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La Relève, un gadget pour la diversité ?

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Moussa Camara

Ouvrir la direction des structures labellisées à la diversité en allant chercher 101 jeunes des quartiers populaires et de la ruralité pour les former à Sciences Po Paris pendant dix-huit mois : c’est le pari de La Relève.

La Relève est d’abord et avant tout une initiative personnelle de Rima Abdul Malak, ancienne ministre de la Culture. Lancé le 4 décembre dernier, le programme « entend détecter, former et mentorer 101 jeunes professionnels entre 25 et 40 ans, puis les accompagner vers des postes intermédiaires, avant de les nommer à des postes de direction dans les structures labellisées du spectacle vivant et des arts visuels ». Ces jeunes seront formés pendant dix-huit mois à Science Po Paris, à partir de la rentrée de septembre 2024. En décembre dernier, la ministre ne s’imaginait sans doute pas être remplacée le mois suivant par Rachida Dati. Celle-ci n’a pour l’instant pas pris position sur la poursuite ou non de La Relève. Sur le terrain, le « casting » est pourtant en cours ; dans les structures, les candidats au mentorat n’ont jusqu’à présent reçu aucun signal indiquant son abandon. Rien d’illogique : d’une part, d’autres dossiers plus lourds et urgents sont sur la table ; d’autre part, le dispositif colle assez bien au storytelling de Rachida Dati pour ses débuts à la Culture. Rima Abdul Malak elle-même a précisé qu’elle entendait la diversité « dans tous les sens du terme, c’est-à-dire sociale ou géographique avec par exemple des personnes ayant grandi en milieu rural. » La ruralité est, justement, le premier chantier ouvert par sa successeure. Dans son discours de vœux aux acteurs culturels, le 29 janvier, la nouvelle ministre a indiqué vouloir « sortir des sentiers battus » : La Relève coche a priori toutes les cases. 

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Par Bruno Walter

Légende photo : Moussa Camara, président fondateur des Déterminés

Crédit photo : D. R.

L’adaptation, moteur d’innovation

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Lorinne Florange et Grégoire Le Divelec

Dans un contexte économique des plus tendus, les acteurs de la production renouvellent leurs pratiques au service des compagnies.

Pour les acteurs de la diffusion, en compagnie ou en bureau de production, adaptation et innovation vont de pair alors que les aides au secteur du spectacle vivant se resserrent et que les montants accordés par les coproducteurs pour la création de spectacles ont tendance à diminuer. Pour pallier ces difficultés, en dehors d’un accompagnement « classique » en production et en diffusion, le bureau d’accompagnement Hectores propose un dispositif de pépinière afin de mutualiser son accompagnement de trois compagnies. « Selon des problématiques identifiées au départ, nous les réunissons sur des temps mutualisés et nous les suivons aussi de manière individuelle », note Grégoire Le Divelec, directeur de production au bureau Hectores. L’équipe du bureau rennais s’est aussi associée au bureau de production nantais Les Sémillantes afin de développer des formations pour les personnes travaillant à des postes de l’administration du spectacle. 

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Par Tiphaine Le Roy

Légende photo : Lorinne Florange et Grégoire Le Divelec, directeurs de production au sein d’Hectores

Crédit photo : D. R.

Les diffuseurs repensent leurs pratiques

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Bertrand Salanon

Face à la nécessité de produire et diffuser différemment, les directeurs de lieux ont déjà amorcé des conduites de changement qu’il s’agit aujourd’hui d’affermir. 

Si certains axes du Plan « Mieux produire, mieux diffuser » suscitent des questionnements quant à leur application effective, il en est un qui fait l’unanimité chez les diffuseurs : la coopération. À l’œuvre depuis plusieurs années déjà, et motivée par la réalité économique – budgets en tension et donc marges artistiques réduites qui commandent de ne plus travailler seul à la diffusion des spectacles –, celle-ci tend à se renforcer, également grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération à la tête des lieux. « Le temps où des directeurs tenaient leur programmation secrète et sollicitaient des clauses d’exclusivité est révolu, témoigne Christophe Chanut, directeur d’Espaces pluriels, scène conventionnée d’intérêt national de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Désormais, nous échangeons beaucoup et réussissons à collaborer sur des territoires de diffusion cohérents. » 

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Par Marie-Agnès Joubert

Légende photo : Bertrand Salanon, directeur de Bonlieu, scène nationale d’Annecy

Crédit photo : Yannick Perrin

« Mieux produire, mieux diffuser » : vers un nouvel écosystème ?

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Sophie Zeller

Le ministère entend « construire une nouvelle écologie de la production et de la diffusion ». Retour sur les grandes lignes du plan présenté par la DGCA.

Le 10 janvier dernier, la Direction générale de la création artistique (DGCA) du ministère de la Culture présentait au bureau élargi du Conseil national des professions du spectacle (CNPS) un document de travail réunissant tous les axes stratégiques et objectifs opérationnels du plan « Mieux produire, mieux diffuser ». Depuis un an, des dizaines de concertations ont eu lieu, au sein de l’administration centrale ainsi qu’en DRAC, pour dégager un certain nombre de propositions à mettre en œuvre. À l’occasion d’un forum organisé lors des BIS, à Nantes (Loire-Atlantique), le 17 janvier, la directrice adjointe de la DGCA, Sophie Zeller, rappelait que ce plan avait vocation « à dessiner ce que pourrait être le futur de l’écosystème de la création artistique dans les prochaines années ». Ce document entend apporter des réponses à la préconisation de la production, à l’insuffisance de la diffusion et aux conséquences de la crise sanitaire et inflationniste. Il s’agit, selon les termes de la DGCA, de « construire une nouvelle écologie de la production et de la diffusion, fondée sur un esprit de coopération généralisée ». Le ministère invoque la nécessaire équité territoriale, à plusieurs niveaux : « Entre structures de production et de diffusion pour accompagner les artistes de façon plus solide et proposer une offre artistique articulée sur un territoire ; entre structures et équipes artistiques dans un souci de respect et de renforcement mutuels ; entre état et collectivités locales pour que les objectifs et les moyens fournis aux structures accompagnées dessinent une trajectoire claire et partagée, notamment. » Pour l’heure, le ministère a assorti la mise en œuvre de son très vaste plan « Mieux produire, mieux diffuser » d’une enveloppe budgétaire de 9 millions d’euros pour 2024. 

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Sophie Zeller, directrice adjointe de la DGCA

Crédit photo : Delphine Perrin

Patrick Chenu (MJC France) : « Nous attendons de l’écoute au niveau des DRAC »

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Patrick Chenu

Rachida Dati parlait, le 14 janvier, de « relancer les maisons de jeunes et de la culture ». Patrick Chenu, directeur général de MJC France, attend surtout une reconnaissance au niveau local.

Où en êtes-vous avec le ministère de la Culture ?
Les choses commencent juste à se poser du point de vue opérationnel. On a rendez-vous la semaine prochaine avec les réseaux d’éducation populaire. On attend un rendez-vous avec la ministre, on va travailler de façon fine avec la délégation de Noël Corbin (Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle). Ce qui est intéressant dans les propos de la ministre et qui fait écho à son parcours personnel, c’est la capacité des MJC à infléchir les parcours de vie, à créer du lien. La singularité des MJC, c’est d’articuler démocratisation culturelle, d’être des lieux de pratique dans un lien régulier, et d’être des lieux de création et de diffusion.

Qu’attendez-vous du ministère, des financements ?
On ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, surtout dans cette période très compliquée. Les finances se sont fortement dégradées avec la crise. Historiquement, la MJC, c’est Jeunesse et Sport, mais c’est surtout le bloc communal, et beaucoup de financements en propre à travers les cotisations et les recettes d’activités. En gros, le rapport est de 60 % d’autofinancement pour 40 % de subventions publiques. On a des financements Fonjep sur les postes, mais un Fonjep c’est moins de 15 % d’un salaire moyen chargé pour les personnes qui en bénéficient. Quelques lieux sont labellisés par le ministère de la Culture. Il y a deux scènes de musiques actuelles, à Rennes (Ille-et-Vilaine) et Verdun (Meuse) et il y a des partenariats au niveau régional, comme en Aquitaine et Bourgogne via le dispositif Passeurs d’images.

Vous souhaitez une meilleure écoute des DRAC ?
Oui. Vous avez, par exemple, une MJC en Côte-d’Or qui bénéficie d’un soutien de la DRAC sur une création commune avec des jeunes et une réalisatrice. Mais, finalement, le soutien du ministère de la Culture fonctionne très bien au biveau de la tête de réseau national et des services du ministère, alors que le soutien est marginal au niveau des associations locales. 
Ce schisme historique entre éducation populaire et culture rend les choses compliquées. Il y a un enjeu de moyens et de reconnaissance. Notre différence, c’est que le travail culturel est pour nous un moyen de mobiliser les gens et de les impliquer. 
Notre premier objet est d’être des lieux d’éducation à la citoyenneté par la pratique. Nous attendons de l’écoute au niveau des DRAC. En cette époque de fractures, l’éducation populaire est un endroit où des gens de sensibilités, de cultures, d’opinions, de religions différentes travaillent ensemble à un projet commun.  

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°554

Légende photo : Patrick Chenu

Crédit photo : D. R.

Shona McCarthy : « Des échanges anciens et profonds avec la France »

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Shona McCarthy

Shona McCarthy est directrice du Fringe, à Édimbourg (Écosse), aussi ancien que le Festival d’Avignon et considéré comme le plus grand festival « off » de théâtre au monde. Prochaine édition du 2 au 26 août.

Le Fringe s’est-il remis de la crise de Covid-19 ? 
Comme de nombreux événements culturels mondiaux, le Fringe a été annulé en 2020, pour la première fois depuis 1947, puis organisé en édition réduite en 2021. Nous sommes encore en train de nous remettre de la pandémie, ce qui sera un travail à long terme. Nos publics reviennent, mais il reste un véritable défi posé aux artistes d’obtenir des fonds pour créer de nouvelles œuvres. Tous les coûts ont augmenté et nous voulons que le festival reste aussi abordable et inclusif que possible. C’est un difficile exercice d’équilibre.

Traversez-vous, outre-Manche, une crise économique ? 
De nombreux facteurs affectent le financement des arts et de la culture, en Écosse et au Royaume-Uni. Au cours de la dernière décennie, les investissements dans le secteur culturel ont diminué de 30 %. Nous œuvrons pour diversifier nos ressources financières, notamment auprès de nos sponsors et partenaires. Ici, pour les artistes, les coûts de création sont souvent inabordables, ce qui peut les amener à quitter complètement le secteur. La véritable solution nécessaire consisterait à revoir la politique culturelle de notre pays.

Combien de spectacles et de lieux de représentation en 2023 ? 
En 2023, nous avons terminé le Fringe avec plus de 3 500 spectacles. Le festival s’est développé depuis sa création en 1947 : il comptait alors 8 spectacles ! En ce qui concerne les lieux, il existe un peu moins de 300 sites enregistrés chaque année. Ils varient considérablement quant à la taille et au type d’espace, entre les lieux permanents, les bâtiments universitaires, les espaces éphémères dans le centre-ville…

Combien de billets vendus en 2023 ?  
En 2023, plus de 2,4 millions de billets ont été émis dans le Fringe. 12 % d’entre eux étaient destinés à notre public international, le reste étant destiné au public, au reste de l’Écosse et au Royaume-Uni dans son ensemble.

Et les professionnels ?
En août dernier, nous avons accueilli plus de 1 400 professionnels internationaux et 840 médias ont été accrédités.
 
Comment le festival gère-t-il la transition écologique ?
L’action climatique constitue un domaine clé de notre travail. Nous avons identifié une série d’objectifs, notamment réduire de 90 % la dépendance du Fringe à l’égard de l’imprimé et compenser nos émissions de carbone en plantant une forêt Fringe, composée de 75 000 arbres. Vous pouvez en savoir plus sur nos actions sur le www.edfringe.com/about/about-us/ fringe-development-goals.

Quels sont vos liens avec le champ professionnel français du spectacle vivant ?
Les échanges entre le Fringe et la France sont anciens et profonds. Année après année, un certain nombre de programmateurs de théâtre et de salles, d’organisateurs de tournées et de producteurs de toute la France participent au festival. Un programme est présenté par l’Institut français d’Édimbourg, sans oublier les nombreux spectacles français proposés dans d’autres salles du Fringe. Enfin, avec le festival Off d’Avignon, nous partageons des pratiques de travail, des défis et des idées pour mieux structurer des échanges culturels et artistiques forts entre nos deux entités.  

Propos recueillis par Nicolas Marc

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°554

Légende photo : Shona McCarthy

Crédit photo : D. R.

Poitiers : les centres socio-culturels dans l’incertitude comme beaucoup en France

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La Légende de Godzilla

Le 31 janvier, les salariés des centres sociaux, des maisons de quartier et des espaces de vie sociale était invités à manifester partout en France face aux difficultés financières traversées par ces structures. La Fédération des centres sociaux de France appelle à un nouveau mode de financement. Dans la Vienne, et particulièrement à Poitiers, les maisons de quartier ont une forte dimension culturelle, et particulièrement sur le spectacle vivant, comme La Blaiserie, le Centre d’animation Beaulieu, qui travaille notamment avec le centre dramatique national Le Méta pour ses activités de diffusion, ou la Maison des 3 Quartiers (M3Q). Située aux abords du centre ville, cette dernière fêtait ses 40 ans avec le public le lendemain que ses salariés battait le pavé. La structure qui a des missions d’accompagnement social, notamment en direction des mineurs isolés, propose aussi d’activités de loisirs et culturelles. Elle dispose d’une salle de spectacle de 160 places et d’une salle de répétitions, pour les pratiques amateurs mais aussi pour des propositions professionnelles, avec un axe de programmation sur la lutte contre les discriminations. La M3Q compte une programmatrice, Christelle Bertoni. 

Pression financière
« Nous accusons un déficit pour 2024 et l’on imagine qu’il sera reconduit en 2025 », remarque Christophe Parent, président de la Maison des 3 Quartiers. Celle-ci compte 27 équivalents temps plein. « La pression financière que subissent nos maisons est liée à une revalorisation nécessaire des salaires car on était confrontés à des difficultés de recrutement, notamment pour les animateurs de centres de loisirs. L’inflation nous touche également et nous sommes très dépendants des subventions », indique Christophe Parent. 
Deux solutions semblent s’offrir aux maisons de quartier : soit faire des économies, notamment sur la masse salariale, soit trouver de nouveaux financements via des appels à projets. « On ne peut pas baser un soutien sur des appels à projets qui sont chronophages et ne sont pas pérennes, c’est pourquoi nous en appelons à l’État pour qu’il soit partenaire », note le président de la M3Q.
La M3Q, est financée principalement par la Ville de Poitiers et par la Caf. Elle est appuyée ponctuellement par la DRAC sur certains dispositifs. Les dix  maisons de quartiers de Poitiers rencontraient la Ville et la Caf le 8 février, pour plancher sur des solutions.  

Tiphaine Le Roy

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°553

Légende photo : La Légende de Godzilla, Cie Arlette Moreau, à la Maison des 3 Quartiers de Poitiers

Crédit photo : Guillaume Herau

Marionnette : Les états généraux notent des progrès

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Themaa

Les 1er et 2 février, Themaa - Association nationale des théâtres de marionnettes et arts associés, organisait ses états généraux des arts de la marionnette au CDN de Normandie-Rouen. Préparés avec l’aide du duo Ligere (Pauline Quantin et Benoît Pinero), ces deux journées de réflexion avaient pour but de « repenser les façons de créer, produire, diffuser et agir » alors que des réunions de filière viennent de commencer à l’initiative du ministère. 
L’événement a réuni près de 200 participants : on relevait la présence de la DRAC et du ministère, de l’agence régionale (ODIA Normandie) et de nombreux membres de Latitude Marionnette (6 centres nationaux de la marionnette (CNMa), Institut international de la marionnette…). Les collectivités territoriales, en revanche, étaient peu représentées. Le programme, très dense, a touché à des problématiques propres au secteur ou partagées avec le reste de la culture. Il ressort tant des analyses qualitatives que quantitatives que la marionnette a progressé depuis ses derniers états généraux. Réjane Sourisseau, missionnée par Themaa, et Anne Decourt, pour Latitude, ont partagé des chiffres d’enquêtes en cours montrant un secteur qui se renforce, malgré de fortes disparités et une faiblesse relative des budgets par rapport au reste du secteur vivant. Des réseaux régionaux se consolident un peu partout en France. La question du financement insuffisant de la création est souvent revenue, ainsi que celle de la transition écologique. Un sujet prégnant est celui du temps : celui qui manque à tous les postes, celui sacrifié au remplissage des dossiers d’appel à projets, celui nécessaire pour créer dans de meilleures conditions. Le maillage territorial et la solidité des lieux intermédiaires apparaissent perfectibles : en même temps qu’était renouvelé le souhait de donner un cadre pérenne aux lieux-compagnies missionnés pour le compagnonnage, on apprenait la fermeture de l’Usinotopie (Villemur-sur-Tarn) et les difficultés traversées par le LEM (Nancy). Les participants ont exprimé un désir de travailler sur la diversité et l’inclusivité. Certains artistes ont regretté que l’émergence et le sort des petites compagnies ne soit pas davantage auscultés et des représentants de CNMa que le travail de leurs structures ne soit pas mieux valorisé. Les travaux doivent donner lieu à la rédaction de doléances, à l’issue d’un travail collectif dont les modalités et le calendrier ne sont pas encore connus.

Mathieu Dochtermann

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°553

Crédit photo : M. Dochtermann

Création et ruralité : Rachida Dati lance une consultation

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Bundren !, par les collectifs Tranx et CCC

Le 22 janvier, Rachida Dati a lancé la concertation nationale « Printemps de la ruralité ». Une plateforme Internet permettra à chacun de donner son avis sur le sujet, et deux personnalités sont en attente de nomination pour piloter la consultation. La ministre a appuyé son intention sur un rapport de l’Inspection générale de l’action culturelle (IGAC) intitulé « L’action des labels de la création dans les zones rurales », qui résulte d’une mission coordonnée par Guy Amsellem, Marie Bertin et Isabelle Maréchal. 
Les médias en ont retenu le constat d’une « faible présence d’équipements culturels de proximité ». Et l’IGAC y rend surtout compte de ce que font les 367 structures labellisées (spectacle vivant et des arts visuels) pour irriguer leur arrière-pays : diffusion, résidences, éducation artistiques... Ces actions en territoire rural figurent rarement parmi les objectifs cibles de leurs conventions pluriannuelles d’objectifs. Or la concurrence est rude avec les actions sur d’autres territoires (quartiers prioritaires de la ville, par exemple). 

Préciser les objectifs
Il faudrait bien identifier les objectifs sur la ruralité pour mieux évaluer, recommande le rapport. En 2021, 1 016 actions menées par des lieux labellisés ont bénéficié à 927 communes, en dépit de la crise sanitaire. La tendance est à la hausse pour les résidences et la diffusion. L’IGAC y voit « l’effet positif du plan Théâtres en région mis en œuvre en 2020 ». Les moyens manquent en ingénierie et logistique, suite à l’effacement progressif des associations départementales de musique et danse. 
Une idée de l’IGAC serait de soutenir les postes de coordinateurs culturels dans les intercommunalités et de mener des formations-actions au montage de projets, en associant les maires ruraux. Les petites communes ont des difficultés à gérer directement un partenariat avec une institution. Le rapport insiste sur les partenaires, à commencer par les scènes conventionnées d’intérêt national. Il recommande de davantage associer les labels aux contractualisations des DRAC avec les territoires et de collaborer avec les lieux et les réseaux de proximité.
Pour jouer leur partition dans les territoires, les labels doivent tenir compte de ce qui s’y fait déjà et des attentes spécifiques, selon les principes des droits culturels. Cette approche est déjà défendue par plusieurs réseaux réunis sous la bannière Cultures et ruralités  (cultureruralite.fr). à l’inverse, l’exemple donné par la ministre lors de son déplacement à Nontron (Dordogne), le 22 janvier, illustre un cas de savoir-faire descendant de la capitale à la ruralité ; un programme post-master de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de « redynamisation des territoires ruraux par le design ».

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°553

Légende photo : Bundren !, par les collectifs Tranx et CCC au festival Les Rias (2023) dans le pays de Quimperlé (Finistère)

Crédit photo : D. R.

Aux BIS, le spectacle vivant explore des solutions pour sortir de la crise

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BIS 2024

Sous pression, la filière a esquissé, à Nantes, lors des BIS, des pistes d’existence et de résistance.

Protéger le service public de la culture, c’est aussi réfléchir à son financement. Pour les participants des nouveaux débats «Pourquoi / Comment », le constat est évident. « Si les crédits budgétaires sont en augmentation constante depuis 2014 (+14 % entre 2021 et 2023), rappelle Vincent Guillon, codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles, les difficultés sont, néanmoins bien réelles : avec l’effet ciseau de l’inflation et des recettes en baisse ». Quelles portes de sortie s’offrent au spectacle vivant ? Pour Joël Brouch, « le service public est indissociable d’une démocratie. Et il est difficile d’être audible dans les territoires où les services publics reculent. »

Pour les conforter, le directeur de l’Office artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine (OARA) voit une solution : « un nouvel acte de décentralisation pour que les collectivités aient une autonomie fiscale, et décident de leurs propres compétences. » Ce qui permettrait « que nos politiques publiques soient en capacité de prendre en compte les initiatives citoyennes ». Le président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), Frédéric Hocquard, veut lui aussi « franchir une nouvelle étape » de décentralisation. D’autant que sur ce sujet « le dialogue s’est abîmé avec l’État ». L’adjoint à la maire de Paris est venu aux BIS avec une double proposition : « Déplafonnons la taxe de séjour avec un fléchage des recettes sur la culture. Et mettons un critère culture dans les dotations globales de fonctionnement [DGF versées par l’État aux collectivités en fonction de paramètres précis, NDLR) afin que soient bonifiées les villes vertueuses sur la culture ». Il faut, tranche-t-il « changer de rapport entre l’État et les collectivités ». Ce sont « des pistes très fécondes », lui répond “l’État”, représenté à Nantes par son directeur général de la création artistique, Christopher Miles. Lui l’assure : « l’espace de négociation État-collectivité c’est le plan Mieux produire, mieux diffuser », dans lequel l’État promet d’abonder les fonds locaux. Pour conforter l’« exception culturelle française » qui fait que « la culture est imbriquée dans les autres politiques », complète plus philosophe, Aurélie Filipetti, directrice des affaires culturelles de Paris et ex-ministre de la Culture, il faut résister « à l’offensive médiatique des extrêmes ». Et « c’est à travers la liberté de création qu’on peut défendre notre vision du monde ».

Défendre sa liberté
Une liberté de création et de diffusion mise à mal ces dernières années avec des attaques répétées, parfois violentes, souvent sournoises. Mais aussi, désormais, le spectre de l’autocensure. Aux BIS, Agnès Tricoire, avocate, (lire aussi page 5), estime que des risques pèsent aujourd’hui à trop vouloir, parfois, prendre les devants. « Le débat doit toujours remplacer la censure sous toutes ses formes, avertit-elle. La censure est toujours un renoncement, jamais un acte de courage. » D’autant plus que, prévient-elle, « interdire a priori c’est ouvrir la porte à l’extrême droite, lui fournir des outils juridiques » qu’elle retournera. « Si quelque chose d’inadmissible se passe dans une spectacle, là on peut mobiliser le droit pénal et faire condamner », rappelle-t-elle. Face aux attaques, complète Aurélie Hannedouche, directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA), « il faut toujours réagir sur le plan médiatique, politique et juridique, pour ne jamais banaliser ces faits, ». Pas toujours évident quand « ces pressions sont exercées par des municipalités qui font partie de l’arc républicain, via par exemple une ingérence dans les programmations. » Là, un risque d’autocensure guette tous et toutes : « À préférer la sécurité à la liberté, n’allons nous pas finalement perdre les deux ? » Aymeric Seassau (PCF), adjoint à la culture de Nantes, le martèle : « La première ligne de conduite, c’est la tolérance zéro ». Il pointe surtout « une censure par l’appauvrissement »... quand des collectivités « suppriment les aides à la création ». Financements et liberté sont inextricables.

Jérôme Vallette

 

L’absence inédite de la ministre
Nommée six jours avant les BIS 2024, Rachida Dati a manqué à l’appel du 20e anniversaire, ces 17 et 18 janvier. « C’est la première fois en vingt ans qu’un ministre ne se rend pas au BIS », a précisé son organisateur, Nicolas Marc. Un résumé lapidaire du rendez-vous manqué avec un spectacle vivant dubitatif voire vexé par cette absence. « Soyez sûrs de ma mobilisation entière », a-t-elle fait lire par Christopher Miles. « Je veux défendre une politique publique protectrice, ambitieuse [...]. Porter un spectacle vivant exigeant et populaire, partout pour tous. » Dont acte ? 

En partenariat avec La lettre du Spectacle n°552

Légende photo : Aux BIS 2024

Crédit photo : Philippe Anessault