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Les maisons de disque vont-elles dévorer le concert ?

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La chanteuse Suzane

La crise favorise t-elle les maisons de disques par rapport aux producteurs de concerts ? Les premiers vont voir leurs chiffres d’affaires baisser de l’ordre de 30 % pour les premières contre 85 % pour les seconds. Angelo Gopee, patron de Live Nation France, avait démissionné du conseil d’administration du Prodiss et attiré l’attention sur le sujet. Il prévient : « Beaucoup d’artistes signent avec des maisons de disques qui font de la production de concerts, au détriment des seuls producteurs de concerts. Les maisons de disque ont trois sources de revenus : l’édition, la musique enregistrée avec le streaming et la scène. Il va y avoir une redistribution des cartes après la crise. »

Pierre-Alexandre Vertadier, dirigeant de Décibels Productions, filiale concerts de la major Warner, voit les choses différemment : « Il ne faut pas opposer producteurs indépendants et producteurs rattachés à une maison de disques. Il y a de la place pour tout le monde. Je fais mon métier comme un indépendant, je ne m’occupe que de spectacles et plus de la moitié de mes artistes ne sont pas signés chez Warner. Les deux seuls avantages à être adossé à un groupe : trouver des synergies et éviter les actuels problèmes de trésorerie. » La diversification des maisons de disques dans les concerts n’est pas récente puisque Warner Music France avait racheté Camus Productions dès 2008.

Olivier Poubelle, fondateur d’Astérios, pense que le problème n’est pas directement lié à la crise sanitaire : « Nous sommes confrontés à des groupes aux moyens colossaux qui peuvent démarcher des artistes, mais ces derniers les sollicitent également. Avant même ce phénomène, les petits producteurs de concerts avaient du mal à garder les artistes à très forte notoriété. »

Chad Boccara, manager de l’artiste Suzane, l’a incitée à signer chez Wagram Music et avec sa filiale W Spectacles. « Devions-nous mettre tous nos œufs dans le même panier ? Avec le recul, je le crois car il y a un vrai dialogue entre les deux structures qui sont situées dans les mêmes bureaux. » La révélation scène des Victoires 2020 touche encore des droits d’auteurs sur des concerts donnés avant l’arrêt dû à la pandémie.

Les producteurs de disques et de concerts vont-ils s’opposer aux producteurs de seuls concerts au sein du Centre national de la musique (CNM) ou du Prodiss, comme semble le craindre Angelo Gopee ? « À la différence du cinéma ou du disque, notre syndicat regroupe groupes et indépendants, ce qui fragilise la liberté de parole et le positionnement du Prodiss », juge Olivier Poubelle. Une opposition paradoxalement soulevée par le dirigeant de la filiale de la multinationale Live Nation, qui peine à constituer un catalogue d’artistes français.

Du côté du CNM, son président Jean-Philippe Thiellay lance : « C’est une question qui renvoie aux équilibres entre des secteurs de plus en plus poreux. Il est économiquement dangereux que certains producteurs de spectacles subissent les conséquences de transferts d’artistes qu’ils ont développés vers de grands groupes. » Un point évoqué lors des auditions menées par l’Autorité de la concurrence, laquelle doit bientôt rendre un avis sur les phénomènes de concentration dans les musiques actuelles.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°488

Légende photo : La chanteuse Suzane

Crédit photo : Eric Deguin

Sacem : une baisse de moyens de 27 % pour l’action culturelle

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François Besson

Entretien avec François Besson, directeur de l’action artistique à la Sacem

Comment évolue l'action artistique et culturelle de la Sacem ?
Vous connaissez l’évolution au long cours de l’action culturelle de la Sacem : nous avons investi le numérique, développé le financement participatif, poussé le travail d’ingénierie.  Nous accélérons cette phase. Parallèlement aux programmes que l’on connaît (aides à l’autoproduction, à l’écriture de musique originale, aux résidences dans la musique contemporaine et le jazz de création), nous ouvrons une entrée pour accompagner les auteurs compositeurs dans la conduite de leur projet. Ils sont de plus en plus entrepreneurs et, pour ceux qui ne le sont pas par choix, qui ne sont pas accompagnés par un producteur phono ou scénique, l’idée est d’apporter un accompagnement complet. Cela peut être de l’aide monétaire, mais aussi la mise en réseau, le conseil. Nous modifions pour cela notre organisation interne. Un bureau d’ingénierie culturelle sera officialisé en février aux côtés du service musique et spectacle vivant et du service cinéma, audiovisuel, musique à l’image.

Quelle est la situation budgétaire ?
En 2020, la collecte de copie privée a été moins mavaise que prévue. L’année 2021 est plus dure. La recette de la copie privée est en baisse de 10 % et celle liée aux irrépartissables de 13 %. Une fois pondéré, cela nous donne -11 %. Mais on augmente aussi les aides d’urgence, alors qu’on y avait mis 6 M€ l’année dernière. Nous serons à -27 % de moyens en soutien pour l’action culturelle. L'idée n'est pas de raboter toutes les aides, mais de travailler avec les autres dipositifs comme ceux du Centre national de la musique. On maintient les aides aux festivals et aux salles, mais fléchées sur des projets de création, de résidences, de valorisation de l'émergence, de repertoires sous-exposés dans les médias. L'aide aux festivals en tant que structure aura tendance à baisser parce qu'ils vont trouver des financements au CNM. Sur les festivals de diffusion on va baisser.

Les aides seront maintenues aux festivals touchés par les annulations ou reports ? 
En 2020, les aides ont été maintenues à deux ou trois exceptions, dans une réaction de solidarité. Nous sommes obligés de changer de principe. Les moyens de la copie privée sont conditionnés à l'exécution des projets. Que ça soit en hybride ou en dématérialisé, il faut que le projet ait lieu. Les essais de 2020 en dématérialisé ont débouché sur des initiatives solides. Après, il ne faut pas perdre l'âme du spectacle vivant.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°487

Crédit photo : Jean-Baptiste Millot

Off 2021 : les théâtres en ordre dispersé

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Capital risque

Signer des contrats de location avec les compagnies ou attendre, prévoir un nombre réduit de créneaux, baisser le prix des locations... autant de sujets auxquels les 130 lieux d'Avignon Off se préparent dans la plus grande incertitude à cinq mois de festival (du 7 au 31 juillet). L’annulation de 2020 a impliqué le report de quasiment tous les spectacles, sauf souvent ceux de compagnies étrangères. À l’Espace Alya et au Chapeau d’Ébène Théâtre, Raymond Yana, codirecteur, commente : « Nous n’avons pas encore envoyé de contrats pour 2021 aux compagnies françaises. Il ne serait pas raisonnable d’encaisser pour devoir peut-être le rembourser en avril. » Son association avait remboursé toutes les compagnies au lendemain de l’annulation du Festival d’Avignon.
A contrario, le Théâtre du Roi René a déjà signé des contrats avec les producteurs et compagnies. Sa directrice, Hélène Zidi, précise : « Deux compagnies avaient demandé à être remboursées. Si le nombre de créneaux par théâtre doit être réduit pour aérer et désinfecter les salles, je ne crois pas que nous aurons à choisir quelle compagnie ne pourra pas jouer. Les plus fragiles économiquement choisiront d’elles-mêmes de ne pas se produire. Rien n’est arrêté sur le nombre de créneaux. »

Désinfecter les salles ? 
L’association AF&C, qui coordonne le Off, travaille en effet sur un scénario dégradé du festival, avec des jauges réduites et davantage de temps entre chaque spectacle pour éviter les croisements de public et procéder au nettoyage des salles. Laurent Sroussi, directeur artistique du 11 Avignon, s’en étonne : « Je ne perçois pas la pertinence de désinfecter les salles : les sièges n’ont pas d’accoudoirs, les portes sont ouvertes, l’air est renouvelé… J’envisage plutôt des jauges réduites. Mais notre théâtre ne vend pas de créneaux aux compagnies calculés par rapport au nombre de fauteuils. Le prix du créneau ne baisse donc pas, d’autant que c’est nous qui portons l’essentiel du risque financier en cas de seconde annulation. » Seuls 15 des 24 spectacles prévus ici en 2020 sont reportés à 2021 et tous les contrats ont été signés. à l'Espace Alya, Raymond Yana envisage, pour sa part, une réduction du prix du créneau en fonction de celle des jauges, mais aussi en fonction des aides ou compensations touchées par les compagnies.

Réduire les jauges ? 
Dans ses deux lieux extra-muros (95 et 180 places), la Manufacture est l'un des rares qui pourraient préserver ses jauges en augmentant la taille de ses gradins tout en maintenant une distanciation entre spectateurs. Son président, Pascal Keiser, indique : « Avec 28 salariés sur trois sites et des infrastructures lourdes, le coût de nos théâtres en ordre de marche n’est pas compressible. Nous ne pouvons pas baisser le prix de la location avec des prix de places très abordables. » 35 compagnies sont en cours de contractualisation, avec une clause Covid en cas d’annulation.
Marion Bierry, directrice du Théâtre du Girasole, signera ses contrats « lorsque l’on saura si le Off a lieu et dans quelles conditions. J’étudie une baisse du prix du créneau, afin d’être solidaires, en espérant des aides des tutelles. » Une des huit compagnies programmées (étrangère) n’a pas souhaité reporter son spectacle à 2021. Quant à réduire le nombre de spectacles, Marion Bierry refuse « de faire des choix cornéliens. Je procéderai par antériorité des projets qui nous ont été présentés. » En laissant plus de temps entre chaque créneau, le dernier spectacle pourrait débuter à 21h25 au lieu de 20h30.
Les théâtres avignonnais espèrent que le gouvernement et la préfecture éclairciront les règles du jeu le plus tôt possible. Ils se demandent aussi si le public sera au rendez-vous. Laurent Sroussi veut y croire, lui qui dirige aussi le Théâtre de Belleville à Paris : « J’y ai vu une exceptionnelle envie des spectateurs de retourner dans les salles, mais le public avignonnais est plus âgé et donc plus à risques. Un Off constitué que de professionnels ferait perdre l’essence du théâtre, la confrontation entre des artistes et un public. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°487

Légende photo : Capital risque, de la Compagnie des Lucioles, reportée au Off 2021, au 11 Gilgamesh

Crédit photo : Simon Gosselin

Europe : pour une juste place aux industries créatives

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Ed Sheeran au Groupama Stadium

Les recettes du secteur du spectacle vivant en Europe ont chuté de 90 % l’année dernière, et celles de la filière musicale de 76 %. Le Gesac, Groupement européen des sociétés d’auteurs et compositeurs, a commandé une étude au cabinet EY sur la contribution économique des industries culturelles et créatives (ICC) et l’impact de la crise. Les résultats  donnent des arguments pour placer le secteur créatif au centre des efforts de relance de l’Europe. Des personnalités comme Jean-Michel Jarre et des sociétés d’auteurs comme la Sacem portent cette action de lobbying auprès des décideurs européens. Le secteur des industries culturelles et créatives sera le deuxième secteur le plus affecté par la crise de la Covid-19 en Europe, selon l’étude, avec une perte de chiffre d’affaires de 31 %, juste derrière le transport aérien, mais devant le tourisme (-27 %). Les entreprises du secteur musical vont voir se réduire leur capacité à investir et produire dans les prochaines années, d’autant que le secteur s’attend à un effet d’entonnoir.

L’étude fait aussi référence à des sondages sur l’appréhension du public à revenir vers les grands spectacles, ce qui fait craindre une reprise assez lente. « Outre un financement massif, nous avons besoin d’un cadre juridique solide garantissant une rémunération équitable aux créateurs et à leurs partenaires commerciaux », défend Jean-Noël Tronc, président du Gesac et directeur général gérant de la Sacem. L’étude établit un rapide comparatif des situations contrastées des pays européens, mais sans analyser les aides publiques apportées jusqu’ici. En contrepoint d’une observation économique, elle appelle les décideurs européens à compter sur la culture comme « levier pour accélérer la transition sociale, sociétale et environnementale de l’Europe ». La chanteuse Angelique Kidjo plaide : « La culture et la créativité sont aussi ce qui nourrit notre âme. Et l’Europe est le lieu vers lequel on se tourne pour ce qui concerne la protection des droits de l’homme, la démocratie et les arts ».

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°487

Légende photo : Ed Sheeran au Groupama Stadium en 2019 (Lyon)

Crédit photo : D. R.

« Rien n’explique qu’un magasin soit ouvert et un théâtre fermé »

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Nicolas Dubourg

Interview de Nicolas Dubourg, président du Syndeac

Quelle est votre appréciation de la concertation avec le ministère pour une « reprise
progressive » ? 
La concertation sur un modèle qui s’adapte à la crise est une proposition que nous avons portée. Nous avions réclamé de la modulation pour poursuivre nos activités et nos missions de service public. Sur le principe, on est donc d’accord. Le problème se pose pour les négociations. Il y a la question du périscolaire : certaines activités sont autorisées, mais pas dans les théâtres. Et il y a la distinction faite par l’état, entre les établissements commerciaux et les théâtres, qui ne repose sur aucune preuve scientifique. Rien n’explique qu’un magasin soit ouvert et un théâtre fermé. L’argument est politique : « les pays voisins ont refermé, l’épidémie est sur une pente ascendante, on ne peut pas alléger dans un tel contexte ». Nous pouvons comprendre cet argument, à condition que cela ne dure pas. Et nous répondons : « Dès que vous déciderez le moindre allègement, vous devrez réenclencher une phase où les théâtres ouvrent. » Nous n’accepterons pas une nouvelle déconnexion. Et nous n’accepterons pas cette modulation, en commençant pas les musées et les monuments. Cela ne repose sur rien. L’équité doit être basée sur des principes scientifiques.

Sinon, ce sera le recours judiciaire ?
Nous sommes en train d’en discuter avec les autres organisations de la culture.

Le Syndeac est-il unanime à appeler à une réouverture ?
On est un syndicat de professionnels, on avance dans une logique de concertation. La position que je défends a été votée à l’unanimité et a fait l’objet de nombreuses concertations avec les réseaux, les labels. Le poids de nos propositions vient de notre représentation, mais aussi du travail en amont pour se mettre d’accord sur ce qui assure la solidarité de notre écosystème.

Avez-vous des réponses sur la demande de soutien aux compagnies, pour l’enveloppe de 35 M€ ? 
Il n’y a pas de réponse. La négociation vient juste de commencer. Nous menons de front la négociation sur les conditions d’ouverture et celle sur les dispositifs de relance. Nous avons ce soir [15 janvier] une réunion avec Bruno Le Maire sur les dispositifs non spécifiques à la culture. Nous demandons à ce que le secteur de la culture puisse bénéficier de mesures exceptionnelles et nous allons discuter de la fameuse “année blanche” qui va s’arrêter le 31 août. On est en janvier, c’est impossible de recharger des droits en si peu de temps et il faudra des mesures spécifiques pour ceux qui ne sont pas intermittents. Nous revoyons la ministre de la Culture la semaine prochaine.

La ministre n’a-t-elle pas assuré le principe de la prolongation des aides ?
C’est dans les détails qu’il y a des problèmes. Vous avez le cas des régimes juridiques de certains lieux, ou certaines municipalités qui vont préférer fermer. Il faut prendre en compte la diversité des situations territoriales et économiques de tous les acteurs. Sinon, à l’issue de la crise, on aura mis à plat un modèle et seuls auront été sauvés des théâtres privés et certains théâtres publics.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°486

Légende photo : Nicolas Dubourg

Crédit photo : Julien Pebrel

Danse : quelle diffusion après les séances professionnelles ?

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Feux, d’Elise Lerat

Le 12 décembre, le Festival Faits d’hiver tirait le premier les conséquences des annonces gouvernementales : « Sortez les mouchoirs, les masques ne peuvent pas essuyer les larmes. » Le festival (du 14 janvier au 12 février) est annulé. Le Nantais Trajectoires (du 14 au 28 janvier), emboîte le pas, de même que Waterproof à Rennes (du 3 au 21 février), puis Pharenheit au Havre (26 janvier au 6 février). En vingt ans, ce véritable « mois de la danse » allant de Suresnes Cité jusqu’au Hivernales d'Avignon (du 10 au 27 février) en passant par Open Space à l’étoile du Nord à Paris ou Parallèle à Marseille, est devenu incontournable. On dénombrait, cette année, plus d’une trentaine de créations.

Ces manifestations essentielles sur l’agenda professionnel vont le rester car la réponse commune a été de transformer les séances publiques en présentations aux professionnels. Mais pourquoi faire ? Ces créations auront-elle une vie ou bien – sachant que certaines premières ont déjà été retardées – ne risquent-elles pas d’être écartées par les programmateurs au profit de créations plus récentes ? « Créer en cette période est complexe, justifie Erika Hess, directrice déléguée du CCN de Nantes, qui coordonne Trajectoires. Les compagnies avaient besoin d’une date pour finaliser. Même s’il n’y a que de très faibles possibilités de dates de présentation, cela donne un objectif. D’autre part, programmer ces présentations permet de mobiliser une solidarité dont les équipes ont besoin ».

L’argument est là : tous les festivals contactés paient la représentation. Les réorganisations et la mobilisation d’équipes techniques qui n’étaient pas prévues représentent un petit surcoût. La DGCA a fait clairement savoir aux DRAC que les critères d’évaluation pour l’attribution des aides ne devaient pas s’appuyer sur le nombre de dates. « Il a été demandé, pour toutes les aides, de prendre en compte la dynamique de la compagnie sur les deux ans passés », précise le ministère. Dès lors, ces présentations qui ne permettent qu’une hypothétique programmation n’ont guère d’enjeu sur les dossiers de subventions. Elles expriment une volonté d’exister « malgré tout », mais maintiennent le monde de la danse dans cette course à la création que certains espéraient voir remise en cause à l’occasion de la pandémie.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°486

Légende photo : Feux, d’Elise Lerat, à Trajectoires

Crédit photo : Collectif Allogène

« Pour des aides bonifiées à ceux qui encouragent la présence de femmes »

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Jean-Philippe Thiellay

Interview de Jean-Philippe Thiellay, président du CNM

Les aides du CNM conditionnées au protocole contre les violences sexistes : comment cela va-t-il se passer ? 
Ce protocole, comme l’ensemble de notre action, doit permettre un changement culturel. Nous imposons à tout demandeur qui dépose un dossier de s’engager à mettre en place les rubriques du protocole : informations des salariés, formation de l’équipe, mise en place d’un référent... C’est un engagement. On ne vérifiera pas entreprise par entreprise avant l’étude de la demande, mais on accompagne le dispositif d’outils : bases de donnée et outils de formation. Si une entreprise ne respecte pas les obligations de formation, les aides seront suspendues. C’est valable pour toutes les aides.

Les commissions du CNM seront-elles toute paritaires ?
Oui, le chantier démarre. En vue du conseil d’administration de mars et de celui de juin, nous reconfigurons la composition des commissions. En ce moment, il y a des réunions pour refondre le dispositif d’aides. C’est compliqué, car on part d’une filière masculine, mais on y arrivera cette année.

Ira-t-on vers des aides bonifiées pour les productions à effectifs paritaires, comme au CNC ?
Absolument. Je suis gêné par le terme d’éga-conditionnalité car l’objectif n’est pas d’imposer des plateaux à 50/50. Il doit y avoir une liberté de programmation. En revanche, j’adhère à l’idée de bonus. Ceux qui encouragent la présence de femmes chez les artistes, techniciens, personnels administratifs doivent pouvoir être aidés davantage. Ce sera fait en 2021. Nous sortons l’étude sur la place des femmes dans les festivals. Je pense qu’on va réaliser des progrès.

Le CNM a-t-il un rôle à jouer pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la musique (à travers les paroles de chansons ou les images des clips) ? 
Oui, le CNM, comme lieu de concertation, est là pour mutualiser l’intelligence et analyser les problèmes. Après, le CNM ne va pas s’ériger en juge de ce qui est bien ou pas. Il est évident que dans l’hypothèse de créations offensantes ou véhiculant des stéréotypes, le CNM doit avoir un rôle d’orientation. Le changement culturel, c’est la place des femmes, la lutte contre le stéréotype. C’est une conviction que j’avais avant d’arriver au CNM. La loi donne cette mission à l’établissement. Le budget dans ce sens passe de 300 000 à 1 M€ en 2021. Cela permet d’aider des projets comme Présence Compositrices avec le projet Clara ou Ici c’est cool, ou les Catherinettes.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°486

Légende photo : Jean-Philippe Thiellay

Crédit photo : Eléna Bauer

Lieu Unique : short-list

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Le Lieu Unique

Le jury pour la sélection de la future direction de la scène nationale de Nantes, le Lieu Unique, devrait se réunir fin janvier. Pour la succession de Patrick Gyger, son choix se portera sur l’une des six candidatures suivantes : Matthieu Banvillet, directeur (jusqu’en février) du Quartz scène nationale de Brest ; Juliette Donadieu, attachée culturelle Institut français de San Francisco ; Lou Colombani, directrice du festival Parallèle, à Marseille ; Eli Commins, directeur de la programmation culturelle de l’association Matrice, à Paris ; Julie Sanerot, directrice de la production et adjointe à la programmation du 104, à Paris ; Xavier Kawa-Topor, directeur NEF (Nouvelles écritures pour le Film d’Animation), à Fontevraud-l’Abbaye. Une présélection atypique pour une scène nationale.

Yves Perennou

 

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°485

Légende photo : Le Lieu Unique

Crédit photo : D. R.

Danse : quel CCN de Rennes après Ousmane Sy ?

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Ousmane Sy

La disparition soudaine, à 45 ans, le dimanche 27 décembre, d’Ousmane Sy est un drame qui a frappé le monde de la danse et du hip-hop en particulier. Danseur à la renommée internationale, membre des fameux Wanted Posse avec lequel il a remporté en 2001 le championnat du monde Battle of the Year et plusieurs fois vainqueur du championnat Juste Debout, il était une référence internationale de la house dance, entré en hip-hop en autodidacte. Danseur pour Blanca Li pour la fameuse pièce Macadam Macadam, véritable percée du hip-hop vers les autres esthétiques, il avait contribué au mouvement d’ouverture que l’on constate aujourd’hui. En janvier 2019, avec Bouside Ait Atmane, Iffra Dia, Johanna Faye, Céline Gallet, Linda Hayford, Saïdo Lehlouh et Marion Poupinet, constituant ensemble le collectif FAIR[E], il avait pris la codirection du CCN de Rennes et de Bretagne.

Cette disparition pose une question institutionnelle. Elle conduit à s’interroger sur le maintien du collectif à la tête de l’institution, sauf à vider de son sens le label CCN. Ce sont des personnes précises qui sont nommés « intuitu personae ». Elles ont d’ailleurs signé individuellement un contrat. Le contraire signifierait que la composition du collectif est indifférente à sa nomination… Céline Gallet, membre du collectif dont elle est l’une des « têtes pensantes institutionnelles », ne nie pas le problème. Elle souligne que si la possibilité pour un membre de quitter le collectif avait bien été prévu, cette « question n’a pas été évoquée jusqu’à aujourd’hui. Elle est purement juridique et un conseil d’administration exceptionnel sera réuni sous peu pour en discuter ». Mais elle insiste aussi sur le caractère expérimental de la présence de FAIR[E] à Rennes : « à nomination particulière, solution particulière », souligne-t-elle.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°485

Légende photo : Ousmane Sy

Crédit photo : D. R.

Etude : en confinement, les jeunes boudent les concerts en ligne

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etude

Le ministère de la Culture publie une enquête sur les pratiques culturelles des Français pendant le confinement du printemps(1). La comparaison avec l’enquête sur les pratiques culturelles de 2018 montre un recul de l’intérêt pour les spectacles en ligne. Le visionnage de concerts concerne 13 % des individus pendant le confinement contre 17 % en 2018. La baisse est sensible chez les moins de 40 ans, alors que la pratique a augmenté chez les personnes de 60 ans et plus. Ce sont les seniors qui font augmenter le taux pour le théâtre sur Internet. Les pièces ont été regardés par 7 % de la population au cours du confinement printanier (contre 6 % pour l’année de référence 2018), tandis que la pratique est en baisse chez les moins de 40 ans. Le visionnage de spectacles de danse, d’habitude apprécié par les catégories les plus jeunes, était en recul pendant le confinement. L’enquête n’explique pas cette observation, en contradiction avec l’explosion de l’offre. Mais on peut imaginer qu’une des motivations pour regarder un spectacle sur Internet est le fait qu’il se joue ou s’est joué récemment sur scène. Le visionnage servirait avant tout à confirmer son envie d’aller voir le spectacle ou à revoir des spectacles qu’on a aimés.

L’enquête montre aussi une augmentation des pratiques en amateur : musique, danse, arts graphiques, montage audio et vidéo, activité scientifique ou technique. Mais il s’agit moins d’un accroissement des publics qu’une intensification des pratiques. En progression depuis les années 1980, la pratique de la danse a augmenté de 6 points pendant le confinement, concernant 13 % de la population. Comme pour la musique, cette hausse est portée par les jeunes de 15 à 24 ans (+19 points) et de 25 à 39 ans (+16 points). Le confinement a stimulé le visionnage de vidéos sur Internet et la pratique du jeu vidéo. En revanche, il a inhibé l’écoute de musique qui est en forte baisse. Même les personnes qui ont continué à utiliser les transports ont écouté moins de musique. La lecture de livres est également à la baisse en particulier chez ceux qui lisent le plus habituellement (les cadres). Le jeu vidéo a accentué son essor. L’étude montre une très forte augmentation de la consultation des réseaux sociaux.

(1) Pratiques culturelles en temps de confinement. Anne Jonchery, Philippe Lombardo. échantillon représentatif de 2 963 personnes âgées de 15 ans et plus, résidant en métropole. Télécharger sur culture.gouv.fr

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°485

Crédit photo : D. R.