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Municipales : le spectacle vivant entre en campagne

Infoscènes
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Municipales

L’Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant (USEP-SV) demande à 300 candidats de s’engager sur 27 points pour « un service public de la culture », et lance des débats dans les régions avant le premier tour.

L’Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant (USEP-SV) s’est lancée dans la campagne, tardivement pour certains, car « le service public de la culture est un choix politique pour l’avenir ». Formée par Scène ensemble, les Forces musicales et le Syndeac, l’union interpelle les candidats avec « 27 engagements » précis (https://culture-et-municipales2026.fr). Ils ont été présentés à 300 candidats. « Libre aux autres de s’emparer du questionnaire », dit l’USEP-SV. Le tout dans un contexte de « versatilités et d’imprévisibilité du fait politique », redoute Céline Portes, coprésidente de Scène ensemble.

Faire naître le débat

Le choix a été fait de s’adresser aux candidats « identifiés par leurs délégations régionales afin d’engager un dialogue direct et approfondi ». Ils ont jusqu’au 28 février pour rendre leur copie. Pour l’USEP-SV, il s’agit d’éviter les « déclarations d’intention » et de conduire à « des engagements clairs, écrits, assortis d’indicateurs vérifiables. »

Le premier objectif est de « mettre la culture au cœur de cette campagne », dit Joris Mathieu, coprésident du Syndeac. L’union souhaite que ces candidats « s’engagent publiquement. » Ces questionnaires seront analysés début mars afin de produire de la matière pour organiser des débats dans les régions. Une analyse globale des réponses sera aussi présentée avant le premier tour.

Risque sur les financements croisés

En tête, pour le spectacle vivant, le risque qui plane sur les financements territoriaux dont l’échelon municipal est le pilier. Déjà en baisse, ceux-ci pourraient nettement reculer en 2027. Une crainte évoquée par le directeur général de la création artistique, Christopher Miles en décembre (La Scène, décembre 2025) : « La question des moyens se posera à nouveau après les élections municipales dans un contexte budgétaire qui ne va pas s’améliorer. À cela s’ajoutera l’arrivée d’une nouvelle génération d’élus. » D’où la demande de garanties envoyée par les organisations professionnelles. « Dans un moment où il est remis en question, nous rappelons quelles sont les conditions minimales d’éclosion d’un service public de la culture », détaille Céline Portes. Toutefois, insiste-t-elle, « ce questionnaire n’est pas une motion de défiance, mais une  interpellation : nous avons besoin de nous réentendre sur ce pacte de confiance. »

Des principes et des engagements

Il est demandé aux candidats d’acter des « principes fondamentaux » : la culture est « un service public » qui répond à des « besoins essentiels de la population » ; la liberté de création et de programmation « doit être défendue et réaffirmée avec force ». Puis de répondre sur leurs intentions en matière de gouvernance culturelle et, nerf de la guerre, « a minima » sur la stabilité budgétaire, la « pluriannualité des subventions » et le respect des financements croisés. Ils doivent aussi se positionner sur la liberté de création, sur la protection des programmateurs, l’indépendance artistique et à ne pas « utiliser le Contrat d’engagement républicain comme outil de pression ou de censure ». Plusieurs questions évoquent « l’accès de toutes et tous à la culture », la médiation culturelle, l’inclusion. Un volet explore des engagements sur la transition écologique. Enfin, une question toute syndicale sur l’instauration « d’un dialogue régulier avec les organisations professionnelles ».

« Tous ces volets se répondent », ajoute Céline Portes. « Tout ça recoupe des axes structurants qui permettent la vitalité du service public de la culture. C’est donc une base pour débattre avec les candidats. » Des débats qui devraient débuter dans 15 jours. 

L’intersyndicale écrit au Premier ministre

Dans une lettre ouverte du 16 février, l’intersyndicale avertit Sébastien Lecornu « sur la situation d’une gravité exceptionnelle » du service public du spectacle vivant « fragilisé comme jamais » par les effets « déstabilisateurs » de la loi de finances : « situations de trésorerie critiques », sous-financement du Fonpeps qui pèse sur l’emploi, et contraction « massive » du programme d’éducation artistique et culturelle. Mais ils craignent surtout « l’effondrement du financement croisé territorial » et ses effets « domino ». Débute ainsi « un plan social diffus », observent-ils et ce alors que des menaces pèsent sur le régime de l’intermittence (lire page 3). Les organisations demandent le retour d’un vrai dialogue, car il a été « altéré », disent-ils depuis deux ans. « Le spectacle vivant public n’est ni un adversaire ni un lobby sectoriel : il est un partenaire de l’État au service de l’intérêt général », assure l’intersyndicale.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°598

Crédit photo : D. R.