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Aurélien Bory : « Beaucoup de curiosité autour de la scénographie »

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Aurélien Bory

Du 15 au 31 janvier a eu lieu le festival Scéno au Théâtre Garonne, événement inédit en France dédié à la scénographie. S’y mêlaient rencontres, spectacles et une installation de créateurs aussi scénographes. Aurélien Bory, son directeur, revient sur l’édition et pense les prochaines.

Quel bilan faites-vous ? Il y a eu un réel frémissement et beaucoup de curiosité. La fréquentation a été excellente (92 %), avec de nouveaux publics pour moitié. Nous tenions aussi à l’accessibilité du festival : nous avons produit l’audiodescription du Paradoxe de John, de Philippe Quesne et réalisé des visites tactiles de décors. Ce qui a résonné avec le « quart d’heure scéno » (des étudiantes de l’Ensatt décrivaient en mots leur scénographie idéale). Une séance relax a été proposée sur le spectacle de Miet Warlop, rendant palpables les réactions que produit une scénographie.

Vous avez aussi noué des partenariats variés… Nous avions déjà travaillé avec la moitié de ces partenaires, mais ici c’était « à propos ». Nous nous sommes accordés avec le musée Les Abattoirs sur l’artiste Ulla von Brandenburg, qui est à la frontière du théâtre et des arts visuels. Nous coproduisons son installation créée sur place, et nous l’accompagnons sur trois ans, car Scéno se veut un vivier de création. Nous avons aussi collaboré avec l’Université Jean-Jaurès pour un programme de recherche, Marionnettissimo et le Théâtre de la Cité (pour l’accueil de This & That, de Phil Soltanoff et aSH , d’Aurélien Bory), le Vent des Signes et la librairie Ombres blanches. L’autre moitié était spécifique à la filière scénographique (l’Ensatt, presse spécialisée…).

Pourquoi dédier un festival à cet art ? C’était dans mon projet pour le Théâtre Garonne [au budget total de 165 163 euros, dont 50 000 euros en coproduction, NDLR]. C’est mettre en avant un sujet central, qui est un impensé. Or le théâtre est né d’une pensée de l’espace. Aussi, je ne voulais pas pléthore de propositions, pour accentuer la qualité autour de quatre spectacles, une vidéo, une installation et des rencontres. On a investi les quatre espaces du théâtre, qui s’y prête bien.

En quoi peut-il contribuer à sa réflexion ? Les dialogues entre artistes, mis en ligne, pourraient faire l’objet d’un projet éditorial. Aussi, la scénographie fait face à un enjeu économique et écologique, surtout quant au transport. Mais des solutions sont trouvées. Scéno pourra se pencher sur la question. L’autre défi est le développement technologique. Nous nous en sommes saisis ces jours-ci en résidence avec Phil Soltanoff et Steven Wendt. Et je réfléchis à un programme « techno » pour Scéno.

Et vos autres objectifs ? Garder les mêmes caractéristiques, et aller plus loin : programmer plus de spectacles, varier les formats, inviter des scénographes qui ne soient pas auteurs d’un spectacle, l’Union des scénographes… Et élargir les partenariats, y compris financiers.

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°600

Crédit photo : Aglaé Bory

Jean Voirin : « Nous allons vers des années difficiles et le mouvement social aura un rôle primordial »

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Jean Voirin

Secrétaire général de la CGT-Spectacle de 1989 à 2013, Jean Voirin en livre aujourd’hui une histoire factuelle précise, documentée et truffée de portraits de militants souvent méconnus. Publié par les éditions de l’Atelier, il est coédité par le Comité d’histoire du groupe Audiens.

Votre ouvrage a une approche très historique, ce ne sont pas vos mémoires de lutte. Pourquoi ? L’histoire, c’est important. Je cite d’ailleurs Antonio Gramsci en début d’ouvrage : « Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut pas savoir où il va. » Sa genèse se trouve dans les années 1990. Nous avions fait traiter les archives de la fédération et de ses syndicats. Une source incroyable de documentation. L’objectif de ce livre est d’apporter une meilleure connaissance de notre histoire syndicale, des luttes sociales ainsi que des acquis. Au-delà, c’est une transmission aux jeunes générations.

Les chapitres, chronologiques, sont ponctués de notices biographiques. Vous dédiez le livre aux militants disparus. C’est une histoire de personnes ? Non, mais c’est une manière de montrer que chacun a sa place dans la construction de la fédération. Vous observerez qu’il y a plein de gens peu connus, mais qui ont été très importants. C’est une façon de rendre hommage à ceux qui ont marqué notre histoire. Le mouvement social, ce sont quand même des gens qui se mobilisent.

C’est une longue histoire ? C’est vrai, depuis 1895, date de naissance de la CGT. Et même avant, puisque les premiers groupements corporatifs dans le spectacle remontent à la Commune de Paris, notamment chez les musiciens qui avaient leur siège à l’Opéra Garnier. C’est une longue histoire, une longue maturation, avec des hauts et des bas. Parmi les bas, il y a bien évidemment toute la période de l’occupation, qui est sombre. Et puis, il y a tous ces mouvements sociaux, comme la première grève générale de nos secteurs, victorieuse, en 1902, organisée par le syndicat des musiciens de Paris. Il y eu aussi la scission de la CGT en 1920-1921, qui va faire de gros dégâts dans notre fédération qui perd la moitié de ses adhérents. Mais il y a aussi, le Front populaire, sûrement une période des plus intéressantes, avec toute une série d’acquis sociaux, comme la naissance des conventions  collectives. Et puis, il y a la libération avec la création du Centre national du cinéma, du Festival de Cannes… Ça s’est suivi, en 1964, par l’association du Fonds de soutien au théâtre privé (ASTP), qui est une belle histoire. En 1972, c’est la création de l’Afdas, avec la formation professionnelle. Et, en 2002, le centre national des variétés, devenu Centre national de la musique, qui est bien maltraité actuellement. En 2003, c’est la constitution du groupe de protection sociale Audiens. Il y a aussi la loi de 1969, sur la présomption salariale pour les artistes-interprètes.

C’est l’une des conquêtes les plus importantes ? Ce fut une avancée sociale considérable ! Parce qu’elle détermine toute la protection sociale. Les fameuses annexes 8 et 10, l’assurance chômage des artistes et techniciens du spectacle, sont issues de la loi 1969. Parce qu’elle reconnaît une présomption de salariat, et donc des droits sociaux afférents. Et quand le régime interprofessionnel d’assurance chômage est créé (1984), suivront ces annexes, qui font beaucoup parler d’elles, il y a un lien direct. Et puis, parlons aussi de la loi de 1985, sur les droits des voisins des artistes-interprètes, votée à l’unanimité du Parlement. C’est une histoire très très riche, méconnue, et donc il y avait un intérêt à l’écrire. Je dois dire aussi que j’ai subi quelques pressions amicales de mon successeur, Denis Gravouil, pour l’écrire.

Et votre longévité (24 ans) à la tête de la fédération ? Alors là, si on m’avait dit que je resterais aussi longtemps secrétaire général, je vous aurais répondu : « sûrement pas ». Ce sont les circonstances qui ont fait que… Et puis j’ai été réélu. Je crois pouvoir dire que j’ai aimé ce que je faisais. Le syndicalisme m’a toujours intéressé.

Dans votre notice du « Maitron » (dictionnaires du mouvement ouvrier), on lit que vous avez réussi à marier « le goût pour la lutte, l’art de la négociation et une science du compromis »... Vous savez, c’est une fédération de syndicats avec de vraies diversités. Il y a les artistes d’un côté, les techniciens de l’autre, les metteurs en scène, les réalisateurs, les plasticiens, etc. Nous ne sommes pas dans le cadre d’autres fédérations avec une seule convention collective, un statut, et puis le Code du travail. Là, ce sont des dizaines de conventions collectives, des institutions sociales diverses qui ont chacune leur histoire, leur particularité. Il fallait en tenir compte.

Vous avez vécu la longue histoire du combat des annexes 8 et 10 face au Medef… Elle n’est pas terminée, voyez ce qui s’est passé récemment ! En 2003, le Medef avait vu ça avec Jean-Pierre Raffarin [Premier ministre, NDLR]. Raffarin et François Cherèque (secrétaire général de la CFDT) ont fait un grand deal sur le dos des artistes, c’est peu glorieux [l’accord du 27 juin 2003, qualifié de « scélérat » par la CGT, a durci les conditions d’affiliations au régime, NDLR]. Le bras de fer a duré jusqu’en 2016, où mon successeur, Denis Gravouil, a négocié avec d’autres le retour aux fameuses 507 heures sur 12 mois qui donnent 12 mois d’indemnisation.

Qu’est-ce qui a le plus changé depuis la fin des années 1980 ? Il y avait eu de gros espoirs avec l’élection de François Mitterrand, et l’arrivée de Jack Lang à la Culture : ils ont été vite déçus. Ce fut une désillusion. Ce qui caractérise cette période, jusqu’à encore aujourd’hui, c’est la montée de la précarité. Précarité économique, précarité sociale. Là, nous arrivons dans une nouvelle phase : l’État se désengage du secteur culturel. Les collectivités territoriales, malheureusement pour la plupart, font de même. Sans avoir une boule de cristal, je pense que nous allons devant des années difficiles où le mouvement social aura un rôle primordial à jouer.

Votre dernier chapitre s’arrête en 2016, s’appelle « La culture en danger ». Si vous deviez donner un nom au suivant ? Le désengagement. C’est ce qui caractérise la période. Toutes les organisations professionnelles dans le spectacle, public, comme privé, employeurs comme salariés, le disent. Ça augure un rapport de force très important au niveau professionnel pour peser sur les pouvoirs publics et pour faire comprendre que la culture, c’est un bien commun. Et puis, il y a la montée de l’extrême droite, une nouvelle caractéristique, qui redistribue les cartes. Donc, coupes budgétaires successives, montée de l’extrême droite, précarité accrue, désengagement du financement croisé avec les collectivités territoriales, ça fait quand même beaucoup. Feue la ministre de la Culture [Rachida Dati, NDLR] avait décrété l’année Malraux pour 2026. Je suis tenté de dire qu’ils sont en train de démolir son héritage.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°600

Crédit photo : D. R.

Municipales : 400 listes ont répondu à l’interpellation de l’USEP-SV sur la Culture

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Municipales

Les questionnaires envoyés à plus de 600 têtes de liste aux élections municipales par l’Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant (USEP-SV) le 5 février ont produit 407 réponses (68 % du panel).

L’objectif était de remettre la culture dans le débat de ces élections en demandant aux candidats de se positionner sur 27 engagements structurés en cinq axes (gouvernance, financements, liberté de création et de programmation, accès à la culture pour toutes et tous, et lien entre culture, territoires et transition écologique). Toutes les listes n’ont pas répondu intégralement : « 239 listes ont répondu à l’ensemble des 27 engagements, 168 listes ont  apporté des réponses partielles », soulignent les organisations professionnelles qui se satisfont cependant « d’une mobilisation importante des listes candidates autour des enjeux culturels locaux ». D’ailleurs, « 98 % des listes se sont engagées à reconnaître la culture comme un service public essentiel ».

La gauche très réactive

Selon l’USEP-SV (Syndeac, Scène Ensemble et les Forces musicales), « les premières analyses mettent en évidence une forte réactivité des listes de gauche qui ont davantage répondu en proportion aux engagements du questionnaire ». Ce qui donne, sur les 239 réponses intégrales, 10,8 % des réponses rattachées à des listes de droite, 8,6 % à des listes du centre, 47,8 % à des listes de gauche, 23,7 % à des listes d’extrême gauche (dont LFI), et 9,2 % sans étiquette. Par ailleurs, et c’était aussi une attente des organisateurs de cette campagne de mobilisation, « un nombre significatif de réponses spontanées » a été relevé. Enfin, l’USEP-SV se satisfait également de la représentativité territoriale des réponses qui couvrent « de manière homogène l’ensemble des territoires », y compris dans les collectivités ultramarines. Et, de manière assez attendue, des « effets d’entraînement concrets » ont été observés, avec dans certaines grandes villes (Lille, Paris, Strasbourg, Metz, Nantes et Lyon), « des réponses de l’intégralité des listes sollicitées ». Dans ces agglomérations, leurs réponses ont permis d’organiser des débats de confrontation des équipes à la veille du scrutin.

Liberté de création et financement

Deux sujets structurants « émergent particulièrement », selon cette étude : la liberté de création et le financement de la culture, des principes qui « font largement consensus dans les discours » (98 % des listes répondantes réaffirment leur attachement à son respect). Mais avec « des nuances sur la mise en œuvre de solutions concrètes » détaillées dans les réponses aux questions ouvertes. Sur la liberté de création, tous s’engagent pour le respect de la loi LCAP de 2016, mais l’USEP-SV observe « des nuances dans l’application », de listes de différentes sensibilités politiques, « à droite comme à gauche ». Ces nuances ou conditions sont exprimées ainsi : oui à la protection de la loi, mais « selon les orientations de la politique culturelle municipale », « dans le respect de certaines priorités », ou encore des références implicites aux contenus programmés apparaissent. Un point déjà observé dans plusieurs débats sur la question, et qui fera, assurent les organisations professionnelles, « l’objet d’une vigilance particulière dans les échanges avec les équipes municipales qui seront élues », car « le respect de l’indépendance artistique et de la liberté de programmation ne peut comporter de “si” et doit être pleinement garanti »

Sur le financement, « un autre point de vigilance se confirme ». Il a d’ailleurs été relevé depuis quelques années. Mais, là, « les positions exprimées par les candidates et les candidats révèlent des signaux d’inquiétude ». La plupart se disent attachés aux politiques culturelles locales tout en exprimant des « hésitations » à s’engager « sur la stabilité ou le renfort des budgets municipaux ». Toutefois, 95 % des listes répondantes s’engagent sur un maintien « a minima du niveau des budgets culturels municipaux sur l’ensemble du mandat 2026–2032 », un chiffre qui chute à 57 % sur la question d’un « engagement à augmenter le budget durant la durée du mandat avec pour une très forte proportion (37 %) de listes qui choisissent de ne pas se prononcer. » Des données cohérentes avec les études de l’Observatoire des politiques culturelles.

L’USEP-SV compte bien se servir de cette étude comme une « première étape » vers « le dialogue avec les futurs élus », sur la base de leur expression. « Ces prises de position constituent un matériau précieux pour comprendre les orientations et les priorités des différentes listes au-delà des réponses fermées au questionnaire ».

Les réponses des équipes élues seront d’ailleurs « transmises aux structures culturelles implantées dans les villes concernées, afin qu’elles puissent engager un dialogue avec les équipes municipales élues à l’issue du scrutin. » Mais aussi veiller à leurs engagements sur la durée du mandat.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°600

Crédit photo : D. R.

Financement : des engagements oui, mais...

À Marseille, Benoît Payan (PS) s’est engagé à « poursuivre l’effort d’investissement pour l’ouverture (ou la réouverture) de lieux comme pour la rénovation des équipements », quand Sébastien Delogu (LFI) veut « augmenter le budget […] pour soutenir durablement les arts et la culture via la maison municipale de la création. » À Paris, Emmanuel Grégoire (PS) a proposé de « l’augmenter de 10 % » pour un « soutien amplifié à la création ». Et du côté de ses adversaires déçue, Rachida Dati (LR) s’était engagée à « maintenir son niveau » quand pour Sophia Chikirou (LFI) « aucune commune insoumise ne réduira  son budget dédié à la culture […] L’objectif sera même [de les] augmenter […] en concertation, via les conseils de quartier ».

Cirque : le festival Spring renforce ses tournées

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Spring

Spring, « un anti-festival » ? Ainsi le définit Lancelot Rétif, directeur par intérim de La Brèche à Cherbourg (Manche), l’un des deux Pôles cirque normands porteurs de cet événement dédié aux nouvelles formes circassiennes. Car il déroge à « l’unité de lieu et de temps » : déployé du 9 mars au 8 avril, il s’étend sur l’ensemble du territoire régional, et ce, par le biais, entre autres, des petites tournées, dont l’articulation se renforce pour cette 17e édition avec huit spectacles concernés, bénéficiant de 5 à 12 représentations. Elles s’organisent en coopération avec une quarantaine de partenaires dans près de 70 lieux différents, dédiés ou non, et rassemblés peu à peu. D’abord en ex-Basse-Normandie, où le festival est né, dont Le Trident (Cherbourg) fut l’un des premiers. Puis en ex-Haute-Normandie, surtout depuis 2016 grâce à un partenariat inédit avec la métropole Rouen-Normandie. Tout spectacle peut tourner, selon Hélène Debrix, directrice par intérim du Cirque-Théâtre d’Elbeuf, pour favoriser « la diversité », en veillant au respect écologique.

Maillage régional

Un exemple : Nocturne (Parade), de Phia Ménard arpente les scènes labellisées tandis que La Tournée des Aurevoirs (Compagnie Quotidienne) est un solo en itinérance à vélo. Si critère il y a, il est territorial : le choix se fait en accord avec les diffuseurs, très divers pour toucher le plus de publics, jusque chez l’habitant cette année. « C’est un travail de dentelle et une force », ajoute Lancelot Rétif, y compris financièrement pour ce festival aux quasi 2 millions d’euros de budget – soutenu en 2025 par la DRAC (63 000 euros), la région Normandie (80 000), les départements de la Manche (9 300) et de l’Eure (30 000), celui-ci s’étant désengagé pour 2026. Le binôme est en coréalisation avec la métropole Rouen-Normandie, qui dédie un budget de 270 000 euros à Spring et le programme dans une trentaine de communes, en privilégiant la gratuité, et dans les équipements de son territoire. Ce qui est « un fonctionnement unique ». Quant aux autres partenaires, chacun d’eux engage les coûts de cession et d’accueil des spectacles, et la Plateforme 2 Pôles cirque (300 000 euros de budget pour chaque EPCC) participe à hauteur de 50 % du déficit. Pour les nouveaux lieux, des forfaits sont proposés. Les objectifs ? Poursuivre cette présence territoriale, dont les modalités sont en discussion. Et accroître dès 2027 la part de créations, qui est aussi « l’essence de Spring», rappelle Hélène Debrix.

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°599

Crédit photo : Christopher Gilbert et Brune Hildesanson-Lemagnen

Musiques actuelles : face à un tunnel politique de tous les dangers, le SMA liste ses priorités

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Musiques actuelles

Le Syndicat des musiques actuelles a publié ses perspectives 2026 – « Face aux dangers, préparer l’avenir des musiques actuelles » – qui font état de ses points de vigilance et d’action.

Très inquiet de « l’instabilité politique depuis deux ans », le SMA envisage qu’elle pourrait « atteindre son paroxysme et déstabiliser une filière qui a pu se structurer et se professionnaliser grâce à son intégration dans des politiques publiques ambitieuses ».

Face à ce risque réel, le premier axe de travail du syndicat est de lutter contre la fin du consensus sur « la place des collectivités territoriales dans le financement public de la culture ». Il a ainsi produit un plaidoyer afin d’équiper ses adhérents et d’alerter les candidats. Car les communes sont, et de loin, les premiers financeurs des SMAC, et très souvent propriétaires de ces lieux labellisés. La question du financement est centrale, insiste sa directrice, Aurélie Hannedouche, « d’autant plus que l’on voit, après la séquence de suppression des subventions par la région Pays de la Loire, que c’est devenu acceptable de tailler dans les budgets culture. » Il y a donc, martèle le SMA, une bataille culturelle a tenir, même si elle semble mal engagée. « Nous devons remettre les questions de la culture sur la table, comme quelque chose d’important comme une question qui n’est pas partisane et qui dépasse les clivages politiques », détaille Aurélie Hannedouche qui vise bien au-delà des municipales.

CNM : plus de plafonds

Autre question majeure, celle de « l’équilibre territorial de la diffusion pour la survie de l’écosystème », largement malmenée par les problèmes de financement à venir du Centre national de la musique (lire page 9). Celui-ci a dû mobiliser ses réserves face aux baisses de subventions cette année. « Là, clairement, il y a vraiment quelque chose à jouer en vue du budget 2027 », assure la directrice du syndicat. La conséquence de ce budget amoindri est une baisse d’un million d’euros sur les aides aux salles de concert (de moins de 600 places), de 900 000 euros sur les tournées, notamment. « Cela va venir attaquer toutes les salles qui produisent des émergents », estime Aurélie Hannedouche, d’autant plus avec « le Fonpeps qui baisse ». En ligne de mire, le déplafonnement des taxes qui financent le CNM. Les parties prenantes y sont favorables, mais ont trouvé face à elles les commissions des finances du Parlement peu bousculées par l’ex-ministre de la Culture.

« Plus de commun »

Le SMA, très en pointe sur les questions de liberté de création va continuer de se porter partie civile où il le pourra. Car les incidents sont devenus monnaie courante : « maintenant, c’est tous les mois. » Les questions sociétales déjà bien appréhendées restent au cœur de sa politique : après avoir agi sur le carbone, il réfléchit aux adaptations climatiques pour les festivals et aux problématiques de santé publique propres aux métiers de la Culture, avec des annonces à venir. Un vaste chantier qui nécessite aussi « du commun ». Et la directrice du SMA d’insister sur la nécessité de « faire corps » au- delà des chapelles, afin que « le spectacle vivant se présente plus uni : cela au rait bien plus de poids» face à ce qui s’annonce.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°599

Crédit photo : Éric Deguin

Danse : sobanova fête ses 20 ans et devient aussi programmateur

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Sobanova

Barbara van Huffel et Sophie Amri n’ont elles-mêmes pas l’air d’y croire vraiment : Sobanova a vingt ans et le concours prépare sa dixième édition.

Barbara van Huffel et Sophie Amri, se présentent ensemble et évoquent irrésistiblement les copines du cours de danse décidées à ne rien abandonner de leur passion d’adolescentes dans un monde d’adulte. « Nous avons mûri, entourées par de vrais pros », expliquent les deux directrices artistiques de l’association comme pour s’excuser de ne pas venir du sérail et de porter un projet qui s’est construit un peu en marge de celui-ci.

Un concours devenu un tremplin important

Sobanova, qu’elles animent ensemble, témoigne de cette vitalité mâtinée de candeur : une association culturelle dédiée à la promotion de la danse qui organise des stages, des ateliers et des rencontres professionnels pour accompagner les artistes émergents, puis soutenir les jeunes chorégraphes et interprètes dans le développement de leurs projets artistiques. De fil en aiguille, Sobanova en est venu à organiser un concours devenu un tremplin important pour encourager les jeunes artistes et leur apporter de la visibilité. Soit près d’une quarantaine d’artistes révélés, dont quelques noms qui ont fait leur chemin, comme Jann Gallois où Noé Chapsal (lauréat 2024 vu dans les festivals cette saison) ? Un effet d’entraînement qui va conduire Sobanova cette année, parce qu’un des prix consiste en une diffusion, à devenir programmateur (au Théâtre 12, en novembre). Une mobilité qui conduit le concours à s’installer à la Villette (finale le 3 juin 2026), plus visible que le Théâtre Paris Plaine de 2025, mais sans l’avoir vraiment voulu. Pas de stratégie de conquête ou de volonté de concurrence et les deux « copines du cours de danse » expriment une admiration toute déférente pour Danse élargie (en juin 2026, toujours au Théâtre de la Ville) ou La Fabrique de la danse, lauréat de Réinventer Paris, aujourd’hui installée à Pantin, sur les terrains desquels elles s’aventurent. Mais leur mouvement permanent répond à celui de la danse aujourd’hui. Ainsi du hip-hop qui, parce qu’en délicatesse avec l’institution, comme elles, irriguait les premières éditions du concours, les deux amies reconnaissent qu’il se mâtine de plus en plus de contemporain…

Davantage de femmes chorégraphes

Et quand elles se voient demander ce qui a le plus changé durant ces dix éditions de concours, elles se concertent pour reconnaître « une audace dans des pièces plus singulières, proposées par des chorégraphes plus jeunes et surtout plus féminines en moyenne », soit un assez fin résumé des tendances lisibles actuellement. « Mais au début, nous n’avions pas vraiment mis en place de jury complet comme maintenant, et tout était moins professionnel », amoindrissent-elles, comme pour s’excuser, au bout de dix concours et vingt ans d’association, de représenter quelque chose.

Propos recueillis par Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°599

Crédit photo : Bruno Aussillou

Tourneurs : quelles stratégies ?

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La meute

Très convoités par les artistes musicaux, les tourneurs parviennent-ils encore à accompagner l’émergence ? Quelles sont leurs stratégies  et de quels moyens disposent-ils ? 

Il n’y a qu’à déambuler Place des tournées aux BIS pour se rendre compte de la vivacité du métier. Il est cependant difficile de jauger la part laissée à l’émergence dans les catalogues. Face aux multiples crises du secteur, elle semble s’amenuiser. Fin 2025, après vingt ans d’activité, l’une des figures de ce créneau met la clef sous la porte : les Tontons tourneurs ne font plus recette. David Rapetti rebondit et monte La Meute booking. S’il reste combatif, son constat est clair : « Le principe même de tournée est mis à mal. » Dans son viseur, le changement de fonctionnement des premières parties, un des leviers principaux de découverte, aujourd’hui réduit à peau de chagrin. « Les agents anglais et américains ont commencé à imposer leurs premières parties, puis les gros bookers français. Les scènes de musiques actuelles [SMAC] mettent également en avant des artistes locaux, comme demandé par leur cahier des charges. Je caricature, mais il reste 1 % de place », déplore-t-il. Pour faire émerger des artistes, il compte à présent sur des réseaux annexes de diffusion – tels que des associations non subventionnées ou des festivals non aidés. C’est ainsi, en « acceptant de jouer partout, tout le temps », que le groupe de rock Madam s’est fait sa place. Des dates à perte et un investissement financier important pour le tourneur, mais qui a permis « que le groupe se fasse une réputation scénique ». Après plus de 300 dates, Madam devrait accéder aux SMAC pour sa prochaine tournée. Pour Jimmy Kinast, responsable de projet à 3C, société de production de spectacles et de tournées, si l’émergence rejoint l’idée de découverte, « il ne faut pas la confondre avec le développement, nécessaire sur quasiment 100 % de notre catalogue. Cela consiste à trouver des ressorts supplémentaires pour développer la notoriété du groupe », explique-t-il. Parmi ceux-ci, les premières parties et les festivals restent « des accélérateurs de carrière et d’identification », comme les collaborations avec des artistes renommés. Jimmy Kinast s’appuie par ailleurs sur des concepts de tournée « qui doivent être en phase avec l’identité de l’artiste ».

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Par Julie Haméon

Légende photo : La meute

Crédit photo : Lore Jarocinski 

Le Off mise sur l’international

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Avignon

Depuis peu, Avignon AF&C crée les conditions pour que le Off devienne  aussi un rendez-vous incontournable à l’étranger, pour les artistes comme pour les programmateurs.

Avec sa gouvernance renouvelée et désormais un directeur  délégué, ex-président à sa tête, en la personne d’Harold David, le Off ouvre  de nouveaux chantiers. Parmi ceux-ci, celui de l’international est au travail depuis quelques années. Harold David était alors coprésident, chargé de l’international. Il s’y est engagé avec conviction. « C’était un endroit qui n’avait jusqu’alors jamais été investi. La diversité culturelle n’est pas représentée dans le Off, alors que ce festival a quand même une aura internationale, observe-t-il. Nous avons engagé cette démarche en 2023. Les professionnels étrangers  accrédités représentent aujourd’hui 11 % des pros. Beaucoup ne s’accréditaient  pas et restaient un peu hors des radars. On ne pouvait pas les accompagner. Or, nous avons une responsabilité pour favoriser ce développement. » L’objectif était d’accueillir plus de délégués internationaux qui viennent sur le Off et le considèrent comme une plateforme de programmation, avec le souhait de se positionner en regard des deux festivals Fringe principaux (Édimbourg et Adélaïde) ou du Cinars, plutôt fréquentés par les Anglo-Saxons. Harold David les a fréquentés, il a aussi répondu aux invitations d’autres festivals, en Amérique du Sud (Lima, Buenos Aires), en Asie (Shanghai, Séoul). « Les Fringe sont des modèles potentiellement proches sur lesquels nous avons réalisé  un peu d’espionnage industriel avant  de bâtir notre propre stratégie, explique-t-il. Nous avions à travailler sur la culture française, à nous distinguer des Fringe, mais en adaptant également l’offre du Off. » Le Fringe pose un autre modèle économique, celui de la coréalisation. Les risques ne sont pas les mêmes,  les productions sont globalement « plus commerciales ».

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Les rues d’Avignon ont été rythmées par la parade d’artistes venus en 2025 prendre part au focus Brésil du Off. 

Crédit photo : Anaïs Fournie

Un projet digital pour toucher les 30-40 ans

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Claire Clément

Autour de TMNlab, cinq structures se sont associées pour produire sur Instagram des « reels » qui tentent de dépasser les a priori sur le théâtre.

Comment s’adresser aux actifs, ceux de 30 à 40 ans, afin qu’ils osent franchir les portes des théâtres ? C’est cette question que se sont posée les membres d’un petit groupe de travail au sein du réseau « théâtre et numérique » TMNlab, avec l’ambition non pas de communiquer, mais de faire acte de médiation. Unlock Théâtre est lauréat de l’appel à projets « Services numériques innovants » (édition 2024) du ministère de la Culture, pensé comme « un projet d’expérimentation collective ». Ainsi, Claire Clément, la secrétaire générale du Théâtre d’Auxerre – scène conventionnée, dans l’Yonne, rappelle quels étaient les grands attendus de cette recherche : « Notre souhait était d’interroger et de renouveler les formes d’adresse aux publics, en particulier les 30-40 ans, tranche d’âge identifiée comme moins présente dans les salles de spectacle vivant, tout en étant fortement exposée aux usages numériques et aux réseaux sociaux. » C’est justement de ces usages que ce groupe de travail s’est emparé, en les considérant comme de potentiels « leviers de médiation culturelle ». Ou comment entrer en relation avec l’autre d’une tout autre manière. « Dans un premier temps, nous avons suivi une démarche de formation-action collective – d’abord un “living lab”, puis un marathon créatif –, ensuite, nous avons conçu et expérimenté un premier dispositif de médiation numérique. »

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Claire Clément, secrétaire générale du Théâtre d’Auxerre  – scène conventionnée

Crédit photo : D. R.

Réussir sa stratégie de financement bancaire

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Nicolas Trichet

Dans un contexte économique fragile, les structures associatives et culturelles ont peu recours à l’emprunt bancaire, souvent jugé hors d’atteinte. Des solutions existent pourtant pour convaincre les financeurs.

Subventions en baisse,  inflation des coûts de production, difficultés  à attirer des partenaires ou mécènes… Aux dernières Biennales Internationales du Spectacle (BIS), les 21 et 22 janvier dernier, les incertitudes économiques ont largement occupé les débats. La question du financement bancaire, elle,  a fait l’objet d’un atelier. Dans l’imaginaire collectif, souscrire un prêt n’est pas une chose aisée, encore moins pour une structure associative. C’est ce qu’a notamment observé Véronique Gomez, responsable du secteur culture au Crédit coopératif et coorganisatrice de ce moment d’échange. « On remarque une certaine forme d’autocensure, glisse-t-elle à la sortie de l’atelier. Une personne nous a dit ne pas savoir qu’une association pouvait solliciter un découvert. Il y a une méconnaissance des dispositifs bancaires dans le secteur culturel, et notamment auprès des acteurs du  spectacle vivant. ». Il existe pourtant des solutions pour obtenir des fonds auprès des banques. C’est en tout cas ce que le Crédit coopératif et l’IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles) ont cherché à démontrer aux BIS, devant une quarantaine de curieux : comédiens, employés  de scènes conventionnées, chargés  de la culture de certaines collectivités ou encore des étudiants. 

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Par Eliott Bureau

Légende photo : Nicolas Trichet, directeur adjoint des crédits de l’IFCIC 

Crédit photo : D. R.