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Pour les danseurs, le retour au studio sera complexe

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Practice

La reprise des spectacles de danse en septembre, même pour de petites jauges, confronte les compagnies à de grosses difficultés. Il ne suffit pas que le confinement soit levé, encore faut-il que tout le monde soit en forme et que l’on puisse se toucher. Une répétition, de danse ou de cirque, est une activité où il sera toujours difficile de respecter les distances. Or les consignes sont encore très floues : « Nous pouvons faire des tests et nous pouvons mettre en place des mesures de sécurité. Il y aura du gel, mais la crainte demeure qu’un danseur se retourne contre nous parce que nous n’aurons pas fait ce qu’il fallait », craint un directeur, tandis qu’un autre, installé dans une ville où le club de rugby est particulièrement actif, reconnaît s’être rapproché de l’équipe sportive pour connaître son protocole.

Les danseurs doivent reprendre les répétitions sans risquer de se blesser, pour cause de manque d’entraînement. Certes, les danseurs maintiennent leur forme et nombre d’expérience de cours à distance se développent, mais un retour trop rapide au plateau présente des risques. Le cours, essentiel pour la forme, est aussi fondamental pour la cohésion du groupe, d’où l’importance qu’il soit collectif. Or, les données actuelles postulent qu’il faut disposer d’environ 15 m3 pour une personne pratiquant une activité physique intense pour que la propagation du virus soit entravée. Cet espace n’est pas assuré pour toutes les équipes artistiques. Quant à l’usage d’un masque, il semble complexe dès qu’il s’agit de sauter ou de s’agiter.

Enfin, les artistes risquent d’oublier le respect de la distance dans le feu de l’action. Ces contraintes sont étrangères au monde de la danse. Pour reprendre les répétitions, encore faut-il que les danseurs soient présents. Le Ballet de Bordeaux avait un temps caressé l’idée de pouvoir redémarrer son programme d’avril à la fin juin, mais il a rapidement renoncé : plusieurs interprètes essentiels étant rentrés chez eux, à l’étranger, leur retour s’avérait très problématique. La compagnie disposait de ces interprètes, mais pour le nombre de spectacles programmés en 2021 et qui doivent entrer en répétition à partir de cet été, elle avait prévu des auditions en cette fin de saison. Faute de pouvoir les organiser, les chorégraphes envisagent soit de réduire leur ambition et donc leur effectif, soit de renoncer. La saison s’achève dans le trouble, mais la prochaine pourrait être bien pire.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°471 bis

Légende photo : Practice, de Yuval Pick, au CCN de Rillieux-La-Pape, se poursuit en mai

Crédit photo : D. R.

« Contrer les effets de la crise »

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Olivier Michel

Entretien avec Olivier Michel, président de Profedim, Syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles et diffuseurs indépendants de musique

Où en est-on du paiement de contrats de cession ? 
Il semblerait qu’il y ait des lieux qui rechignent à rétribuer les équipes, ne serait-ce que sur le coût plateau ou le reste à charge après chômage partiel. Mais c’est minoritaire. Leur raisonnement est assez étrange, d’autant plus quand l’équipe artistique est importante comme c’est souvent le cas avec des ensembles, le fait d’annuler doit réduire les coûts d’accueil. Certes, il y a une perte de billetterie. Nous proposons qu’il y ait, à terme, une compensation des pertes de billetterie, d’autant qu’on se dirige vers des jauges réduites. On ne veut pas faire de la délation. On va envoyer des courriers à des organisations qui représentent ces lieux.

Le recours au chômage partiel explique-t-il ces refus ?
Le chômage partiel a un coût. Les restes à charges sont conséquents. Pour nous, ce qui compte, c’est qu’il y ait un avenant, que le report ne soit pas considéré comme un contrat identique. S’il y a report de la date, le ministère considère qu’on ne peut pas mettre les interprètes au chômage partiel sous prétexte qu’on doublerait la rémunération. Or on n’est pas sûr d’avoir la même distribution. L’activité partielle est un levier important et on souhaite que cela se poursuive. Nous avons réussi, en tant que Profedim, à obtenir un arbitrage favorable pour que les associations à subventions importantes y aient accès, mais une semaine plus tard, le dispositif était mis en question pour les établissements publics. Il y a eu une levée de boucliers des organisations syndicales. J’espère qu’il y aura un retour en arrière du ministère du Travail. Le spectacle vivant devrait pouvoir bénéficier du chômage partiel tant que la reprise n’est pas normale, ce qui prendra du temps.

Dans quelle situation économique se trouvent les structures musicales ? 
Il y a eu des pertes importantes chez les ensembles. Du côté des lieux, c’est variable, selon leur sensibilité à la billetterie. à l’international, il n’y a aucune compensation aux annulations. Récemment, nous avons obtenu de pouvoir déclarer en activité partielle un interprète d’employeur français qui devait jouer en Allemagne. En sens inverse, les structures qui attendaient des équipes étrangères en automne n’ont aucune visibilité. Nous avons aussi de grosses craintes du côté du mécénat. Et il y a de mauvaises nouvelles du côté des organismes de gestion collective (OGC). On a entendu récemment dire que la Sacem revoit à la baisse ses soutiens d’actions culturelle de 20 %, ce qui correspond à la baisse de recette de la copie privée. C’est d’autant plus grave que l’action culturelle de la Sacem soutient beaucoup le financement de commandes à des auteurs compositeurs.

Comment envisagez-vous la reprise ? 
Il va falloir distinguer le travail des artistes dans un espace clos ou pas, en présence ou pas du public. Les chanteurs émettent des postillons qui peuvent contaminer jusqu’à 5 mètres devant. Il y a la question des instruments, le nettoyage des instruments. Cela soulève des inquiétudes sur le contenu des programmes. Des orchestres revoient leurs programmes pour écarter les chœurs. Il y a des idées avec le numérique, mais il faut être  attentif à ne pas mettre le numérique à tous les endroits. Le spectacle vivant s’appuie sur la réception du public physique. La saison sera très fragilisée, ne serait-ce que dans le rapport au public. Dans quelle mesure peut-on faire deux représentations le même jour, pour réduire les jauges ? Dans quel cadre financier ? Il y a des salles qui vont revoir leur billetterie à la baisse et multiplier les représentations. Certains lieux demanderaient des efforts aux équipes artistiques. Ces sujets doivent être traités assez vite.

Vous comptez sur une relance publique ? 
A titre personnel, je pense que l’état devrait doubler son financement au spectacle. Il faut trouver des moyens de relancer, alors qu’on a des craintes de resserrement financier des collectivités et des OGC. L’état doit être garant de nouveaux financements. Nous commençons à réfléchir à des propositions artistiques qui se feraient en dehors du cadre de la boîte noire. On pourrait aussi profiter de cette situation pour que les équipes musicales soient plus présentes dans les lieux pluridisciplinaires, sur le territoire. L’idée n’est pas l’animation culturelle mais des adresses au public. Il y a aussi le crédit d’impôt, l’action à l’international. On réfléchit à toute sorte de moyens de contrer les effets à long terme de cette crise. Nous travaillons beaucoup avec les festivals en ce sens.

Propos recueillis par Yves perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°471 bis

Crédit photo : Pierre Lucet-Penato

« Coup dur pour les auteurs de théâtre »

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Vincent Dheygre

Trois questions à Vincent Dheygre, président des Écrivains associés du théâtre.

En quoi les auteurs de théâtre sont-ils très touchés dans cette crise ? 
D’une part, les maisons d’édition ont freiné leur activité, d’autre part les résidences d’artistes et animations d’atelier d’écriture sont à l’arrêt. Il y a eu des instructions pour donner la possibilité de payer les auteurs même s’ils n’ont pas été jusqu’à la fin des ateliers, mais beaucoup d’autrices et auteurs disent le contraire : les établissements scolaires ne les payent pas parce qu’ils n’ont pas terminé l’atelier. Sur les représentations, on est au point mort. L’annulation du Festival d’Avignon et du Off est un coup très dur.

Qu’en est-il des fonds d’aide ? 
Il y a le fonds d’aide SACD, le fonds SGDL (Société des gens de lettres) ou celui du ministère. Les conditions d’obtention sont très délicates. à l’arrivée, peu d’auteurs vont en bénéficier. De plus, la crise intervient au moment ou toute l’administration consacrée aux artistes auteurs étaient en réorganisation. Les autrices et auteurs sont face, aujourd’hui, à la complexité pour leur déclaration de revenus. Il faudrait qu’ils consacrent les deux tiers de leur temps pour administrer leurs droits. Avec la crise Covid, nous aurons six mois de disparition de revenus. En plus, certains d’entre nous écrivent aussi pour la radio, or la commande publique a baissé de moitié. Cette situation arrive au moment où la SACD a réduit l’action culturelle dont bénéficiaient les associations d’auteur à cause de la baisse de la copie privée. De plus, le mode de calcul des aides au fonctionnement a changé et les EAT ont perdu 8 % de leur budget.

Comment réagissent les EAT ?
Nous essayons de nous fédérer. Nous travaillons avec l’Afaa (Actrices et acteurs de France associés), le Syndicat national des metteurs en scènes et d’autres organisations pour parler d’une seule voix. Au sein de la chaîne de fabrication du théâtre les écrivaines et écrivains sont les plus fragiles. Ils n’ont pas de régime d’assurance chômage. L’annulation d’Avignon, pour nous, c’est une perte sèche. Cette situation confirme la nécessité de donner un tour plus syndical aux EAT. Suite au états généraux des écrivains de théatre, les EAT avaient dit qu’ils relaieraient les travaux de deux commissions, celle sur la parité et celle sur l’élaboration d’une charte de rémunération des auteurs dramatiques. Je suis heureux d’annoncer qu’on présentera cette charte issue du travail de commissions en conférence de presse, début octobre avec EGEET (États généraux des écrivaines et écrivains de théâtre). 

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°471

Crédit photo : D. R.

TV et radio à la rescousse de la création d’outre-mer

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Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain

Le Théâtres d’Outre-mer en Avignon (TOMA), plus connu sous le nom de la Chapelle du verbe incarné, n’a pas tiré un trait définitif sur le rendez-vous de juillet. Ses dirigeants, Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain, vont proposer une web TV et une web radio destinées à faire événement. « Le festival est un moment essentiel d’exposition aux professionnels pour les artistes d’outre-mer et c’est aussi une occasion rare pour eux de jouer dans la durée et rencontrer le public », observe Marie-Pierre Bousquet. Pour compenser ce manque, l’idée est de s’appuyer sur l’expérience de la Radio TOMA menée ces dernières années pendant le festival, mais aussi sur le patrimoine de films de théâtre et de danse réalisés à la Chapelle du verbe incarné, soit quelque 200 captations diffusées depuis 16 ans sur France O par les productions Axe Sud de Marie-Pierre Bousquet. Ces films seront éditorialisés avec des plateaux, des analyses universitaires et des études critiques.

« Si les règles du déconfinement le permettent, nous verrons si nous pouvons aller tourner des films en outre-mer et les montrer dès juillet », espère Greg Germain. L’outil numérique sera utilisé pour maintenir l’interaction avec le public et les programmateurs. La web radio consacrera une émission de 55 minutes à chaque compagnie. « Nous accueillerons aussi les écrans du Tout-monde, les universités d’été de la Sorbonne Nouvelle, nous ferons une grande émission de radio filmée qui sera un direct avec la présence de nos compagnies sur tous les territoires. » Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain pensent que l’expérience du confinement doit ouvrir les yeux sur le rôle des films de spectacle vivant : « Leur utilité va au-delà de garder la mémoire. Les gens les regardent et ne se satisfont plus de Netflix. Depuis longtemps, nous avons pensé à monter un festival de films de théâtre. Nous essayerons de le faire avec l’Université d’Avignon ».

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°471

Légende photo : Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain

Crédit photo : D. R.

Les Théâtres privés en régions forment une association

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Loïc Bonnet

« L’association est née à cause du Covid, mais elle lui survivra », assure Loïc Bonnet, directeur du Théâtre à l’ouest, à Rouen, qui préside l’association des théâtres privés en régions. Elle s’est montée, à la mi-avril pour faire entendre la situation des théâtres non subventionnés hors Paris, face à la crise. La première visioconférence a attiré 83 participants suivie d’une cinquantaine d’adhésions dès les premiers jours, selon Loïc Bonnet. Cette association s’adresse aux lieux de spectacle sous statut privé. Un mois et demi après la fermeture des salles, l’urgence est d’obtenir des aides et de se faire entendre. Un échange a déjà eu lieu avec le cabinet du ministre et la déléguée théâtre à la DGCA. La première aide passera par le fonds d’urgence au spectacle vivant privé dont la gestion a été confiée à l’ASTP, et qui doit concerner tous les théâtres privés (La Lettre du Spectacle du 24 avril).

Pour Loïc Bonnet, l’enveloppe d’état de 5 M€ pour ce fonds ne suffira pas : « Dans mon théâtre, je perds 18 000 euros par mois sans compter la masse salariale. Les salariés sont au chômage partiel. Pour le dirigeant, il n’y a rien puisque nous sommes au-dessus d’un million d’euros de chiffre d’affaires. J’ai de la chance d’avoir un peu de trésorerie, mais d’autres sont déjà à la limite et il faut payer les loyers, les assurances, les abonnements... Nous voudrions l’annulation totale des charges sociales sur 2020 ». Quand et comment se fera la reprise ? La question taraude les théâtres privés qui observent avec inquiétude l’attention portée à juste titre aux bars, hôtels et restaurants, à la télévision, tandis qu’on ne parle guère des théâtres et autres scènes.

Après la crise du Covid, l’association travaillera à un autre dossier, celui de la taxe sur la billetterie du spectacle privé et Loïc Bonnet espère bien que l’association participera à la réorganisation prévue de l’ASTP. Le bureau provisoire de l’association, en attendant la première assemblée générale, est composé de Loïc Bonnet, président, Xavier Viton (théâtres Trianon, Victoire et Molières à Bordeaux) trésorier, et  Christophe Graffeuil (théâtre Royale Factory à Versailles) secrétaire.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°471

Légende photo : Loïc Bonnet

Crédit photo : D. R.
 

Un fonds de secours pour tout le théâtre privé

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Bertrand Thamin

Bertrand Thamin, président du Syndicat national du théâtre privé (SNDTP), se félicite de la mise en place d’un fonds d’aide qui s’adresse à tous les redevables de la taxe fiscale sur le billetterie du théâtre privéet aux compagnies. L’ASTP (Association de soutien au théâtre privé) en sera l’opératrice et travaillera sur un champ plus vaste que ses seuls membres. « Parallèlement au fonds d’urgence du Centre national de la musique, le ministère de la Culture et la Ville de Paris qui sont les financeurs principaux de l’ASTP ont décidé de prendre l’ASTP comme opérateur, expose Bertrand Thamin. Les critères d’attribution d’aides seront les mêmes pour tous. Les interventions des fonds [CNM d’un côté, ASTP de l’autre] sont exclusives les unes des autres. »

Stéphane Hillel, président de l’ASTP, précise : « Les contributeurs de ce fonds sont l’état, la Ville de Paris, l’Adami, et l'ASTP (cette dernière à hauteur de 600 000 euros). L’ASTP aura un rôle d’opératrice et le traitement sera automatisé à partir d’un portail d’inscription.» Les pouvoirs publics sont partis du principe que les entreprises de spectacle étaient soutenues, comme les autres, par le chômage partiel pour les coûts de personnel. Ce fonds cible donc les charges fixes hors charges salariales : « Chaque entreprise va faire établir par son expert-comptable une quote-part de charges fixes hors salaires et charges patronales sur la base des deux derniers bilans et, en fonction des jauges, il y aura des pourcentages d’intervention », détaille Bertrand Thamin.

L’aide concernera aussi les producteurs, tourneurs et compagnies non-subventionnées ou uniquement subventionnées au projet, y compris la danse et le cirque de création. Pour les compagnies, le calcul de l’aide se fera sur un pourcentage des pertes relevant des annulations des dates prévues. Les aides seront calculées sur un barème entre 55 et 90 % des charges fixes (selon la taille de la structure) avec un plafond de 70 000 euros pour les théâtres et 45 000 pour les producteurs et tourneurs, la différence s’expliquant par les frais de loyer. Pour les compagnies, ce sera 15% du montant des contrats de cession annulés et non reportés, avec un plafond de 8000 euros. Ce fonds ne couvrira pas Avignon Off. Les besoins du fonds sont estimés à 8 millions pour les 10 semaines. L’Etat l’abondera entre 5 et 7 M€, a précisé Franck Riester. Une éventuelle reconduction reste à discuter. Les insciptions sur le portail devraient débuter en mai pour de premiers règlements début juin. « Il y aura un comité de suivi des contributeurs qui contrôlera la fluidité des process», précise Stéphane Hillel.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°470 bis

Légende photo : Bertrand Thamin

Crédit photo : D. R.

Le Festival d’Avignon garde ses financements publics

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Avignon festival

Le conseil d’administration du Festival d’Avignon du 20 avril a entériné l’annulation de la 74e édition. L’État, la Ville, la Communauté d’agglomération, la Région et le Département maintiennent à 100 % les subventions prévues pour 2020. Le premier mécène, le Crédit coopératif, a confirmé son apport dans sa totalité. En juillet, un programme audiovisuel et numérique baptisé En rêvant du Festival d’Avignon sera proposé, avec France Culture, France Télévisions et Festival-Expériences. Est également envisagée l’organisation d’une « Semaine d’art », à l’automne. L’hypothèse des vacances de la Toussaint a été avancée. Le terme de Semaine d’art fait référence aux prémisses du festival d’Avignon, en 1947, à l’initiative de Jean Vilar. 432 emplois seront maintenus ou indemnisés jusqu’au 31 juillet.

Cette mesure concerne des professionnels du spectacle qui sont à 70 % des résidents du bassin d’emploi territorial. Le Festival d’Avignon s’engage à maintenir les apports en coproduction actés pour les créations 2020, même si le spectacle ne peut pas être présenté au Festival d’Avignon, à sanctuariser l’enveloppe d’apports en coproduction pour 2021 et à assurer un co-financement des projets pour la 75e édition. Il mettra en place avec les compagnies programmées lors de la 74e édition des mesures d’accompagnement selon leur situation : indemnisation en cas d’annulation, report à l’automne 2020 ou reprogrammation en 2021. La FabricA sera à la disposition d’équipes artistiques pour des résidences à partir de septembre pour terminer les spectacles. Les actions artistiques et culturelles sur le territoire se poursuivent. 

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°470 bis

Crédit photo : Eric Deguin

Off : des lieux en détresse économique

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avignon off

L’annulation du Off d’Avignon, annoncée le 16 avril, fragilise de nombreux lieux de la cité des Papes. Le Théâtre Artéphile chiffre déjà ses pertes à 70 000 euros, celui des Lucioles à 100 000, sans les salaires de ses deux directeurs, Ghislaine et Patrick Journaut. Ce dernier confie : « Nous avons remboursé les acomptes des compagnies qui étaient programmées et gardé les avances de celles qui souhaitent jouer à l’été 2021. C’est une catastrophe économique pour nous, car nous louons notre théâtre 50 000 euros par an et nous remboursons des emprunts. Un prêt bancaire à 0 % ne ferait que reporter nos dettes, sans compter qu’il coûte 0,25 % plus une assurance et que le taux n’est pas fixé pour le années suivantes. » Le Théâtre Artéphile, lui, ne pourra pas solliciter de banques car il n’a pas dégagé de bénéfices. « Nous compenserons sur nos deniers personnels. Quant à une éventuelle annulation des charges et impôts directs, comme aucun contrat n’est signé, cela n’aurait aucune incidence pour nous », constate Alexandre Mange, son directeur.

Parmi les 140 théâtres, beaucoup espèrent – sans trop y croire – la création du fonds d’urgence, réclamé par le Off. Au théâtre du Verbe fou, la directrice Fabienne Govaerts appelle aux dons via la plateforme Helloasso : « Le Verbe Fou ne peut malheureusement bénéficier d’aucune des aides proposées par l’état car il n’entre dans aucune des catégories visées par les décrets actuels », regrette-t-elle. Si la plupart des compagnies programmées en 2020 sont prioritaires dans les programmations 2021, y aura t-il besoin d’effectuer un travail de programmation ? « Cela va limiter les créneaux pour d’autres artistes. Il faudra sans doute innover pour répondre à toutes les demandes », analyse Charles Petit, administrateur du Théâtre du Train Bleu.

Il ajoute : « Nous assumons seuls les remboursements des acomptes d’un tiers aux 25 compagnies programmées, elles avaient déjà vu leurs représentations supprimées au printemps. Quant à la trésorerie, l’avenir du Train Bleu dépendra surtout de l’attitude des banques. » Au-delà des compagnies, cette annulation touche les salariés en CDD de ces théâtres, près de 30 pour le Train Bleu, une quinzaine pour Artéphile. Les équipes de billetterie, de restauration, les ouvreurs et les attachés de presse ne seront pas engagés et ne toucheront donc aucun salaire.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°470 bis

Crédit photo : Eric Deguin
 

Tournées musicales : déplacer, redéplacer les dates...

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Gaël Faye

Déconstruire et décaler une tournée, jouer des coudes pour trouver des créneaux, reporter des dates déjà reportées une première fois… les producteurs de concerts naviguent à vue. Chez Auguri, les cinq bookers avaient reporté les concerts prévus jusqu’au 15 avril et font désormais de même avec ceux programmés en mai. Romain Leclerc est en charge de la tournée de Gaël Faye. L’artiste – guéri du Covid-19 – devait entamer mi-mai des répétitions, puis une résidence de création durant 5 jours, à la Sirène, scène de musiques actuelles de La Rochelle, avant un concert prévu le 29 mai. Une résidence qui risque de ne pas se tenir, maintenant que les festivals sont remis en question.

Gaël Faye est programmé dans une quinzaine d’entre eux. Une tournée de salles de 1 200 à 1 500 places était notée à partir du 6 novembre, un mois après la sortie du nouvel album de l’artiste. Son tourneur a changé son fusil d’épaule et reconstruit une tournée de SMAC de 800 places, décalant au printemps 2021 celle initialement prévue à l’automne. « Mettre en vente en septembre des places pour de grandes jauges aurait été compliqué vu l’embouteillage qui s’annonce, il faut du temps pour remplir ces salles, alors que les billetteries sont actuellement à l’arrêt. Pour des salles plus petites, Gaël Faye représente une tête d’affiche attractive. »

L’équilibre financier sera plus délicat à atteindre pour ces salles, avec un coût de plateau important, que ce soit en contrat de cession ou de coréalisation. Autre problème : le télescopage des tournées prévues en deux périodes, au printemps et à l’automne. Par exemple, un concert de Tim Dup a été reporté à Nantes d’avril à juin à Stereolux (350 places), il pourrait être à nouveau décalé à l’automne avant un second concert prévu début novembre à la Bouche d’Air (600 places). Une partie du public serait revenue le voir à sept mois d’intervalle, mais un mois après ? Une inconnue que vont affronter de nombreux artistes, tourneurs et lieux.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°470

Légende photo : Gaël Faye

Crédit photo : D. R.

Théâtres de ville : « Les scènes publiques doivent agir avec prudence»

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Cécile Le Vaguerèse-Marie et Frédéric Maurin

Entretien avec Cécile Le Vaguerèse-Marie et Frédéric Maurin, coprésidents du Syndicat national des scènes publiques (SNSP)

Quelle est la position SNSP sur le paiement des cessions annulées ? 
Frédéric Maurin : La même que celle de de l’Usep-SV : dans la mesure du possible, payer le coût de cession. Cela veut dire aussi qu’on raisonne au cas par cas. Même si la clause de service de rendu est levée, il y a une diversité de statuts et il arrive que des exécutifs de collectivités territoriales ne souhaitent pas que les contrats soient honorés.
Cécile Le Vaguerèse-Marie : Au début de la crise, tout le monde disait qu’il fallait payer les cessions. Et nous sommes d’accord sur ce principe. Mais la facture commence à s’alourdir. Nous avons des retours d’adhérents, depuis huit jours, à propos de maires qui demandent de ne pas sortir les plaquettes de la prochaine saison, disant qu’il n’y a pas de visibilité sur la perte financière. On peut imaginer qu’à la fin de l’année, des maires prennent la décision de suspendre certains versements.
F. M. : Nous avons obtenu des engagements de grosses collectivités territoriales que les budgets 2020 ne seraient pas touchés. Mais pour les micro-collectivités et les petites intercommunalités, on voit que certains porteurs de projets vont payer cash la crise.

C’est aussi l’effet du report des élections municipales ?
C. LV-M. : Oui, cela joue beaucoup sur les retards de décisions. Nous travaillons avec les adhérents au cas par cas. On a entendu des artistes pointer du doigt certains adhérents qui ne pouvaient pas payer les cessions, alors que l’ordonnance le permettant n’a été publiée que le 25 mars. Il y a une méconnaissance des statuts des théâtres de ville qui sont souvent en régie directe, où le directeur ne peut pas décider seul. Les directeurs de théâtres de ville ne sont pas des « patrons ».
F. M. : Des villes se retrouvent avec des maires qui ne souhaitaient pas proroger leur mandat, d’autres avec des maires qui étaient en ballotage défavorable après le premier tour... En plus, la loi Notre a réorganisé nos territoires. Nous avons des communautés de communes toutes neuves de 40 à 50 communes qui se retrouvent dans un cas de figure inédit : elles ne peuvent pas installer leurs exécutifs. Elles sont, de plus, face à une priorité de santé publique. Dans cette situation, même des lieux labellisés naviguent à vue et si un élu leur conseille la prudence, ils en tiennent compte. Nous travaillons sur ces sujets avec les fédérations d’élus, comme la FNCC et l’AMF, mais elles non plus, ne sont pas en ordre de marche.

Faut-il gonfler les saisons 2020-2021, pour accueillir les dates reportées ?
C. LV-M. : Il faut être bons gestionnaires. Nous ne sommes pas arc-boutés face aux élus. On voit les priorités : écoles, Ephad... Tout le monde devra faire des efforts.
F. M. : Un report sur le dernier trimestre de l’année civile 2020 d’accord, si cela entre  dans les budgets. Ensuite, on n’a aucune visibilité budgétaire sécurisée pour mettre du surnuméraire. Il faut prendre en compte un autre enjeu : les théâtres de villes et scènes conventionnées portent aussi de la création artistique. Elles risquent d’être la variable d’ajustement. Certains diront : « Arrêtez le soutien aux résidences, ce n’est pas catastrophique. » Si, ce serait catastrophique.
C. LV-M. : Les reports prennent la place d’autres spectacles. Or nous ne pourrons pas augmenter la programmation. Nous sommes aussi confrontés aux difficultés de mobilité internationale des artistes.

Faut-il prévoir des clauses de dédits pour prévenir les risques de fermeture ?
F. M. : Tout le monde va être très vigilant, mais nous ne sommes pas dans une économie avec des engagements de plusieurs centaines de milliers d’euros. C’est vrai qu’on va être plus prudent dans la contractualisation de la saison 2020-21, il faut faire attention.

Comment ressentez-vous l’annulation d’Avignon ?
F. M. : Ceux qui vont prendre le plus cher, ce sont les compagnies indépendantes. L’économie du spectacle de divertissement prendra aussi un coup dur. Nous accompagnons une équipe qui avait un programme depuis deux ans, avec une exploitation au 11 Gilgamesh en 2020 (théâtre du Off d’Avignon) et toute une stratégie autour de la diffusion s’écroule. Il y a aussi une charge mentale négative.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°470

Crédit photo : D. R.