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Diffusion : embouteillage en vue

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Lisa Guez

La création ne s’est pas arrêtée pendant la fermeture des salles de spectacle, laissant présager d’un engorgement en diffusion.

L’image la plus employée pour aborder la problématique de la diffusion à la réouverture des salles de spectacle est celle de « l’embouteillage ». La crainte d’une impossibilité à programmer tous les spectacles créés depuis le début de la crise sanitaire est une inquiétude partagée par les compagnies et programmateurs alors que la production continue. Certains y trouvent des avantages, comme Alexandre Zeff. « Le deuxième confinement nous a permis d’avoir plus de temps pour répéter Tropique de la Violence. Nous avons accueilli de nombreux programmateurs lors de représentations professionnelles en janvier. Je ne sais pas si autant seraient venus si les théâtres étaient ouverts », s’interroge le metteur en scène. Mais toutes ces créations sont encore plus qu’avant en concurrence les unes avec les autres.

Laurent Maindon, de la compagnie conventionnée Théâtre du Rictus, devait créer Ruptures en novembre dernier. « Des dates sont reportées mais a priori cela ne sera pas pour avant début 2022 », indique le metteur en scène. Prudent, il a préféré reporter à une date ultérieure la création de Romance, avec lequel il prévoyait de jouer dans le Off d’Avignon cette année : « Je pense qu’il est préférable de prendre du recul, même si se dire que l’on ne va pas jouer cette année est vertigineux. » Également conventionnée, la compagnie à l’Envi, de Pauline Sales et Vincent Garanger, va de report en report avec son spectacle jeune public, Normalito, créé l’hiver dernier. Son nouveau spectacle, Les Femmes de la maison, a été présenté aux professionnels en janvier. « Nous sommes pour l’instant extrêmement privilégiés car en sortant de la direction du Préau [CDN de Vire, NDLR], nous avons très bien tourné nos spectacles et jusqu’à présent, nous avons été bien indemnisés. Mais nous sentons que cette situation ne pourra pas durer indéfiniment », confie Pauline Sales. 

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Par Thiphaine Le Roy

Légende photo : Lisa Guez, metteuse en scène

Crédit photo : Julien Pebrel

Pratiques culturelles : le grand virage ?

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Pascal Le Brun-Cordier

Le confinement a transformé les pratiques culturelles des Français, en renforçant la présence des activités numériques. Jusqu’où et avec quelles conséquences à la réouverture des salles ?

Le confinement du printemps 2020 restera pour tous un temps singulier car inédit, brutal, anxiogène... Il n’a pas échappé au Département de la prospective et de la statistique (DEPS) du ministère de la Culture qui a eu la bonne idée d’enquêter sur les pratiques culturelles des Français sur cette période de quelques semaines. Avec pour point de comparaison la récente enquête sur les pratiques culturelles datant de 2018, il était possible d’établir des parallèles sur les comportements de publics contraints de réinventer leur relation à la culture. Anne Jonchery, chargée d’études au sein du DEPS et autrice de cette étude (avec Philippe Lombardo), énonce d’emblée que le confinement, cette « contraction inhabituelle de l’espace temps », n’a pas été vécu de la même manière par toutes les catégories de la population, notamment dans leur rapport au temps libre et à la culture.

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Pascal Le Brun-Cordier, universitaire et directeur artistique, professeur associé à l’école des arts de la Sorbonne

Crédit photo : Didier Goupy

Santé des salariés, l’épreuve de la crise

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Émilie Robert

Face à l’impact de la crise, les directions d’établissement doivent être vigilantes aux difficultés rencontrées par chacun de leurs salariés.

Les confinements, le couvre-feu, le télétravail peuvent avoir des conséquences sur la santé psychique et physique. Le risque est plus grand pour les salariés des secteurs les plus impactés par la crise, dont la culture. La perte de sens peut se faire sentir. Garder un contact soutenu avec les équipes est un axe fondamental d’un bon management dans cette période de crise. D’autant plus quand le discours et les décisions politiques ont stigmatisé le secteur culturel, l’associant à un risque accru de transmission du virus. « Dès le premier confinement, j’ai essayé d’être au maximum en lien avec les équipes. Prendre des nouvelles des uns et des autres fait partie du travail actuellement », examine David Bobée, directeur du centre dramatique national (CDN) Normandie-Rouen ; très prochainement directeur du Théâtre du Nord, CDN de Lille. « J’insiste aussi pour déculpabiliser certains personnels qui n’ont pas beaucoup de travail concret actuellement, comme en billetterie et en relation avec les publics. Il s’agit aussi de les rassurer sur le fait qu’ils méritent le même salaire qu’en temps normal car ni eux ni moi ne sommes responsables de la situation », ajoute celui qui n’a pas souhaité faire bénéficier sa structure des aides d’État à la mise en place de mesures d’activité partielle.

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Par Tiphaine Le Roy

Légende photo : Émilie Robert, directrice du Théâtre Massalia, à Marseille

Crédit photo : D. R.

Concentration de la production musicale : stop ou encore ?

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Olivier Poubelle

Les rachats par de grands groupes de sociétés de production, de salles ou de festivals, courants depuis 15 ans, sont gelés par la crise sanitaire. Le calme avant de nouveaux « 360 degrés » ?

On parle ici de 350 M€ au lieu de 2,7 milliards d’euros. Voilà le chiffre d’affaires généré par les 400 membres du Prodiss (Syndicat national du spectacle musical et de variété, 75 % du secteur) en 2020. Selon une étude du cabinet EY, parue à l’été, les trois quarts des intermittents du spectacle et la moitié des permanents pourraient voir leur activité menacée à long terme. Le scepticisme est (quasiment) unanime quant à 2021. La rencontre avec 12 représentants de festivals rue de Valois, le 18 février dernier, n’y changeant rien ou si peu. « On prépare 2022 », revient amèrement dans toutes les bouches. « La sortie de crise va être brutale, dessine (anonymement) un acteur du secteur, le processus de concentration est en pause, car tout est à l’arrêt. Mais il va repartir de plus belle. Qui restera debout à la fin ? » Retour en arrière. En 2008, l’arrivée du le géant Live Nation aux commandes du festival Main Square d’Arras est un tournant. « C’est le symbole de l’avènement d’une stratégie à 360° en France, qui consiste à examiner toutes les sources de revenus qui gravitent autour d’un artiste. Et de connecter autour d’un même groupe toutes les activités, de manière à les rendre complémentaires et dynamiques », resitue Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS. 

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Par Thibault Dumas

Légende photo : Olivier Poubelle, Astérios/Jardin imparfait

Crédit photo : Julien Pebrel

Les « invisibles » de la culture

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Frédérica Legeard-Lemée

Totalement liés au monde du spectacle, ces métiers n’ont pas été soutenus autant que celui-ci.
Ils ont parfois dû se réinventer.

Sans elles et sans eux, pas d’annonces de concerts ou de festivals dans les médias, pas d’interviews d’artistes ou de communiqués bilans… Pourtant, les attachés de presse ont été un peu oubliés par les aides au secteur de la culture, alors qu’ils ont été touchés de plein fouet par les effets de la pandémie. L’agence Suzette, créée par Laura Bris et Nina Irrmann, est en charge de relations presse uniquement pour des tournées et des festivals (Lomepal, Garorock…). Alors qu’elles travaillent en temps ordinaire sur une cinquantaine de projets par an, leur activité est totalement arrêtée. Laura Bris livre : « Au début, il a bien fallu travailler à gérer les reports et annulations. Tout le monde a été solidaire, nous avons été payées au minimum à 50% de nos factures. Nous avons bénéficié cinq fois du Fonds de solidarité de 1 500 €, souscrit un prêt garanti par l’État (PGE) de 20 000 € et j’ai touché le chômage partiel, pas Nina, car elle est gérante salariée de la société. » L’agence Suzette n’a pas renouvelé ses deux stagiaires, ni le bail de ses bureaux à Montpellier. Une opportunité en centre-ville leur a permis d’ouvrir une galerie « d’art singulier » où sont exposées et vendues des œuvres. Les deux associées y ont installé leurs bureaux en attendant des jours meilleurs. « Nous ne voulons pas baisser les bras, lorsque les concerts reprendront, nous serons là ! », témoigne Nina Irrmann.

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Par Nicolas Dambre

Légende photo : Frédérica Legeard-Lemée, présidente du Synpase

Crédit photo : D. R.

Musique : « L’année de tous les dangers »

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Nicolas Bucher

Entretien avec Nicolas Bucher, président de Profedim, Syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendants de musique.

Réclamez-vous la réouverture des lieux de diffusion avec celle des musées ? 
Nous avons signé par solidarité le courrier à l’initiative du Syndeac sur lequel se sont alignées les collectivités territoriales. Oui, nous demandons la réouverture des lieux. En janvier, il y a eu un des sons de cloche différents chez Profedim. C’était un effet de dépression de l’hiver. Aujourd’hui, plus personne ne doute de la nécessité d’ouvrir, y compris avec des jauges très dégradées. La fermeture intégrale commence à être pesante. Et on se pose la question de sa validité. On pourrait comprendre que les musées ouvrent avant, mais on ne doit pas poser la question de la réouverture des musées sans un calendrier pour les salles.

Que pensez-vous des propositions de Roselyne Bachelot sur les festivals ?
Les réponses sont à destination des gros festivals de musiques actuelles. On est ravi qu’ils aient des embryons de réponses. C’est un acte politique fort, un des meilleurs qu’on ait vu depuis un moment de la part de la ministre. Elle a un effet psychologique plutôt que technique pour nos adhérents qui sont loin de la question de 5 000 spectateurs debout. Mais c’est bienvenu de savoir qu’on va préparer l’été. Ce n’est qu’un début de chemin. Il faudrait beaucoup plus sur les festivals.

C’est ce que vous attendez des états généraux ? 
Nous sommes ravis que des états généraux se déroulent, même si nous avons eu des réserves sur la rencontre d’Avignon et que nous trouvons que la concertation d’avant-Bourges met du temps à se mettre en place. La conclusion des états généraux dessinera les contours d’une politique pour 2022. Mais que fait-on pour 2021, année de tous les dangers ? Si le soutien des collectivités territoriales est plutôt favorable aux festivals, on entend aussi des collectivités qui disent « ça va être difficile, utilisez les restes de subvention de l’année dernière ! ». Un autre élément est l’effondrement des soutiens de l’Adami et de la Spedidam. Ils sont quasiment réduits à zéro. Profedim plaide pour un crédit-relais sur 2021 si on ne veut pas que les festivals soient mis en danger.

Ne comptez-vous pas sur le fonds de secours aux festivals ? 
On ne sait toujours pas comment ce fonds sera réparti. Nous en attendons la déclinaison en DRAC [10 M€ annoncés en octobre] et celle du plan de relance. On ne peut pas attendre avril, alors que certains festivals commencent au printemps. Nos festivals sont vertueux économiquement. Leurs programmateurs peuvent être amenés à ne pas prendre trop de risques financiers, ce qui est à mettre à leur crédit. Le pire des scénarios serait d’avoir des sous-programmations par précaution, des festivals constitués de duos et de trios. Nous avons très peur de cela.

Dans quel état sont les ensembles musicaux ?
Les situations sont très différentes. En ce début 2021, la plupart des ensembles ne sont pas dans un danger mortel. Les mécanismes d’indemnisation et de compensation ont été plutôt efficaces pour les maintenir hors de l’eau. Ceux qui ont le plus souffert sont ceux qui avaient une politique internationale où les compensations n’ont pas été les mêmes. Et aussi les plus jeunes ensembles qui travaillent sur des effectifs importants. Les ensembles qui fonctionnent à un niveau national, plus anciens, ou ceux en émergence, s’en sortent. C’est sur 2021 et la reprise que l’inquiétude est la plus grande.

Cette inquiétude porte sur la relance ?
Nous avons du mal à nous projeter et à y voir clair dans le plan de relance. C’est certes beaucoup d’argent : 30 M€ répartis au niveau des DRAC dont 8 à 10 M€ pour les ensembles artistiques. Nous avons des propositions claires, en association avec la Fevis. Il faut profiter de cette période pour mettre en place des mécanismes vertueux, à travers notamment les aides aux résidences. De l’argent nouveau arrive dans les DRAC, mais on a du mal à voir la manière dont se mettent en place les dispositifs. Nous voulons une politique ambitieuse d’aide à la coproduction et à la diffusion qui dépasse notre écosystème. Par un système de bonus, il faut inciter le réseau pluridisciplinaire (théâtres lyriques, théâtre de ville...) à augmenter leur part de musique savante dans la programmation. Nous réclamons cela à cor et à cri depuis début octobre. De nombreux théâtres sont derrière nous sur cette idée de bonus.

Propos recueillis par Yves Perennou  

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°489

Crédit photo : Pascal Le Mée  

Avignon Off : « Un énorme travail de pédagogie vers le public sera nécessaire »

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Sébastien Benedetto

Entretien avec Sébastien Benedetto, président d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C)

Où en est AF&C de la préparation du Off 2021 ? 
Nous avons assisté à une réunion avec la ministre de la Culture le 17 février avec d’autres festivals (In, Aix, Rencontres d’Arles…). Un rendez-vous spécifique au Off est prévu avant la mi-mars avec le cabinet de la ministre sur l’organisation et les financements. Nous avançons bien avec les collectivités. Le préfet de Vaucluse a demandé à chaque théâtre du Off de lui communiquer deux référents Covid, des personnes qui connaissent bien leur théâtre, par exemple un régisseur et un personnel d’accueil, qui bénéficieront d’une formation. Le ministère de la Santé nous communiquera un guide d’accueil du public, la DRAC le completera selon nos questions.

Le projet de fonds de solidarité est-il toujours d’actualité ?
Le principe a été voté lors de notre dernier conseil d’administration. Il s’agit d’élargir le fonds de professionnalisation d’AF&C pour aider les artistes et techniciens qui viendront à Avignon. Mais nous sommes encore dans le flou par rapport aux aides qu’AF&C ou les théâtres pourraient toucher. Y aura-t-il par exemple un fonds de compensation pour la billetterie ?

Ce fonds de solidarité serait notamment abondé par une billetterie centralisée…
Notre système de billetterie Ticket Off ne sera pas centralisé, il y a eu trop de tergiversations et de rejets, tandis que sa fiabilité technique n’était pas acquise. Nous souhaitons néanmoins que les théâtres proposent 30 % de leurs places via Ticket Off, afin de prélever environ 1,5 € sur chaque billet pour abonder le fonds.

La question se pose de la circulation des piétons dans l’enceinte d’Avignon. 
Nous avons eu des réunions à ce sujet avec la préfecture et la Ville. Cette dernière travaille sur des plans de circulation. Du côté des théâtres, il faut réfléchir aux files d’attente des spectateurs. Un énorme travail d’information et de pédagogie vers le public sera nécessaire, avec plans et signalétique.

Avec l’idée de désolidariser Festival d’Avignon et Off ?
Non, ce n’est pas un scénario mais une rumeur. Mais si le In ajustait ses dates, nous pourrions faire de même via le vote de notre assemblée générale extraordinaire, qui pourrait avoir lieu fin avril. Quant au programme papier, il sera édité. Nous tentons de repousser son envoi chez l’imprimeur à fin avril, voire début mai.

Faudra-t-il désinfecter les salles entre chaque spectacle ? 
Certains devront allonger le délai entre les spectacles pour éviter les croisements de spectateurs et d’équipes artistiques, pas pour désinfecter mais pour aérer 20 minutes, comme le précisent les protocoles sanitaires.

AF&C a sondé des professionnels via Internet.
Oui, plus de 70 % des professionnels souhaitent à ce jour assister au Off, car c’est un vrai lieu de rencontres. Mais des programmateurs conviennent qu’ils auront moins de place dans leur saison en raison de nombreux reports. La question d’un Off pour les seuls pros a été posée, option prise par la dernière Biennale internationale des arts du cirque. Personne ne souhaite ce scénario, mais nous posions la question au cas où nous serions dans une situation sanitaire compliquée.

Propos recueillis par Nicolas Dambre  

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°489

Crédit photo : Thomas O'Brien

Festivals : le cadre imposé suscite surtout du mécontentement

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Jazz à Vienne

Après le cadre fixé par le 18 février par la ministre de la Culture pour les festivals d’été, les Vieilles Charrues ont annoncé un nouveau format : 10 jours de concerts pour 5 000 personnes assises et distanciées, signe que le festival avait anticipé. Tout comme Pause Guitare, à Albi, qui avait dédoublé sa programmation sur deux semaines et investi dans des gradins. Les Francofolies de La Rochelle maintiennent les concerts en jauge limitée. Pour d’autres, s’adapter de la sorte est inenvisageable. Garorock et le Hellfest ont annulé. Les Eurockéennes (130 000 spectateurs) pourraient faire de même, leur directeur, Jean-Paul Roland, dénonçant, sur Publicsenat.fr : « Ce ne sont pas des spectateurs qu’on pose assis comme des Playmobils à deux mètres de distance pendant huit heures, et on les ressort. Nous, on fabrique de l’interaction sociale ». Au Foin de la Rue (Mayenne) n’organisera pas d’édition 2021, la jauge de 5 000 personnes assises lui semblant incompatible avec l’identité du festival et des spectateurs âgés en moyenne de 25 ans. Beaucoup de manifestations plaidaient pour un prorata en pourcentage de la jauge plutôt qu’un seuil de 5 000 individus sans justification sanitaire.
Lisa Bélangeon, coordinatrice du festival mayennais, et élue du Syndicat des musiques actuelles, déclare : « Une saison culturelle aura lieu, mais pas des festivals au sens où on les entend dans les musiques actuelles. Aucune date de reprise n’est fixée, elle semble liée à celle de la réouverture des lieux culturels. Sur les bars et la restauration, pas de réponse non plus. Nous nous étonnons qu’il n’y ait pas de distinction entre événements en intérieur ou en extérieur. »

Artistes : s’adapter ou pas 
Le Syndicat des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles (Prodiss), dénonce « la jeunesse française sacrifiée » et défend vaccinations et pass sanitaire « qui permettraient à tous les festivals d’avoir lieu cet été ». Béatrice Desgranges, directrice de Marsatac, confie : « Le plus précieux est de maintenir la promesse d’un rendez-vous. Nous n’avons pas encore trouvé la formule, mais Marsatac restera électro, urbain et festif. Et nous n’empêcherons pas les spectateurs assis de se lever, nous veillerons surtout à la distanciation, qui doit être précisée. » L’événement marseillais, prévu en juin, pourrait décaler ses dates. Le festival Jazz à Vienne (du 23 juin au 10 juillet) s’adaptera plus facilement que d’autres car la moitié des concerts au Théâtre antique sont en formule assise, l’autre en assis-debout (7 500 spectateurs). Benjamin Tanguy, son directeur artistique, observe : « Cela pose plein de questions, notamment sur nos recettes propres, mais aussi côté artistique. Beaucoup de groupes internationaux préfèrent reporter leur venue à 2022 plutôt que de réfléchir à un projet plus léger où à des cachets moindres ». Heureusement, plusieurs artistes français proposent des formules adaptées, comme le rappeur Disiz la Peste en piano-voix, ou l’artiste électro Rone en formule symphonique. À Brest, le festival électro Astropolis a demandé aux artistes programmés d’adapter leurs prestations scéniques à un public assis.

Festivals ou concerts
Angelo Gopee (Live Nation France), qui organise le Main Square festival, à Arras, estime qu’il ne faut pas confondre festival et série de concerts en plein air : « Cette décision politique – en total contradiction avec le discours rassurant du président de la République – va sacrifier pour l’été l’essentiel des esthétiques musicales contemporaines ». Il réclame des éclaircissements rapides sur l’articulation des aides. Au Festival interceltique de Lorient (FIL), Lisardo Lombardia, directeur général, est optimiste : « Le FIL est un événement pluridisciplinaire loin des festivals en espace clos. Les gens y déambulent en ville comme le reste de l’année et nous pourrons utiliser le parc central de la ville. La grosse difficulté concernera les bals, s’il n’est pas possible d’être debout et de se toucher… Mais je pense que la situation s’améliorera d’ici l’été. »

Nicolas Dambre  

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°489

Légende photo : Jazz à Vienne

Crédit photo : Daniel Durand

Perte d’activité : les musiciens premiers touchés

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Yonatan Gat

La cérémonie des Victoires de la musique a offert une courte fenêtre médiatique à la fédération CGT-Spectacle pour attirer l’attention sur la situation des musiciennes et musiciens, première catégorie d’artistes impactée par la crise sanitaire. Le Syndicat national des artistes musiciens fait référence à une note interne de l’Unedic datée du 10 février. Elle établit que, de janvier à octobre 2020, leur activité a chuté de 40 % par rapport à la même période 2019. Dans le secteur dramatique, la baisse est de 30 %. Chez les intermittents techniciens, ce sont les métiers du plateau, machinerie et lumière qui pâtissent le plus de la situation, avec presque 50 % de baisse d’activité. La période concernée inclut les mois d’avant le confinement, ainsi que l’été au cours duquel des intermittents ont pu travailler.

La situation n’a fait que s’aggraver depuis la fin octobre. « Notre souci, c’est l’inaction du ministère et du Centre national de la musique, s’insurge Philippe Gautier, secrétaire général du SNAM-CGT. Le ministère de la Culture s’occupe des équipes suivies par les DRAC et le CNM d’abord des entreprises. Personne ne s’intéresse aux musiciennes et musiciens. Rien ne bouge. Nous sommes toujours en contact avec le ministère où l’on nous dit qu’il y a toujours des arbitrages à attendre. » Tandis que les musiciens permanents des orchestres classiques multiplient les interventions dans les établissements scolaires, les musiciens isolés ne débénficient d’aucun dispositif financier pour financer des heures de travail. La CGT réclame un fonds de soutien à l’emploi.

Un autre motif d’inquiétude concerne la mission confiée par le ministère à André Gauron sur l’année blanche des intermittents du spectacle. La ministre invite le conseiller maître à la Cour des comptes à différencier les situations des intermittents selon les secteurs d’activité (audiovisuel/spectacle vivant, artistes/techniciens par métier) « pour ajuster le dispositif actuel en fonction de cette analyse » et « dégager des pistes de réponses ciblées ». Philippe Gautier proteste : « Ce traitement au cas par cas, ce n’est pas possible, comme ce n’est pas supportable de lire ce mensonge à propos d’une année blanche qui aurait coûté 950 millions d’euros. » Au-delà de la prolongation générale des allocations chômage lors du confinement de printemps, une partie des intermittents du spectacle aurait de toute façon pu être indemnisée même sans le dispositif d’année blanche.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°488

Légende photo : Yonatan Gat

Crédit photo : Eric Deguin

Institut français : « Penser les projets de façon hybride avec le digital »

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Gaëlle Massicot-Bitty

Entretien avec Gaëlle Massicot-Bitty, responsable du pôle artistes et professionnels au département développement et coopération artistiques de l’Institut français

Quelle réponse a été apportée par l’Institut français au blocage de la circulation des artistes ? 
L’année 2020 nous a obligés à repenser notre action et à réfléchir à de nouveaux formats avec le réseau et les équipes artistiques. Vous savez que nous favorisons la mobilité des professionnels étrangers à travers les focus. Aux Nouvelles Zébrures d’automne, à Limoges, nous avons réussi à mobiliser quelques programmateurs d’Europe et d’Afrique et nous avons filmé des spectacles ainsi que des présentations de projets d’artistes. Un mois plus tard, nous avons monté un focus virtuel, permettant aux professionnels d’accéder aux spectacles captés et aux rencontres professionnelles. Cette alternative nous a permis d’avoir une réponse inclusive. Autre exemple avec le festival Next (Hauts-de-France) qui n’a pas pu se tenir. Nous avons eu une version totalement numérique, grâce au partenariat avec la Région Hauts-de-France, pour présenter les artistes, dans des spectacles sans public, pour des programmateurs majoritairement européens.

Comment envisager l’avenir ?
Il y a une mobilisation pour maintenir les liens avec équipes artistiques, penser les projets de façon hybride. Nous avons ainsi repris Relance Export avec des projets qui commencent en digital. C’est le cas avec la Biennale de la danse de Cali, en Colombie, qui a invité de jeunes chorégraphes. Le projet va commencer dès avril sous forme digitale et pourrait se poursuivre sur place. Pour le dispositif « La Collection », qui est un catalogue de formes légères, avec différentes institutions françaises, en 2021, nous l’organisons en deux temps, avec un catalogue sur le premier semestre où les projets peuvent être aussi en format numérique. Par exemple, on s’est associé avec Klap, à Marseille et la commande de Michel Kelemenis de pièces de 10 minutes. Klap a capté ces spectacles et l’Institut français au Mexique va en diffuser les contenus. Quand les frontières seront ouvertes, Klap passera commande à des chorégraphes français pour des formes jouées en plein air, par exemple, au Maroc. La question est en effet aussi d’adapter pour le plein air des spectacles prévus pour la salle. L’Institut français en Chine a proposé le festival French Waves, en juin, avec la chaîne Tencent Art, pour des spectacles surtitrés en chinois. En deux mois d’exploitation, elle a touché 3,12 millions de spectateurs. Nous sommes partenaires en Chine pour déployer à nouveau ce contenu. Avec le Festival Expériences du Festival d’Avignon et à l’initiative du service culturel aux états unis, on a développé des contenus pour les étudiants des classes d’arts américaines. Nous regardons aussi, avec Avignon, de nouveaux usages avec la Corée du Sud grâce à un partenariat avec une plateforme payante, offrant des contreparties financières. C’est le début d’une réflexion sur le point d’équilibre financier et la rémunération des artistes.

Comment se présentent les focus de la Biennale de Lyon et d’Avignon ?
On réfléchit avec Dominique Hervieu pour Lyon, à avoir une alternative possible, avec des propositions numériques, certainement dans un dispositif hybride. On est sur ce projet avec l’ONDA. Rien n’est encore fixé. De même avec Avignon. Maintenant, nous avons  l’expérience de Limoges et Next, et nous savons que cela peut marcher. Ensuite, chaque focus est construit avec les partenaires.

A plus longue échéance, quels sont les événements prévus ? 
On sent bien le besoin des artistes français d’échanger avec des partenaires étrangers. Plus tard dans l’année, il est prévu que Thomas Lebrun aille au Brésil pour une création, de même Amala Dianor en Inde. Nous avons aussi un grand projet avec Eleusis, en Grèce, capitale européenne de la culture. Il y en a d’autres comme la tournée de Congo Jazz band (Hassane Kouyaté), celle de Farm fatale (Philippe Quesne) et Un Ennemi du peuple (Jean-François Sivadier), celle d’Akzak (Héla Fattoumi et Éric Lamoureux). On sait aussi que quand la mobilité reprendra, il y a aura des quatorzaines donc un coût supplémentaire pour les équipes. Nous travaillons sur l’accompagnement. On a acté une programmation 2021 et on sait qu’elle va devoir s’adapter. L’important c’est de garder le contact avec les créateurs et que le réseau culturel garde le lien avec la scène française.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°488

Crédit photo : D. R.