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Financements : la Fondation Adami se développe

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FondationAdami

Le Prix Adami de l’artiste citoyen – remis le 28 septembre dernier – sera désormais décerné par la Fondation Adami pour l’artiste citoyen.

Anne Bouvier, présidente de la société de gestion collective, expose : « Nous aidions chaque année un projet soutenu par un artiste, notre souhait est d’en appuyer davantage grâce à cette fondation centrée sur les questions de citoyenneté. Bruno Boutleux, ancien directeur général de l’Adami, y tenait beaucoup. Nous constatons chez certains artistes un vrai désir de s’engager, souvent discrètement et dans le domaine médical, parfois pour des raisons très personnelles. Nous soutiendrons également des projets dans d’autres domaines. »
La Fondation Adami pour l’artiste citoyen a été créée en 2025. Elle est présidée par Natalie Boyer. « Durant un an et demi, la Fondation était dans un état embryonnaire, il a fallu définir ses statuts et son mode de fonctionnement, en accord avec la Fondation de France, qui l’abrite et garantit ainsi une réelle transparence pour ses donateurs », explique l’actrice, qui fut juriste.

Six lauréats ont été choisis et aidés en 2025 
Outre sa présidente, Bruno Boutleux et Anne Bouvier, le comité exécutif de la Fondation comprend trois autres membres issus du conseil d’administration de l’Adami. Il compte également trois personnalités qualifiées : Jean-François Corty (président de Médecins du monde), Thibaut Bruttin (secrétaire général de Reporter Sans frontières) et Bruno Solo (notamment parrain de la Fondation Perce-Neige). Chacun et chacune ont formulé des propositions. Six lauréats ont été choisis et aidés en 2025 (à hauteur de 10 000 euros environ), quatre cette année. Il s’agit de Nathalie Mann (Mouvement d’intermittents d’aide aux autres), Cali (Itinéraire Bis Prod), Warren Elis (Jakarta Animal Aid Network) et Bruno Debrandt (Conseil animalier des productions artistiques).
Les projets qu’ils défendent seront eux aussi soutenus financièrement par la Fondation. L’Adami a financé à hauteur de 250 000 euros la Fondation, qui doit désormais trouver des mécènes pour voler de ses propres ailes.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°612

Légende photo : Nathalie Boyer, présidente de la Fondation, et Guillaume de Tonquédec, récipiendaire du Prix 2026
Crédit photo : Thomas Bartel

Opéra-Comique : Sylvie Balestra chorégraphie les gestes des derniers cintriers du théâtre

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Sylvie Balestra

Dès le 19 octobre, la chorégraphe Sylvie Balestra commencera le travail avec les élèves du master interprète et notation Laban du CNSMDP… 

Mission menée tambour battant, car la restauration en cours de la salle Favart avance et, avec l’informatisation, le savoir des cintriers va disparaître. C’est la mémoire de ce métier que la direction de l’Opéra-Comique a demandé à la chorégraphe-anthropologue de sauver. Elle dit même : « Il s’agit de faire entrer les gestes des cintres au répertoire de l’Opéra-Comique ! » 
Ces techniciens qui œuvrent à 15 mètres du sol – « un bon cintrier ne doit pas avoir besoin de descendre », disent-ils –, et sans qui, comme ils ajoutent, « le rideau ne se lèverait pas », possèdent un savoir et des traditions qui ne vont pas survivre à l’informatisation. Pas de nostalgie, la pénibilité et le danger avant même l’efficacité justifient ces changements, mais perdre ces savoirs, c’est aussi une perte de sensibilité, explique Sylvie Balestra.

Une longue recherche
La chorégraphe pensait pourtant en avoir fini avec cette recherche engagée en 2010, dans une aciérie de Fumel (Lot-et-Garonne), poursuivie dans une briqueterie puis après des spectacles (Pièce ébauchée – 2014), continuée avec les gestes des infirmiers (Care – 2015), et qui était devenue un corpus sur l’engagement du corps, la technicité du mouvement, l’appréhension de la dimension culturelle et politique du geste. Regroupé dans une démarche, l’Encyclopédie du geste au travail, cela prend la forme de conférences dansées. 
En 2021, c’est autour de la rénovation d’un théâtre, à Bordeaux, que Sylvie Balestra engage une recherche qui donne lieu, en 2025, à Avignon, à une présentation durant les 7es Rencontres Culture ; Arts/Travail. La directrice adjointe de l’Opéra-Comique, Irène Basilis, présente, comprend l’enjeu. Commande est passée, la collecte des gestes débute en janvier 2026. En juin 2026, les cintres ont disparu, mais les notatrices Laban (technique de notation du mouvement inventé par Rudolf Laban) sont à l’œuvre ; photographe et vidéastes également et un texte écrit. La première partie de la commande est honorée. Maintenant commence la seconde : à partir de ces étudiants au Conservatoire national, qui vont travailler cette matière, la faire entrer dans le corps des danseurs, étudier comment « le réel peut venir investir la création de la danse » comme le dit Sylvie Balestra, jusqu’à devenir la matière, les 26 et 27 mars, d’une nouvelle conférence dansée à l’Opéra-Comique : Chorégraphier les gestes des cintriers… Et quelque chose du métier des cintriers de l’Opéra-Comique sera devenu répertoire autant que création. 

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°612

Légende photo : Sylvie Balestra et un cintrier de l’Opéra-Comique
Crédit photo : Nicolas Godin

Paul Rondin : « Nous avons accueilli 600 artistes en résidence en trois ans »

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Rondin

Inaugurée il y a trois ans, la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts (Aisne) programme théâtre, humour, musique et des résidences de création. Son directeur, Paul Rondin, son directeur, explique l’articulation de ces événements. 

Comment envisagez-vous le spectacle vivant ?
C’est un élément extrêmement important à la Cité internationale de la langue française. Il est comme un autre, parce que nous sommes sur un principe d’égalité des genres, mais extrêmement important parce que c’est le moyen de voir la langue incarnée par des gens du monde entier. C’est la société internationale de la langue française, des langues françaises en réalité. Notre programmation spectacle va chercher dans le monde francophone, car on ne dit pas la langue française de la même manière quand on vient de Québec, de Kinshasa ou de Phnom Penh.

L’objectif est de réunir toutes « ces langues françaises » ?
Oui, c’est ce drôle de pluriel. Cela peut sembler étrange, mais c’est vraiment ça. On voit que la langue française va très bien, qu’elle appartient au monde. Les artistes s’en emparent, l’augmentent, la tordent. Et c’est ça qui crée de l’art, qui crée de la curiosité chez les spectateurs. Et nous avons absolument besoin de spectacles vivants pour ça.

Et vos espaces de diffusion ?
Nous avons une salle de spectacle entièrement modulable où l’on peut faire soit des concerts debout, soit la mettre en gradin de 230 places avec un plateau équipé. C’est notre lieu pour des spectacles qui ont besoin d’une boîte noire. Les autres espaces sont tous les extérieurs : l’intérêt de notre site est d’avoir une immense cour où l’on peut faire des grands concerts, comme avec Camélia Jordana, Hervé, ou les Wampas. Nous avons une seconde cour où on a pu jouer du Molière sur des tréteaux. Et un parc dans lequel nous avons eu de très grands concerts, comme avec Zaho de Sagazan.

Avez-vous un fil conducteur ?
Nous éditorialisons d’abord puis nous mettons la matière artistique à l’intérieur. Ainsi, début octobre, nous avions le thème « les langues qui s’échappent » (mémoire, neuroatypisme, vieillissement, etc.). Nous avons eu une conférence avec un neurologue et une restitution par une équipe artistique de témoignages de l’ex-maison de retraite qui occupait le château. Et nous avons terminé avec le spectacle d’Alex Lutz, Sexe, grog et rocking-chair, qui parle de son père. Nous avons un sujet et on va aller chercher ce qui va pouvoir l’illustrer. En janvier, nous aurons une longue séquence « Les langues au féminin » avec des rencontres, mais aussi le spectacle George sans S (Les Anges au plafond), puis le concert des trois lauréates de Rappeuses en liberté, fin février.

Vous avez aussi le festival international du théâtre amateur… 
Oui et nous touchons un autre public. Notre première édition a été complète avec des gens qu’on n’avait jamais vus. Nous sommes sur un territoire où aller au spectacle n’est pas une chose installée puisqu’il n’y avait pas d’équipement jusqu’alors. Ce festival est une manière de poser la question : c’est quoi aujourd’hui le théâtre francophone ? Nous avons régulièrement des événements comme celui-ci, comme le festival des Mets et des Mots, autour de la cuisine et de la littérature. Nous avons aussi besoin de ces marqueurs dans la saison. C’est « réunissons-nous, partageons des choses ». Nous sommes dans un rapport très doux à la culture.

Et votre rapport aux artistes ?
La Cité internationale de la langue française a été pensée à la fois pour de la monstration et pour être un lieu de fabrication. En trois ans, nous avons accueilli 600 résidents du monde entier. C’est considérable. Ça peut être une semaine jusqu’à un an, c’est en fonction des projets qu’on adapte le temps de résidence. Et, dans les proportions, c’est pas mal de spectacles vivants puisque nous sommes équipés, avec des salles et un grand studio. Nous organisons cela avec des appels, notamment sur les projets internationaux, mais ça peut être aussi, et j’y tiens beaucoup, un accueil impromptu. En ce moment, la comédienne et autrice haïtienne Gaëlle Bien-Aimé avait besoin de quitter Haïti pour travailler sur un seule en scène. Nous lui ouvrons la porte. Nous avons cette agilité de pouvoir répondre à des demandes d’urgence qui peuvent être géopolitiques, ou techniques (finir un spectacle). Nous avons une équipe qui ne se consacre qu’à ça.

Et votre rapport au territoire ?
Il y a des retombées très claires : des milliers de nuitées hôtelières, tous les visiteurs-spectateurs visitent aussi Villers-Cotterêts, plusieurs restaurants ont ouvert, les commerçants ont, pendant les municipales, porté l’idée qu’il fallait que la ville soit associée avec la Cité pour lui redonner un caractère accueillant. Il y a eu un changement de majorité [la nouvelle équipe centriste a battu l’ex-majorité RN, NDLR] et l’équipe a l’envie de faire beaucoup de choses du point de vue culturel, social, éducatif. Je peux répondre tranquillement : c’est une intégration réussie sur le territoire avec des relations avec les élus de toutes les collectivités. Nous avons 200 000 visiteurs par an, forcément, ça change beaucoup de choses. Ça aide à la visibilité du territoire et à son dynamisme. Les gens s’aperçoivent vite que sans culture et sans paroles, on n’est pas grand-chose. 

Propos recueillis par J. V.

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°612

Légende photo : Paul Rondin
Crédit photo : Julien Pebrel

Antoine Thibaud « Le Chainon est l’un des plus gros diffuseurs collaboratifs de France»

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Antoine Thibaud

La 35e édition du Chainon Manquant (Laval) était la première à la direction artistique d’Antoine Thibaud, codirecteur du réseau, dont il est membre de longue date. Il détaille ses choix et le succès du Chainon à l’épreuve des crises actuelles.

Comment s’est déroulée votre première édition ?
C’était une édition un peu particulière : la 35e du Chainon manquant, avec cette saveur de la première pour moi. Nous avons observé plus de structures adhérentes au réseau que les années précédentes, ce qui démontre un intérêt des professionnels, qui ont moins de moyens pour faire du repérage. À Laval, en quelques jours, ils ont cette possibilité de voir énormément de spectacles, à des coûts réduits. Et tous les spectacles ont été vus, repérés et validés par d’autres professionnels en amont. On voit cette envie dans des paniers de pros plus importants. Au total, nous avons vendu  12 200 billets, soit 20 000 personnes avec les propositions dans l’espace public. Avec une grande forme en apothéose, Souimanga, celle qui danse (compagnie L’Homme debout), regroupant 4 000 personnes.

Les spectacles de rue, c’est votre touche ?
Il y en a toujours eu au Chainon manquant. Mais par rapport à mon prédécesseur [Kevin Douvillez, NDLR], je viens plutôt de la danse et du cirque, j’ai un rapport au corps et à l’espace public différent. Et avec des spectacles un peu plus polyformes, plus difficiles à définir. Je pense à Cloche (Association des Clous), et à Souimanga, celle qui danse. Ma seule thématique était de renforcer la part des propositions qui venaient des fédérations régionales du réseau et de mettre en avant des formes plus conséquentes ; par exemple Jeu de massacre (compagnie les 2 Apaches).

250 pros sont venus en repérage et se disent inquiets…
Oui. Nous avons un poste d’observation d’autant plus intéressant qu’il est sur une échelle de structures très peu observées. Ce ne sont pas encore des lieux conventionnés ou repérés, avec une typologie de salles d’environ 300 places en milieu périurbain ou rural, au plus proche des habitants. Et on voit, déjà depuis les municipales, une inquiétude, et qui grossit avec la présidentielle. Évidemment, dans les villes qui ont basculé RN, c’est encore plus compliqué, mais d’autres couleurs politiques font de l’ingérence dans les programmations.

Vous n’avez plus la subvention de la région Pays de la Loire…
Effectivement, nous avons perdu 100 % de la subvention, soit 160 000 euros, fin 2024. L’édition 2025 a été résiliente avec plusieurs leviers d’économie et de nouvelles recettes, et une grosse solidarité. Je pense à la ville de Laval et au ministère de la Culture : la DGCA nous a soutenus avec une subvention exceptionnelle pour sauver le festival. En 2026, nous avons resigné avec elle une convention de 4 ans qui consolide notre modèle économique. C’est une reconnaissance énorme. Nous n’avons pas retrouvé les moyens d’avant, mais notre objectif principal est de continuer de faciliter la circulation des œuvres au niveau national. Et nous allons poursuivre cela. On dit souvent que nous sommes, après Avignon, le plus gros festival de repérage professionnel pluridisciplinaire. Et tous les spectacles qui ont été repérés sont proposés en tournée à nos adhérents. Nous générons environ 1 200 dates de tournée chaque année. Ce qui fait de nous l’un des plus gros diffuseurs collaboratifs de France. 

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°611
Crédit photo : Kevin Rouschausse

Fabien André : « Nous avons retrouvé un volume d’activité satisfaisant »

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Fabien André

À l’heure de fêter ses 40 ans, le Moulin du Roc, la scène nationale de Niort (Deux-Sèvres) est sortie de la crise dans laquelle elle se trouvait plongée depuis trois ans. Fabien André, son directeur, détaille cette nouvelle étape.

La scène nationale a été proche du dépôt de bilan. L’avenir est-il assuré ?
La situation a été compliquée pendant trois ans, en 2023, c’est tout à fait vrai. Le Moulin du Roc a été sauvé grâce à des subventions exceptionnelles de nos partenaires et à la mobilisation de l’équipe, qui a dû réaliser toutes les économies possibles, et passer par une réduction d’activité. Le poste d’ingénieur du son ne compte plus parmi les permanents… Le déficit cumulé approchait alors 300 000 euros en 2022. La scène nationale a connu un an et demi d’intérim à sa direction, avant que je n’arrive en janvier 2025. J’ai hérité d’une situation meilleure, qui se redressait, et nous avons retrouvé un niveau d’activité satisfaisant. Le Moulin du Roc, c’est 3 millions d’euros de budget, 25 salariés permanents. Nous avons la chance, les quatre grandes mutuelles de Niort nous accompagnent depuis 40 ans avec la volonté de renforcer l’attractivité du territoire.

Comment avez-vous dessiné votre projet ?
Nous sommes restés sur nos fondamentaux, auxquels j’ai ajouté deux événements de saison. Le premier, c’est Le Jour le plus court, dont la première édition a eu lieu le 20 décembre 2025. Nous proposons des formes courtes dans tous les lieux du théâtre, mais aussi en médiathèque. Avec des formats courts, pas intimidants, cela nous a vraiment permis d’aller vers d’autres publics, que nous ne connaissions pas. Le second est un festival dédié à l’humour, MDR, pour Moulin du Roc et Mort de rire. C’est en janvier et, là aussi, il nous permet de toucher plus facilement les jeunes.

Comment se manifeste cette attention aux publics ? 
Nous avons lancé deux nouveaux dispositifs participatifs cette saison. Le Grain – pour Groupe de repérages artistiques impliquant des Niortais – rassemble 8 personnes qui vont découvrir avec nous 5 spectacles dans des théâtres voisins pour en choisir un que l’on s’engagera à programmer la saison suivante. De l’eau au Moulin propose quant à lui 5 séances critiques pour échanger entre spectateurs autour de la programmation spectacle et cinéma – 3 000 séances par an – de la scène nationale. Ce qui m’importe ici, dans la société très polarisée, c’est d’offrir aux habitants la possibilité d’un débat démocratique entre des sensibilités qui peuvent être différentes les unes des autres.

La scène nationale a vu le jour à l’automne 1986. Comment marquez-vous le coup ? 
Nous avons organisé un temps fort, avec sept dates, entre le 1er et le 11 octobre pour rendre hommage à celles et ceux qui ont fait naître ce projet il y a 40 ans, au bâtiment et à ses évolutions dans le temps. Il est aussi l’occasion de faire un lien avec le présent. L’auteur, Mathias Énard, qui est attaché à ce territoire où il est né, est un peu le fil rouge de cette saison. Il est venu lire pour nous son tout nouveau roman. Cette ouverture sur la littérature est un axe de mon projet. Lise Dusuel, une jeune chorégraphe du territoire, venue de la danse hip-hop, est un autre atout pour nous, dans un rapport aux publics. Elle crée Ces choses qui restent, le 13 novembre, au Moulin du Roc, et part sur les routes, dans tout le Niortais, avec des propositions tout terrain. 

Cyrille Planson

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°611
Crédit photo : D. R.

Stéphane Krasniewski : « Nous vivons une contraction de l’économie culturelle »

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STEPHANE KRASNIEWSKI

Stéphane Krasniewski vient d’être réélu pour deux ans à la tête du Syndcat des musiques actuelles. Offensif sur le financement du Centre national de la musique, des SMAC et des festivals, il dévoile son plan d’action pour 2027.

Au congrès du SMA vous avez appelé à la mobilisation pour 2027…
Oui, la question de 2026-2027 sera de savoir comment on fait corps, qu’on crée des passerelles avec d’autres composantes de la société civile qui nous rejoignent sur la défense d’un certain modèle de société. Je pense qu’il y a plein de signes qui nous montrent que la mobilisation est en cours, comme la création du collectif Culture future. Maintenant, il faut converger, s’associer, pousser tous dans le même sens.

Sur le budget, le SMA pousse le financement pérenne du Centre national de la musique ?
Cet établissement public est dans une situation extrêmement critique. Le climat est plutôt, hélas, à la remise en question de ces établissements, des agences de l’État, et même du consensus autour de la politique culturelle. Nous sommes convaincus que c’est maintenant qu’il faut consolider le CNM avec un outil fort, une taxe affectée déplafonnée, pour qu’il joue pleinement son rôle de redistribution et, ce faisant, de régulation. Cette année, par le jeu des plafonds, le CNM va reverser au budget de l’État entre 12 et 14 millions d’euros dans une période où 200 millions d’euros manquent à la culture : ils vont cruellement faire défaut au secteur. Le déplafonnement serait le signal fort d’une réaffirmation de l’engagement de l’État en faveur d’un système de redistribution.

Vous avez évoqué au congrès ce besoin de régulation…
Les chiffres du CNM sur l’économie du live pour 2025 qui arrivent vont nous permettre d’objectiver l’évolution. Mais on s’attend à voir que l’échelon intermédiaire – des lieux, des festivals, mais aussi des artistes – souffre énormément de cette extrême polarisation de la filière entre des groupes qui organisent des salles, des concerts dans les grands stades, et qui ont d’une certaine manière confisqué une grande partie de la création de valeur, et des artisans qui arrivent avec une économie extrêmement faible à continuer de survivre. Et au milieu, toute une série de maillons de la chaîne qui sont en extrême tension et qui n’arrivent plus à s’en sortir alors qu’ils sont indispensables pour l’émergence, pour irriguer les territoires et proposer une offre culturelle accessible à tous.

Vous voulez plus de contrôle ?
Nous demandons que les systèmes de redistribution, et j’en reviens au CNM, fonctionnent à plein. Que l’État et les collectivités aient bien conscience de ce que représente la présence d’un festival, d’un lieu sur leur territoire. Si on n’y prend pas garde, on se dirige vers une métropolisation de la culture. Il faut qu’on réinjecte de l’argent public dans cette action culturelle afin de conserver cette irrigation totale, quitte à repenser le financement de la culture. C’est aussi notre rôle de syndicat l’accompagnement à repenser les modèles, en partageant les bonnes pratiques. Nous allons pousser sur ce sujet ces prochaines années.

La filière demande un cadre commun face aux canicules ?
Toute la filière est alignée sur ce constat. Les décisions qui ont été prises ont souvent été incompréhensibles ou mal perçues, comme la communication assez désastreuse de notre point de vue. On a fermé des festivals, quand bien même ils avaient pris les mesures exigées par la préfecture, en laissant penser qu’ils étaient dangereux. Ça nous a renvoyé aux pires heures du Covid où on était non essentiel et, en plus, des zones à risque. Il faut qu’on en sorte pour ne pas se retrouver dans cette situation en 2027.

Avec des subventions réduites, avez-vous le sentiment qu’il y a encore une politique  en faveur des festivals ?
On peut interroger la volonté au plus haut niveau de l’État de continuer de soutenir la culture, et les coupes budgétaires en attestent. On s’attend à en subir de nouvelles sur 2027. Nous sommes très inquiets du budget qui va nous être annoncé quand on voit les conséquences de celui de l’an dernier. Je ne vois pas comment certaines structures vont pouvoir survivre à une nouvelle saignée. On a plus d’une dizaine de festivals qui ont annoncé qu’ils ne rejoueraient pas ou qu’ils joueraient pour la dernière fois en 2027.

Les SMAC, que vous représentez, ont-elles eu une année budgétaire compliquée ?
Les SMAC ont eu la chance d’être assez préservées des coupes budgétaires du gouvernement. Mais elles ont été impactées fortement par les coupes budgétaires des collectivités. Nous sommes inquiets pour 2027, certains festivals, certains lieux licencient déjà. On est entré dans une période de récession, de contraction de l’économie culturelle. On est obligé de couper dans nos charges et oui, parfois essayer de remonter les tarifs. Mais la hausse des tickets ne pourra pas compenser à la fois la baisse des subventions et la hausse des charges. Et elle se heurtera à la limite du pouvoir d’achat des spectateurs. Et nous avons toujours la volonté de rester accessibles au plus grand nombre. Le tarif, c’est aussi un outil symbolique. 

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°611
Crédit photo : Julien Pebrel

Festivals : face aux risques climatiques, un cadre commun devient impératif

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escales 2026

Suite aux annulations de l’été et au manque de soutien, les professionnels réclament une politique publique de temps long.

Le diagnostic a été fait, où est la vision ? C’est, en substance, ce que les professionnels des festivals demandent au ministère de la Culture, après une saison bouleversée par les canicules, y compris dans des régions jusqu’ici épargnées. Ces épisodes ont fait remonter les difficultés du modèle festivalier, qui ont déjà fait l’objet de concertations avec la Direction générale de la création artistique (DGCA). Mais le budget a montré que les festivals n’étaient pas une priorité.

Annulations peu lisibles
Et les annulations d’événements ont souvent été mal comprises par les professionnels qui se sont, pour la plupart, déjà adaptés en déployant depuis de longues années des protocoles pour atténuer les effets des fortes chaleurs sur les publics, les artistes et les équipes. « Ce qu’on n’a pas aimé, c’est qu’on laisse croire que nos événements étaient à fort danger pour le public alors que ce sont des professionnels qui les gèrent, avec beaucoup d’expérience », détaille Malika Séguineau, directrice générale d’Ekhoscènes. « Les autorités ont assez peu pris en compte la capacité d’adaptation du secteur. » Sentiment confirmé par Alexandra Bobes, directrice de France Festivals, qui demande de la visibilité : « Nous avons été confrontés à des décisions d’annulation parfois incompréhensibles, tout cela malgré d’importants  dispositifs d’adaptation, et donc des coûts supplémentaires. »

Des règles claires
« Nous voulons donc un processus clair de décision », complète la directrice de France Festivals. « Ça n’existe pas. Parfois, il y a eu des raisons d’annulation qui ont montré que, de nouveau, la culture, dont les festivals, n’est ni essentielle ni prioritaire. » Sur le terrain, des festivals ont été contraints à la demande de préfets. Toutefois, certaines décisions ont semblé contradictoires, résume Aurélie Hannedouche, qui pointe des inégalités territoriales : « Nous avons pu avoir, sur deux régions proches, et avec la même météo, un festival annulé et l’autre pas ». Difficile à comprendre, poursuit la directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA), « comme lorsqu’un festival est annulé alors que le Tour de France passe devant ». Son syndicat s’est pourtant démené pour équiper ses adhérents en outils techniques et administratifs pour assurer leurs éditions. La directrice d’Ekhoscènes synthétise la demande : « Le sujet n’est plus de savoir si nous devons nous adapter. Mais comment ? Et surtout, dans quel cadre collectif ? » La DGCA devait lancer en septembre une concertation, sans calendrier à ce jour, alors que les équipes préparent déjà l’été 2027. Mais, avertit Malika Séguineau, « Ce cadre n’est pas seulement climatique : il s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité économique. » France Festivals poussera la question plus loin, lors du grand débat de SoFest! (https://www.francefestivals.com/focus-actualites/sofest-forum-france-festivals-2026) : « Veut-on encore des festivals ? »

Où sont les aides ?
Selon plusieurs professionnels, le ministère n’a pas prévu sur 2026 d’accompagner les festivals qui ont été touchés durement par les canicules. Et après ? Fin 2025, la concertation de festival avait pointé « la nécessité d’accompagner sur le long terme des festivals engagés dans des projets de mutation en profondeur. » La DGCA travaille à une boîte à outils d’adaptation des lieux de spectacles vivants. Mais pour les festivals, il devient difficile d’investir dans l’adaptation d’autant plus que les subventions publiques ont été rabotées. Et que l’épisode estival a révélé un autre risque : « L’assurabilité des événements de demain est en question », prévient Malika Séguineau. « En 10 ans, on est passé de 1,26 % à 2,24 % » du budget consacré à l’assurance, a relevé Aurélie Hannedouche. Et l’extension intempérie prend désormais le dessus, quand elle est garantie !  Sur ce point, le Centre national de la musique doit lancer une concertation en présence des assureurs.

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°610

Légende photo : Aux Escales 2026
Crédit photo : Éric Deguin

Rillieux-la-Pape : le CCN retrouve enfin ses locaux

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CCN Rillieux-la-Pape

Six mois après l’incendie de leurs locaux, l'équipe du Centre chorégraphique de Rillieux-la-Pape rentrent à la maison.

Enfin, Moncef Zebiri et son équipe du Centre chorégraphique de Rillieux-la-Pape (Métropole de Lyon) rentrent à la maison ! Il y avait dix ans qu’entre l’incendie de 2017 – l’enquête n’a jamais trouvé le “gone” qui en brûlant une voiture a gravement endommagé le bâtiment –, et celui de mars 2026, déclenché pendant des troubles qui visaient la municipalité, les équipes du CCN n’avaient plus accès à leur lieu de travail. Elles assuraient leur mission depuis les locaux temporaires à Velette Services [du nom du quartier où est installé le CCN].

« Tous les obstacles sont aujourd’hui levés »
Mais en juillet, l’équipe a enfin réintégré ses bureaux et le Grand Studio, situé au troisième niveau ; en janvier le « studio fosse » et le rez-de-chaussée seront aussi disponibles et en novembre tout sera terminé. « Il y a une volonté de tout le monde, ville comme ministère, pour que tout s’achève bien », se félicite Moncef Zebiri qui assure que tous les obstacles y compris financiers sont aujourd’hui levés : « C’est le toit qui posait problème. Certains éléments n’existent plus, mais comme l’architecture est classée “bâtiment remarquable” il fallait le refaire à l’identique. Aujourd’hui tout est réglé. »

Travail de terrain
Quant à l’insertion dans le quartier, le chorégraphe, nommé il y a un an, assure qu’elle ne pose aucun problème : « Nous faisons un gros travail de terrain, sur le rapport humain, dans la discussion avec les familles. Elles ont été impliquées même dans le choix de la charte graphique. » Et d’ajouter qu’il y a une attente de la part des habitants. « Il n’y a pas longtemps, une mère du quartier est entrée dans le bâtiment pour nous demander où l’on pouvait s’inscrire et qu’est-ce que l’on pourrait voir ! » Dès que seront levées les réserves quant aux espaces qui ont été réaménagés – la campagne de travaux récente (mars 2025) visait à « renforcer la connexion » au quartier – mais n’ont pu faire leurs preuves avant d’être endommagés, la priorité sera de renforcer cette implication. « La ville de Rillieux est divisée par des frontières invisibles ; pour le quartier, avoir le CCN c’est une fierté et quand nous proposons des fins de résidences, il y a des gens de Lyon qui viennent, mais aussi beaucoup de gens du quartier. » Jusqu’ici, c’était dans une école où un gymnase. Moncef Zebiri espère rapidement retrouver la même ferveur au cœur même du bâtiment restauré. Car, tout en assurant mettre l’accent sur la création – une grande pièce est prévue pour mai 2027 –, Moncef Zebiri cache mal une impatience certaine à clore, avec cette réouverture, un chapitre qui reste douloureux pour tout le monde.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°610

Légende photo : Moncef Zebiri, directeur du CCN de Rillieux-la-Pape
Crédit photo : Tony Noel

Audrey Ardiet : « Cette saison reflète ce qui fait l’ADN du lieu depuis 50 ans »

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Audrey Ardiet

Cette année, La Rose des vents, scène nationale de Villeneuve-d’Ascq (Nord) fête ses 50 ans. Sa directrice, Audrey Ardiet, revient sur son identité au long cours, mise en avant dans cette saison anniversaire. 

Que représentent pour vous ces 50 ans ?
Je suis fière de cette longévité. C’est dans la durée qu’on peut construire des fidélités et accompagner tous les publics. La Rose des vents s’est inscrite dans une forte dynamique territoriale, en lien avec des lieux qui vont aussi fêter des anniversaires : en 2028, La Maison de la culture de Tournai, un partenaire historique, aura 60 ans, et Le Méliès, le cinéma rattaché à la scène nationale, 50 ans. Et certaines périodes ont été importantes pour elle : dans les années 1990, elle a accueilli la nouvelle scène flamande, créant un vrai choc esthétique en France, et la création du Next Festival en 2008 a donné de la puissance à sa programmation internationale, déjà existante.

Comment avez-vous conçu cette saison spéciale ? 
Je ne voulais pas être dans la nostalgie, donc je n’ai pas invité des artistes phares du lieu. J’ai plutôt pensé à ce qui fait son ADN, notamment la danse : des grandes formes et une diversité d’esthétiques (du flamenco avec Rafaela Carrasco, du hip-hop avec Sofiane Chalal), la nouvelle scène française (Leïla Ka) et, bien sûr, flamande actuelle, dont la jeune chorégraphe belge Femke Gyselinck. J’ai aussi mis l’accent sur la programmation internationale, y compris dans le festival 100 % Magie qui compte une magicienne espagnole et une britannique. Par ailleurs, de manière intuitive, la dimension politique et sociétale dans cette programmation s’est révélée plus forte qu’avant.

Vous fêtez cet anniversaire dans un bâtiment rénové…
Oui, c’est continuer ainsi à célébrer sa réouverture. D’autant qu’on retrouve désormais ce qui a toujours fait sens à La Rose des vents : on peut réaccueillir des artistes en résidence, donc soutenir la création – neuf en 2026, dont Hugues Duchêne qui crée ici cette saison – et la nouvelle Grande Salle permet d’y jouer les grandes formes, dont celles en coréalisation avec nos partenaires.

Comment intégrez-vous le public à cette célébration ? 
Cette question était importante. En 50 ans, le public est resté curieux, et a aussi évolué. Certains sont là depuis le début, et nous en avons gagné d’autres lors de notre nomadisme par un travail de proximité. Outre un recueil de témoignages, on organise le 7 novembre Le Bal arrangé avec la compagnie La Halte-Garderie, une fête dansée inclusive, ouverte à tous les publics avec ou sans handicap, où les aidés deviendront les aidants.

Un vœu pour les 50 ans à venir ? 
Que La rose des vents reste un lieu de curiosité, et hospitalier pour les artistes, les publics et les équipes. 

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°610

Crédit photo : D.R.

Nouvelles mobilités avec les véhicules intermédiaires

Infoscènes
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nouvelle mobilités

Aux dernières Trans Musicales de Rennes, les « vélis » ont fait leur entrée. Ces véhicules légers intermédiaires aux formes variées – à mi-chemin entre le vélo et la voiture – sont-ils l’avenir des mobilités au sein des festivals ?

Rappelons que 80 % de l’impact carbone d’un festival réside dans les déplacements du public et des équipes. C’est ce constat qui pousse le collectif des réseaux régionaux R2D2 a expérimenter des alternatives à la voiture thermique, à travers le programme Festivals en mouvement. Les véhicules légers intermédiaires (vélis) permettraient-ils de réduire la facture ? L’Ademe en prend le pari et lance l’« Extrême défi » en 2022 : un parcours visant à imaginer, prototyper, expérimenter et accompagner la production de vélis. L’ambition est de « faire dix fois mieux que l’automobile : dix fois plus simple, dix fois plus durable, dix fois plus économique », lance Gabriel Plassat, son initiateur. Fin 2025, l’agence de la transition écologique s’allie au Collectif des festivals pour une expérimentation au sein des Trans Musicales de Rennes. Une stratégie à trois vitesses.  

Côté organisation : pour tous les usages 
Si la cyclo-logistique est de plus en plus répandue sur les festivals, les vélis offrent de nouvelles possibilités. « Certains organisateurs peuvent penser qu’il n’y a pas de solution adaptée pour eux. Or, il y a une large palette de choix », note Elsa Rouland, responsable des projets transition sociale et environnementale au sein du Collectif des festivals. 

[...] Lire la suite dans La Scène n°122 - Automne 2026

Par Julie Haméon

Légende photo : Aux Trans Musicales de Rennes, pas moins de dix modèles de vélis ont été testés. 
Crédit photo : Élodie Le Gall