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Enquête : les projets culturels sont sous pression dans les plus petites communes

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La P’tite Boîte bleue

Le ministère de la Culture a confirmé le nouveau fonds géré par le GIP Cafés-Cultures, étendant l’aide à l’emploi artistique aux petites communes et structures occasionnelles autres que les cafés. Ce second outil obtient 200 000 euros pour sa «montée en puissance» – il avait été expérimenté en Bretagne. Il ajoute un volet diffusion à la vaste panoplie des aides aux collectivités. Or, les plus petites, rurales, manquent autant de temps que de moyens.

L’école ou l’artiste ?
La table ronde sur le spectacle vivant en milieu rural, le 30 septembre à La Gacilly (Morbihan), a confirmé la fragilité des projets culturels des petites communes : « Je crains que des projets culturels soient abandonnés à cause de l’inflation des coûts de fonctionnement, lançait Murielle Douté-Bouton, maire de Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine). La hausse des intérêts va peser sur les coûts de fonctionnement et se répercuter sur les subventions aux associations. Il va y avoir une lame de fond. » Que répondre à cette maire qui assure devoir choisir entre chauffer l’école ou confirmer la résidence envisagée, déplore Céline Valette, de la compagnie Les Fées railleuses ? Ces incertitudes bousculent un mode de développement culturel modeste, mais réel, où les municipalités s’appuient sur des savoir-faire locaux, en premier lieu des compagnies installées sur place.
Gwenaël Crahès, maire de La Grigonnais (Loire-Atlantique) est, comme celle de Plélan, membre du collectif Bruded, où les élus échangent leurs expériences. Sa commune de 1 740 habitants bénéficie de l’implantation de la compagnie Paris-Bénarès. La gratuité choisie des salles aux associations locales représente déjà un poids dans son budget. Un peu partout de beaux équipements existent, mais sous-utilisés. La Gacilly a une superbe salle qui marche sur un équilibre délicat : elle doit répondre à une demande de têtes d’affiche, ce qu’elle fait le plus souvent en coréalisation avec des producteurs privés.
Il s’agit de limiter le risque. Mais surtout, insiste une élue de Baud (Morbihan), il est bon de se concentrer sur un objectif culturel. Car le temps est une denrée rare, ce qui handicape les compagnies dans la diffusion de proximité. « C’est la jungle pour se faire connaître ! Comment se retrouver pour faire du local et coopérer », s’exclame Gwenaëlle Baudoux (cie Suko de Vivo) qui aimerait une plateforme pour faire connaître les artistes régionaux aux élus et décisionnaires.

80 000 km de tournée
Elle n’est pas la seule à déplorer des parcours erratiques. La compagnie Heïdi a bien grandi, tourne beaucoup, mais souvent bien loin de sa Bretagne : « On a fait 80 000 km l’an passé, soupire l’un de ses comédiens, c’est absurde tant de dépense d’énergie ». Situation inverse pour Orange givrée, compagnie implantée depuis dix ans à La Gacilly et organisatrice de la table ronde : « On privilégie un rayon de 200 km, on tourne beaucoup en Bretagne, on a fait 90 dates cette année », précise Anthony Sérazin, son comédien référent. Ce qui implique des prix de spectacles de 800 à 1 000 euros. Pour les élus qui « font tout eux-mêmes », pas facile de suivre une ligne culturelle qui a du sens en jonglant avec les attentes, les guichets d’aides variés, les financements croisés, la participation aux événements nationaux ou régionaux, le volet collectif du Pass culture ou encore l’Été culturel, justement reconduit l’année prochaine dans les DRAC. 

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°546

Légende photo : La P’tite Boîte bleue, Compagnie Orange givrée

Crédit photo : Rui Oliveira

Maison de la Danse : Tiago Guedes fait un pas vers la jeunesse

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Tiago Guedes

En annonçant, l’initiative «Un pas vers la jeunesse», la Maison de la danse, à Lyon, commence à mettre en œuvre le projet de son nouveau directeur, arrivé en septembre 2022, à la tête de l’institution et de la Biennale. Tiago Guedes affirmait alors ne pas vouloir tout bousculer, d’autant que Dominique Hervieu avait très bien préparé les choses avant son départ.

La question du public est fondamentale
Son projet artistique et culturel a l’ambition de rendre la danse plus accessible et de développer davantage les propositions à destination des publics de moins de 30 ans en particulier via cette initiative. Ce programme donnera l’occasion aux jeunes d’accéder à certains spectacles de danse au tarif exceptionnel de 5 euros la place, et des opérations de médiation seront proposées. Cela a commencé le 19 octobre avec une opération spéciale de billetterie : 300 places à 5 euros destinées aux jeunes de 18 à 25 ans pour la représentation de Möbius, de la compagnie XY, en collaboration avec le chorégraphe Rachid Ouramdane. La Maison de la danse se porte bien, forte de ses plus de 6 500 abonnés, avec une billetterie qui a bien commencé la saison – les représentations de Marco da Silva Ferreira ont fait trois fois plus de 1 000 places pour un artiste très peu connu – ont fait figure de test positif. « Le public a bien compris que c’était un de mes choix et il aime bien ce genre de coup de cœur, observe Tiago Gedes. Et je pense que le public de Lyon possède la culture chorégraphique pour faire ce type d’expériences ». La question du public est essentielle pour une la Maison de la danse qui doit statutairement avoir 60 % de recettes propres au moment où la Région retire 180 000 euros de sa contribution. D’autant que le calendrier s’annonce chargé et coûteux : en février 2024 commence la  construction des Ateliers, dans l’îlot Kennedy, à deux pas de la Maison. Le programme, grand studio de 400 places en boîte noire, petit de 180 places, grand studio de travail (200 m2), a été complété d’un studio de plein-air pour mettre au point les spectacles « de rue ». Le tout à livrer pour le printemps 2026, ce qui suppose à cette date que Ville, État et autre tutelles se soient mises d’accord pour financer les recrutements et le budget de fonctionnement supplémentaire…

L’aide des mécènes
En attendant, Tiago Guedes compte faire feu de tout bois. « Un pas vers la jeunesse » est possible grâce au mécène fondateur la Fondation de l’Olivier, sous l’égide de la Fondation Bullukian, et à la Fondation BNP Paribas, grand mécène de la Maison de la danse. « Nous allons même mettre en place du mécénat de proximité », confie le directeur qui annonce également le lancement d’une manifestation centré autour de la Maison de la danse elle-même (8e Festival), sans renoncer à aller au-delà collaborer avec d’autres comme l’Opéra, Les Subs, le Théâtre de la Croix-Rousse, le TNP, etc.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°546

Légende photo : Tiago Guedes, directeur artistique de la Biennale

Crédit photo : Rui Oliveira

Opéra : La Co[opéra]tive se regroupe pour «mieux produire et mieux diffuser» Les ailes du désir

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Les Ailes du désir

Le 9 novembre, la première commande de la Co[opéra]tive donnera lieu à une création mondiale au Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque. Les Ailes du désir est un opéra inspiré du film éponyme de Wim Wenders, composé par Othman Louati pour 7 chanteurs et 13 instrumentistes. 
L’originalité de cette création tient aussi à sa production, assurée par 3 scènes nationales, Besançon, Dunkerque et Quimper, et par 3 établissements lyriques, le Théâtre impérial Opéra de Compiègne, l’Opéra de Rennes et l’Atelier lyrique de Tourcoing, tous réunis au sein de la Co[opéra]tive. Créé en 2015, ce collectif de production a permis de créer une œuvre par an, du baroque au contemporain, de Haendel à Philip Glass. Un modèle cité par la ministre de la Culture pour promouvoir son plan Mieux produire, mieux diffuser. Et une exception pour ces scènes plus habituées au théâtre et à la danse qu’aux œuvres lyriques.

Mutualisation  et unanimité
« Nous mutualisons nos moyens pour produire, mais nous mutualisons aussi nos compétences, détaille Anne Tanguy, directrice de la scène nationale de Besançon. Nous sommes six directions à choisir à l’unanimité chaque projet, qui bénéficiera au minimum de 12 à 18 dates, ce n’est pas rien pour un opéra ! » Dans les faits, les huit spectacles ont été diffusés bien plus et sur plusieurs saisons. Cela permet aussi de diffuser de l’opéra dans des territoires dépourvus d’établissements lyriques et à la télévision grâce à des captations systématiques. « Ces œuvres sont d’un format plus réduit que celui des maisons d’opéra, avec 15 à 30 personnes sur la route, adapté aux scènes nationales. Elles font souvent appel à des metteurs en scène peu familiers du lyrique. Nous portons une grande attention à leur durabilité et au décloisonnement des genres », précise Anne Tanguy.
Un bureau de production de 2 salariés accompagne le suivi des productions. Les Ailes du désir, est coproduit par Angers-Nantes Opéra, la scène nationale de Clermont-Ferrand et l’Opéra de Dijon. Son budget de 650 000 euros ne pourrait être financé par un seul établissement. La Co[opéra]tive vise désormais des tournées internationales, par exemple en Asie.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°546

Légende photo : L’opéra Les Ailes du désir, composé par Othman Louati

Crédit photo : J. C. Polien

Entre transition écologique et inflation : le catering à l’épreuve de la crise

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Le catering de l’Été de Vaour

« De la dope, des chaussettes, des caleçons, des cigarettes, cent vingt litres de bière pour huit artistes, des quantités impressionnantes d’alcool fort, il y a vingt ans, les demandes sur les riders étaient parfois extravagantes », se souvient Jean-Michel Dupas, programmateur musique à Stereolux, scène de musiques actuelles de Nantes, et au festival du Printemps de Bourges. Le bio augmente la facture Si « le bon sens » reprenait le dessus et que « des petits bras de fer » étaient engagés pour refuser les dérives, vingt ans après, les demandes des artistes sont-elles toujours un casse-tête pour les organisateurs ? « Avec le 100 % végan, le sans gluten, le vin naturel, cela devient parfois l’enfer, surtout que certaines salles doivent faire des kilomètres pour répondre à ces exigences, ce qui ne limite pas l’empreinte carbone, bien au contraire ! », constate Jean-Michel Dupas. Il estime que l’augmentation des dépenses de catering se chiffre entre 10 % et 15 % depuis la conversion au bio. Mais, avec l’inflation des produits alimentaires et la flambée des factures énergétiques, ce budget est-il en train de devenir une variable d’ajustement ? Suppression de la viande rouge, diminution des portions de fromage, du choix de desserts, certains aliments ont totalement disparu des menus dans les cuisines des salles de spectacles.

Même constat pour les traiteurs dans l’événementiel : « Nous devons revoir notre choix de produits, car nous sommes passés en moyenne de 2,5 euros par repas à 4 euros pour les festivals », constate Thomas Paugam, chef cuisinier de La sourcellerie, à Varen (Tarn-et-Garonne). Il confirme que « la négociation sur des repas s’est considérablement tendue depuis le début de l’année ». Pour réduire les coûts, certains organisateurs expérimentent depuis quelques mois les menus standards (deux propositions de repas dont l’un végétarien). Une solution plus économique et moins contraignante qui pourrait se généraliser estime Jean-Michel Dupas. Mais, même si « les lignes commencent à bouger » et que cette alternative pourrait s’étendre à d’autres salles, les organisateurs de spectacles doivent également faire face à une pénurie de personnel. Avec le travail en heures décalées, les horaires de nuit et les conditions de travail parfois contraignantes, le spectacle vivant n’est pas épargné par les fortes tensions qui pèsent sur les métiers de la restauration.  

Arzelle Caron

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°545

Légende photo : Le catering de l’Été de Vaour (1er au 6 août 2023) dans le Tarn

Crédit photo : D. R.

La Main harmonique boucle sa tournée à bicyclette sur le thème de l’écologie

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La Main harmonique

Dans le cadre de son festival Musique en chemin, l’ensemble polyphonique gersois vient de terminer une tournée de six concerts, ponctuée d’actions culturelles dans des écoles et maisons de retraite. Avec un moyen de locomotion inédit : le vélo. Les cinq musiciens ont parcouru en dix jours une boucle de 400 km dans leur département, escortés par une camionnette (bagages, instruments et matériel). Ils ont dormi les trois quarts du temps chez l’habitant. Démarche écoresponsable L’idée du vélo répond à la démarche écoresponsable de La Main harmonique. La thématique de la tournée, l’écologie, est présente jusque dans le programme musical, alternant musique ancienne et pièces contemporaines, et se concluant par un arrangement de Bruno Fontaine sur la chanson d’Yves Montand à bicyclette. « Deux compositrices ont écrit pour nous, Violeta Cruz et Raphaèle Biston. L’œuvre plutôt contemplative de la première s’est inspirée d’un micro-trottoir publié dans Reporterre sur les représentations de la nature. La seconde est construite à partir d’un florilège de noms de métaux rares », détaille le directeur artistique et contre-ténor de l’ensemble Frédéric Bétous. « Nous souhaitions mettre en avant sur notre chemin des initiatives sur le territoire, comme des fermes en permaculture ».

Cette tournée n’aurait pu avoir lieu sans une organisation millimétrée pour l’itinéraire. Elle ne s’est pas déroulée sans anicroche, puisqu’une soprano est tombée de sa monture le deuxième jour. Malgré les économies réalisées grâce à ce transport, aux dates rapprochées et à la solidarité des habitants, la tournée représente un coût de 85 000 euros, subventionné aux deux tiers par la Drac Occitanie, le Département du Gers et la Région pour l’aide à la création en territoire. Sans compter la commune de La Romieu (Gers), la Sacem, la Spedidam, l’Adami et les partenaires techniques, au premier rang desquels l’association auscitaine l’Atelier du vélo pour tous, qui a formé les musiciens cyclistes. La Main harmonique compte renouveler l’expérience dès l’an prochain. « Dans l’effort, le temps est différent, des liens se créent et s’approfondissent. À L’arrivée, nous étions plus fatigués, mais aussi plus ouverts, et le courant passait mieux avec le public. Ils étaient surpris de notre démarche et épatés de nous voir repartir à vélo », affirme Frédéric Bétous.  

Armelle Parion

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°545

Légende photo :  L’ensemble polyphonique gersois La Main harmonique

Crédit photo : Thomas Millet

Grands projets - Cité du théâtre : l’État renonce

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Le projet

La ministre de la Culture a confirmé l’abandon du projet de Cité du Théâtre Paris-Berthier (lire la Lettre du Spectacle du 22 septembre). Face un coût prévisionnel deux fois plus élevé que le calibrage de 2017, aucune alternative n’a été jugée satisfaisante, a indiqué Rima Abdul Malak. Au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD), l’équipe est déçue de l’abandon d’une « belle utopie qui devait avoir trois institutions théâtrales dans un lieu, permettant aux étudiants de se mêler à des artistes de divers horizons ». Le CNSAD gardera ses locaux rue du Conservatoire et bénéficiera d’un lieu complémentaire en proche banlieue. Trois bâtiments sont en concurrence. La décision de la CNIP (Commission nationale de l’immobilier publique) est attendue mi-octobre pour une livraison début janvier.

Quelques travaux sont à prévoir. Les besoins supplémentaires exprimés par le CNSAD à la Cité du théâtre étaient de 4 000 m2 de surface utile. Autre partie prenante, la Comédie-Française fait une croix sur ses salles de 600 et 250 places imaginées à Berthier et reste en quête d’un plateau adapté à la création contemporaine. Quant à l’Odéon, il continue à utiliser sa salle sur le site, gardant ses besoins de lieux de répétition. Après l’abandon, les théâtres nationaux se font discrets, au contraire du maire du 17e arrondissement, Geoffroy Boulard (LR), qui s’exclame : « Quel gâchis ! Il aura fallu 7 ans, 5 ministres de la Culture et des millions d’euros en études, concours d’architecture, frais de fonctionnement d’un Groupe d’Intérêt Public, pour que ce projet d’État soit finalement abandonné. »

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°545

Légende photo : Le projet de Nieto Sobejano Arquitectos et Périphériques Marin+Trottin

Crédit photo : D. R.

Charleville-Mézières

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Les Allebrilles

La capitale mondiale de la marionnette
en attente de décisions sur son avenir

Le Festival mondial des théâtres de marionnettes,  Charleville-Mézières confirme son succès populaire : 50 000 places du In étaient vendues dès l’ouverture sur les 57 000 disponibles. En coulisses, l’avenir n’est pas encore décidé. Le rapprochement de l’Institut international de la marionnette (IIM), dont dépend l’École supérieure nationale des arts de la marionnette (Esnam), et de l’association Les Petits Comédiens de chiffons, qui organise le festival, pour créer un « pôle de référence », n’est pas encore acté. « L’Institut traverse des difficultés financières structurelles importantes, qui retardent ce rapprochement », admet Pierre-Yves Charlois, directeur des deux entités. Les difficultés organisationnelles sont en train de se résorber à l’IIM : le climat social s’est apaisé, un directeur adjoint a été recruté ainsi qu’une directrice pédagogique, même s’il manque un ou une responsable bâtiment. « On va se donner encore un peu de temps », précise le directeur à propos du choix de la forme juridique du futur pôle, « les travaux du comité de préfiguration vont reprendre dès la fin du festival. »

Du côté des collectivités territoriales, le projet de Cité des arts de la marionnette a été arrêté en attendant que le pôle de référence se précise. Nathalie Robcis, adjointe au maire de Charleville-Mézières en charge de la culture, précise que, dans ce projet d’organisation de l’espace et de réhabilitation du bâti, toutes les opérations sont interdépendantes : on ne peut toucher un bâtiment sans avoir d’abord trouvé une solution pour les activités qu’il accueille. Le point de départ devrait être la Villa d’Aubilly, rachetée à l’IIM en 2021 : « la Ville espère [y] réaliser les travaux avant la fin du mandat pour en faire le site administratif de la nouvelle structure », mais il faut d’abord que cette dernière puisse faire part de « ses desiderata », confie l’élue, et donc qu’elle existe. Les autres chantiers en découleront.

Même si les coûts se sont envolés depuis le lancement du projet en 2015, Nathalie Robcis affirme que tous les partenaires publics continuent de le soutenir. Les choses avancent, mais la période pose de nouveaux défis. Ainsi, la Ville va arrêter de prendre en charge les fluides pour Les Petits Comédiens de chiffons d’ici 2025, alors que le festival fait face à une inflation énorme du prix des prestations techniques. Des arbitrages devront nécessairement être faits, ce qui pourrait affecter la partie artistique du budget.

Mathieu Dochtermann

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°544

Légende photo : Les Allebrilles, de la Compagnie Les Grandes Personnes

Crédit photo : Hervé Dapremont

Théâtre des Déchargeurs

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Rémi Prin et Emmanuelle Jauffret

Après la liquidation, les salariés reprogramment la saison hors les murs

Passée la stupeur de la liquidation du Théâtre des Déchargeurs (Paris), le 5 septembre, les salariés ont lancé la reprogrammation des spectacles en Île-de-France. Portée par Rémi Prin (programmateur) et Emmanuelle Jauffret (communication,) cette composition spontanée devient «Les Déchargeurs hors les murs», une “saison” qui s’affiche désormais sur son site. «Nous avons déjà reprogrammé 17 compagnies sur les 40 prévues», détaille Rémi Prin qui ne désespère pas de réussir. Les théâtres privés répondent à l’appel mais aussi les lieux parisiens subventionnés, représentés par Adrien le Van, directeur du Théâtre Paris-Villette. «Pour le moment, ce n’est pas à la hauteur des dates qu’elles devaient avoir chez nous. Mais on actualise tous les jours. J’essaie de coller à la ligne artistique des théâtres à qui je propose une pièce». Un travail de dentelle. «Preuve que c’est un excellent programmateur», sourit Ariane Dumont-Lewi qui a créé ici Le temps d’une triple-croche. «Ce qui nous a valu d’être repérés par La Manufacture et de jouer à Avignon, cet été. » Et la metteuse en scène de pointer le rôle de ce lieu d’émergence et des salariés. Les difficultés du théâtre révélées fin juillet ont pris de cours. Avec un business plan à cinq ans, il restait pourtant de quoi consolider ce lieu identifié qui avait trouvé son public d’amateurs et de professionnels, et les faveurs médiatiques.

Liquidation trouble
C’est en ce sens que l’équipe a repris la salle en 2021 derrière Adrien Grassard. Très discret depuis sa chute, c’est par communiqué qu’il assurait avoir «investi sans compter ». Prévenus par la bande avant leurs congés, les salariés contestent son attitude et sa version. D’autant qu’elle intervient sur fond de vente du lieu (que ne possédait pas la Sarl) au promoteur Holfim. La CGT y voit une manœuvre au bénéfice de la holding et de l’ex-directeur «dont on ne peut que supposer qu’il n’a pas accepté sans contrepartie que son bail soit amputé de 2 années». Holfim assure qu’il fera «tout pour qu’y soit maintenue une entreprise de spectacle. » Mais un théâtre ? Les salariés cherchent désormais un lieu pour perpétuer l’esprit des Déchargeurs.

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°544

Légende photo :  Rémi Prin, programmateur et Emmanuelle Jauffret, responsable de la communication et de l’administration des Déchargeurs

Crédit photo : Mélie Néel 

Théâtre de la ville

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Théâtre de la Ville

Après 7 ans de travaux, le retour réussi
du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt

Qui écoutait la maire de Paris, Anne Hidalgo, le directeur du Théâtre de la Ville, Emmanuel Demarcy-Mota et son président, Xavier Couture, le 9 septembre, ne pouvait que s’étonner d’entendre vanter le bienfait d’avoir eu à attendre si longtemps. Un gros surjeu avec la satisfaction d’être sorti de ce que certains ont qualifié de « cauchemar »… Mais le résultat dépasse les attentes. Dans la salle, 10 cm de plus aux genoux, des fauteuils qui ne claquent plus à en couvrir les acteurs. Et pourtant, l’atmosphère d’agora, propre à l’esprit des lieux, est parfaitement respectée. Même ce nom retrouvé, Théâtre Sarah-Bernhardt, avec la sculpture de la dame et la fausse loge reconstituée, se trouve bien en place.

Tout a été changé du sous-sol — le café des œillets, clins d’œil aux mânes de Pina Bausch — à la Coupole, sous les cintres, transformée en petite salle de spectacle (200 places), comme l’avait voulu Gérard Violette (1936-2014), emblématique directeur (1985-2008), qui en fit la Mecque de la jeune danse… Tout respecte les lieux, mais dans l’esprit du temps : pas de clim, un rafraîchissement par l’eau de la Seine, un hall connecté et accessible sans rupture depuis la ville, mais avec des trottoirs surélevés contre les voitures béliers, des cintres nouveaux informatisés et motorisés. Chaque changement a été pesé aux exigences du temps (le Covid, par exemple), ce qui explique aussi les 40 interruptions de travaux. Conséquences, « des enfants peuvent avoir sept ou dix ans, ils n’ont jamais connu le Théâtre de la Ville », est titillé le directeur qui admet que la moitié de l’équipe n’a jamais travaillé dans le navire amiral ! Autre conséquence de ces sept ans de réflexion, réfugiée à l’Espace Cardin, l’équipe a beaucoup inventé : du théâtre dans la ville, des rencontres, des débats, une autre façon, moins pompeuse, de s’inscrire dans la cité. Née dans la contrainte, l’expérience va se poursuivre. Le Théâtre de la Ville restera à Cardin au moins jusqu’aux Jeux olympiques. Les salariés n’ont pas encore déménagé, la salle permet des replis et assure des représentations qui peuvent être encore incertaines. Entre la petite salle des Abbesses, Cardin et Sarah-Bernhardt, le Théâtre promet également de pérenniser une expérience de lien social qui fait son actuelle originalité.

La maire de Paris peut rêver de la Place des théâtres, entre Châtelet et Sarah-Bernhardt, le président commun de ces lieux assurer de la communication des bâtiments, l’espace qui entoure le théâtre réhabilité va profiter de l’expérience acquise durant sept ans. Ce qui ne plaide pas pour une fusion ou une collaboration renforcée. Pas impossible qu’Emmanuel Demarcy-Mota ne surjoue pas la satisfaction face aux retards. Ces malheurs lui ont donné une avance sur ce qu’il faut faire pour faire théâtre aujourd’hui.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°544

Légende photo : Le grand hall du Théâtre de la Ville, le 9 septembre

Crédit photo : Josephine Brueder

Strasbourg : Musica lance sa 40e édition

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Stéphane Roth

Jusqu’au 1er octobre, Strasbourg bat au rythme de la 40e édition de Musica. 134 œuvres, dont 17 créations mondiales et 19 françaises, mais aussi 200 Concerts pour soi (tête-à-tête au domicile d’un musicien, à l’aveugle) et plusieurs pièces programmées par les publics grâce à un budget de 2,19 millions d’euros. « Cette légère hausse est artificielle, nuance Stéphane Roth, bénéficiant de fonds dédiés par la DGCA, fléchés sur des projets CNCM à hauteur de 250 000 euros, que nous avons fait le choix de répartir sur trois éditions (2022 à 2024). » Elle masque, en fait, d’importances baisses de contributions de la Sacem (de 90 000 euros en 2019 à 39 000 euros en 2023), de la SACD et « la disparition intégrale de l’Adami ». Le directeur, qui a succédé en 2018 à Jean-Dominique Marco, arrive néanmoins à dégager un disponible artistique en production de 810 485 euros (37 % du budget). La part du mécénat et de l’auto-financement s’élève à 45 000 euros grâce aux apports de Siemens, du Fonds de dotation Demathieu Bard Initiatives et la Caisse des dépôts.

Musica tente de toucher, depuis la musique, une ligne proche de celle du Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles). Ces dernières années ont ainsi vu le jour 100 cymbals (2019) de Ryoji Ikeda – artiste ne venant pas de la musique – avec Les Percussions de Strasbourg, et Music for percussion 2 (2020), ou encore Gay Guerilla, du compositeur noir et oublié Julius Eastman (2019). « Si nous n’avons pas vocation à être une boîte de prod’, nous portons en production déléguée des projets qui font sens, comme, cette année, Egal (avec le concours du Césaré, de l’ensemble We Spoke et du mécénat de Dematthieu Bard Initiatives), parcours sensoriel d’écoute globale en forme de concert-expérience. L’idée est de mêler publics sourds, malentendants et entendants autour de pièces musicales à dimension visuelle, corporelle ou vibratoire. »

Délocalisations
Après ses incursions à Mulhouse et Nancy, c’est à Bâle (Suisse) que se clôturera le festival, entre visite du musée Tinguely et pièces de Simon Steen-Andersen (l’une des têtes d’affiche de la 41e édition, avec Ted Hearne, qui crée notamment l’opéra Don Giovanni aux enfers, à Strasbourg) et Georges Aperghis. Au printemps 2024, Musica traversera la France, le temps d’un week-end, pour une carte blanche au Lieu Unique, à Nantes. « Cette délocalisation est l’occasion pour nous d’emmener des formations et des artistes ayant marqué nos dernières éditions afin de présenter un panorama de la création musicale d’aujourd’hui. Et, bien sûr, nous en profiterons pour proposer des rencontres et des expériences d’écoute s’affranchissant des frontières habituelles d’écoute, comme Egal.»

Thomas Flagel

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°543

Légende photo : Stéphane Roth, directeur général de Musica.

Crédit photo : Christophe Urbain