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Géopolitique : la tournée très symbolique de Xiexin Dance Theatre

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Xiexin Dance Theatre

Le 25 février, la compagnie Xiexin Dance Theatre était au Laboratorio de las Artes de Valladolid, en Espagne, puis à Luxembourg. Et, à chaque fois, les ambassades chinoise sont présentes… Non pas que cette jeune chorégraphe soit une figure : sa compagnie est privée et c’est la première grande pièce d’une artiste talentueuse mais émergente. Pourtant « à Luxembourg, l’ambassadeur m’a dit qu’il était extraordinaire qu’elle soit là, rapporte Thierry Duclos. Avec son agence artistique, Delta Danse, il est à l’origine de cet événement : la première sortie de son pays d’une compagnie chinoise depuis trois ans… L’aventure a commencé en 2019. Thierry Duclos remarque la jeune chorégraphe Xie Xin, invitée du Festival Paris l’été pour sa première pièce. « J’ai essayé d’avoir des informations, mais avec la Chine, ce n’est pas simple ». Les vidéos sont inaccessibles, les formats ne correspondent pas, les téléchargements sont impossibles ; « oui, il y a un contrôle politique », reconnaît volontiers Thierry Duclos… Le temps de se décider, d’obtenir les informations, l’organisation de la tournée est lancée.

Mauvais timing, au mois de janvier 2020, la Chine se ferme pour cause de Covid… La première tournée prévue en 2020-2021 est annulée ; comme celle de mai 2022. « Cette fois nous avons pu réagir tôt, alors j’ai relancé une nouvelle tournée pour 2023, et j’ai dit à mon équipe qu’il n’était pas concevable que l’on annule une troisième fois, alors on s’est lancé », raconte Thierry Duclos. Mais, à l’automne 2022, il n’y a pas de visas pour sortir de Chine. Et il faut des billets d’avion pour déposer une demande ; et le moindre billet coûte 8 000 €… En décembre 2022, des signes d’ouvertures se font jour mais alors ce sont les pays occidentaux qui devant la flambée des cas de Covid en Chine ferment leur portes… Les billets sont encore à 3 000 €. Ils sont treize à voyager. « Nous avons acheté les billets à la mi-janvier, les prix avaient un peu baissé, et nous avons lancé l’opération. Début févier, la compagnie demandait ses visas ; le 12 février, elle avait confirmation ; le 21 février, elle était dans l’avion ! »

À Delta Danse, on reconnaît que « les théâtres nous ont vraiment fait confiance et je crois qu’ils nous ont été reconnaissants de ne jamais avoir baissé les bras ». Mais personne n’avait pris conscience qu’en Chine même cette première sortie d’une compagnie allait prendre une force symbolique telle que dans chaque pays de la tournée, les autorités officielles chinoises sont mobilisées, ainsi en France où Xie Xin tourne jusqu’à la fin mars… 

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°534

Légende photo : Xiexin Dance Theatre

Crédit photo : D. R.

Média : Spark en relais de Tracks

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Feue l’identité visuelle de Tracks

Après 25 années d’antenne, Tracks a tiré sa révérence sur Arte France le 17 février. Dédiée aux mouvements culturels souterrains, l’émission était produite par Program 33. Onze salariés en CDI ont été licenciés, auxquels s’ajoutent trois intermittents, collaborateurs réguliers. La chaîne franco-allemande avait commandé en septembre le pilote d’une nouvelle formule, avant d’annoncer l’arrêt de Tracks fin décembre, sans trop d’explications. Le diffuseur réfléchirait à un nouveau rendez-vous.

Justine Gourichon, journaliste à la rédaction de Tracks depuis 13 ans, confie : « De nombreux professionnels de la culture se nourrissaient de cette émission, notre équipe a une expertise à mettre au service du public et de ces professionnels. » C’est pourquoi l’équipe licenciée s’est constituée en un collectif intitulé Spark, « agence de voyages dans le futur ». Elle vise à produire des contenus, à leur trouver des diffuseurs, mais aussi créer des événements ou des festivals. « Nous sollicitons des lieux pour y coproduire des expositions ou des festivals, nous souhaitons aussi créer des événements ayant vocation à être filmés. Nous sommes opérationnels quant à l’éditorial et à la production. Il ne nous manque que l’écrin », livre Justine Gourichon.

Lors du dernier Festival d’Avignon, Tracks avait par exemple réalisé, avec l’Adami, une troisième Nuit Immersive, soirée de performances et de déambulations. L’antenne allemande d’Arte continue de diffuser Tracks East, ici conçue à destination de l’Europe de l’Est. Un producteur allemand et un producteur français produisaient auparavant alternativement l’émission. Lancée en 1997, Tracks avait dès 2015 proposé ses archives en ligne et investi les réseaux sociaux. En 25 ans, le développement de ces derniers, de Youtube ou des chaînes de la TNT, a bouleversé la médiatisation des contre-cultures. 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°534

Légende photo : Feue l’identité visuelle de Tracks. 

Crédit photo : D. R.

Résidence : La Nuit caribéenne transposée en Finlande

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artistes en Laponie

Du 28 février au 10 mars, Ewlyne Guillaume, codirectrice du Centre dramatique Kokolampoe et Alfred Alexandre, responsable de l’agence d’auteurs Écritures théâtrales contemporaines en Caraïbe, ont quitté Guyane et Martinique pour la Finlande. Ils ont atterri en Laponie pour une première résidence d’écriture plateau financée par l’Institut français. Celle-ci est liée à l’adaptation de La Nuit caribéenne, d’Alfred Alexandre en un nouveau spectacle baptisé Un anniversaire avec les deux actrices nordiques Jenni Kallo et Niina Rinta-Opas, qui ont découvert l’an dernier le texte original au festival Les Tréteaux du Maroni organisé par la scène conventionnée Kokolampoe. « Avec Le Patron, qui suivait La Nuit Caribéenne, Un anniversaire constituera un triptyque, remarque Alfred Alexandre. Les personnages ont en commun d’être dans la nuit et d’attendre, comme dans En attendant Godot, on ne sait pas ce qu’ils attendent, c’est peut-être Dieu... »

L’alcool a ici pour fonction commune de « briser la glace », souligne Ewlyne Guillaume. « Il s’agit à chaque fois de personnages qui ont entre 40 et 50 ans, l’âge de faire des bilans et qui ressassent, radotent, remâchent, souligne Ewlyne Guillaume. Ici, en Finlande, avec le froid, l’alcool a une influence sociale considérable, il y a beaucoup de couches de vêtements sur les corps et sur les émotions ». Jenni Kallo décrit sa motivation : « Nous sommes d’anciennes acrobates, plutôt axées sur la comédie corporelle, ce qui nous a intéressées dans cette histoire, c’est son universalité, nous sommes tous humains, nous avons tous le même problème, dans chaque famille, il y a un ancien alcoolique. » Ewlyne Guillaume et Alfred Alexandre ont été accueillis au Théâtre de danse Rimparemmi de Rovaniemi, une petite ville de 65 000 habitants capitale de la Laponie. « Si tout se passe bien, la première de la pièce aura lieu en janvier 2024 à Helsinki, précise Jenni Kallo, et elle devrait être jouée en trois langues : finnois, anglais et français ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°534

Légende photo : Les deux artistes en Laponie.

Crédit photo : D. R.

Salaires : l’affaire des abattements plombe le dialogue social

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Ghislain Gauthier

Dans un climat social dégradé par la conjoncture et le conflit autour des retraites, l’affaire des déductions forfaitaires spécifiques (DFS) pour frais professionnels ajoute des tensions au secteur du spectacle vivant, qui n’en demandait pas tant. « En 2021, nous avons appris que les règles changeraient au 1er janvier 2022, nous avons obtenu que cela soit reporté au 1er janvier 2023, nous étions plutôt optimistes, aujourd’hui, les négociations patinent quelque peu, se désole Sébastien Justine, directeur des Forces Musicales, syndicat professionnel des opéras et des orchestres permanents. L’abattement, assis à la fois sur l’assiette des cotisations salariales et patronales, s’applique aux fiches de paie de plusieurs catégories de professionnels du spectacle vivant. Son taux est de 25 % pour les artistes dramatiques et lyriques, de 20 % pour les musiciens, choristes, chefs d’orchestre, ou, parmi les techniciens, les régisseurs de théâtre. Les employeurs peuvent proposer à leurs salariés de choisir entre un abattement sur leur fiche de paie censé remplacer de manière forfaitaire leurs frais professionnels ou de continuer à déclarer au cas par cas ces frais.

En cas d’abattement, le salaire net perçu aura tendance à s’en trouver légèrement augmenté au détriment, cependant, du salaire différé et, point crucial, de la retraite de base ainsi que complémentaire. « En 2016, nous avions obtenu des employeurs qu’ils mettent fin à l’abattement sur la cotisation d’assurance chômage, remarque Ghislain Gauthier, secrétaire général adjoint de la CGT-Spectacle. Ils nous avaient annoncé qu’ils le feraient aussi pour les retraites mais nous n’avons jamais obtenu d’engagement formel de leur part ». Entre temps, l’Urssaf a acté que des vérifications plus poussées seraient effectuées en direction des employeurs. Des dispositions rapidement contestées devant le Conseil d’État par des secteurs professionnels à abattements comme la presse et l’aviation civile.

Des secteurs qui ont finalement accepté le principe d’une fin des abattements mais considérablement étalée, au prix d’un intense lobbying, avec une suppression de quelques pourcentages chaque année, jusqu’en 2038 et leur disparition complète. « Cela ne nous convient pas du tout, signale Ghislain Gauthier, secrétaire général adjoint de la CGT-Spectacle. Ces quinze années de minoration des droits à la retraite toucheraient les intermittents qui rencontrent déjà des difficultés du fait de leurs parcours hachés, de leurs accidents de parcours ». Aux Forces Musicales, on cherche à éviter une addition salée. « La nécessité de trouver des justificatifs avait déjà mis le feu aux poudres, constate Sébastien Justine. Il devenait en effet complexe de réaliser la paie sans eux alors que les frais, réels et importants, pour les musiciens sont souvent dans une temporalité décalée, le moment de l’entretien de l’instrument n’est pas le même que celui où on joue. Si on doit appliquer la suppression soudaine de ces abattements à un orchestre avec 100 permanents, cela se chiffre vite en centaines de milliers d’euros ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°533

Légende photo : Ghislain Gauthier

Source : D. R.

Collectivités : finances au vert sur fond de restrictions pour la culture

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graphique 533

Les chiffres sont à appréhender avec prudence. Mais ils pourraient bien modifier le prisme au travers duquel se vit actuellement une grande partie du spectacle vivant subventionné. En dépit d’une année marquée par l’inflation et la hausse des coûts de l’énergie, la direction générale des Finances publiques (DGFiP) a en effet annoncé que les comptes des collectivités locales se portent plutôt bien globalement en 2022, avec des niveaux en hausse, tant au niveau des dépenses que des recettes. Il s’agit des chiffres 2022, arrêtés au 31 janvier 2023. Et on est assez loin des prévisions alarmistes émises à l’automne dans une note de conjoncture de La Banque postale pour 2022, comme le rappelle La Gazette des communes.

D’après la DGFip, les recettes de fonctionnement globales de l’ensemble des collectivités locales sont en hausse de 4,8 % (soit un accroissement de 10,2 milliards d’euros, grâce notamment à une hausse des recettes fiscales en progression de 5 % via un accroissement de 7,3 milliards d’euros. Un solde favorable au regard des dépenses de fonctionnement, qui progressent elles aussi à vive allure mais dans des proportions légèrement inférieures (+ 4,5 %, pour un peu plus de 8 milliards d’euros). Les dépenses d’investissement augmentent pour toutes les strates de collectivités (+ 0,8 % pour les régions, + 3,9 % pour les départements, + 8 % pour le bloc communal). La capacité d’autofinancement est d’ailleurs au beau fixe (voir histogramme).

Même si ces chiffres doivent encore se concrétiser dans les comptes de résultat définitifs de 2022, au 31 mars 2023 dans de nombreux cas, ils interpellent sur les arbitrages déjà actés des budgets culture ou qui font actuellement l’objet de polémiques et de négociations. Ils ne surprennent pas Christophe Bennet, président de la Fnadac : « Évidemment que les collectivités sont obligées d’être au minimum à l’équilibre, contrairement à l’État qui peut toujours s’arranger avec la Commission européenne. Car dans le cas contraire, elles courent le risque de se retrouver sous la tutelle de leur préfet, qui entreprendrait ensuite de nettoyer les écuries d’Augias et cela, aucune d’entre elles ne peut le souhaiter ». Pour Frédéric Hocquard, président de la FNCC (Fédération nationale des collectivités pour la Culture), « quand les hauts fonctionnaires de Bercy commencent à dire que vous avez trop d’argent, c’est toujours mauvais signe. Cela veut dire que cela va être le prétexte à une augmentation des prélèvements ou à une baisse de vos ressources ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°533

Source : DGFiP

Polémique : médiation au Toursky ?

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Richard Martin

Le bras de fer entre le directeur historique du Théâtre Toursky et la Ville de Marseille a pris une dimension nationale. D’abord par l’écho médiatique de cette affaire (La Lettre du spectacle du 10 février), relayée par La Croix dès le 13 février, puis l’AFP, Le Monde, Libération et Le Figaro. Puis par les soutiens apportés à Richard Martin, qui avait entamé le 7 février une grève de la faim pour contester la décision de la Ville de baisser sa subvention de 80 000 euros (sur un million) et d’établir une convention d’occupation temporaire de ce bâtiment municipal d’un an, alors que le théâtre n’en dispose plus depuis 2014. Philippe Caubère, Clémentine Célarié, Bernard Lavilliers, les députés LFI François Ruffin et Jérôme Legavre, Mourad Merzouki ou encore Jean-Michel Ribes ont signé la pétition défendant Richard Martin. Daniel Mesguich tacle sans le nommer l’adjoint à la culture, Jean-Marc Coppola, « dont le cynisme vraisemblablement le dispute à l’inculture ».

Renaud Muselier, président de la Région Sud, a même apporté son soutien à Richard Martin. Ce dernier a mobilisé ses réseaux et les artistes passés par son lieu en invoquant une menace pour la survie même du Théâtre Toursky. Contacté, Jean-Michel Ribes, ancien directeur du Théâtre du Rond-Point, avoue « ne pas bien connaître le dossier mais soutenir Richard Martin et son théâtre hors piste ». Localement, les responsables de lieux culturels n’expriment publiquement ni leur appui, ni leur désaccord. Interrogés, certains évoquent « un chantage » (quatre grèves de la faim à son actif), d’autres expliquent ce silence par le soutien de la municipalité. Hospitalisé, Richard Martin, 79 ans, souhaite une convention de trois ans. Il aurait mandaté un avocat pour tenter une médiation avec la Ville, alors que le dialogue est rompu depuis plus d’un mois.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°533

Légende photo : Richard Martin

Crédit photo : D. R.

Le spectacle vivant en victime budgétaire

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Anne Mistler

Les acteurs culturels, déjà confrontés à une forte hausse de leurs charges et aux changements d’habitudes nés durant la crise sanitaire, doivent désormais composer pour une partie d’entre eux avec les baisses des subventions accordées par les collectivités territoriales.

« La situation financière des collectivités territoriales est saine, même en sortie de crise. » Ce constat de la Cour des comptes d’octobre 2022 contraste singulièrement avec les discours alarmistes des collectivités elles-mêmes. L’inflation, l’explosion des prix de l’énergie, la hausse du point d’indice des fonctionnaires sont autant d’arguments avancés pour expliquer un tour de vis sur leurs dépenses, tour de vis qui percute les acteurs culturels de plein fouet. La réalité budgétaire des collectivités est complexe. Leur épargne brute – c’est-à-dire leur socle de richesse financière – n’a jamais été aussi forte à 41,4 milliards d’euros, note la Cour des comptes.

Mais ce chiffre global masque des disparités importantes. « Il y a une crise budgétaire réelle, assure Frédéric Hocquard, élu parisien et président de la FNCC. Toutes les collectivités ont été touchées par la crise du covid et la baisse de l’activité économique, et elles font face aujourd’hui à l’inflation, sans avoir les mains libres sur leurs recettes. C’est pourquoi, au Congrès des maires de France, nous avons demandé des marges fiscales pour les communes. » Le combat des collectivités pour leur autonomie fiscale est vieux comme la décentralisation mais s’est accentué depuis 2017 avec la suppression du levier de la taxe d’habitation. 

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Par Bruno Walter

Légende photo : Anne Mistler, adjointe aux arts et aux cultures de la Ville de Strasbourg (Bas-Rhin)

Crédit photo : Jérôme Dorkel

Le womentorat, c’est quoi ?

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Fanny Broyelle

Pour que les femmes trouvent mieux leur place dans le secteur culturel et se fassent mieux respecter, des programmes de womentorat rencontrent un grand succès. 

Ce n’est pas le but d’amélioration de leurs compétences qui mène les femmes au womentorat, « on part du principe que ce n’est pas une question, que les femmes présentes en ont déjà », affirme Fanny Broyelle dans un atelier dédié à cette question aux BIS, à Nantes (Loire-Atlantique). Quelques jours plus tard, la directrice adjointe de Pickup Production à Nantes précise que le sujet est de regarder un parcours, d’observer « ce qui a été empêché, ce qu’on s’empêche en raison d’un syndrome d’imposture et d’un plafond de verre ». Elle a mentoré quelqu’une au sein du programme Wah ! et a autant appris sur elle qu’elle a pu partager avec l’autre. Cette professionnelle confirmée le reconnaît : « Les questions de sororité m’échappaient un peu, je suis féministe sans être une obsessionnelle du patriarcat. » Mais elle valide absolument le mode dit de la « mixité choisie », entre femmes. « On n’a pas d’autres choix, on est obligé d’en passer par là pour débloquer des situations, mais ça ne peut pas être durable, ça doit s’ouvrir à un moment donné pour transformer des microcosmes sclérosés et ne pas en recréer d’autres qui vont se scléroser à leur tour. »

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Par Nadja Pobel

Légende photo : Fanny Broyelle, directrice adjointe de Pickup Production à Nantes 

Crédit photo : Eric Deguin

Redonner le goût des métiers de la culture ?

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Mathieu Hillereau

Devant les difficultés à recruter et à garder les professionnels de la culture, notamment dans les métiers de l’administration, des initiatives sont mises en œuvre pour améliorer les conditions d’exercice de ces fonctions.

Ces trois dernières années, la crise du Covid-19 a accéléré le phénomène de départ des professionnels du spectacle vivant dans les structures, quelle que soit leur taille. L’étude 2022 consacrée aux professionnels et professionnelles de l’administration, de la production et de la diffusion, réalisée par l’association Ce sont nos métiers, est instructive pour comprendre ce qui se joue à différents titres. L’étude réalisée à partir des propos recueillis sur 622 répondants et répondantes – dont une écrasante majorité de femmes : 83 % – montre que la majorité des personnes ayant répondu ont entre 30 et 40 ans, signifiant à la fois une entrée tardive dans le métier et une difficulté à conserver les profils les plus expérimentés, le nombre de personnes travaillant dans l’administration, la production et la diffusion diminuant nettement passé la quarantaine. « La question de la durabilité dans ces métiers se pose, remarque Anne Delmotte, gérante et directrice de production à Filage, coopérative d’accompagnement des acteurs et actrices artistiques et culturels (Nord). En compagnie, nous perdons beaucoup de monde au bout de dix ans dans les métiers administratifs. Par conséquent, il y assez peu de profils très expérimentés dans un domaine où nous exerçons toutes et tous des tâches très diverses. » 

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Par Tiphaine Le Roy

Légende photo : Mathieu Hillereau, administrateur de production aux Indépendances (Paris)

Crédit photo : D. R.

Vers des saisons réduites en 2023-2024

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Sylvie Violan

Au cœur du système de diffusion en France, les scènes nationales vont considérablement réduire la voilure la saison prochaine.

Au cours de l’hiver, alors que se finalisaient les programmations pour la saison à venir, des rumeurs circulaient déjà. L’exercice 2022-2023 s’était déjà avéré difficile et la conjugaison des baisses de subventions, de la hausse des coûts de l’énergie et des aléas de fréquentation n’augurait rien de bon. Les maisons d’opéra, ces grosses machines très dépendantes de la subvention, un écosystème très fragile, ont montré des signes de faiblesse. L’Opéra de Rouen-Normandie annonçait devoir fermer ses portes durant six semaines au printemps, en avril et mai. En situation financière délicate depuis des années, il doit affronter la hausse spectaculaire du prix de l’énergie (+ 450 000 euros en un an pour un coût global de 650 000 euros).

L’Opéra national du Rhin a été contraint d’annuler une représentation à la Filature, à Mulhouse (Haut-Rhin), et d’en transformer une autre en concert, moins coûteux. De même, il a réduit d’une journée la diffusion du Couronnement de Poppée à Strasbourg (Bas-Rhin). Outre la hausse de ses charges, la structure est confrontée à une baisse de 2,5 % de la subvention octroyée par les Villes de Mulhouse et Strasbourg (- 200 000 euros). Enfin, l’Opéra Orchestre national Montpellier-Occitanie a reporté Scènes de Faust, de Goethe, qui devait être présenté en mai. À Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, maire et président de la métropole, a annoncé « qu’il sera proposé aux élus de voter 300 000 euros de financement métropolitain exceptionnel supplémentaire », et l’état a ajouté une enveloppe de 200 000 euros, mais le signal est fort. Le réseau est à bout de souffle.

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Sylvie Violan, directrice de Carré-Colonnes, scène nationale de Blanquefort-Saint-Médard-en-Jalles

Crédit photo : Pierre Planchenault