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DAC : un automne sous tension

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Carole Ziem

Confrontés à la « seconde vague » de reports et d’annulations, les DAC essaient d’avoir des pratiques vertueuses. Et tentent de se projeter vers l’avenir.

Novembre 2020. Second confinement. L’épuisement gagne, chez ceux qui produisent le spectacle comme chez ceux qui l’accueillent. Là où la solidarité, la créativité et l’innovation s’étaient exprimées avec force, le désarroi, l’abattement et la résignation ont gagné du terrain. Les collectivités territoriales étaient en première ligne au printemps. À l’automne, elles doivent faire face à une situation qui a évolué, dans un contexte où les finances publiques locales sont cette fois-ci très éprouvées par la gestion de la crise. Le spectacle vivant est un sujet parmi d’autres pour des DAC submergés de travail.

Une co-construction accélérée 
Du fait de la crise, les collectivités ont dû renouveler leurs pratiques, notamment celles de la co-construction des politiques publiques, souvent évoquée comme un objectif à atteindre mais largement accélérée par la crise sanitConfrontés à la « seconde vague » de reports et d’annulations, les DAC essaient d’avoir des pratiques vertueuses.aire. Marina Cavaillès, directrice de la Culture et de la Vie associative de la Ville de Colombes (92), par ailleurs vice-présidente de la Fnadac et de l’Adac-IDF, le confirme : « Au premier confinement, il nous est apparu à tous qu’il fallait retravailler nos modes de coopération en privilégiant l’intelligence collective. Les échanges ont été réguliers, on a d’abord réuni les lieux. On a entendu leurs difficultés et c’est ensemble que l’on a élaboré des réponses. »

[…] Lire La suite dans La Scène n°99 – Hiver 2020

Par Cyrille Planson

Légende photo : Carole Ziem, directrice de la culture de Fontenay-sous-Bois (94),
vice-présidente de la Fnadac 

Crédit photo : Julien Pebrel

Alliance : Grand Paris culturel, acte 1, scène 1

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Théâtre Jean-Arp

Fin août, Christian Lalos, directeur du Théâtre de Châtillon (92), a pris la direction du Théâtre Jean-Arp à Clamart (92)… Or Christian Lalos reste directeur à Châtillon et il ne s’agit pas d’une simple fusion de deux théâtres, mais de la première mise en œuvre du Grand Paris sur le plan culturel. Les deux théâtres sont proches (1,5 km), assez complémentaires (Clamart 650 places, gradins rigides de l’architecture des années 1970 ; Châtillon 300 à 480 places, modulable, entièrement reconstruit en 2000), dotés l’un et l’autre d’un cinéma, mais dans deux dynamiques différentes.

Si Châtillon (1,2 M € de budget, 12 salariés) est porté par une forte croissance, Clamart (2,2 M €, 17 salariés), qui vient de subir une saison hors les murs, a besoin d’un second souffle. Surtout, les deux maires, quoique de couleurs politiques opposées (Jean-Didier Berger, vice-président de l’Île-de-France est un proche de Virginie Pécresse ; Nadège Azzaz est une jeune élue PS) veulent favoriser une politique de territoire culturelle commune aux deux villes qui appartiennent à Vallée Sud, établissement public territorial créé le 1er janvier 2016 dans le cadre de la métropole du Grand Paris…

Le théâtre de Clamart en dépendait déjà tandis que celui de Châtillon est encore une association. Une solution juridique doit résoudre ce problème et c’est plutôt Châtillon qui rejoindra Clamart une fois que les gens de droite auront trouvé une solution que tout le monde attend. Car si Christian Lalos constate qu’il a encore besoin d’un an pour préciser son projet et que « l’enjeu de cette nouvelle structure n’est pas tant de faire des économies d’échelle que de redonner du souffle à la marge artistique », il est clair que dans cette « pensée par territoire » du Grand Paris, l’enjeu est d’éviter les luttes fratricides entre équipement culturels géographiquement proches. À ce titre, cette expérience va avoir valeur de modèle.

Philippe Verrièle

En partenariat avec la Lettre du spectacle n°502

Légende photo : Le Théâtre Jean-Arp

Crédit photo : D. R.

Kirill Serebrennikov victime des paradoxes franco-russes

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Outside

Le spectacle Outside de Kirill Serebrennikov a été annulé et ne sera pas présenté du 22 au 24 octobre dans le cadre du festival Sens Interdits, au théâtre des Célestins à Lyon. Officiellement, pour des raisons sanitaires puisque la Russie connaît une flambée du variant Delta, dépassant pour la première fois le pic des 1 000 morts par jour. Et sur fond de tensions diplomatiques entre la Russie et la France depuis la crise des porte-hélicoptères Mistral et surtout de crispations commerciales et pharmaceutiques, l’UE tarde à homologuer le vaccin russe Spoutnik V. « La troupe de Kirill Serebrennikov est victime de la situation sanitaire, précise Pierre-Yves Lenoir, codirecteur des Célestins. Avec un double effet cliquet déplorable : la Russie est toujours classée en zone rouge, son vaccin n’est pas reconnu en France, ce qui contraint à une quarantaine. Or celle-ci n’est pas compatible avec le planning d’engagement des artistes. » Une source russe ajoute : « Il n’est pas possible de sacrifier 10 jours de quarantaine pour des artistes travaillant à Moscou dans le théâtre de répertoire et sur d’autres projets, y compris au cinéma. »

Pourtant, une autre compagnie russe, la troupe sibérienne KnAM, a pu se frayer un chemin jusqu’à Lyon pour le festival. Et l’équipe d’Outside a réussi à obtenir un laissez-passer pour la Schaubühne à Berlin. Quatre représentations y ont eu lieu entre le 29 septembre et le 3 octobre 2021, avec des tests quasi-quotidiens des 25 membres de l’équipe. En France, les ministères des Affaires étrangères et surtout de l’Intérieur se contentent de juger « non impérieux » un tel transport artistique. « On aimerait bien savoir ce qui représente un caractère impérieux, poursuit Pierre-Yves Lenoir. Sans doute pas la culture. On voulait nous imposer une bulle sanitaire avec des trajets en bus et des séjours en hôtel contingentés, professionnellement et éthiquement, ce n’était pas possible. On aurait pu imaginer une dérogation au vu de la notoriété de Kirill Serebrennikov. »

La France a fait Kirill Serebrennikov chevalier des Arts et des Lettres en 2018, Outside ayant été reconnu comme le meilleur spectacle étranger en 2020 par le Syndicat des critiques de théâtre de France. Mais il est assigné à résidence en Russie, avec interdiction de sortir du territoire jusqu’en 2023. En 2017, le metteur en scène et réalisateur avait été arrêté durant le tournage de son film Leto. Il s’est retrouvé accusé d’avoir détourné 1,8 million d’euros de subventions publiques dans le cadre d’un projet théâtral soutenu par le ministère de la Culture russe. Des accusations jugées « tout à fait fallacieuses » par Pierre-Yves Lenoir. Le metteur en scène Bruno Niver, qui a subi une perte financière à Avignon du fait de la privation de visas pour ses actrices russes (voir La Lettre du Spectacle n°499), considère que « l’air de rien, on va dans le sens de Poutine. La France se retrouve dans une position ridicule, au lieu de soutenir la liberté de parole, elle fait le contraire ». La tournée à Lille d’Outside, du 9 au 14 novembre, est en suspens, tout comme les dates du printemps 2022.

Nicolas Mollé 

En partenariat avec la Lettre du spectacle n°502

Légende photo : Outside, de Kirill Serebrennikov

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Olivier Py : « La culture ne crée pas uniquement de la valeur symbolique »

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Olivier Py

Entretien avec Olivier Py, dramaturge et directeur du Festival d’Avignon

Au-delà du tableau très sombre d’une « Allemagne année zéro » qu’il dépeint, votre opéra Siegfried, Nocturne, qui sera joué le 9 novembre au Grand Théâtre d’Angers, peut-il aussi résonner avec la dégradation du champ d’expression des idées politiques qu’on observe actuellement en France ? 
C’est une méditation sur le destin de l’Allemagne, tout simplement. C’est une histoire qu’on connait très bien ou, en tout cas, c’est l’impression que cela me donne. L’histoire de ce qu’on appelle l’« Allemagne année zéro » même si aujourd’hui certains allemands considèrent que cette Allemagne année zéro n’a jamais existé. Mais c’est une autre question. En tout cas, le décor de cet opéra n’est pas une petite histoire, c’est la grande. Celle de l’effondrement de l’Allemagne nazie dans lequel mon personnage, qui est un personnage échappé des pièces de Wagner, se demande tout simplement comment cela a commencé. Est-ce que cela fait écho à ce que nous vivons aujourd’hui, cette montée du nationalisme partout en Europe et quelquefois plus qu’une montée, avec son accession au pouvoir en Hongrie, en Pologne, en Italie et en un sens aussi en Angleterre et dans bien d’autres pays ? Évidemment. Je crois que la force du fascisme et du totalitarisme est toujours de nous faire croire qu’au début, ce n’est pas exactement ça. Que c’est autre chose, que ça a changé, que ça a un visage humain. Qu’il ne s’agit pas de ce qui a défiguré l’Histoire. On finit par se rendre compte que c’était bien de cela qu’il s’agissait. Mais c’est alors trop tard.  

Pourquoi vous interrogez-vous d’ailleurs à travers cet opéra sur la responsabilité de la culture et de l’art allemands, pourtant alors à leur apogée, dans la catastrophe nazie ? 
C’est une question philosophique. La première question, c’est d’abord : « Comment cette chose-là a pu arriver ? ». La deuxième c’est : « Comment a-t-elle pu arriver dans un pays qui avait mis si haut la culture et l’éducation ? ». L’Allemagne était le pays d’Europe avec le système culturel et éducationnel le plus extraordinaire que l’Histoire ait connu. Et pourtant, c’est là que nous avons dérapé vers la perte de toute humanité. Cela peut paraître étrange ce que je vais dire mais cette question est propre à ma génération, qui est pourtant née 30 ans après la guerre. Elle a été très importante dans mes premières humanités. J’ai notamment rencontré George Steiner [critique littéraire et philosophe décédé en février 2020, NDLR] qui l’a beaucoup posée, comme personne d’autre. J’ai commencé à la penser comme une question de mon époque, pas comme une question de 1945 après les conversations que j’ai pu avoir avec Steiner.

Sur la place de la culture, les intermittents du spectacle utilisent le slogan « Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance » : qu’est ce que cela vous évoque ? 
C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui trouvent que la culture coûte cher. Mais sur le plan strictement quantitatif, c’est une plaisanterie, le budget de la Culture n’étant jamais arrivé au 1 %, qui est toujours proclamé mais qui dans les chiffres n’est jamais là. Il y a aussi quelque chose qui me troublera toujours, c’est que la culture ne crée pas uniquement de la valeur symbolique mais aussi de la valeur marchande et économique. Et ce qui est très étrange, c’est que ces valeurs marchandes, ce n’est jamais la culture qui en bénéficie. Les villes, notamment via le tourisme, bénéficient d’un apport en valeur extrêmement important, quelquefois de l’ordre de 1 pour 10 par rapport à l’investissement consenti par les collectivités. Mais cet argent là ne revient jamais à la culture.

Avez-vous en tête des exemples précis ? 
Lorsque toutes les pizzas vendues au festival d’Avignon donneront un euro aux intermittents, on commencera à comprendre quel est le véritable rapport de force économique. Mais ce sont les mêmes qui vont ensuite trouver que la culture coûte trop cher. Il y a là quelque chose qui n’a pas de logique intellectuelle, qui n’a même pas de logique économique. La logique économique, c’est que notre valeur ajoutée est essentiellement culturelle. Rimbaud écrit une lettre à Ernest Delahaye dans laquelle il dit : « Je n’ai pas les vingt centimes qui me manquent pour t’envoyer un deuxième poème ». La même lettre s’est vendue chez Sotheby’s 72 750 euros. Donc qui crée de la valeur, qu’est ce qui crée de la valeur ? C’est là que réside à mon sens un défaut... de pensée, finalement. Mais même un défaut de pragmatisme en un sens. Sans la valeur ajoutée de la culture, l’économie française s’effondre.

Concernant le Festival d’Avignon, vous avez rencontré le 12 octobre son personnel, était-ce une rencontre « de routine » ou y avait-il des enjeux plus impérieux à cette réunion ?
C’est une rencontre que nous effectuons chaque année, que j’avais initiée. J’aime beaucoup vivre ces moments, qui sont des sortes de séminaires avec les salariés pour leur demander leur avis sur tout. C’est très intéressant d’avoir l’avis de la communication sur la technique, de la technique sur la communication, de la billetterie sur l’affiche et vice-versa. Cela permet, très librement, sans aucune hiérarchie de poste, de s’exprimer et quelquefois, de nous donner des idées. Même si pour moi, ce séminaire-là avait une couleur un peu particulière puisque c’était mon dernier. Et qu’on a quand même commencé à parler de la transition, joyeusement d’ailleurs.

L’heure de votre bilan à Avignon va-t-elle se présenter, justement ?
J’imagine que mes détracteurs ne vont pas s’en priver, tout de même. Ils ont là une très belle occasion de dire tout le mal qu’ils pensent de moi. Mais ce n’est pas à moi de faire ce bilan. Ce que je souhaite c’est qu’il y en  ait un d’effectué. Je crois, en effet, que le dernier livre sur l’histoire du festival, celui d’Antoine de Baecque, s’est arrêté à peu près à l’année où je suis arrivé. Donc ce serait bien que l’histoire du festival soit continuée. Ce n’est pas du tout un bilan ad hominem qu’il faut faire. Ce qu’il faut, c’est continuer à faire le récit de ce qu’est le festival en tant qu’objet utopique. Et ça, je pense que c’est très important, je l’ai d’ailleurs dit à mon successeur, Tiago Rodrigues, que j’aime beaucoup. Il faudra qu’il prenne en charge à la fois le récit hérité mais aussi le récit du présent, de ce qu’est le festival. Car Avignon n’est pas un marché du spectacle. C’est profondément le contraire d’une Fiac du spectacle. Certains le voudraient. Mais ce n’est pas ça qui est en place, c’est une véritable utopie politique et intellectuelle qui a lieu pendant trois semaines dans une ville décentralisée.

Propos recueillis par Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°502

Légende photo : Olivier Py

Crédit photo : Eric Deguin

Les Zébrures d’automne perdent leur QG

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Hassane Kassi Kouyaté

Alors que les Zébrures d’automne se sont achevées le 2 octobre, avec une fréquentation de 60% pour les propositions payantes (soit 15% de baisse par rapport à une année hors Covid), l’équipe des Francophonie s’inquiète de perdre son point central habituel pendant la manifestation : l’ex caserne Marceau qui accueille bureaux, artistes et public. Un projet immobilier est prévu sur le site et Hassane Kassi Kouyaté, directeur des Francophonies, déplore n’avoir aucune perspective concrète de nouveau lieu pour les prochaines éditions : « La Ville met la caserne à la disposition du festival depuis 25 ans. Là, elle nous informe que les travaux vont débuter et nous n’avons aucune solution alternative qui nous permettrait de nous projeter pour la prochaine édition. » Contactée, la Ville de Limoges répond par une ellipse : « La caserne Marceau ayant vocation à être totalement restructurée dans le cadre d’un projet de quartier dont les travaux ont déjà démarré, nous étudions les conditions de poursuivre l’accueil du Festival des francophonies de manière adaptée au regard du calendrier des travaux. »

Plus globalement, Hassane Kassi Kouyaté (récemment retoqué lors de sa candidature au Théâtre de L’Union, CDN de Limoges) regrette de ne pas avoir non plus de lieu pour la création : « La Ville met des bureaux et la maison des auteurs à notre disposition mais nous n’avons pas de lieu pour les résidences. Je dois trouver des accords avec d’autres théâtres en France pour des mises à disposition de plateaux. Cela débouche sur une création à deux vitesses au sein des francophonies, entre les artistes des “francophonies du nord”, qui ont plus facilement accès à des salles avec leur réseau de partenaires, et ceux des “francophonies du sud”. Par ailleurs, nous sommes chaque année dépendants des disponibilités des théâtres partenaires en Haute-Vienne pour l’accueil des représentations. Je me suis engagé sur 14 créations l’an prochain et je ne sais pas où elles pourront être jouées. » Directeur des Francophonies en Limousin depuis trois ans, Hassane Kassi Kouyaté prévient : « On ne peut pas dire que l’on n’est pas aidés car nous avons des subventions de l’État, du Département et de la Ville. Mais les moyens ne sont pas à la hauteur. Je vais faire le bilan du festival et faire le point avec les tutelles car la question que pose plus globalement la situation du festival est : quel est aujourd’hui le projet de l’État pour la valorisation des Francophonies ? »

Tiphaine Le Roy

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°501

Légende photo : Hassane Kassi Kouyaté

Crédit photo : Christophe Péan

Une Scala à Avignon dès 2022

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Frédéric Biessy

Un nouveau et ambitieux théâtre va naître à Avignon, annoncé par les propriétaires de La Scala Paris et de la Piccola Scala : Mélanie et Frédéric Biessy. La Scala Provence sera situé en lieu et place de l’actuel multiplexe Le Pandora, dans une rue perpendiculaire à la rue de la République, en plein centre-ville. « Le cinéma a été acquis pour la somme de 1,5 M€ », confie Frédéric Biessy. Cette nouvelle « maison d’artistes », ouverte à toutes les disciplines – le croisement des arts signe la marque de la Scala Paris – comportera 3 salles (550, 250 et 150 places). Il sera ouvert pendant le festival, mais aussi à l’année.

Les travaux d’aménagement (entre 1,5 et 2 M€) commencent dès ce mois d’octobre pour une ouverture prévue à l’été 2022. La Scala Provence disposera d’un studio dédié aux enregistrements produits par le label que créent les Biessy : Scala Music. Il abritera la librairie Actes Sud Avignon et un restaurant. Dans le sillage de La Scala parisienne, « théâtre d’art privé d’intérêt public » depuis sa création en 2018, le lieu  veut « servir la création la plus exigeante ». Le théâtre sera « un nouveau lieu de vie ouvert hiver comme été aux créations, aux résidences d’artistes de premier plan ou appartenant à l’émergence, issus de toutes les disciplines : théâtre, danse, musique, nouveau cirque, stand-up, arts visuels et numériques. L’été, [il] deviendra un lieu central et profitable du festival ». Frédéric Biessy prévoit un budget de fonctionnement « compris entre 2,5 et 3 M€ ». Se positionnant, en juillet, comme un lieu du Off, – dont il représentera, de loin, la plus grande jauge – La Scala Provence projette aussi de nouer des partenariats avec le In.

Nicolas Marc

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°501

Légende photo : Frédéric Biessy

Crédit photo : Yves Perennou

Retour en festival rock avec Levitation

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Dame Area

Après un été atone, la huitième édition de Levitation a permis de renouer à Angers avec l’esprit festival les 24 et 25 septembre derniers. Sans pointures américaines, Covid oblige, mais avec The Limiñanas et Shame en têtes d’affiche, l’événement a fait le plein le samedi avec 2 100 festivaliers sur un total de 3 900 personnes. « Nous étions à 1 200 Pass 2 jours depuis le début de la semaine », souligne Christophe Davy, coorganisateur du festival avec Radical Production, qui a conclu un « accord entre copains » avec le groupe The Black Angels, fondateurs du Levitation originel à Austin au Texas (Angers est jumelée avec Austin) pour utiliser marque et concept, autour des musiques psychédéliques sous toutes leurs formes.

Dirigeant de O’ Spectacles, importante billetterie de l’ouest, du tourneur/producteur Radical Production, ex-directeur artistique du Printemps de Bourges, Christophe Davy revendique pourtant un certain « artisanat » autour de Levitation. Le festival est réalisé avec moins de 240 000 € de budget par une dizaine de personnes de Radical et du Chabada d’Angers. Une vingtaine d’intermittents interviennent en exploitation. Ces moyens modestes n’ont pas empêché de recourir il y a trois éditions au cashless avec Weezevent, avec un euro de frais d’activation, qui ne compense « pas du tout le coût global du système », remarque Christophe Davy, ajoutant que « seuls 60 % des festivaliers activent le cashless ». À Levitation, le high tech du cashless côtoie le low tech des coupures de courant, qui ont obligé à deux reprises des groupes à des sets plus courts. Les délais de production vont aussi se raccourcir puisque le festival prépare déjà son édition 2022 pour les 3, 4 et 5 juin prochains. 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°501

Légende photo : Dame Area

Crédit photo : Eric Deguin

Grandes jauges : la reprise n’est pas au Zénith

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Zénith

Parmi les premières salles de spectacle à fermer, car de grande capacité, les Zénith sont les derniers à rouvrir. Lily Fisher, directrice du Zénith de Paris - la Villette, a compté 558 jours avant le premier concert, le 18 septembre, du rappeur camerounais Valsero. « Un producteur de spectacles réserve en général un Zénith 6 à 18 mois à l’avance, selon qu’il s’agisse d’une tête d’affiche internationale ou d’un artiste français. Au début de l’été, ils avaient peu de visibilité sur l’automne quant à l’épidémie, au frein du pass sanitaire ou à la promotion envisageable. » Des artistes comme Jean-Louis Aubert, Eva ou Ibrahim Maalouf tourneront cet automne dans les Zénith. À Montpellier, le Zénith Sud a également rouvert ses portes le 18 septembre, avec Christophe Maé. La directrice, Martine Viceriat, commente : « Nous démarrons un peu plus tôt notre saison, ce qui est de bon augure, même si nous n’avons que des reports pour cette fin d’année. Le temps de la fermeture a été mis à profit pour effectuer d’importants travaux. » Le Zénith de Paris a fait de même. Sans activité, des établissements ont négocié la suspension de leur redevance due au titre de la délégation de service public.

Depuis un an, le Zénith de Lille n’a pas désempli. Non pas de spectateurs, mais de personnes se faisant dépister puis vacciner. Près de 312 000 injections y ont été administrées jusqu’au 18 septembre. « Grâce au pass sanitaire, nous pouvons rouvrir le 26 septembre avec The World of Hans Zimmer », livre Marie-Amélie Ammeux, directrice de cette salle. Hormis les têtes d’affiche ou les artistes avec une actualité, les autres auront du mal à retrouver du public, à moins d’investissements marketing de la part de leur tourneur. Les nouveaux spectacles sont encore rares dans ce réseau. « Il faudra un peu de temps pour que le public revienne en confiance, qu’il aille au Zénith comme au restaurant. Nous estimons que nous ne retrouverons notre niveau d’activité que dans deux ou trois ans », augure Martine Viceriat. À Lille, la saison 2021-2022 est constituée pour moitié de reports. Lily Fisher est optimiste : « Début 2022 devrait être embouteillé avec beaucoup d’artistes internationaux et l’année s’annonce faste, avec 150 représentations. Nous en avons d’habitude entre 130 et 150. » 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°500

Crédit photo : D. R.

 

Délocalisation : passé au RN, Moissac perd son festival

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Festival des Voix

Après 24 années à Moissac (Tarn-et-Garonne), le Festival des Voix s’est tenu du 8 au 12 septembre à Saint-Nicolas-de-la-Grave, à une dizaine de kilomètres. Suite à l’élection d’un maire Rassemblement national en 2020, l’association Moissac Cultures Vibrations (MCV) a quitté cette ville de 12 000 habitants en juin dernier, après une dernière édition du festival à l’automne 2020. MCV avait en charge la saison culturelle de Moissac et l’organisation du festival, dont la convention avec la ville n’avait pas été renouvelée. Romain Lopez, le maire de Moissac, souhaitait créer une régie municipale en charge des activités culturelles. À l’AFP, il a fait part de ses critiques quant à la programmation d’artistes peu connus et de tarifs trop élevés, estimant que MCV a un « monopole sur la programmation et sur les animations, au détriment d’autres associations et même de la mairie qui n’avait aucune politique sur la culture ».

Jean-Marc Fuentes, ancien directeur des affaires culturelles de la ville et directeur du festival, relate : « J’avais été convoqué en août 2020 afin de suspendre la saison culturelle en cours puis j’ai été mis au placard. L’association a tenté de résister jusqu’en juin dernier, avant de quitter Moissac. » Parti en avril, Jean-Marc Fuentes assure désormais la direction adjointe du Festival des Voix. Doté d’un budget de 260 000 euros, ce rendez-vous des musiques du monde bénéficiait d’une subvention de 100 000 euros de la ville de Moissac. La Région Occitanie, le département du Tarn-et-Garonne et deux communautés de communes ont pris le relais. L’association était en négociation d’une labellisation scène conventionnée « arts en territoire » avec la Drac. Des échanges au point mort depuis les dernières municipales.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°500

Crédit photo : Oilive Photography

Les Plateaux sauvages arrêtent les frais

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Laëtitia Guédon

Le licenciement de deux anciens salariés des Plateaux sauvages, établissement culturel parisien, avait été sanctionné en nullité en appel un peu avant l’été. Suite à une décision en leur faveur, Nathan Malka et Laura Baqué ont interpellé dans un communiqué Anne Hidalgo, la maire de Paris (désormais candidate à la présidence de la République), en lui demandant d’afficher « publiquement et fermement son désaccord avec les propos tenus au sein d’un établissement sous sa tutelle », de « prendre les mesures nécessaires pour sanctionner Les Plateaux sauvages, en dénonçant le partenariat qui lie la Ville à cette association et en écartant Laëtitia Guédon de la direction de l’établissement ».

Pour Les Plateaux sauvages, il s’agit de nouvelles indemnités importantes à verser : 12 000 euros pour Nathan Malka, 15 000 euros pour Laura Baqué, pour les montants les plus élevés. « Avec mon conseil d’administration, j’ai choisi d’aller de l’avant et de ne pas poursuivre en cassation », remarque la directrice Laëtitia Guédon. « Il faudrait engager des sommes supplémentaires pour retourner en justice, la Cassation ne statuant pas sur le fond », ajoute Marie-Claire Bousquet, présidente de l’association. « De mon point de vue, pour statuer sur des déclarations antisémites et racistes, il aurait fallu s’adresser au pénal et non aux prud’hommes. Mais nous entérinons ce jugement même si il nous a beaucoup surpris. » Frédéric Hocquard, membre du conseil d’administration, complète : « Laëtitia Guédon a dû gérer la fusion de deux structures, des travaux, sa fermeture par la préfecture, ce conflit du travail puis le confinement, je crois qu’elle a droit à un peu de sérénité pour appréhender sa première véritable saison ».

Les propos litigieux de Laëtitia Guédon n’étaient pas mentionnés dans un courrier inaugural envoyé à la Direccte ni étayés dans le premier jugement. Mais l’arrêt de la Cour d’Appel de Paris s’est depuis basé sur les attestations circonstanciées de trois salariés ayant assisté à la « réunion de recadrage » du 4 septembre 2017. C’est au cours de cette dernière que Nathan Malka et Laura Baqué avaient décidé de quitter l’assemblée en manifestant leur mécontentement, ce qui avait abouti plus tard à leur licenciement. Le fait que Laëtitia Guédon déclare, s’agissant de Nathan Malka : « Il porte tout le poids de l’esclavagisme et de la Shoah sur le visage » a été considéré par le tribunal comme « attentatoire à la dignité de la personne ». Et a abouti, in fine, à considérer le licenciement comme nul.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°500

Légende photo : Laëtitia Guédon

Crédit photo : Baptiste Muzard