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« Traiter de façon prioritaire le service public des arts vivant »

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Répétition de Britannicus

Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France et président de l’Association des CDN, prépare la création de Britannicus sur les îles de loisirs d’Île-de-France, fin juillet.

Répéter Britannicus avec des acteurs masqués ne fait pas perdre de valeur artistique ? 
Les acteurs sont avec des masques de tissus hermétiques qui créent une muselière et le paradoxe c’est d’être dans un théâtre de langage, de profération où l’imaginaire passe par les mots. Il y a nécessité de faire entendre l’intelligibilité du texte. Plus que jamais, une attitude de réception est demandée au public qui achève ce que transmettent l’auteur et les acteurs. C’est une pensée théâtrale qui est pérenne, que certains ont un peu oubliée au profit de la violence d’être percuté au lieu d’être fécondé par l’intelligence d’un texte. Britannicus était prévu « dans le plus simple appareil », avec une mise en scène sur simple tapis. Le public sera placé de façon quadrilatérale. Tout le monde verra bien sur quatre rangées. Si nous devons jouer avec les masques, je crois que nous le ferons. Britannicus est une pièce de larmes et de sang, avec des émotions très fortes des personnages et la violence du pouvoir. Jouer avec le masque demande une prise en charge corporelle. Le texte descend dans les orteils. On a tendance à oublier cette grammaire : quand vous  êtes de dos, quel sentiment voit-on dans votre colonne vertébrale. Cela ramène à la formation Jacques Lecoq, à une relation au corps qui est parfois oubliée.

Comment se présente la saison des Tréteaux de France ? 
Nous avons ce partenariat avec la Région Île-de-France depuis trois ans, pour être au cœur de l’action envers le public qui ne va pas au théâtre d’habitude. Toutes nos équipes sont mobilisées l’été, nous serons sur les îles de loisir. Cela ne change pas, donc, on est même surchargés. Il y a aussi des demandes de Départements qui voudraient qu’on élargisse cela. Je travaille cet été sur une autre mise en scène, Oblomov, en partenariat avec le CDN Dijon. Nous jouerons au Théâtre du Parvis avec Benoît Lambert. S’il faut jouer Oblomov masqué, on le fera. Le décor, c’est une chambre de confinement : on retrouve des corrélations avec notre époque. Nous n’avons pas perdu nos relatons avec les collectivités. Ce qui a pâti, ce sont les activités prévues d’éducation artistique et culturelle avec milieu scolaire en mars, avril, mai juin. D’autres CDN, avec des salles à grandes jauges, ont des difficultés particulières.

En tant que président de l’association des CDN, qu’attendez-vous d’un plan de relance ?
Une meilleure appréciation de ce qu’est le service public. Nous ne sommes pas au même endroit qu’une boîte de nuit que je respecte par ailleurs. Il faut traiter de façon prioritaire le service public des arts vivants, la création nouvelle. Nous sommes de première nécessité. J’ose le dire. Si on ne sent pas les choses de cette  manière, on dit le spectacle attendra. C’est une crise biologique, mais c’est aussi une crise de la santé mentale, psychique. Tout ce qu’a annoncé le président dans son discours, nous en étions heureux, mais c’est déjà ne pas reconnaître ce que nous faisons tous les jours. On ne confond pas des artistes et des animateurs. C’est mépriser les métiers des animateurs et des éducateurs. Le président de l’ACDN demande plus de reconnaissance pour ce que font les uns et les autres. La reconnaissance est financière aussi. Que s’est-il passé depuis le 6 mai ?  Nous ne voyons pas venir le plan de relance de la culture.

Propos recueillis par Yves perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°474

Légende photo : Répétition de Britannicus avec masques

Crédit photo : D. R.

Les opérateurs marseillais mobilisés pour l’été

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A la friche Belle de Mai

Après le ballotage des élections municipales et un énorme piratage informatique, les services de la Ville de Marseille n’ont pas lancé d’appel à projets pour une offre culturelle estivale, comme à Paris. « Les acteurs culturels savent travailler ensemble et imaginent déjà de nouvelles formes », assure Anne-Marie d’Estienne d’Orves, adjointe à la culture. Guy Carrara, directeur d’Archaos, pôle national cirque, avance : « Nous attendons le second tour des municipales pour connaître les demandes de la Ville, alors que beaucoup de Marseillais ne partiront pas en vacances. De nombreux d’artistes sont dans l’attente de faire des choses. » Certains opérateurs prendront également peu de vacances cet été. Pierre Sauvageot, directeur de Lieux Publics, centre national de création en espace public, estime : « Les compagnies régionales ont été plus impactées que nous. On peut imaginer des propositions corona-compatibles dans l’espace public plus facilement qu’en salle. Mais nous devons tâter le terrain. » Située dans les quartiers Nord, la Cité des arts de la rue se tient donc prête à accueillir du public cet été.

Dans ces mêmes quartiers, le Zef, scène nationale de Marseille, peut compter sur les artistes qu’elle accompagne, explique Francesca Poloniato, la directrice : « Lors de nos présentations de saison les 16 et 17 juin, nos artistes associés présenteront de petites formes. Je vais contacter d’autres artistes pour le jeune public. Les artistes seront présents cet été, même si nous avons besoin d’une pause de deux semaines après avoir été très mobilisés durant les deux mois de confinement. » Le 15 juin, la Friche Belle de Mai rouvrira progressivement au public. « Nous montons une programmation d’interventions dans l’espace public avec les 70 structures abritées à la Friche. Lectures, danse, écoutes musicales… nous occuperons tout l’espace de la Friche. » confie son directeur général, Alain Arnaudet. Enfin, le festival Marseille Jazz des cinq continents – dont la 20e édition prévue en juillet a été annulée – souhaite investir la ville. Le directeur, Hugues Kieffer, indique : « Nous souhaitons proposer des formats cabaret ou club adaptés aux lieux pour des concerts intimes ou festifs, gratuits ou à tarifs très réduits. L’occasion de renouer avec les artistes locaux

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°474

Légende photo : A la friche Belle de Mai

Crédit photo : Caroline Dutrey

Festivals d’été : timide frémissement

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Quintette Astreos

La longue traîne des annulations de festivals se poursuit, à l’image de celui de Sablé-sur-Sarthe. Les annulations d’événements en plein air comme celle de Jours de fête, prévu en septembre à Saint-Herblain (44), alarment des compagnies d’arts de la rue. D’autres festivals cherchent à se maintenir sous des formes plus légères. Ce sera le cas, par exemple, du festival Latitudes contemporaines, dans le Nord, ou du festival de Chaillol, dans les Hautes-Alpes. Michaël Dian, du festival de Chaillol, croit avoir « trouvé une voie de passage et pas seulement un ersatz ou une proposition par défaut : une intention belle, féconde, réjouissante ». à Paris, Laurence De Magalhaes et Stéphane Ricordel annoncent une formule de Paris l’été « en toute liberté », du 29 juillet au 2 août.

Décalé du 1er au 21 août, le festival de piano de La Roque-d’Anthéron (13) aura lieu, assure son directeur René Martin. La jauge des gradins a été réduite de 2 020 à 675 places. L’Espace Florans, de 150 places, accueillera des concerts l’après-midi. La programmation mettra l’accent sur des artistes français ou demeurant à proximité. Les concerts en journée seront au tarif unique de 30 € et ceux en soirée de 40 €. Le festival musical du Périgord noir est lui aussi maintenu du 6 au 10 août. à Saint-Georges-de-Didonne (17), le festival Humour et eaux salées, dirigé par Denis Lecat, tiendra bien une édition « bricolée » du 1er au 7 août, avec 40 représentations. Le festival de danse de Biarritz, Le temps d’aimer, se tiendra bien du 11 au 20 septembre : « En tenant compte des conditions sanitaires édictées au 1er septembre pour la zone, dans le respect du public, des artistes et de l’équipe du festival, nous fêterons la danse » indique l’équipe du festival. La venue des compagnies étrangères reste aléatoire, mais possible.

La neuvième édition du festival Debussy d’Argenton-sur-Creuse se déroulera du 23 au 26 juillet. La manifestation réduira sa jauge d’un tiers à 100 ou 150 places, mais doublera les représentations. Pour un cachet équivalent, les artistes ont accepté de donner deux petits concerts de 45 à 60 minutes au lieu d’un seul de 1h30. La manifestation a lieu dans les jardins, il n’y a pas d’artistes étrangers, les partenaires publics ont maintenu leur financement, ainsi que les mécènes (Caisse des dépots, Spies, Engie). Le budget passe malgré tout de 150 000 à 90 000 euros. Cette neuvième édition aura pour thème « Debussy, pas classique ! ». Les répétitions ont commencé au festival des Zébrures d’automne (Francophonies en Limousin), qui accueillera 10 créations, du Limoges, du 23 septembre au 3 octobre. « Le combat, c’est que le spectacle vivant ait lieu quand même, assure son directeur Hassane Kassi Kouyaté. Sinon, les gens penseront qu’on ne sert à rien. Nous avons une mission de service public, nous ne sommes pas tenus aux recettes ».

Philippe Verrièle, David Prochasson et Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°474

Légende photo : Quintette Astreos, festival international de piano de La Roque-d’Anthéron

Crédit photo : Christophe Grémiot

Reprendre les concerts, mais à quelles conditions ?

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Théo Ceccaldi & Freaks

Les recommandations de la Direction générale de la création artistique pour la réouverture des salles de spectacles ne font pas l’unanimité des responsables de lieux et des producteurs. « Certains hésitent à décaler une troisième fois des tournées déplacées cet automne à début 2021, si les conditions économiques ne sont pas tenables », confie Éric Boistard, directeur de Stereolux, scène de musiques actuelles à Nantes. Les jauges de ses salles passeraient de 1 200 et 400 places à 400 et 100… Pour Thierry Langlois, président d’Uni-T (Thérapie Taxi, Izïa…) : « Si notre horizon est de diviser les jauges des salles, je n’y crois pas. Si l’on redémarre, c’est à pleine capacité. Comment amortir un Zénith aux trois quarts vide ? Je n’appelle pas cela un concert ! »

Le directeur général de l’Olympia, Laurent de Cerner, doute aussi : « Rouvrir uniquement dans des conditions normales  ou bien redémarrer en mode « dégradé » en ayant conscience que cela aurait de lourdes conséquences sur l’économie de l’ensemble de la filière ? Nous n’avons aucune visibilité quant à la date de reprise et à ses conditions. » En Belgique, des acteurs publics et privés ont élaboré des propositions et un calendrier : retour des personnels d’entretien et administratif le 18 mai, des artistes et techniciens le 1er juin, reprise de l’activité publique le 1er septembre. Les professionnels français prévoient aussi les deux premières phases, par exemple avec des résidences à Stereolux ou à la Boule noire, à Paris, sous la Cigale, qui appartient au même groupe, où seraient organisés des show-cases pour la presse.

Fonds d’urgence
« À l’Élysée-Montmartre, la distanciation, nous ne l’envisageons pas. Si elle est imposée, aucun producteur ne voudra organiser un concert devant une salle remplie au tiers. Comment maintenir un public debout à bonne distance lorsque le groupe arrive ? Cela n’a de sens ni économiquement ni artistiquement », livre Cristelle Gioanni, administratrice de cette salle parisienne de 1 380 places debout. Dominique Revert, cogérant d’Alias (Lou Doillon, Maceo Parker…), remarque : « La location d’une salle comme l’Olympia coûte plus d’un tiers du billet. Face à des surcoûts, comme chez le coiffeur, alors que nos recettes de billetterie chuteront, pas question d’augmenter le prix du billet. Les artistes ou les salles devront revoir leurs prétentions à la baisse. » Selon les recommandations, de 2 820 places, la jauge de l’Olympia passerait à 800 ou 900 spectateurs. L’Assurance Maladie peut aider jusqu’à 5 000 euros les entreprises qui investissent dans des équipements de protection contre le Covid-19. Laurent de Cerner, admet : « Nous serons solidaires et nous ferons les efforts nécessaires, comme nous l’avons fait en assouplissant nos conditions d’annulations ces dernières semaines. Nous avons déjà vécu des surcoûts sécuritaires après les attentats de 2015, aidés par un fonds d’urgence, un procédé qui pourrait être réitéré pour accompagner financièrement le secteur du spectacle. » Avec des contradictions possibles. Si 900 personnes doivent attendre devant l’Olympia à un mètre de distance, une file d’attente de près d’un kilomètre posera des problèmes de sécurité.

Méfiance du public
Jean-Louis Menanteau, directeur général de la Cigale (1 477 places) à Paris, confie : « Je fais partie des plus sceptiques, les spectateurs ne retrouveront pas le chemin des salles allègrement et spontanément, on voit bien la méfiance des usagers des transports en commun. » Comme les professionnels, le public attend un peu plus de visibilité et d’échéances de la part du gouvernement. À quelques exceptions près, les ventes de billets pour les concerts de cet automne sont à l’arrêt. Charlotte Gaurichon, directrice générale de Caramba Spectacles, avance : « Nous sommes extrêmement prudents, nous faisons comme si nous n’avions pas d’activité avant 2021. D’autant que des artistes américains et québécois annulent leurs tournées en début d’année prochaine afin de ne pas prendre de risques. Il faut des mois, voire une année pour remplir de grandes salles. » Resteront-elles portes closes jusqu’en 2021 ? À Stereolux, Éric Boistard ne l’envisage pas, « On ne va pas ne rien faire : des artistes, des publics, des médias, des producteurs sont concernés… Nous faisons partie d’un écosystème. Il faut réfléchir à des alternatives comme des formats cabaret, des programmations locales ou des artistes envoyés dans les écoles. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°473

Légende photo : Théo Ceccaldi & Freaks, au VIP de Saint-Nazaire

Crédit photo : Eric Deguin

Le SNSP appelle à un rééquilibrage des contrats

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Frédéric Maurin et Cécile Le Vaguerèse-Marie

Le Syndicat national des scènes publiques (SNSP) a vivement réagi à la lettre ouverte, « Pour que le spectacle vivant ne disparaisse pas de nos territoires », adressée le 30 avril aux directeurs de théâtres municipaux (La Lettre du Spectacle 471 bis). Dans ce courrier, les producteurs s’inquiétaient de voir des structures anticiper leur fermeture jusqu’à la fin de l’année et réclamaient leur soutien. « On est tombés de notre chaise », avoue la coprésidente Cécile Le Vaguerèse-Marie, qui déplore d’avoir été interpellée sans concertation préalable. Le syndicat comprend les inquiétudes des producteurs.

« Si, aujourd’hui, certaines municipalités ne souhaitent pas rouvrir leur théâtre avant janvier 2021, c’est bien souvent en désaccord avec la position de leur directeur ou directrice », observe le SNSP. Mais il défend ses spécificités et la nécessité d’imaginer d’autres modes de production et de diffusion. « Nos théâtres portent des projets de démocratisation culturelle et d’émancipation citoyenne. Nous veillons à respecter un juste équilibre des propositions artistiques en laissant une place au divertissement commercial. Mais on ne peut pas être trop gourmand avec l’argent public », préviennent les coprésidents Frédéric Maurin et Cécile Le Vaguerèse-Marie qui réclament un dialogue transparent avec les organisations de producteurs.

Selon eux, la crise actuelle doit être l’occasion de réajuster les rapports économiques de la filière, de l’artiste jusqu’au programmateur. Faire plusieurs représentations d’un même spectacle en vue de limiter les jauges et répartir les spectateurs ? Le SNSP souscrit à cette proposition mais demande à revoir les prix de cession. « Nous sommes un service public qui gère du déficit, avec des capacités de billetterie limitées. Quand on fait deux représentations, sur un tiers de jauge, on creuse trop de déficits », assure Frédéric Maurin, coprésident du SNSP, qui plaide pour un meilleur partage des risques et des profits, avec des contrat de coréalisation.

David Prochasson

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°473

Légende photo : Frédéric Maurin et Cécile Le Vaguerèse-Marie

Crédit photo : D. R.

Reprise des créations : tour d’horizon en Normandie

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Toutito Teatro

L’équilibre entre précautions et préservation des spectacles est difficile à trouver, comme en témoignent les scènes labellisées en Normandie. David Bobée, directeur du CDN de Rouen Normandie, préfère fermer jusqu’en septembre : « Les consignes sur la reprise rendent les choses presque impossibles, argumente-t-il. Autant en prendre la mesure pour éviter une seconde vague et tout reporter, et on s’adaptera à la rentrée. » Travailler sur la saison prochaine permet aussi d’adapter le spectacle : prévoir un plan B, un plan C ou annuler, avec la garantie que les équipes seront rémunérées. Au CCN du Havre Normandie, Le Phare, la directrice Emmanuelle Vo-Dinh attend la fiche métier avec les préconisations spécifiques à la danse : « Si cette dernière nous permet de reprendre les résidences, nous reprendrons à la mi-juin… Le conditionnel étant de mise ! »

Au CCN de Caen Normandie, l’espoir pour juillet vient de projets spécifiques : un solo et un duo dont les répétitions pourraient respecter les préconisations, avec des protocoles spécifiques : réduire les équipes, limiter les séances à 60 mn pour aérer l’espace… Le directeur, Alban Richard, s’interroge sur la responsabilité des structures et leur position éthique, politique et artistique : « Comment reprendre si on ne peut pas écrire un spectacle comme on le souhaite ? Est-ce que l’on doit s’emparer des nouvelles mesures pour créer ? » Le Sablier, Pôle des arts de la marionnette en Normandie, vise la reprise des résidences en juin, avec des questions en suspens sur les protocoles. Deux résidences prévues en mai seraient concernées, des compagnies locales avec des équipes réduites : Silence et songe avec une seule comédienne en plateau, et Toutito Teatro. « Les trois acteurs envisagent de travailler avec des visières et chacun un kit d’objets », précise Anne Decourt, directrice du Sablier.

À la Comédie de Caen-CDN de Normandie, l’équipe a réinvesti les lieux dès le déconfinement. « L’idée est remettre en route l’activité, même plus doucement », résume Jacques Peigné, directeur délégué. L’atelier de construction devrait reprendre dès juin. Pour les résidences, avec un grand plateau, le travail pourrait reprendre pour trois plus petites formes. « On va apprendre en faisant, ajoute Jacques Peigné, voir ce qui est compliqué et s’adapter peu à peu. » Pour La Brèche, pôle cirque en Normandie à Cherbourg, dont l’accueil de compagnies est le cœur du métier, l’objectif est de préserver les calendriers de création, avec report des résidences et réflexion pour maintenir les prochaines, sans garantie. « Nous travaillons au maintien des résidences des mois de juin et juillet, affirme Lise Hoez, secrétaire générale, en accord avec les recommandations sanitaires, en dialogue avec les équipes artistiques. Les protocoles seront de toute façon évolutifs, d’un mois à l’autre, d’une semaine sur l’autre… »

Christine Raout

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°473

Légende photo : Toutito Teatro sera en résidence au Sablier en juin.

Crédit photo : Virginie Meigné

Etude : menaces sérieuses sur les associations culturelles

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opale

Opale, structure de soutien au développement et la professionnalisation des structures artistiques et culturelles, a lancé une enquête « flash », du 17 avril au 6 mai auprès d’un échantillon représentation de 800 associations culturelles employeuses, sur un total de 40 000 structures de ce type en France. 67 % des enquêtés se situent dans le champ du spectacle vivant et représentent un chiffre d’affaires total de plus de 5 milliards d’euros dont 2,3 milliards de subventions publiques et 2 milliards de recettes d’activité. Près des trois quarts des subventions publiques dans l’activité du spectacle vivant viennent des collectivités. La crise liée au Covid-19 a été aggravée par « la forte concentration saisonnière d’une partie de l’activité culturelle », note l’étude qui ajoute : « Le report d’activités et d’événements laisse craindre une saison 2020-2021 sous tension, à la fois densifiée et différée, avec des effets de concurrence accrus et des conséquences pour l’ensemble des associations culturelles employeuses ».

L’étude estime qu’une baisse de 50 % de l’activité sur l’année entraînerait une perte de 1,5 milliard de recettes propres. Leur survie dépendra des subventions. Or un quart d’entre elles ne disposent pas d’aides au fonctionnement. « Sans perspective claire, il leur est difficile de déposer des demandes de subvention pour 2020 ou 2021. On peut supposer qu’il y a un risque non négligeable de baisse de volume de subventions », écrivent les auteurs Cécile Offroy, Priscilla Martin et Luc de Larminat. Des risques qui vont provoquer une tension sur l’emploi, avertissent-ils. Les 40 000 associations emploient environ 350 000 salariés. Au-delà des possibles faillites et de disparitions d’associations, la situation menace les droits culturels et le respect de la diversité des expressions culturelles. Opale propose des pistes : la garantie de paiement des équipes en cas d’annulation,  le renforcement de l’accompagnement, la protection des travailleurs en situation précaire, la mise en réseau des associations, plus de solidarités et de coopérations, un travail permanent d’observation participative et partagée.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°472

Crédit photo : D. R.

Festival : « Les artistes sont soulagés du report de la biennale »

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Dominique Hervieu

Entretien avec Dominique Hervieu, directrice de la Biennale de la danse de Lyon

Pourquoi avoir renoncé à la Biennale après avoir annoncé son maintien ?
La Biennale n’est pas annulée, elle est reportée. Il s’agissait à tout prix d’éviter l’annulation de pièces qui ne pouvaient voyager ou répéter. éviter l’annulation, c’est éviter que les artistes ne puissent ni faire ni montrer leur œuvre. Ces quinze derniers jours, nous étions en train d’assister à des dérives : les artistes dénaturaient leurs projets, renonçaient à ce qu’ils voulaient faire pour répondre aux contraintes. Tous les artistes sont soulagés. Au moins, ils savent ce qu’ils vont faire. Nous n’avons pas de certitude sur ce que sera la situation dans neuf mois, mais les artistes auront le temps pour s’organiser, et nous aussi.

Combien cela coûte-t-il ? 
Nous commençons à étudier la situation, mais il fallait que quelque chose soit sûr. Pour le report, il faudra des ajustements. Par exemple, la création de Dimitris Papaioannou était prévue à l’opéra qui ne sera peut-être pas libre en juin 2021. Il reste le TNP, mais la salle ne fait que 600 places contre les 1 000 prévues… J’ai eu la garantie des tutelles qui maintiennent toutes leurs financements pour juin 2021. Ils l’aiment leur Biennale. Cet attachement s’est exprimé avec force. Ce report est aussi l’occasion de belles surprises. Le projet de Robyn Orlin avec la chanteuse Camille qui devait être produit par la Philharmonie en mai et créé en ce moment, a été annulé. Je devais l’avoir pour la Biennale. Je me suis rendu compte qu’il y allait avoir superposition de nos dates avec celles des Nuits de Fourvière. J’ai proposé à Dominique Delorme, le directeur, que l’on collabore. Il a déjà programmé Camille, et le projet lui plaît. Le projet va trouver sa place aux Nuits de Fourvière !

Que deviennent les créations prévues ? 
Je pense que nous allons pouvoir assurer la plus grande partie des grands projets. On va avoir Papaioannou. On trouvera un théâtre. François Chaigneau pourra plus facilement développer son duo avec le Japon. Angelin Preljocaj sera ok en juin 2021. Pour la création de Yoann Bourgeois, il y a une fenêtre. Nous avons un peu plus de problème avec les petits théâtres en région. Souvent, ils ferment fin mai. Nous voudrions tenir la Biennale entre le 15 mai et le 15 juin 2021, avec un focus si nos partenaires nous suivent, sur le week-end du 7 juin.

L’édition suivante sera-t-elle décalée ?
Nous travaillons sur l’hypothèse d’une Biennale 2022. C’est-à-dire que nous envisageons le report simple de la Biennale, pas un décalage avec maintien de la périodicité. Les discussions en sont là. Le maillage local, l’éditorialisation, le travail avec les partenaires sont liés à une organisation sur deux ans. C’est un rythme qui me convient bien : il y a la saison de la Maison de la danse à côté.

Propos recueillis par Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°472

Légende photo : Dominique Hervieu

Crédit photo : F. Delhay

Prestataires : après la survie, la concurrence ?

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prestataires

Les conséquences des annulations de spectacles ont été immédiates et radicales pour les prestataires de la scène. Le groupe B Live (son, éclairage...) a fermé depuis mi-mars les sites de ses 14 sociétés et estime que son chiffre d’affaires (75 à 80 millions d’euros) sera au moins divisé par trois avec les reports du Printemps de Bourges et de nombreuses tournées. Pour le Désoiffeur, spécialiste de la vente ambulante de bière dans les stades et festivals, son directeur général Benjamin Laflaquière, observe : « Les rassemblements de plus de 5 000 personnes sont notre cœur de métier, avec 10 à 200 vendeurs. Je m’attends à une perte de plus de 90 % de mon chiffre d’affaires cette année. »
La société bretonne Art Light devait intervenir dans de nombreux festivals (Art Rock, Vieilles Charrues…) : « Nous n’avions pas reçu de bons de commandes ni d’acomptes », confie Emmanuel Gourong, directeur technique. Mais si des acomptes sont prévus dans les conditions générales de vente et ont été versés, ils ont bien souvent été remboursés, livre Alexia Beyaert, gérante de Carriage R.V. (location de tourbus), « afin de préserver une bonne entente avec des clients souvent fidèles. » Malgré de lourdes charges, comme le remboursement des emprunts pour la cinquantaine de véhicules que loue la société.
Le Syndicat des prestataires de services de l’audiovisuel scénique et événementiel (Synpase), relève par la voix de son délégué général, Philippe Abergel : « Quelle que soit la taille des entreprises, elles contractent une dette importante pour investir dans du matériel, ce qui pèse sur leur chiffre d’affaires. Sur le terrain, nous constatons souvent que le prêt garanti par l’État peut être validé par la BPI, mais pas par la banque. Si d’autres mesures ne sont pas prises pour soutenir les entreprises, nous allons assister à de nombreux licenciements et dépôts de bilan. »

Reprise des chantiers ?
Seule lueur d’espoir avec la fin du confinement, la reprise des chantiers et de l’équipement des salles de spectacles, qui représentent environ 15 % du chiffre d’affaires des prestataires, d’après le Synpase. Durant cette crise, le syndicat a conçu le site Prestataires solidaires, pour fournir savoir-faire et matériels aux services d’urgence.
Quelques uns ont su rebondir. Comme le Désoiffeur, qui a adapté son dispositif à la distribution de gel hydroalcoolique dans les espaces publics. Mais cette activité restera anecdotique. Mikaël Maurin, directeur général adjoint du groupe B Live, avance : « Nous risquons d’assister, lors de la reprise, à l’amplification des phénomènes de concurrences entre prestataires sur la qualité ou sur les prix. » C’est également ce que craint le Synpase, par la voix de sa présidente, Frédérica Legeard-Lemée : « À long terme, nos entreprises devront pouvoir conserver leurs marges pour rembourser avances et prêts. Il ne faudra pas casser les prix pour sortir de cette crise. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°472

Crédit photo : D. R.

Orchestres et opéras : « Une fragilité d’autant plus grande à la rentrée »

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Loïc Lachenal

Entretien avec Loïc Lachenal, président des Forces musicales, syndicat professionnel des opéras, orchestres et théâtres lyriques

Avec le déconfinement, comment voyez-vous la reprise ? 
La date du 11 est une étape. C’est progressivement qu’on lèvera les verrous. Au sein des Forces musicales, nous menons un travail avec des médecins du travail, avec Audiens, le CMB, des scientifiques, pour voir dans quel cadre sanitaire nous devrons mettre en place la reprise. C’est ce qui nous dira ce qu’on pourra faire ou pas pour les musiciens, ensuite pour retrouver le public. Nous savons qu’il faudra maîtriser les flux, mesurer les rassemblements, la distanciation. Nous devrons nous adapter. On sent chez les musiciens une grande envie de reprendre. Pour nous, directeurs, cette envie est chevillée au corps. Mais nous devons être raisonnables. Nous portons une responsabilité du fait que des gens qu’on va convoquer vont voyager, avoir des interactions.

Dans quelle situation économique se trouvent vos adhérents ?
Elle sera à étudier de manière très précise d’ici quelques semaines. Pour l’instant, il faut être vigilant à ce que les subventions soient versées, à la manière de faire marcher de pair les mécanismes de protection et les subventions : pour les EPCC (établissements publics de coopération culturelle), les EPIC (établissements publics à caractère industriel et commercial), la question du chômage partiel n’est pas encore réglée, même si le ministre s’y est engagé. Je défends que les artistes et le personnel administratif de nos structures y ont droit. Ils cotisent à ce droit, on ne peut pas faire de distinction par statut juridique. La situation économique des maisons va dépendre de cette équation-là.

Et dans la perspective de la rentrée ? 
La fragilité économique va être d’autant plus grande à la rentrée. Demain, nous serons dans une position d’aménagement. Il faudra annuler des choses qu’on avait déjà produites depuis deux ou trois ans et aménager une activité adaptée aux conditions sanitaires. Nous aurons peu ou pas de ressources de billetterie. La question est de savoir comment la crise va impacter l’activité : restrictions de places, distance entre musiciens, place des chanteurs sur scène, distance pour les chanteurs en chœurs... Aujourd’hui, on peut encore inventer des cadres. Fin juin, ce sera trop tard.

Faut-il annoncer les saisons, lancer les abonnements ? 
Certaines programmations sont déjà sorties. D’autres sont en cours. Certains décident de suspendre les réservations. à Rouen, j’ai décalé la communication d’un mois, à la mi-juin. J’espère qu’on aura une situation stabilisée pour donner un aperçu réel de ce qu’on pourra présenter à la rentrée. Les réabonnements, c’est le socle de nos structures. La situation va être nouvelle, d’autant qu’on ne connaît pas les conditions d’accueil du public : combien de personnes pourra-t-on accueillir. Ni comment le public va réagir. Il ne faut pas être particulièrement angoissé. Une partie du public aura très envie de revenir. Mais ce virus a instauré une peur de l’autre qui résonne sur la propre peur intime de la maladie.

Que deviennent les créations en projet ? 
C’est le plus compliqué. Notre domaine présente la complexité de rassembler des gens très différents pour des productions qui se travaillent plusieurs années à l’avance. La saison suivante était déjà faite, les reports s’envisagent sur une plus longue durée. Il y a des choses qui ne se feront pas. Le répertoire symphonique permet une plus grande adaptation, mais, pour les opéras, il y aura des annulations de créations et un effet de traîne, puisque les réseaux sont interdépendants. On a perdu au moins six mois d’activité. On ne pourra pas tout reporter. Avant même d’entrer dans le confinement, on s’est aperçu de l’extrême dépendance à la mobilité internationale des artistes. Nos projets ne peuvent exister que quand les artistes voyagent.

Vous gardez courage ? 
On reste positif. La période a montré que la population avait autant besoin des artistes qu’auparavant. Nous sommes maintenant sur un chemin progressif de reprise avec une adaptation. Ce temps de reprise est économiquement compliqué. Le secteur du spectacle vivant devra être maintenu sous système d’aide et il faudra un plan de relance pour qu’il redémarre. 

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°471 bis

Crédit photo : D. R.