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Structures : quel dialogue en temps de crise ?

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Véronique Bellin

Alors que le secteur culturel traverse régulièrement des crises, les structures cherchent à maintenir un dialogue fluide et constructif.

Des financements publics qui fondent comme neige au soleil, une crise de sens qui touche le monde du travail, un management en mutation… les structures font face à de nombreuses difficultés. À celles-ci, ou en conséquence de celles-ci, viennent s’ajouter des relations interpersonnelles plus tendues au sein des équipes, des incompréhensions, une gouvernance et un élan collectif altérés. « Les conditions économiques sont aujourd’hui très dégradées et s’additionnent à une crise de sens qui existe depuis la professionnalisation du secteur culturel, souhaitée par la profession mais pas forcément anticipée concernant les changements dans les rapports sociaux au sein des structures », analyse Carole Le Rendu, consultante en direction et management de projet culturel et directrice de l’ITEMM, au Mans. Pour assurer un dialogue serein avec les équipes, les structures composent. 

Au Théâtre public de Montreuil, les équipes permanentes sont en CDI, un statut qui « sécurise beaucoup », témoigne la directrice adjointe, Véronique Bellin. Depuis quelques années, elle observe moins de mouvement dans les services. « Alors que notre région était très riche en offres, nous commençons à connaître ce que vivent des scènes de région, avec une raréfaction des opportunités. » La direction préfère anticiper les frustrations liées à l’ennui et à l’impossibilité d’évoluer sur son poste qu’entraîne ce marché figé. « Nous accompagnons les salariés sur la question de l’employabilité à travers l’entretien professionnel et les formations afin de les aider à définir leur projet d’avenir, détaille-t-elle. C’est parfois difficile parce que lorsque l’on demande à une personne comment elle voit son évolution, elle peut croire que nous la poussons  dehors, mais nous cherchons simplement à engager  un dialogue avant la naissance de tensions. » 

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Par Pauline Demange-Dilasser

Légende photo : Véronique Bellin, directrice adjointe du Théâtre public de Montreuil
Crédit photo : D. R.

Jumeau numérique : une révolution ?

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Jumeaux numériques

Du montage à la maintenance, le jumeau numérique commence à trouver sa place dans les équipements culturels. S’il promet de fiabiliser les données et de réduire les temps de préparation, son déploiement reste exigeant.  

Qu’il soit issu d’une modélisation 3D brute ou d’un nuage de points capturé par un scanner, le jumeau numérique est une réplique virtuelle qui permet de corriger les imprécisions des plans d’architectes, souvent faux ou obsolètes. Mur pentu, parois aux courbes organiques, aspérités dans le sol, trappe ou décalage de quelques centimètres sur une passerelle, la numérisation à l’aide de capteurs enregistre avec une précision millimétrique le moindre détail. 

À la Philharmonie de Paris, l’investissement dans la modélisation des trois salles ouvre ainsi des perspectives inédites. Si le travail s’annonce particulièrement fastidieux en raison des courbes iconiques du bâtiment imaginé par Jean Nouvel, les usages potentiels sont nombreux. Grâce à cette maquette 3D enrichie de données dans le logiciel Vectorworks, les équipes peuvent non seulement se balader virtuellement dans le bâtiment, sur le gril, au plateau, dans les dessous, mais aussi s’asseoir dans un fauteuil en salle pour vérifier la visibilité du spectacle. Surtout, elle permet d’extraire des informations comme des listes de matériel, des données techniques liées aux appareils d’éclairage, ou de tester différents éléments techniques et artistiques. 

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Par Arzelle Caron

Légende photo : À la Philharmonie de Paris, un nuage de points quadrille l’intégralité de la grande salle Pierre-Boulez.
Crédit photo : D. R.

Communiquer, malgré la crise

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Theatre Venissieux

Alors que les théâtres voient leurs subventions rognées, voire annihilées par leurs tutelles, comment préserver un budget de communication décent ? Les arbitrages sont repensés, mais communiquer reste essentiel pour être connu et reconnu, à la fois du public et des pouvoirs politiques. 

Quand la Région Auvergne-Rhône-Alpes a rendu son verdict concernant ses subventions en matière culturelle en mai dernier, la Machinerie de Vénissieux (Rhône) a été particulièrement touchée en rebond de la DRAC, qui s’était prononcée un mois plus tôt : la direction régionale des affaires culturelles lui avait ôté 15 000 euros, soit 10 % de baisse, comme pour toutes les scènes conventionnées. Et la Région lui a retiré la totalité des 80 000 euros de l’année précédente. 

Dans ce contexte, pourtant, la communication est choyée par la directrice, Duniému Bourobou, d’autant plus qu’arrivée à la tête de ce double établissement qui regroupe le Théâtre de Vénissieux et la salle de concert Bizarre ! en 2024, elle est toujours en cours de lancement d’un nouveau projet : « Il faut qu’il soit entendu, saisi. En conséquence, la communication est le dernier endroit que l’on va toucher. » Les 85 000 euros qui lui sont dévolus dans un budget de 1,5 million d’euros sont maintenus. Car « si on y touche, on sera moins repéré et on ne pourra pas développer nos publics, ça va fragiliser nos ressources propres alors qu’on a besoin de les solidifier ».

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Par Nadja Pobel

Légende photo : Au Théâtre de Vénissieux, le budget communication a été préservé pour aller vers les publics.
Crédit photo : D. R.

Safe zones : le nouvel incontournable

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Safe zones

Pour prévenir les malaises, crises d’angoisse et VSS, de nombreux événements mettent en place des « safe zones ». Sécurisants et rassurants, ces espaces offrent au public la possibilité de se reposer et de décompresser avant qu’il ne soit trop tard.

Pendant des années, malgré un fort intérêt pour les concerts, Marine Le Bars ne se sentait pas capable de se mêler à la foule. « J’ai longtemps souffert d’anxiété. Cela m’a parfois complètement empêchée de sortir de chez moi », dévoile l’influenceuse de 28 ans. Comme une thérapie, la jeune femme décide de mettre des mots sur ses difficultés face caméra. Et c’est finalement sa notoriété grandissante – sa chaîne YouTube dépasse aujourd’hui les 850 000 abonnés – qui a fini par lui rouvrir les portes des festivals, dans les espaces VIP. 

Éloignée de la foule, Marine Le Bars a ainsi redécouvert les joies du live en toute sérénité, mais en étant consciente d’être privilégiée. « La quasi-totalité des festivaliers n’a pas accès à ces conditions plus calmes. Dans la fosse, en cas de crise d’angoisse, il n’y a pas d’alternative à la tente des secouristes, souffle-t-elle, en confiant avoir vécu une telle situation. L’anxiété nécessite du temps, de l’espace et des ressources que les secouristes n’ont pas. Souvent, ils vous conduisent à la sortie sans que la crise soit réglée. Le cerveau enregistre cette expérience négative et il est ensuite très difficile d’imaginer revenir un jour en festival », explique l’influenceuse.

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Par Eliott Bureau

Légende photo : Marine Le Bars propose sa « Maison Bulle » sur les festivals de plein air.
Crédit photo : Story of Marco

Renforcer la convivialité d’un lieu

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convivialité lieux

De l’architecture aux aménagements intérieurs, en passant par de nouveaux usages, la question de la convivialité à destination des publics traverse un lieu, de sa conception jusqu’à la conduite de ses équipes.

Les théâtres, opéras ou salles de concert ne sont-ils que des lieux de diffusion de spectacles ? Rares sont ceux qui n’organisent pas des rencontres avec des artistes ou des actions d’éducation artistique et culturelle, rares aussi sont ceux qui n’ont pas un bar, un restaurant ou une librairie. 

Cependant, l’architecture de ces lieux peut participer de l’envie d’y entrer et d’y rester. À commencer par les abords du bâtiment. Le NEST, centre dramatique national transfrontalier de Thionville, vient de choisir le projet architectural qui remplacera les bâtiments en bois qui ont fait sa singularité, installés sur une ancienne friche industrielle, en bord de Moselle. Alexandra Tobelaim, sa directrice,  relate : « Le parvis sera un lieu de vie structurant, ouvert sur la Moselle et sur le quartier. Il sera un lien poreux entre le lieu et la ville. » Avec l’idée que des activités puissent s’y développer ou  des structures s’y installer, comme des chapiteaux. 

À Dijon, la scène de musiques actuelles (SMAC) La Vapeur a été réhabilitée en 2015. Un parvis a également été créé par l’Office parisien d’architecture, avec lequel travaille Frédéric Robbe, directeur de l’Astrolabe (SMAC d’Orléans), associé à la maîtrise d’ouvrage. « Ce parvis permet l’organisation d’activités parallèles à celles du lieu, comme un DJ set ou une brocante musicale. C’est devenu un lieu de vie convivial ouvert la journée sur le quartier. »

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Par Nicolas Dambre

Légende photo : Au CentQuatre (Paris), des espaces « ouverts, non définis, adaptables »  ont permis que des activités plus ou moins spontanés se développent.
Crédit photo : Quentin Chevrier

Passeport, itinéraire d’une pièce déprogrammée

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Passeport

L’annulation, par la Ville, de la pièce d’Alexis Michalik au théâtre de la ville de Castres a provoqué de vives réactions, et montré les difficultés que peuvent rencontrer certaines pièces aux sujets jugés trop politiques. 

Issa, un jeune migrant érythréen, est laissé pour mort dans la jungle de Calais. Ce récit d’exil de Passeport, Alexis Michalik l’a imaginé alors qu’il était en voyage. « C’est avant tout une histoire humaine, je savais que le sujet était différent de mes pièces précédentes, mais quand une pièce trouve son public, elle tourne. » La pièce est effectivement un succès populaire, avec près de 900 représentations à ce jour. Début juin, c’est par une spectatrice, étonnée de ne pas la voir dans le programme, que le metteur en scène apprend son annulation au théâtre municipal de la ville de Castres. 

Florian Azéma, jeune maire (RN) fraîchement élu à la faveur d’une fragmentation de la droite, affirmait en juin à l’AFP que Passeport d’Alexis Michalik « [fait] la promotion des clandestins et [propose] un traitement assez particulier des forces de l’ordre, évidemment, cela ne correspond pas à ce que j’avais défendu pendant la campagne ». Et ajoutait souhaiter « que l’argent public, l’argent des Castrais, soit dépensé correctement » avant de cesser toute communication avec la presse. Nos demandes d’interview sont restées lettre morte. Si la pièce a rencontré son public, Castres n’est pas la première difficulté que Passeport rencontre depuis sa création en 2023 au Théâtre de la Renaissance, à Paris. 

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Par Pauline Demange-Dilasser

Légende photo : La décision d’annulation de la Ville de Castres n’est pas la première difficulté que Passeport a rencontrée depuis sa création, en 2023.
Crédit photo : Alejandro Guerrero

Coproduire au plus simple

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Gorfou-Tornade

Sans frais de constitution, sans contraintes de publication légale, la société en participation (SEP) permet de sceller une collaboration sur un projet précis et de se dissoudre de plein droit une fois la tournée achevée.

Qu’il s’agisse de partager les risques financiers d’une création, d’unir des compétences artistiques complémentaires ou de structurer une tournée, l’alliance entre deux compagnies est une pratique courante. Pourtant, le choix du modèle juridique approprié suscite régulièrement des interrogations. Faut-il fonder une nouvelle association, créer une société commerciale commune, ou se contenter d’un simple contrat de coproduction ? La société en participation (SEP) offre une alternative particulièrement efficiente. La société en participation se distingue fondamentalement de la plupart des formes juridiques par une caractéristique majeure : elle ne possède pas la personnalité morale. Elle n’est pas immatriculée au registre du commerce et des sociétés (RCS) et ne dispose d’aucun patrimoine propre. Elle naît de la seule volonté contractuelle des parties, formalisée par la  rédaction de statuts sur mesure. Elle peut demeurer « occulte » (seuls les associés en connaissent l’existence) ou devenir « ostensible ». En pratique, c’est presque exclusivement la forme ostensible qui est retenue. La SEP s’affiche ouvertement auprès des coproducteurs, des diffuseurs, des organismes de subvention et du public. Pour autant, vis-à-vis des tiers, ce sont les compagnies associées – et non la SEP  elle-même – qui restent titulaires des droits, des contrats et du matériel. La SEP fonctionne comme un contrat sur mesure pour donner vie à un projet artistique précis, sans les contraintes d’une structure permanente.

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Gorfou-Tornade, cartoon théâtral, verra le jour en janvier, dans le cadre d’une SEP entre la compgnie Delta Bergamote et la Criée.
Crédit photo : Delta Bergamote

Festivals : un été de canicules

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Canicule

Annulés dans leur intégralité  ou seulement pour une soirée, affectés par des températures exceptionnelles, les festivals ont été durement touchés par les vagues de chaleur de l’été 2026. Au point de devoir changer leur modèle ?

« Peut-être qu’un jour, on envisagera de faire le Festival d’Avignon à Pâques ou à la Toussaint. » Ces mots sont ceux de Catherine Pégard, ministre de la Culture, le jour de l’ouverture de la 60e édition du Festival d’Avignon. Et alors qu’une première vague de chaleur frappait la France, le thermomètre dépassant allègrement les 40 ° C dans l’Ouest et le Centre, jusqu’alors préservés de ces épisodes précoces. Certes, Avignon n’est sans doute pas le meilleur exemple en la matière : la quasi-totalité des salles y sont climatisées. Mais l’intervention publique de la ministre traduit une réalité. 

Quelques jours auparavant, plusieurs festivals ont été annulés en raison du dérèglement climatique. Solidays, Chambord Live, Garorock, Rétro C trop… D’autres l’ont été partiellement, au moins pour une soirée, à l’image d’Europavox, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), en raison d’un épisode orageux. Tout cela pose clairement la question du devenir des manifestations estivales désormais soumises à des événements climatiques qui n’ont plus rien d’exceptionnel. Les défis qui se présentent sont nombreux, tant en matière de gestion des projets, de prévention des risques et de maîtrise des coûts afférents.

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Au festival Europavox, les publics ont fait l’objet de toutes les attentions les jours de grosse chaleur.
Crédit photo : D. R.

Les scènes nationales, colosses aux pieds d’argile ?

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Arnaud Meunier

Il y aura bien une saison 2026-2027 pour Le Channel, à Calais, et pour la MC2, à Grenoble. Mais il s’en est fallu de peu. Dans les deux établissements, les derniers mois ont été marqués par des alertes financières et institutionnelles suffisamment sérieuses pour mettre en question la poursuite même de l’activité. Deux situations singulières, qui disent pourtant quelque chose d’un malaise beaucoup plus général.

À Calais, le coup de tonnerre est venu en avril. Les conclusions d’un audit mené par Laurent Solignac proposaient un remède de cheval au Channel : une fermeture pour six mois, le temps de remettre l’établissement à flot. Le personnel aurait alors été placé au chômage technique. Un séisme. L’étude, commandée par la directrice, Sophie Mugnier, nommée en octobre 2025, avait comme objectif de « démontrer aux institutions, depuis une parole neutre et un point de vue extérieur, la nécessité absolue de maintenir les subventions de fonctionnement du lieu ». Les conclusions de « l’audit Solignac » ont été bien évidemment fortement contestées. Après un second audit  financier, confié cette fois à Nathalie Van Vliet, ancienne administratrice de l’Orchestre national de Lille, et l’assurance du soutien financier des tutelles, le conseil d’administration a acté fin juin la poursuite de l’activité. De son côté, Cyrille Seassau – qui a notamment dirigé le Syndeac entre 2014  et 2018 – a été chargé d’une mission  de médiation avec le personnel, très éprouvé ces derniers mois.  

Le spectre de la  cessation d’activités  
Le risque immédiat écarté, reste néanmoins la question qui a traversé toute la crise : celle du modèle économique. « S’il existe des divergences de conclusions sur la temporalité entre les deux audits, celui de Nathalie Van Vliet écartant tout risque de cessation de paiement à court ou moyen terme, sur le fond, il est nécessaire de revoir le modèle économique », prévient la première adjointe de la Ville de Calais, Faustine Maliar. L’élue précise : « Il faut réduire la dépendance de la maison Channel aux subventions publiques. » 

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Par Bruno Walter

Légende photo : Arnaud Meunier, directeur de la MC2, à Grenoble
Crédit photo : Pascale Cholette

« Des ajustements en cours de saison, ce n’est pas idéal »

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Harriague

Martin Harriague, directeur du Ballet d'Avignon, vient de présenter  la prochaine saison... qu'il ne finira pas, puisque son mandat au CCN Ballet Biarritz débute le 1er janvier 2027. Une situation complexe  à négocier avec doigté. 

Vous avez donné votre dernière création avec le Ballet d’Avignon. Quel est votre prochain projet ?
Ce n’est pas la dernière création ! Les projets se montent à l’avance et Synergy inc., « ou comment réparer un cœur brisé », doit être co-chorégraphié avec Emilie Leriche, ma partenaire dans le duo Crocodile, pour une première le 27 avril à Berne et mi-mai à Avignon. Car c’est une coproduction entre le Ballet de l’Opéra Grand Avignon et le Bühnen Bern Ballett rassemblant l’ensemble des danseurs. Ils seront 26 ! Et d’ici là, je vais créer un Don Quichotte, pour le CCN Ballet Biarritz en décembre 2026, pour un programme mixte avec l’Amour Sorcier, de Thierry Malandain [fondateur et actuel directeur du CCN Ballet Biarritz, NDLR]. Ce sont l’un et l’autre des projets très importants.

Le Ballet Biarritz va-t-il changer ?
Pour le moment, il est prévu de recruter quatre danseurs, sans aller au-delà de l’effectif actuel  (22). La difficulté vient de ce que ces danseurs choisis par Thierry se sentent à l’aise dans mon travail. Des ajustements en cours de saison, ce n’est pas idéal. Cela revient à envisager une double programmation avec certains danseurs qui vont partir. Nous y verrons un peu plus clair lors du Temps d’Aimer 2027. Je pense au thème d’une pièce pour l’ensemble de la compagnie. Une grande forme adaptable à des théâtres plus petits pour répondre aux enjeux de diffusions. Par ailleurs, je voudrais inviter d’autres chorégraphes, mais se pose la question budget. Chaque production avec un invité demande un budget supplémentaire. J’attends de savoir où nous en serons, avec les coupes budgétaires réelles, et d’avoir élaboré des stratégies pour des financements complémentaires. J’aimerais faire revenir Thierry Malandain pour une création en 2028, à l’occasion des 30 ans du CCN. Lui n’a plus trop envie ; il a besoin de se détacher. Mais d’ici quelques mois, ce serait très bien.

Comment est perçue votre arrivée ?
Très bien. Les habitants me connaissent. Mais il a fallu envisager la problématique du conseil d’administration [Catherine Pégard en a quitté la présidence]. Le président, Clément Hervieu-Léger [administrateur général de la Comédie-Française], malgré ses fonctions, s’implique beaucoup. Tout le monde est très vigilant, mais sans inquiétude. Nous allons vers 4 à 6 % de réduction des financements quand un remontage d’une pièce d’un autre chorégraphe représente 50 000 euros de droits ! Dans l’immédiat, mon projet le plus important, c’est d’apprendre le basque. Bien que né à Anglet, je ne le parle pas et je sais que dès qu’on pratique la langue, une confiance particulière s’installe. C’est surtout vrai de l’autre côté de la frontière. Et comme je souhaite continuer à nourrir et à développer le travail transfrontalier, il me semble important de faire cette démarche, même pour des raisons artistiques. 

Propos recueillis par Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°608

Crédit photo : D. R.