La directrice du Théâtre Nouvelle Génération – CDN de Lyon, Odile Grosset-Grange, organise une fête le 24 janvier lançant sa programmation de demi-saison. Un avant-goût de son projet dédié à l’enfance et la jeunesse : un lieu de vie, adressé à tous.
Que représente pour vous le jeune public ?
Comme artiste, il est au cœur de ma création : en s’adressant à lui, on peut aborder tous les sujets, rassembler tous les âges et les catégories sociales, et aller partout, dans un village ou une scène nationale, avec les mêmes exigences. J’ai intitulé mon projet « La Fabrique de souvenirs », car on a besoin de se ré-émerveiller ensemble, ce que permettent les spectacles jeune public.
Qu’implique de porter un projet jeune public pour un CDN ?
Le TNG a été le premier CDN jeune public en France, ce qui a motivé ma candidature, entre autres. L’appel à projets indiquait de faire de l’EAC de la crèche à l’université. Mais pour moi, il faut aussi proposer des spectacles pour ces publics-là. Le jeune public est le parent pauvre du théâtre, surtout financièrement, mais, aujourd’hui, nous affirmons qu’un CDN va le défendre, avec des projets compréhensibles à partir d’un âge particulier ; et ce, en créant aussi des liens avec les CDN tournés vers la jeunesse (le TJP de Strasbourg, Les Tréteaux de France), les scènes conventionnées enfance et jeunesse, les médiathèques et salles lyonnaises (dont l’Opéra), voire les réseaux jeune public dans l’Ouest, que ma compagnie connaît bien.
Vous ciblez des âges qui le sont encore parfois peu : les tout-petits et les adolescents…
En effet. Même si une création exigeante pour les publics de 6 mois se développe, elle manque de moyens et est très peu proposée dans les CDN. Quant au créneau de l’adolescence, il est difficile à clarifier, ce qui complexifie la diffusion, quoique davantage de CDN s’y intéressent. Mon but est de développer des productions avec des artistes associés qui s’adressent à tous (dont la compagnie Entre eux deux rives), y compris à partir de 6 mois ou de l’adolescence. C’est en réflexion, mais j’imagine créer un comité d’adolescents, qui liraient et choisiraient des pièces, avant de les monter eux-mêmes.
Comment se conçoit une programmation jeune public ?
D’ici juin, il y a trois spectacles pour les tout-petits, trois pour les 6-9 ans, et trois pour les adolescents. Parmi ces derniers, certains n’ont pas été créés pour eux, mais on sent pourtant qu’ils leur sont aussi adressés, tel Fauxfaire fauxvoir, de Thierry Collet. Je défends un axe dédié aux écritures contemporaines, pensées pour la jeunesse. Des artistes sortis d’école mettront en scène des textes d’auteurs associés pour favoriser la transmission, car la création jeunesse est peu abordée en formation.
À terme, je souhaite créer un temps fort pour la création jeunesse, avec une dimension professionnelle – ce qui n’existe pas dans la région – pour permettre le repérage de compagnies régionales. Et dès la saison prochaine, j’aimerais augmenter les séries de représentations et le nombre de spectacles en ruralité.
La région a retiré sa subvention en 2023...
J’espère qu’un nouveau dialogue se créera. Nous allons lui présenter le projet, qui me semble s’inscrire dans son cahier des charges, et dont elle-même bénéficierait. L’idéal serait que toutes les tutelles soient réunies. Le CDN n’est pas encore stable financièrement, mais l’État (1 374 000 euros en 2025), la ville (613 000), et Lyon Métropole (83 942) nous soutiennent, avec constance.
Propos recueillis par Hanna Laborde
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°596
Crédit photo : Olivier Allard