Alexandre dirige le Théâtre Francine-Vasse – Les Laboratoires vivants, qui est chargé de la coordination de cette expérimentation intitulée « Qui vive ! ». 

L’idée remonte au mois de février 2025, quelques semaines après l’annonce  par la Région Pays de la Loire de l’arrêt d’un très grand nombre de dispositifs finançant les projets culturels (création, festivals, résidences, etc.).  « On s’est tous réunis, artistes et lieux, pour se demander comment nous allions affronter la situation et ce qui était  possible à notre échelle, se souvient Yvann Alexandre. Les coupes budgétaires étaient énormes, les perspectives de  création et de diffusion s’amenuisaient considérablement et la Ville, bien que  très engagée, n’allait pas pouvoir combler toutes les pertes. » Surtout, assure-t-il, « nous ne voulions pas subir cette situation ». Dès lors s’est engagé un processus de collecte d’informations, complété par des « appels solidaires » auprès des équipes artistiques et des lieux.  Il s’agissait d’identifier les projets  en difficulté, les résidences non  financées, les tournées inabouties,  les créations qui pourraient ne pas  voir le jour.

[...] Lire la suite dans La Scène n°119 - Décembre 2025

Par Cyrille Planson

Légende photo : Yvann Alexandre, directeur  du Théâtre Francine-Vasse –  Les Laboratoires vivants

Crédit photo : Mathilde Guiho

Contrats de cession : jusqu’où négocier ?

Infoscènes
Image
Claire Guieze

Si les critères de négociation des contrats de cession sont parfois subjectifs, certaines lignes rouges  ne peuvent être franchies. 

Dans un contexte de raréfaction des financements publics, la négociation des contrats de cession cristallise plus que jamais les tensions. Tout se joue sur une étroite ligne de crête, entre la nécessité pour les lieux de diffusion de sauvegarder leur volume d’activité et le besoin des compagnies d’assurer leur viabilité économique. Or, dans un secteur fragilisé par la crise, cet équilibre devient chaque année plus difficile à maintenir. Pour tenter d’instaurer un cadre équitable, le Syndeac  a élaboré, en février 2025, une charte des bonnes pratiques entre les établissements culturels et les équipes artistiques. Le texte rappelle un principe essentiel : « Aucun contrat de cession  ne doit être conclu en dessous du coût  de plateau afin que le producteur ne joue jamais à perte. » 

Selon Claire Guièze, coprésidente du Syndeac, cette démarche collective « permet, dans une période de tension extrême, à tous les adhérents de regarder ensemble dans la même direction. » Ancienne chargée de production, elle défend un coût de plateau correspondant à « un spectacle en ordre de marche » intégrant non seulement les dépenses artistiques et techniques, les consommables, mais aussi les frais de fonctionnement  (salaires de production, diffusion, communication, comptabilité, etc.).  « L’objectif est de garantir que la compagnie puisse couvrir ses charges et dégager une marge supplémentaire pour son développement ». 

[...] Lire la suite dans La Scène n°119 - Décembre 2025

Par Arzelle Caron

Légende photo : Claire Guièze, coprésidente du Syndeac

Crédit photo : Eric Deguin

Artistes, qu’attendez-vous des retours des professionnels ?

Infoscènes
Image
Fuuu, compagnie Titanos

Ce n’est pas tant la forme des retours qui interroge  les artistes, mais plutôt  la manière d’en obtenir. Ceux que nous avons rencontrés en manque cruellement.

Discuter avec de potentiels diffuseurs de visu, en visio, au téléphone, par e-mail… La manière importe peu pour les artistes que nous avons questionnés, car toutes et tous disent à quel point ils sont en déficit de  retours. À une précision près : « Le dialogue est très articulé avec les partenaires en production », selon Maïanne Barthès, associée à la Comédie de Saint-Étienne et dont la dernière création en date, Mélancolikea, a été accompagnée aussi par la Comédie de Valence et Les Célestins–théâtre de Lyon. « Les échanges ont été précieux, longs, constructifs,  critiques. Parfois, des doutes ont été émis sur des points précis et j’ai choisi de  modifier ou pas ce qui avait été soulevé. » Mais hors de ce cadre privilégié, elle reconnaît que, notamment au tout  début de sa carrière, elle a fait « face à des retours très intrusifs, déstabilisants, voire violents ». Une programmatrice lui a même conseillé, à l’oral, et « gentiment » d’arrêter sa carrière. « J’étais très soutenue par ailleurs, mais ça aurait pu être bloquant. »

Début de carrière ou pas, Pierre Galotte, codirecteur de la compagnie des arts de la rue Titanos, à Nancy, constate que ce n’est toujours pas  évident d’avoir des retours, pour des raisons pratico-pratiques dans un premier temps. En juin, à Sotteville-lès-Rouen, avec ses camarades, ils ont créé Fuuu. Trois heures de démise sont  nécessaires à la fin du spectacle, donc « quand on sort de scène, on ne peut pas aller voir les pros, c’est speed, et à la fin du festival, on se croise à la fête mais on ne parle plus vraiment boulot ». 

[...] Lire la suite dans La Scène n°119 - Décembre 2025

Par Nadja Pobel

Légende photo : Fuuu, compagnie Titanos

Crédit photo : Baptiste Cozzupuli

Scène nationale de beauvais : une nomination qui a du mal à passer

Infoscènes
Image
Scène nationale de beauvais

La nomination d’Emma Buttin, conseillère spectacle vivant de Rachida Dati, à la tête du Théâtre du Beauvaisis, scène nationale, a notamment entraîné la démission de l’ensemble des membres associés de l’association de gestion du théâtre.

Le 1er octobre, la présidente de l’association gestionnaire et son vice-président ont démissionné le lendemain de l’annonce au conseil d’administration de la nomination d’Emma Buttin. Depuis, huit autres membres de l’association Comité de gestion du Théâtre du Beauvaisis (CGTB) ont claqué la porte, le 28 octobre. 

Rififi au CGTB
Suite à la démission de sa présidente, le CGTB avait délégué à une présidence transitoire d’organiser une assemblée générale. Les membres associés ont présenté deux candidats, mais une troisième candidature a été déposée la veille de l’AG, cette dernière a été « expressément initiée par le DRAC» (Le Parisien, le 29 octobre), disent-ils.

Ce candidat, c’est Bruno Ory-Lavollée, voisin de Compiègne où il pilote le Festival des Forêts, mais surtout ancien directeur général de la Comédie-Française puis de l’Adami. « Ma candidature a le sens de la contribution à la continuité du service public dans les Hauts-de-France », nous a-t-il expliqué. « Elle était destinée à permettre une transition de se faire afin d’éviter un vide de gouvernance. C’était une candidature au conseil d’administration, à l’exclusion de la présidence. » Au sein du CGTB, 10 membres associés et 15 représentants des tutelles, membres de droit (État, région, département et agglomération). Ces derniers ne peuvent pas piloter l’association. En revanche, le jury de candidatures était lui composé de 5 représentants des tutelles, et 2 de la CGTB. 

Quatre noms dans la short-list
« Ce qui m’interroge le plus c’est qu’Emma Buttin était en poste au cabinet quand elle a candidaté », s’étonne Xavier Croci, actuel directeur de la scène nationale. « Le jury n’est donc pas complètement indépendant, deux personnes étant sous l’autorité de leur tutelle : la représentante de la DGCA et le DRAC. » Si l’expérience d’Emma Buttin est, dit-il, « respectable, elle n’a jamais été directrice ou sous-directrice d’une scène nationale. » Dans la short-list, on trouvait Mehdi Britt (chef du service spectacle vivant de la région Île-de-France), Joséfa Gallardo (directrice de La Rampe La ponatiere, Scène conventionnée danse et musiques à Échirolles), et Stephanie Féret (directrice adjointe, secrétaire générale du théâtre du Beauvaisis). Maïté Pinsard Rivière, devenue directrice du Théâtre de Lisieux en septembre, s’est retirée en cours de recrutement. Selon Xavier Croci, « à Beauvais, toutes les étoiles politiques étaient alignées, avec Caroline Cayeux (DVD), présidente de l’agglomération et principal financeur du théâtre), Xavier Bertrand (LR), président de la Région Hauts-de-France, et le maire Franck Pia (UDI) ». Il nous assure avoir interrogé la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), sur le cas de la conseillère ministérielle, sollicité le procureur de la République et le défenseur des droits.

Selon un fin connaisseur de ces situations, le problème est dans le statut de la structure. « C’est une scène nationale financée à 80 % par les fonds publics, en réalité c’est un établissement public. Donc ce sont les collectivités qui font la loi. » En 2020, la Chambre régionale des comptes considérait : « en effet, que l’association actuelle, regroupement de personnes privées se cooptant entre elles, n’est plus adaptée pour gérer et animer un équipement culturel largement financé sur fonds publics et à rayonnement intercommunal, ainsi que le service public qui y est attaché. Elle recommande d’engager [...] une réflexion sur l’évolution du statut vers celui d’un établissement public de coopération culturelle. » 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°592

Crédit photo : D. R.

AJC : « Engagés dans un artisanat musical de proximité »

Infoscènes
Image
AJC

Les prochaines rencontres AJC (Association Jazzé Croisé) auront lieu du 1er au 3 décembre à Paris et à Pantin. Antoine Bos, délégué général d’AJC, en détaille quelques enjeux. 

Certains des 95 membres d’AJC sont-ils menacés ?
Oui, certains font face à des pressions politiques locales, mais ce serait délicat de les nommer ici. De petits lieux ont un budget de 40 000 à 50 000 euros pour 15 à 20 concerts par saison et de l’action culturelle. Ils vivent de micro-subventions, souvent municipales. Les prochaines élections sont un enjeu important. 5 ou 10 000 euros de baisse cela peut signifier la fin d’un projet. Il y a eu des exemples récents avec la disparition de deux de nos adhérents : le Jazz-Club de Dunkerque ou le Comptoir Halle Roublot de Fontenay-sous-Bois.

Quels futurs chantiers seront abordés lors de votre assemblée générale ?
Trois projets se concrétisent. Le premier est la création d’un poste de coordination de tournée. Nous dressons le constat que de plus en plus de structures doivent accompagner les artistes qu’elles accueillent, car ils n’ont pas toujours d’entourage professionnel. Nous faciliterons la mise en relation et nous optimiserons le déroulement des tournées afin de mieux diffuser des projets tout en réduisant les frais d’approche. Nous l’avons testé en interne avec succès pour le groupe réunionnais Sėlēnę, lauréat de notre tremplin Jazz Migration. Nous lancerons également un programme de mentorat pour les nouvelles ou petites structures de diffusion, ainsi que le dispositif AJC Connect, qui permettra des échanges de personnels et du partage de compétences entre nos membres.

Trois fédérations et trois chercheurs sont invités lors de ces rencontres AJC.
Les trois chercheurs évoqueront plusieurs grands enjeux, comme l’engagement militant, l’habitabilité ou cette dissension entre industrie et artisanat. Nous avons également convié la FAMDT pour le champ des musiques traditionnelles, Zone franche pour celui des musiques du monde et la Fedelima pour les musiques actuelles. Ensemble, nous affirmons une autre voie dans ce secteur musical de plus en plus dominé par l’industrie. Nos adhérents sont engagés dans un artisanat musical de proximité. Nos rencontres sont un point de ralliement pour notre réseau, alors que beaucoup de nos membres traversent des temps incertains.

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°592

Crédit photo : Antoine Vincens de Tapol

Avignon off Harold David nommé directeur délégué d’Avignon Festival & Compagnies

Infoscènes
Image
Harold David

Il n’y avait plus de directeur délégué de l’association organisatrice du Off d’Avignon depuis 2022 et l’arrivée à la coprésidence d’Harold David et de Laurent Domingos. Un poste pourtant prévu dans les statuts. 

Après un long processus de recrutement lancé en juin dernier, et qui a débouché sur une vingtaine de candidatures et 5 à 6 personnes retenues en short-list, Harold David a été sélectionné pour le poste de directeur délégué d’Avignon Festival & Compagnies. Sa nomination a été actée en conseil d’administration, le 7 octobre, et il a pris ses fonctions le 3 novembre. 

Bientôt des élections

Conséquence, AF&C va devoir procéder à des élections pour renouveler sa présidence. « J’ai dû logiquement démissionner de mes fonctions», précise Harold David. « La gouvernance transitoire, qui se met en place en cas de vacance d’un poste, est maintenant assurée par les vice-présidents Sophie-Anne Lecesne (6'Thèmes Théâtre) et Laurent Rochu (directeur de la Factory) ». L’élection devrait avoir lieu après l’assemblée générale ordinaire du 15 décembre prochain. Et elle a son importance, car en 2026 le festival Off fête ses 60 ans, et AF&C ses 20 ans. Avec un autre défi à relever : faire mieux ou aussi bien que l’excellente édition 2025. La tenue d’élections ouvre une autre séquence délicate à 8 mois de l’édition 2026.

Pour Harold David, le choix de postuler « s’inscrit dans la continuité de [son] engagement associatif auprès d’AF&C. » Et il est de taille, puisque lorsqu’il a été nommé coprésident avec Laurent Domingos en 2022, ils ont assuré de fait, en sus de la présidence bénévole, la direction déléguée de l’association. « Nous avions été élus dans ce contexte, très tendu, où l’ex-directrice était partie à notre arrivée, et au milieu d’une crise de gouvernance, détaille-t-il. Au bout de trois ans, je ne voyais pas comment continuer dans ces conditions », poursuit le nouveau directeur délégué qui avait donc demandé « que soit mis en place ce recrutement qui est une obligation statutaire. J’estimais qu’il fallait que ça change dans le fonctionnement. » Sa candidature ? « C’est un cheminement personnel : j’avais envie de continuer à être dans l’opérationnel. J’ai fait le tour de la coprésidence. Et, de plus, cela fait 6 ans que je suis impliqué dans les instances élues de l’association. » Désormais, Harold David devra s’habituer à une fonction moins politique afin de parler au bon endroit. « C’est effectivement une gymnastique intellectuelle », sourit-il.  J. V.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°592

Crédit photo : D. R.

Baromètres : des festivals toujours aussi fragiles

Infoscènes
Image
m(h)aol

Plusieurs festivals ont décidé de ne pas avoir lieu l’année prochaine, comme Au Foin de la rue (Mayenne) ou Lollapalooza (Paris). Le premier pour repenser son modèle, le second faute de têtes d’affiches étrangères en tournée. Qu’il s’agisse de ce festival indépendant ou de la déclinaison portée par la multinationale Live Nation, nombre d’événements rencontre d’importantes difficultés, comme le note le Centre national de la musique (CNM), qui présentait mi-octobre un bilan anticipé de la saison festivalière, à l’occasion du MaMA, basé sur 469 événements de musiques actuelles se déroulant de janvier à août 2025. Si bien que 4 % de ceux-ci, soit 18 festivals, n’auront pas lieu en 2026, sans que l’on en connaisse la typologie. « Des festivals meurent dans le silence absolu », relève Lisa Bélangeon, directrice d’Au Foin de la rue.

Situation financière
Pour plus de la moitié des festivals étudiés, les dépenses techniques et artistiques ont augmenté (sécurité, assurance, hébergement, cachets…). Alors que les subventions publiques sont globalement en baisse. Le CNM relève que 80 % des festivals rencontrent des difficultés financières et 36 % sont déficitaires à l’issue de leur édition 2025. De son côté, le Syndicat des musiques actuelles – qui représente des événements de taille moyenne – indique que la moitié de ses festivals adhérents ont connu une édition 2025 déficitaire. Un passif financier passé en un an de 75 000 à 108 000 euros en moyenne… Les manifestations tentent de trouver des solutions.
Par exemple, en réduisant le nombre de concerts ou de scènes, ou au contraire en ajoutant un jour, comme les Eurockéennnes de Belfort, « à la recherche d’un public additionnel qui ne venait pas ou plus », explique son directeur Jean-Paul Roland. Le Festi’Val de Marne a, cette année, mis fin à sa tarification unique. Afin de générer de la trésorerie, jamais les premières annonces de programmation (et mises en vente de billets) n’ont eu lieu aussi tôt, soit début octobre. Cette enquête annuelle est menée par le ministère de la Culture, le CNM, avec les organisations professionnelles Ekhoscènes, SMA et France Festivals. Son intégralité sera publiée dans quelques jours. 

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°591

Crédit photo : Éric Deguin

Festival Opéra mon amour : « une programmation lyrique mais une ambiance de musiques actuelles »

Infoscènes
Image
Charlotte Goupille-Lebret

Charlotte Goupille-Lebret, régisseuse de production et créatrice du podcast « Opéra mon amour », lance un festival lyrique du même nom (du 7 au 9 août 2026) dans le petit village de Villeberny (Côte-d’Or), pour y présenter de nouveaux formats. 

Pourquoi votre podcast « Opéra mon amour » devient-il un festival ?
Il y a 4 ans j’ai commencé ce podcast, qui rassemble aujourd’hui une grande communauté de gens qui travaillent dans le milieu du spectacle vivant, des techniciens, des artistes… Et pas mal de jeunes animés de la même ambition de démocratiser la musique classique, l’art lyrique et de montrer que cela peut être drôle, détendu, surprenant. Avec ce festival, nous souhaitons donner un espace et une scène à tous ces gens et à cette vision.

Pourquoi avez-vous choisi Villeberny ?
Nous organisons ce festival avec Coline Infante, soprano et médiatrice culturelle (notamment à la Philharmonie de Paris), et Aristide Bordet, régisseur général de théâtre et de musique, qui lui est originaire de ce village de 90 habitants en pleine campagne, en Bourgogne. Le village est petit, mais il se situe dans une communauté de communes qui travaille la question de l’accès à la culture et finance de nombreux projets avec les jeunes. Dans ce festival, nous voulons que personne ne soit oublié, et qu’il y ait une grosse réflexion sur la médiation culturelle. Mais nous espérons attirer largement au-delà de ce territoire, car ça n’existe pas un festival lyrique axé sur des formats décalés comme nous le proposons. Ma communauté sur les réseaux sociaux est déjà prête à venir, à aider, à se produire…

Quels sont vos ressources ?
Nous avons commencé avec des dons de particuliers (helloasso.com/ associations/opera-mon-amour/), nous recherchons aussi du mécénat d’entreprises, nous sommes en lien avec la communauté de communes, le département et nous avons répondu plusieurs appels à projets de fondations. Par ailleurs, nous espérons être suivis par des partenaires comme Audiens, l’Afdas, Thalie Santé, car nous allons mettre en relation notre communauté, constituée de jeunes professionnels qui démarrent dans le spectacle vivant, avec des partenaires afin qu’ils s’informent davantage sur leurs carrières, les aides qu’ils peuvent avoir, etc. Ce sera aussi un rendez-vous professionnel.

Quel sera votre budget pour cette première édition ?
Opéra mon amour aura lieu sur trois jours, du 7 au 9 août 2026. Notre ambition est de finaliser un budget entre 30 000 et 40 000 euros, mais avec des paliers qui nous permettront, par exemple, d’assurer dès 5 000 euros, au moins une journée de festival. Notre idée est d’être très impliqués sur le territoire, de faire avec les gens qui sont là, de s’intégrer localement aussi avec les entreprises, et de faire des actions de médiation toute l’année. Notre équipe sera accompagnée par cinq étudiantes du master Management du tourisme et de la culture de l’université de Bourgogne à Dijon, qui vont travailler sur le mécénat. Et puis, les habitants de Villeberny sont déjà parmi les bénévoles. 

Et la singularité de ce festival ?
C’est une histoire de formats. J’ai envie que ce soit l’ambiance d’un festival de musiques actuelles, mais sur une programmation lyrique. On pourra boire une bière en regardant un opéra sur un écran géant, chanter un opéra en karaoké, il y a aura une programmation jeune public pour les familles, des programmations plus cools et modulables. Loin du concert lyrique où on écoute assis en rang. L’opéra a toujours été quelque chose de populaire, mais depuis une cinquantaine d’années nous avons un peu oublié ça. Et je trouve que cela doit se partager de manière plus informelle. Et c’est très chouette de réfléchir à des formats différents, plus détendus, de vivre quelque chose de plus immersif. C’est toute l’idée de mon podcast, qui est de montrer qu’il y a plein d’angles d’approche de l’opéra différents et singuliers, et notamment en mélangeant les arts les uns avec les autres, comme des reprises rock d’opéras classiques. 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°591

Crédit photo : D. R.

Budget 2026 : création et éducation à la culture sérieusement impactées

Infoscènes
Image
assemblée nationale

Si les débats sur le projet de loi de finances pour 2026 vont à leur terme, le ministère de la Culture connaîtra un budget nettement en baisse par rapport à 2024. Le programme 131 perdrait 34 millions d’euros. L’EAC chuterait de 13 %.

Dans la copie du gouvernement, la Rue de Valois disposera de 3,75 milliards d’euros de crédits de paiement contre 3,92 milliards en 2024, soit une baisse de 4,3 %. C’est ce à quoi s’attendaient les organisations professionnelles, les plafonds de crédits ayant été révélés au cours de l’été.

Fortunes diverses
Au sein de la Rue de Valois, les fortunes sont diverses. Le secteur de la création (Programme 131) perd même 34 millions d’euros, soit -3,25 %. Dans les lignes de ce programme, -3,7 % pour le « soutien à la création, à la production et à la diffusion du spectacle vivant » et -7% pour le « soutien à l'emploi et structurations des professions. » Sur ce « 131 », si les dépenses de fonctionnement progressent de 3,25 %, celles d’investissement chutent de 15,6 %. Toutefois, « quand on voit ce que prennent les autres secteurs, 3,2 % de moins sur le programme 131 (Création), et 4,9 % sur le 361 (Transmission des savoirs et démocratisation de la culture), on se dit, fataliste, que ce n’est pas si mal », tempère gravement une experte des budgets. En effet, la seule mission Patrimoine perd 8,5 %. Et, mêmes réduits, les programmes de soutien se poursuivent. Mais la chute est dure pour le programme 361 « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » qui recule de 4,9 % en crédits de paiement. En son sein, la ligne « soutien à la démocratisation et à l'éducation artistique et culturelle » chute de 13 %. Une hécatombe ajoutée aux coupes des collectivités locales.

Réformes douloureuses
Dans ses objectifs, le ministère met en avant deux réformes. D’abord celle, épineuse, du Fonds national pour l’emploi dans le spectacle (Fonpeps) qui « est appelé à évoluer pour concilier les objectifs de soutien et d’insertion dans l’emploi avec les impératifs de soutenabilité financière ». Mais dans les comptes, le budget réserve seulement 35 millions d’euros à ce guichet d’aides à l’emploi, alors que, sous sa forme actuelle, il en consomme entre 55 millions et 60 millions d’euros. Le décret exposant ses nouveaux mécanismes n’est pas encore révélé, mais cette somme augure une réduction de la voilure redoutée par les professionnels. Dans le programme 361, nous vous l’avions annoncé (La Lettre du spectacle, le 17 octobre), la SAS Pass Culture devient un opérateur le 1er janvier. Du côté de ses moyens, la voilure est considérablement réduite : elle passe de 210 millions d’euros en 2025 à 127,5 millions pour la part individuelle. La part collective (ministère de l’Éducation nationale) passe à 61,8 millions d’euros contre 72 millions prévus en 2025, réduits à 65,2 millions en cours d’année. Reste « la consolidation » du plan Mieux produire, mieux diffuser (MPMD), qui se manifeste par 15 millions d’euros inscrits contre 9 millions en 2024 et 12 millions disponibles en 2025.

Opérateurs à la diète
Si le ministère assure qu’avec plus de 364,5 millions d’euros « les moyens des opérateurs nationaux de la création restent confortés en 2026, notamment pour assurer la préservation des marges artistiques », certains sont mis à contribution, comme le Centre national de la musique (lire page 2) qui perd 7 millions de subventions. Les dotations des opérateurs « sont en baisse de -2,08 millions d’euros » reconnaît cependant le ministère, qui les aussi réparties entre l’Opéra national de Paris (1 million d’euros), la Philharmonie de Paris (1 million d’euros), la Comédie-Française (750 000 euros), l’établissement public du Parc et de la Grande Halle de la Villette (500 000 euros) et le théâtre national de Chaillot  (150 000 euros). Deux hausses sont à observer, pour le Théâtre national de l’Odéon (600 000 euros) et celui de Strasbourg (220 000 euros). Au Parlement, les amendements sont déjà prêts à inverser la tendance particulièrement sur le Fonpeps et le CNM. Avant que la discussion ne se penche sur les dépenses afin de tenter de relever les fonds à la création.  

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°591

Crédit photo : D. R.

Thierry Teboul (Afdas) : « Nous rentrons dans une période compliquée »

Infoscènes
Image
Thierry Teboul 

Le directeur général de l’Afdas évoque des perspectives délicates pour l’opérateur de compétences en 2025 et le besoin d’être créatif pour pallier des fonds publics en baisse et des besoins de formation en hausse. Propos recueillis par Jérôme Vallette

2024 a-t-elle été une bonne année pour l’AFDAS ?
C’est, en tous les cas, une année qui est conforme aux tendances : l’augmentation du nombre d’apprentis, y compris dans le spectacle vivant, et avec de plus en plus d’adéquation entre ce que l’offre de formation permet et la façon dont les employeurs peuvent recruter des apprentis. L’alternance se développe dans notre secteur, c’est un sujet intéressant sur des métiers rares, et les organismes de formation comprennent que s’ils veulent faire de l’alternance ils doivent s’adapter.

Et les perspectives pour les années suivantes ?
L’année 2025 annonce de vraies difficultés sur le sujet avec une forme de déremboursement de l’apprentissage. Quand on retombe, après les aides Covid et post-Covid, au niveau de financement de droit commun, et c’est moins facile. Ensuite, il y a une tendance qualitative sur les formations. On voit apparaître de vrais sujets sur le management, particulièrement dans le spectacle vivant, avec un vrai questionnement : c’est quoi se former au management dans nos organisations ?

D’autant que les modèles semblent bouger…
Oui, sur les grandes mutations économiques et sociales, nous sentons qu’il y a la volonté de se poser deux secondes, de passer de la phase de sensibilisation à une vraie phase d’action. Deux sujets touchent en particulier le spectacle vivant : l’intelligence artificielle générative, qui impacte aussi des métiers du spectacle, comme la billetterie. Et l’immersif, dans un spectacle vivant, augmenté, qui nécessite de nouvelles compétences. Ce sont des orientations pour plusieurs années. Mais il y a par ailleurs un gros sujet sur les modèles économiques du spectacle vivant. On voit que le désengagement de l’État nécessite de revoir les modèles, de réfléchir à de nouvelles formes de commercialisation, de nouveaux fonds pour financer ses événements, par exemple. Et ce sont de nouveaux sujets de formation, par exemple pour les professionnels des festivals. 

Cela impacte votre activité ?
Oui, avec une baisse des subventions de l’État à la formation, qui a soutenu le secteur dans la crise et dans sa reprise, et qui nous demande de fonctionner plus sur nos fonds propres que sur des aides conditionnalisées. Cela devient compliqué de trouver un équilibre entre nos capacités de financement et les demandes croissantes du secteur. Car il y a une explosion des demandes de formation des intermittents du spectacle (entre 20 et 30 % en 2024 et 2025) et des artistes-auteurs. Et aujourd’hui, nous n’avons pas les ressources qui permettraient de faire face à toutes ces demandes. Nous allons rentrer dans un cycle de régulation qui va nous obliger à prendre des mesures un peu radicales, toutes choses égales par ailleurs, soit avec autant de gens en formation, mais un peu moins de temps de formation, soit en régulant un peu les dispositifs en travaillant sur les conditions d’accès. 

Comment analysez-vous cette forte demande ?
S’il y a un peu moins de travail, cela réinterroge chacun sur ses besoins pour rester employable sur un marché qui évolue vite. On voit que les aides aux productions commencent à baisser dans le spectacle. Les intermittents le sentent. Et, paradoxalement, ce n’est pas quand les choses vont bien que l’on se forme. 

Est-ce inquiétant ?
Nous rentrons dans une période compliquée. Nous sommes au bout d’un cycle, mais il faut être créatif : il y a plein d’opportunités de changer la manière de se former, de construire les programmes de formation, voire de les financer. Mais je suis inquiet de l’amalgame qui peut être fait entre notre utilité politique et sociale et le fait qu’on puisse nous remplacer par une structure guichet. 

Pourquoi ?
La valeur ajoutée de l’Afdas n’est pas dans sa fonction de guichet, mais dans le conseil qui est essentiel. Nous ne sommes pas qu’un banquier de la formation. Et ça, désormais, nous devons le démontrer tous les jours. Il y a quand même une vigilance à avoir. Posons-nous plutôt la question, dans ce moment de concours Lépine pour supprimer des opérateurs : si l’Afdas n’existait pas, que se passerait-il ? Car nous servons réellement à quelque chose dans la chaîne de valeur. De fait, nous travaillons sur l’offre de service. Si nous ne sommes plus capables de financer à hauteur de ce qu’on faisait, c’est essentiel.  Nous ne sommes plus dans une phase de croissance. Mais nous avons plein de possibilités. L’hybridation des programmes de formation constituera un des moyens majeurs pour essayer de compenser une baisse ou une stagnation de nos ressources. Et nous avons déjà des expériences concluantes. 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°590

Crédit photo : Moland Fengkov