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Serge Hureau : « Notre mission première est de sauver de l’oubli les œuvres des musiques populaires chantées »

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Serge Hureau

Le Centre national du patrimoine de la chanson, des variétés et des musiques actuelles, lieu de création, d’éducation culturelle et artistique, et d’enseignement artistique supérieur est né en 1990, et est piloté par le chanteur Serge Hureau, directeur, artiste permanent et artisan de sa création. Installés depuis 2013 à La Villette, doté du Théâtre-École des répertoires de la chanson, qui recrute actuellement sa nouvelle promotion, le Hall de la chanson s’apprête aussi à jouer pour la seconde année consécutive dans le Off d’Avignon.

Qu’est-ce que le Hall de la chanson ?
C’est l’unique Centre national du patrimoine de la chanson, des variétés et des Musiques actuelles, une structure de création artistique, de formation supérieure, d’éducation artistique et culturelle, de formation continue, qui a pour mission la promotion, la valorisation et la transmission des répertoires patrimoniaux de la chanson sans distinction de genres. Notre Théâtre-École des répertoires de la Chanson (TEC) complète la structure depuis 2018.

Quels sont vos moyens ?
Le budget annuel (TEC compris), s’élève à 1 445 000 euros (2023), subventionnés par le ministère de la Culture (Direction générale de la création artistique) à hauteur de 945 000 euros. On a une convention triennale avec l’État qui court jusqu’en 2025 pour l’action du théâtre lui-même.

Comment rentrer au TEC ?
Les candidatures au concours sont accueillies jusqu’au 26 avril (lehalldelachanson.com). On a créé cet établissement d’enseignement supérieur privé et gratuit en 2018, sous le haut patronage de Charles Aznavour. Les étudiants qui ont déjà obtenu un diplôme national supérieur professionnel (DNSP) ou une licence voient leur formation TEC validée par un master grâce un partenariat avec l’Université de Paris 8. Nous avons deux cursus : chanteur-interprète et musicien-arrangeur, d’une durée de deux ans qui s’adresse à 15 jeunes artistes de moins de 32 ans, chanteurs, musiciens, comédiens ou danseurs. Les titulaires des DNSP sont directement inscrits à l’audition. Les élèves qui sortent de formation vont présenter leurs travaux individuels de sortie d’école (chef-d’œuvre) pendant plusieurs semaines en juin. Par ailleurs, ils ont fait un travail autour des 100 ans de la naissance de Charles Aznavour, pendant deux mois dans le centre de détention de Meaux (Seine-et-Marne) où on donne les cours. Les artistes-étudiants, mélangés avec les « amateurs », donneront un spectacle qui sera présenté plusieurs jours, dans le cadre du festival Vis-à-vis du Théâtre Paris Villette. 

Sur quoi travaille le Hall ?
Essentiellement sur le patrimoine, ce qui est notre mission première de sauver de l’oubli les œuvres de chanson, c’est-à-dire des œuvres des musiques populaires chantées. On commence au Moyen Âge et on finit avec l’apparition du hip-hop il y a 40 ans en France. On accueille beaucoup de résidences. Notre principe, c’est de travailler avec des gens jeunes. Dans notre école et dans nos activités extérieures. Nous avons aussi un très gros partenariat avec le Conservatoire supérieur d’art dramatique où, depuis 15 ans, on enseigne l’art de la chanson. On agit en français, mais aussi en langues de France, en occitan, par exemple, ou dans différents créoles dans notre programme « Les ÎleS de France » qu’on confie à de jeunes artistes issus des outre-mer. La chanson, c’est un objet populaire. Si on l’oublie et qu’on en fait un objet de chapelle, on est foutus. 

La nature de vos spectacles ?
ll y a des spectacles qui sont terriblement travaillés dans le style. On prend souvent les anniversaires des artistes comme prétexte, parce que nous ne sommes pas trop snobs ! Et aussi parce que ça créé un engouement. Mais nous fouillons des détails qui ne seraient pas évoqués dans les médias. C’est en cela que nous sommes, vraiment, un service public. Ça demande un certain type de compétences à cultiver pour interroger les œuvres et ne pas être ennuyeux. Par exemple, nous préparons un gros travail sur l’arrivée du jazz il y a 100 ans et en quoi il a ouvert les chansons françaises. On associe Joséphine Baker avec les 40 ans de l’arrivée du hip-hop, et on monte un bal moderne, pour donner Joséphine B[re]aker !

Qu’est-ce que le patrimoine de la chanson ?
C’est toute notre histoire. Il vous permet de savoir comment une femme parlait d’un homme il y a 300 ans. Avec les chansons, on va loin dans l’histoire des mentalités. C’est ça qui nous intéresse. Nous ne sommes pas idolâtres. Ainsi, nous allons regarder ce qui se cache de fort, de social, de profond derrière un artiste. Notre mission est aussi de le transmettre. C’est une importante dimension de notre travail. Nous recevons énormément de lycéens et de collégiens, car nous avons un lien avec l’Éducation nationale, en particulier la très dynamique académie de Créteil. 

Vous êtes bien implantés dans votre théâtre de La Villette ?
On a de très bonnes relations avec nos voisins dans ce lieu vraiment extraordinaire, stimulant, avec notre petit théâtre de 160 places où il y a deux grandes loges, deux petites loges, un atelier de décor, un foyer d’artistes au sous-sol et un hall où on peut faire du cabaret avec 40 personnes. On a postulé à un appel d’offres de la Villette pour des salles dans un bâtiment voisin affectées à nos actions EAC, au TEC et à la formation permanente. Nous serons en travaux en 2025 (isolation thermique et phonique notamment) pour une petite période.

Une saison dense entre La Villette et Avignon
Le 5 mai, le Hall de la chanson présentera Et pourtant, à l’occasion du centenaire de la naissance de Charles Aznavour, au Théâtre Paris-Villette (Festival Vis-à-vis) puis au Hall de la chanson (17, 22 et 24 mai) avec les artistes-étudiants du TEC et des détenus du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin.
Le 15 mai, une exposition Joséphine Baker en onze tableaux de Catel sur les murs extérieurs du Hall de la chanson.
Le 8 juin, lors de l’exposition Ces chansons qui nous ressemblent, création du Bal Joséphine B[re]aker (chorégraphie urbaine de Fabrice Mahicka et Valentina Corosu, arrangements de Tim Andriamanantena et Vladimir Médail, chant Lymia Vitte), à la Cité internationale de la langue française (Villers-Cotterêts).
Du 18 au 30 juin, les jeunes artistes sortants du Théâtre-École des répertoires de la chanson présenteront leur Festival chefs-d’œuvres, travaux individuels de sortie de l’école.
Le Hall de la Chanson sera une nouvelle fois au Festival Off d’Avignon avec Le Prof ,de Brassens et Les Eaux sauvages, d’Anne Sylvestre, en alternance du 3 au 12 juillet (au Théâtre de L’Arrache-Cœur), avec Olivier Hussenet, Alban Losseroy et Vladimir Médail.
 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°557

Légende photo : Serge Hureau

Crédit photo : Frédéric Pickering

« Nous voulons connecter davantage le festival à son territoire »

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Emmanuelle Durand et Vincent Anglade

Les Nuits de Fourvière auront lieu du 30 mai au 25 juillet, principalement dans les amphithéâtres gallo-romains de la colline lyonnaise. Emmanuelle Durand et Vincent Anglade sont les nouveaux codirecteurs de ce festival pluridisciplinaire.

Quels ont été les défis de cette passation entre Dominique Delorme, après vingt années de direction, et vous ?
E. D. : C’est un festival particulier, avec ce marathon artistique de deux mois et un modèle économique assez unique. Sur un budget d’environ 12 millions d’euros, un quart provient d’une tutelle unique, la Métropole de Lyon, environ un quart vient des partenaires et mécènes et la moitié de la billetterie. Les marges dégagées par les concerts de musiques actuelles permettent de financer des créations en cirque, en danse ou en théâtre. Autre particularité : l’extérieur, nouveau pour nous, nous devons constamment tenir compte du risque météo.

Quelles sont vos inflexions ?
V. A. : Nous souhaitons connecter davantage le festival à son territoire en retrouvant le côté unique des propositions, mais en dehors des théâtres de Fourvière. La metteuse en scène québécoise Brigitte Poupart, qui n’était jamais venue en France, présentera un spectacle immersif au Pôle Pixel de Villeurbanne. Le skate, souvent présent devant l’Opéra de Lyon, y fera son entrée avec le spectacle Skatepark de la chorégraphe Mette Ingvartsen. La pré-ouverture du festival aura lieu à Vaulx-en-Velin avec la Compagnie XY, installée durant une semaine à la rencontre des habitants avant une représentation devant la mairie. Le musicien lyonnais Arandel s’y produira également, au Planétarium.
E. D. : Nous voulons aller plus loin dans la transition écologique : nous finalisons le premier bilan carbone du festival, nous intégrons la convention des entreprises pour le climat et nous visons la certification ISO 20121.

Et côté publics ?
E. D. : Il est important d’ouvrir le plateau à des diversités de formes pour aller vers des spectateurs qui ne venaient pas aux Nuits de Fourvière. Nous proposons le Samedi des Nuits, une sorte de festival dans le festival, avec une soirée qui débutera dès 19 ou 20 heures. Avec, par exemple, le même soir, l’Impératrice, Kiddy Smile et Clara Ysé. Les Petites Nuits s’adressent au jeune public, en journée ou en début de soirée, avec Cheptel Aleïkoum ou la Compagnie Arcosm, avant les grandes formes du soir, et précédés d’ateliers. 
Nous poursuivons le travail d’accessibilité aux personnes handicapée, avec, entre autres, deux spectacles estampillés Relax. L’hospitalité a aussi été repensée, avec une terrasse aménagée sur le site du théâtre de l’Odéon ou un partenariat avec deux chefs du Lyon Street Food.

Les grands équilibres du festival sont-ils préservés ?
V.A. : Tout à fait. Une soixantaine de propositions est programmée, dont une quinzaine de coproductions, créations ou premières. Près de 180 000 billets sont mis en vente pour 120 levers de rideau. 

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°556

Légende photo : Emmanuelle Durand et Vincent Anglade

Crédit photo : Ava du Parc

Bordeaux : avec Fanny de Chaillé, le TNBA se réinvente pluriel

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Fanny de Chaillé

Un pas de côté. Est-ce le geste opéré par la nouvelle directrice du TNBA (Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine) et de l’ESTBA (École supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine), Fanny de Chaillé, qui a succédé à Catherine Marnas en janvier 2024 ? Un pas de côté pour que s’ouvrent les portes du TnBA et que se réorientent certains de ses axes. Même intention pour son école adossée, une particularité de ce CDN qui « intéressait beaucoup » la metteuse en scène. Fanny de Chaillé ne « se sent pas perdue dans cette énorme maison », puisque son labeur de directrice s’articule autant avec ses expériences d’artiste associée qu’avec son travail de création. 
Ses deux dernières pièces, Le Chœur (2020), et Une autre histoire du théâtre (2022-2023), mettent en abyme la question de la transmission, qui lui est chère, et l’art dramatique, du point de vue de l’acteur. Ces problématiques irriguent ainsi ses intentions pour la direction du TNBA et de l’ESTBA : « La question de l’école est vraiment née de manière cohérente, à partir de ces créations-là. » Le projet de l’école s’élaborera avec un collège pédagogique composé surtout d’acteurs et actrices, afin de « penser la pratique du jeu avec celles et ceux qui l’exécutent », et de replacer la figure de l’acteur au centre de l’enseignement. Il s’agit d’« opérer un vrai décalage par rapport à ce qui se fait dans les écoles ».

Dynamique d’ouverture 
Malgré l’implantation de sa compagnie Display à Bordeaux, Fanny de Chaillé ne connaît pas autant la ville que sa fidèle collaboratrice, Isabelle Ellul, directrice déléguée du TNBA. Elles ont postulé en duo avec un projet qui manifeste leur « envie de rouvrir le TNBA », notamment à des « collaborations étroites », soit avec La Manufacture CDCN, le CAPC (musée d’Art contemporain de Bordeaux), la Scène nationale Carré-Colonnes (Saint-Médard-en-Jalles), et le festival Trente Trente. Des dialogues qui font sens dans une ville « où se manifeste à présent un vrai désir de fabriquer ensemble ». Ces projets seront dévoilés en septembre dans la programmation 2024-2025 parmi de « gros spectacles de théâtre » et les créations des neuf artistes associés, dont cinq régionaux. Le choix de ces compagnonnages, allant de Gwenaël Morin au bordelais Collectif Rivage, en passant par Rébecca Chaillon, témoigne d’une volonté de « diversité d’esthétiques et de pratiques ». Avec eux, Fanny de Chaillé entend mener « un accompagnement sur mesure », fondé sur l’écoute de chacun. Un soin de l’autre matérialisé jusque dans le Projet Kids, qu’elle a expérimenté à Chambéry (Savoie), et qui entrelace la question de l’ouverture et de la transmission. Une « université d’arts pour les enfants et adolescents » qui leur permet de pénétrer les coulisses du théâtre pendant les vacances : « Partager nos pratiques aux enfants et leur raconter ce qui se passe dans un théâtre est très important », dit celle qui y sera animatrice. Pas de distinction, donc, entre le théâtre de la relation créé par la metteuse en scène et celui que bâtit la directrice.

Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°556

Légende photo : Fanny de Chaillé

Crédit photo : D. R.

Cour des comptes : l’aide de l’État doit être plus exigeante sur les objectifs des festivals

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Daniely Francisque

La Cour des comptes recommande au ministère de la Culture de mesurer « le réel effort des collectivités territoriales » dans les festivals de tout type, de mieux « formaliser les objectifs attendus des événements subventionnés » et de « conditionner davantage les aides de l’État à des exigences de création, de démocratisation culturelle et de diffusion numérique ». Dans son rapport public annuel, la Cour consacre une section très documentée, « Festivals et territoires : les défis d’une politique partagée en matière de spectacle vivant », qui caractérise l’explosion du nombre d’événements depuis 40 ans comme « un fait culturel de grande ampleur », porté par les collectivités territoriales qui y dépensent 20 fois plus que l’État, ce qui a permis de « rééquilibrer l’accès à l’offre culturelle ».

Avec près de 7 300 festivals enregistrés (80 % portés par une association) par le ministère de la Culture en 2022, soit quatre fois plus qu’en 2004, « Les festivals de spectacle vivant constituent près des trois quarts des événements recensés : les festivals de musique en représentent environ 45 % et les festivals de théâtre, danse, arts de la rue, arts du cirque, arts du conte et humour près de 30 % ». Sans commune mesure avec les voisins : « Il y aurait autour de 2 000 festivals en Italie, 1 000 en Allemagne et au Royaume-Uni ».

Leur développement résulte « de l’appui des collectivités territoriales », avec un effort estimé à plus de « 300 millions d’euros par an (hors dépenses en nature sous forme de mises à disposition de locaux, de moyens techniques et de ressources humaines)», contre 50 millions de l’État en 2022, budget encore sous l’influence post-Covid (38 millions d’euros en 2019). L’enquête auprès d’un échantillon de huit festivals de spectacle vivant (Grand Est, Nouvelle- Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur) a montré « que la modernisation et le renforcement de la gouvernance des structures porteuses de ces manifestations constituaient un enjeu majeur ». 

Gouvernance à revoir
Ce que montrent régulièrement les chambres régionales des comptes en rappelant les festivals à une modernisation et un renforcement de leurs structures, de leur organisation administrative ou de leur gestion. « La gouvernance des festivals de l’échantillon présente pour point commun d’être insuffisamment partagée entre les acteurs concernés », ajoute la Cour des comptes. Les rapporteurs y voient « la nécessité d’améliorer la formalisation conventionnelle et d’assurer un suivi plus rigoureux des objectifs poursuivis », et de favoriser les festivals qui suivent les objectifs de l’État de soutien à la création et à la démocratisation culturelle, avec une vraie exigence « quant à la mesure des résultats de leur action ». 

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°556

Légende photo : Daniely Francisque au Festival d’Avignon 2023

Crédit photo : Eric Deguin

Opter pour le prix libre et conscient

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Marine Ségui

Vertueuse à plus d’un titre, cette initiative nécessite toutefois expérimentation et évaluation, et suppose de ne pas être entièrement dépendant des recettes de billetterie.

Alors que, sous l’effet notamment de la crise sanitaire, de nombreux lieux ont revu leur politique tarifaire, une pratique inédite commence à voir le jour : celle du prix dit « libre et conscient ». Il s’agit ici de ne plus imposer de tarif, mais de laisser le spectateur décider de la somme dont il s’acquittera. Plusieurs motivations guident une telle démarche. Tout d’abord, attirer des publics éloignés de la culture pour des raisons strictement financières. « Nous avons découvert que l’idée selon laquelle notre programmation serait conçue pour une population âgée de plus de 45 ans et diplômée se révélait fausse, rappelle Agnès Quackels, codirectrice du Kaaitheater à Bruxelles, qui a mis en place le tarif libre en juin 2021. De nombreux jeunes s’intéressent au spectacle, mais n’ont simplement pas les moyens d’y accéder. » Le deuxième argument avancé tient à la solidarité ainsi induite : que certaines personnes soient prêtes à débourser davantage permet à celles moins fortunées de payer peu ou pas du tout. Dernier axe privilégié, une mixité des publics. Dans le cadre de sa programmation hors les murs, le Théâtre public de Montreuil distribuait auparavant un grand nombre d’invitations. Aujourd’hui, tout en conservant un quota de 30 % de gratuité, il a choisi d’ouvrir plus largement la jauge à des publics qui, grâce à la billetterie solidaire, se mêlent aux autres sans se sentir stigmatisés.

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Par Marie-Agnès Joubert

Légende photo : Marine Ségui, secrétaire générale du Théâtre public de Montreuil

Crédit photo : Antoine Vincens de Tapol

La résistance des festivals en milieu rural

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Louisa Weisbeck

Si, comme le rapporte la cartographie nationale des festivals publiée en 2023 et établie par Edwige Millery, Emmanuel Négrier et Stéphane Coursière pour le Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS) du ministère de la Culture, il y a une tendance « à la métropolisation du phénomène festivalier  (ce sont les Bouches-du-Rhône et Paris qui comptent le plus de festivals), rapporté à la population, le constat est tout autre, les départements ruraux ont une offre plus importante que leurs homologues urbains ». Les Hautes-Alpes (avec 47 festivals pour 100 000 habitants) sont en tête de liste, suivies du Gers et de la Creuse. À l’heure où la nouvelle ministre de Culture, Rachida Dati, lance un « Printemps de la ruralité », une concertation pour « désenclaver la culture », ces manifestations s’ancrent depuis longtemps et profondément sur leur territoire au point de le modifier, comme le relate Louisa Weisbeck, chargée de communication de Papillons de nuit en Normandie, ne serait-ce que parce que la population est multipliée par 200 chaque week-end de Pentecôte, passant de 500 à 90 000 – le festival de musiques actuelles étant le deuxième plus fréquenté de la région, qui atteint là sa jauge maximale. Bien sûr, cette soudaine concentration engendre de réelles adaptations notamment en matière de mobilité, car « s’il est possible d’agrandir encore les terrains agricoles à occuper, pas possible d’élargir ou de créer des routes dans cette “ZRR” (zone à revitaliser). Il ne faut pas plus étendre les bouchons déjà existants ». 

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Par Nadja Pobel

Légende photo : Louisa Weisbeck, chargée de communication de Papillons de nuit

Crédit photo : Nico M

Le pari réussi des tournées à vélo

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Fanny Lebert

Des dizaines d’artistes expérimentent les tournées en mobilité douce. Pour certains, il s’agit même d’une part significative de leur activité.

« Nous sommes les promoteurs d’une sobriété joyeuse, car les réponses que nous apportons l’ont d’abord été pour les besoins de la fête, explique Virginie Seguinaud, coordonnatrice de Slowfest. Comment pouvions-nous l’organiser en réduisant l’impact des déplacements du public et des artistes ? Le vélo s’est tout naturellement imposé. » Actif depuis 2015, Slowfest est à l’origine du « Biclou Sound System », présenté comme « une flotte de sono-solaires vélo-tractées », mais aussi une scène solaire totalement autonome sur le plan énergétique (100 % solaire) et pouvant accueillir des jauges de 150 à 200 personnes. « Nous sommes à la quatrième version de nos remorques vélo-tractées », assure Virginie Seguinaud, qui investit énormément le champ de la transmission et du partage des solutions low-tech en open source. « Nous avons surtout développé une configuration en déambulation, avec un convoi de 10, 20 ou 30 vélos. On véhicule l’esprit de la fête, on attire les regards et cela nous permet de transmettre le message sur ce que nous sommes capables de faire : une fête décarbonée, où la mobilité douce est centrale. » Des actions de médiation sont associées à chacun des projets tournés, pensés par Slowfest comme « un laboratoire d’expérimentation ». Le processus d’organisation de la tournée est, bien évidemment, long à mettre en œuvre pour monter un parcours cohérent et raisonnable pour celles et ceux qui pédalent. 

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Fanny Lebert, chargée de production et régisseuse au sein de La Poursuite

Crédit photo : D. R.

SMAC : et demain ?

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Frédéric Joao

Après une année 2023 déstabilisante, les scènes de musiques actuelles (SMAC) abordent l’avenir avec un peu plus de sérénité financière.

L’année 2023 avait mal commencé, avec des factures d’énergie qui ne cessaient de s’envoler. À Nîmes (Gard), Paloma a ainsi vu sa facture d’énergie passer de 51 000 à 146 000 euros de 2022 à 2023. Le Temps Machine à Tours (Indre-et-Loire) a fermé quatre semaines, contre deux d’habitude, pour réduire ses coûts de gaz et d’électricité, tout comme le Grand Mix à Tourcoing (Nord). Le 6MIC à Aix (Bouches-du-Rhône) ou le Kubb à Évreux (Eure) ont baissé le rideau un peu plus longtemps en janvier-février. Jazz à Poitiers a dû renoncer à 70 % de sa saison au profit de quatre temps forts, la Vapeur à Dijon (Côte-d’Or) a suspendu la programmation des artistes émergents dans son club. Autre inflation subie par ces lieux : celle de leur masse salariale. Ainsi, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), Bonjour Minuit a vu celle-ci augmenter de 6 %.

Dans ce contexte inflationniste, certaines collectivités – premiers financeurs des SMAC – n’ont pas augmenté leurs subventions ou les ont rognées. Cela a été le cas pour Bonjour Minuit, dont les financeurs publics n’ont pas respecté les engagements de 2019. Conséquence : la salle a dû procéder en 2023 à deux licenciements économiques sur ses 11 salariés.

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Par Nicolas Dambre

Légende photo : Frédéric Joao, directeur et programmateur du Club, à Rodez

Crédit photo : Jonathan Bayol

Le ministère bat la campagne

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Pascal Dumas et Alexandre Ménard

Le Printemps de la ruralité entend porter un regard neuf sur la culture en milieu rural. Les acteurs des territoires ont beaucoup à dire.

Si sa nomination au ministère de la Culture a profondément troublé les acteurs culturels, Rachida Dati a su jouer rapidement du contrepied pour brouiller les cartes. Dès son premier discours, lors de son accueil rue de Valois, elle évoquait les mouvements d’éducation populaire et les territoires. Puis, dans la quinzaine qui suivait, elle lançait une vaste consultation, Le Printemps des territoires, qui entend faire émerger réflexions et projets. Il est vrai que, depuis la disparition de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité territoriale (Datar) en 2014, et donc au terme de l’heureuse porosité qui l’associait au ministère, la question de la culture en milieu rural n’était plus vraiment à l’ordre du jour. Un frémissement avait bien eu lieu, lorsque Françoise Nyssen avait occupé la fonction mais, victime comme tous les autres ministres de la Culture des vingt dernières années, par la brièveté de son passage, elle n’avait pu tirer plus loin ce fil qui lui tenait à cœur. Au sein de l’administration centrale, à l’annonce de ce Printemps de la ruralité, beaucoup s’étaient sentis désemparés. « Pour la plupart, Parisiens de longue date, peu sollicités sur ces questions, nous manquons d’expertise, observe l’un d’entre eux. Heureusement, les personnels des DRAC sont là et, eux, ils connaissent très bien le sujet. » Si l’administration centrale a lancé la consultation en ligne, aux questions un peu trop évasives pour certains, ce sont donc les DRAC qui mèneront les concertations autour de l’accessibilité et de la répartition homogène de l'offre culturelle sur le territoire. Des assises nationales sur la culture en ruralité doivent d’ailleurs avoir lieu au mois d’avril. 

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Pascal Dumas, président de Tinta’mars, à Langres (ici avec Alexandre Ménard, responsable du projet)

Crédit photo : Laurent Vu

Ministère : coupes inédites sur la création

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Rachida Dati

En annulant près de 200 millions d’euros de crédits, dont 95 millions pour la création, le ministre de l’Économie a créé un séisme dans le monde de la culture. 

La décision a fait grand bruit, parce qu’elle n’était pas attendue avec une telle ampleur par le monde de la culture. Elle est sans précédent. En septembre dernier, Rima Abdul Malak, alors ministre de la Culture, présentait un budget 2024 de 11 milliards d’euros, avec 4,4 milliards d’euros de crédits budgétaires, ce qui équivalait alors à une hausse de 6 % des crédits (241 millions d’euros) sur un an. L’annonce n’était pas historique, mais presque. La ministre avait probablement vaillamment défendu son budget. Quelques semaines plus tard, dans le cadre du plan d’économies 2024 de 10 milliards d’euros annoncé par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, la culture est fortement mise à contribution. En effet, le budget présenté à la mi-février porte désormais sur 10,8 milliards d’euros, dont 4,266 milliards de crédits budgétaires. Le nouveau budget acte une baisse de 99 millions d’euros pour le programme 175 « Patrimoines », soit un budget 2024 de 1,1 milliard d’euros. Le programme « Soutien aux politiques du ministère de la Culture » (110 millions d’euros en 2024) perd 8,8 millions d’euros et, très symboliquement, c’est le programme 131, dédié à la « Création », qui est très largement mis à contribution. 95 millions d’euros de crédits de paiement sont annulés sur un budget 2024 de 1 milliard d’euros. Le recul est significatif puisqu’on constate ici une baisse de 10 % du budget de la création artistique en France. 

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Rachida Dati, ministre de la Culture

Crédit photo : Laurent Vu