Aller au contenu principal

Infoscènes

« Les reconversions touchent un intermittent sur deux »

Infoscènes
Image
Carole Zavadski

Entretien avec Carole Zavadski, déléguée générale de la Commission paritaire nationale emploi formation spectacle vivant (CPNEF-SV).

La crise sanitaire crée-t-elle une urgence sur les reconversions ?
Eviter les reconversions massives des professionnels du spectacle vivant est une préoccupation majeure. La question des transitions professionnelles n’est pas nouvelle. L’augmentation du nombre de salariés depuis les années 2000 masque un fort taux de rotation des effectifs :  on compte environ 40 % de nouveaux entrants annuellement, et presque autant de sortants. Cette volatilité concernait les plus précaires et les occasionnels qui ne cherchaient pas à faire carrière. Aujourd’hui, les reconversions touchent des artistes et des techniciens bien insérés, près d’un intermittent sur deux, les auteurs-compositeurs, les indépendants et les jeunes sortant d’écoles spécialisées. Les personnels administratifs, plus fréquemment permanents, semblent moins concernés. Selon notre diagnostic-action sur l’impact de la pandémie : 10 % des professionnels seraient déjà reconvertis, 12 % s’y préparent et 31 % l’envisagent. Un quart des reconversions seraient définitives.

Quelles sont les différentes sortes de reconversions ? 
Jusqu’ici, les reconversions s’effectuaient au sein du spectacle vivant, par des changements de métiers correspondant à des évolutions de carrières positives. On constatait également de nombreux cas de multiactivité : le métier d’origine étant exercé dans des secteurs connexes tels que l’événementiel, l’audiovisuel, le loisir, l’animation socioculturelle. Mais ces secteurs ont été également très impactés, limitant les possibilités de mobilité. Ceux qui ne peuvent attendre la reprise se tournent vers de nouveaux secteurs, quitte à devoir changer de métier. Les techniciens se sont, par exemple, tournés vers le bâtiment ou le transport. Les opportunités sont plus complexes pour les artistes. Dans tous les cas, ces reconversions subies sont difficiles à vivre.

L’offre de formation va-t-elle s’adapter ? 
Les difficultés ne concernent pas tant la composition de l’offre de formation que son accès : son financement et les possibilités d’inscription dans le bon timing. De plus, pour réussir les reconversions, il faut des solutions individualisées. Avec la danse et le cirque, on sait qu’il s’agit de processus longs, tenant compte des attentes des personnes et de la faisabilité du projet. Les organismes de formations devront développer des accompagnements pour tous les métiers, en proposant des bilans de compétences ou du conseil. Coté entreprises, bien que fragilisées, elles conservent un rôle central de soutien à leurs équipes afin d’éviter la perte des compétences. Des aides massives sont donc réclamées afin de l’éviter, lutter contre les inégalités et permettre la reprise sans que l’emploi artistique ne devienne la variable d’ajustement.

Propos recueillis par Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°496

Crédit photo : D. R.

Danse : l’école Béjart à l’arrêt

Infoscènes
Image
Béjart

L’annonce le 28 mai, par le Conseil de Fondation du Béjart Ballet, de la fermeture de l’école-atelier Rudra Béjart Lausanne traduit la complexité de la succession du chorégraphe du Boléro. Michel Gascard, le directeur, a été licencié avec son épouse Valérie Lacaze, régisseuse de l’école. Rudra est la seule école de ce genre. Elle forme 40 danseurs sur 2 ans. Sa réputation est mondiale depuis 1992. Selon le communiqué, le Conseil de Fondation du Béjart Ballet Lausanne aurait, en février, « pris connaissance d’éléments préoccupants mettant en cause la direction de l’école-atelier Rudra Béjart Lausanne, l’obligeant à réagir immédiatement », en ajoutant, cependant, que la fondation ne donnerait pas de détails concernant l’audit commandé en février, et précisant que « par égard pour toutes les personnes concernées, le contenu du rapport ne sera pas évoqué plus avant » et qu’il n’y aurait pas de suite pénale. Michel Gascard, danseur emblématique de la compagnie de Béjart où il est entré à 17 ans, a cessé de danser en 1992, mais est resté proche du chorégraphe et impliqué dans la formation. Il est devenu directeur adjoint de l’Atelier Rudra en 1993 et, à la mort de Béjart, il a repris l’école.

Comme le dit l’un des responsables du Béjart Ballet, « au moment de la mort de Maurice, la priorité c’était de s’occuper de la compagnie dont l’existence n’était pas assurée. L’école roulait parfaitement, il n’y avait aucune difficulté et Michel Gascard connaissait le fonctionnement sur le bout des doigts. » Mais Gascard est aussi propriétaire de la marque « Atelier Rudra » et tire sa légitimité de Béjart lui-même. L’école est hébergée par la compagnie et en dépend pour son fonctionnement. Il y a trois ans, la Fondation Leenaards qui apportait 200 000 francs suisses (sur un budget de 850 000) annonçait qu’elle cesserait son soutien d’ici 2021. Surtout, Michel Gascard et Gil Roman ne s’entendent guère et ce dernier est titulaire du nom « Béjart Ballet ». La Ville de Lausanne qui verse 5 millions de francs suisses par an à la compagnie n’entend pas être associée aux accusations de harcèlement, surentraînement et d’ambiance tyrannique. L’audit a donc été élargi à tout le Béjart Ballet et à toutes les structures culturelles lausannoises. Les victimes sont surtout les élèves qui se pressaient pour suivre cette formation prestigieuse qui leur assurait une place dans les meilleures compagnies du monde. Les responsables, en interne, assurent qu’une école sera créée pour la rentrée 2022.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°496

Légende photo : Célébration des 25 ans de l’école en 2018

Crédit photo : D. R.

Les années Lang. Histoire des politiques culturelles. 1981-1993

Infoscènes
Image
Couv Les années Lang

Il fallait pour commémorer cet anniversaire – celui de l’élection de François Mitterrand en mai 1981 – un ouvrage de référence qui puisse faire la synthèse de politiques culturelles dont la trajectoire, certes contrariée, est toujours à l’œuvre aujourd’hui. Une quarantaine de contributions sont ici rassemblées, chacun des protagonistes, pour la plupart universitaires, revenant sur un aspect de ces « années Lang », les jeux et les enjeux de pouvoir, les grandes réalisations. L’ouvrage est d’une grande clarté. Après un aperçu des « débats et des combats de l’époque » (l’antiracisme, les controverses autour de l’art contemporain, la question de la hiérarchisation et des légitimités culturelles…), on croise avec plaisir les grandes figures de ce temps (Maurice Fleuret, René Rizzardo, émile Biasini…) et la manière dont les grandes administrations et institutions ont été transformées, repensées, à cette époque.

L’ultime partie de cette somme d’une remarquable précision est consacrée à chacun des champs disciplinaires, expliquant comment dans chaque domaine le politique a pensé son action, livrant au lecteur le rôle fondamental qu’ont joué dans cette construction progressive les « grands serviteurs de l’état » qui accompagnaient alors Jack Lang, hommes de l’art comme de l’administration, stratèges roués et bâtisseurs enthousiastes (Robert Abirached, Maurice Fleuret, Bernard Faivre d’Arcier…). Fouillé, documenté et réservant une lecture agréable, cet ouvrage est une traversée qui se distingue par la qualité de son analyse critique.

Vincent Martigny, Laurent Martin et Emmanuel Wallon (dir.)

La Documentation française, 602 pages, 27 €

Opéra d’Avignon : le ballet va changer de cap

Infoscènes
Image
L’art d’aimer

Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon, a adressé un mot chargé d’émotion au public, le 22 mai, pour le premier spectacle de la saison, L’Art d’Aimer, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta pour le ballet de l’opéra. C’est aussi le premier spectacle de son mandat commencé le 1er septembre 2020 dans un théâtre en chantier. « Les travaux sont finis, souffle-t-il. L’inauguration aura lieu en octobre. » Le budget atteint 19 millions d’euros. « Il a fallu reprendre des fondations jusqu’à la toiture. Tout a été refait sauf la maçonnerie principale, mais l’esprit du bâtiment a été préservé. » Depuis 2017, les spectacles se déroulaient à l’Opéra Confluence, salle provisoire en bois qui sera démontée et revendue.

Cette troisième semaine de mai s’achevait la réception des candidatures pour la direction du ballet de la maison, une compagnie de 12 danseurs. Il y a eu 41 candidats, autant que pour le CCN de la Rochelle, a priori plus prestigieux. Cet intérêt tient aussi à la rupture que souhaite le directeur : « l’Art d’Aimer, de Jean-Claude Gallotta, est emblématique de l’orientation que je souhaite donner à ce ballet. Il avait une direction néo-classique avec éric Belleau, restait très centré sur Avignon où il donnait quelques spectacles et pas de tournée importante. Il faut le faire évoluer vers des esthétiques plus ouvertes avec quelques grands noms de la danse qui étoffent le répertoire et des pièces susceptibles de tourner. »

Ce projet se traduit dans la recherche d’un directeur qui soit chorégraphe à temps partiel, ayant déjà sa compagnie. « Quelqu’un qui a une certaine réputation et qui permette de faire tourner le ballet sur son nom et son réseau. Par ailleurs, je souhaite qu’il y ait des signatures diverses. Le directeur sera le garant artistique, s’occupera des danseurs et de leur évolution, proposera son travail mais laissera aussi du temps pour d’autres écritures. Nous avons une maîtresse de ballet qui s’occupe au quotidien de la compagnie, elle l’a gérée seule pendant une saison, mais nous avons besoin d’un chorégraphe pour l’avenir. » Cinq productions sont annoncées pour la saison à venir, une tournée du ballet en janvier 2022 et des perspectives : « L’idéal serait d’avoir un ou deux danseurs en plus pour permettre cette activité. »

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°495

Légende photo : L’art d’aimer, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

Crédit photo : Mickael & Cédric Studio Delestrade

Le Gymnase ferme pour travaux

Infoscènes
Image
théâtre du Gymnase

Le Théâtre du Gymnase, à Marseille, sera fermé pour au moins deux ans à partir de septembre. En cause : les poutres qui soutiennent les balcons de ce théâtre à l’italienne se désolidarisent des murs porteurs. Dominique Bluzet, directeur des Théâtres, à Aix et Marseille, détaille : « En février 2020, nous avons appris qu’il fallait reconstruire le théâtre. Les balcons ont été fermés au public, la jauge passant de 680 à 180 places. La situation aurait peut-être pu durer sans problème dix ans, mais après le drame de la rue d’Aubagne, la ville est marquée par l’état de délabrement. À cela s’ajoute l’élection surprise de l’équipe du Printemps Marseillais qui a retardé la prise de décision. Le nouveau maire, Benoît Payan, m’a reçu en janvier, il était convaincu du bien fondé des travaux. »

Une enveloppe d’un million d’euros a été votée en avril par le conseil municipal pour mener des études qui s’achèveront avant l’été. Les travaux se chiffreront à beaucoup plus et leur financement n’est pas encore défini. Au risque que le Théâtre du Gymnase ne rouvre jamais ? « Non, c’est le plus vieux théâtre de Marseille, un lieu de mémoire, situé en haut de la Canebière. Les autres théâtres de la ville, comme la Minoterie, le Merlan ou la Criée, ont été restaurés. En septembre 2024, après la rénovation du Gymnase, je songerai à rénover la direction, je partirai à la fin de la saison 2025-2026 en transmettant un outil en état de marche », confie le directeur âgé de 62 ans.

Avant la fin des travaux, une brasserie et un lieu de résidence d’artistes devraient ouvrir à côté du Gymnase. Dès la rentrée, une grande opération hors-les-murs intitulée « Aller Vers », en grande partie financée par le Département des Bouches-du-Rhône, proposera des spectacles souvent gratuits dans des cafés, des églises ou des villages. Avant sa fermeture, le Théâtre du Gymnase accueillera en septembre la pièce Le Cabaret des Absents, de François Cervantes, inspirée de l’histoire de ce lieu sauvé au début des années 1980 par un milliardaire américain.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°495

Crédit photo : D. R.

L’Entresort devient centre national de la création adaptée

Infoscènes
Image
Madeleine Louarn et Jean-François Auguste

Le Théâtre de L’Entresort, dirigé par Madeleine Louarn à Morlaix (29), prend le titre de « centre national pour la création adaptée ». Première institution de ce type en France dans le spectacle vivant, elle se donne comme objectif d’« amplifier l’inscription dans l’histoire de l’art des gestes artistiques réalisés avec des hommes et des femmes en situation de handicap ou de fragilité ».

Le Théâtre de l’Entresort est né de l’atelier de pratique artistique « Catalyse » créé, il y a 36 ans, à Morlaix par Madeleine Louarn, alors éducatrice spécialisée dans un centre pour personnes en situation de handicap mental. Elle est devenue metteuse en scène et Catalyse est aujourd’hui une troupe de 7 actrices et acteurs, professionnelle depuis 1994. Ensemble, ils s’apprêtent à participer au Festival d’Avignon (programmation « In »), avec Le Dernier Voyage de Gulliver, mis en scène par Madeleine Louarn et Jean-François Auguste, pour la troisième fois, après les succès du Grand Théâtre d’Oklahoma (2018) et Ludwig, un roi sur la lune (2016).

Cette reconnaissance institutionnelle accompagne l’installation du SE/cW (prononcer « siou »), équipement culturel inauguré par étapes depuis avril 2020 qui réunit, dans l’ancienne Manufacture des tabacs de Morlaix, le cinéma arts et essais La Salamandre, le Théâtre de l’Entresort et l’association Wart organisateur du Festival Panoramas et agent d’artistes de la scène électronique française. « L’Entresort devient un lieu de création qui a pour mission de travailler dans la mise en relations des artistes, pas uniquement autour de projets artistiques que nous mettons en œuvre », expose Madeleine Louarn.

Le programme d’actions est intitulé « par brigandage artistique, entrer dans l’histoire ». Il implique un « phalanstère » d’artistes extérieurs : Jean-François Auguste, Olivier Martin-Salvan, Bernardo Montet, Rodolphe Burger, Hélène Delprat, Hélène Le Cam. Entresort aura aussi fonction de centre d’actions artistiques et culturelles, « pour créer les conditions multiples de l’accès des personnes vulnérables et de tous les publics à l’expérience culturelle ». Il sera enfin un lieu de recherche et de formation. Le centre national bénéficie d’un soutien de la DRAC, la Région, le Département, l’agglomération et la Ville, et poursuit la convention avec l’association des Genêts d’or pour la prise en charge et l’accompagnement de personnes en situation de handicap. Il va aussi s’appuyer sur un fonds de dotation collectant les dons de particuliers ou de fondations d’entreprise.

L’équipe permanente se compose de Thierry Séguin (direction), Isabelle Philippo (gestion), Aurore Thomas (production), Tatiana Orain (communication), Leslie Six (recherche et action culturelle), Christelle Pellen (chercheuse associée).

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°495

Légende photo : Madeleine Louarn et Jean-François Auguste mettent en scène Le Dernier Voyage de Gulliver, au prochain Festival d’Avignon.

Crédit photo : Christian Berthelot

 

Quand les chorégraphes se manifestent

Infoscènes
Image
chorégraphes

Le 17 avril, deux cents chorégraphes et danseurs se sont installés sur la place Charles-III de Nancy pour manifester une libération des corps et de la danse. Dès 14h30 et pendant deux heures alternaient des séquences de 20 minutes auxquelles assistaient les passants assez étonnés. Initié par la chorégraphe Sosana Marcelino, ce rassemblement masqué parfaitement organisé rappelait que le métier de chorégraphe comporte un travail d'auteur, d'organisateur et une pratique qui ne peut être suspendue. Le syndicat Chorégraphes associés organisait des « résonnances » de cette manifestation dans plusieurs villes.

A Nancy, le Manifeste avait été précédé, en matinée, d'un temps d'échange au CCN Ballet de Lorraine entre chorégraphes, administrateurs de Chorégraphes associés et représentants du secteur culturel, pour exposer combien les  lourdeurs administratives compliquent les conditions de travail des chorégraphes, tandis que la compétitivité et la production dans l'urgence, le manque de soutien et de reconnaissance de la part des tutelles pèsent sur ces artistes. Outre la revendication d’un meilleur partage des ressources, plusieurs idées nouvelles ont été exprimées, comme celle de ne plus lier subventionnement et diffusion dans un théâtre, en vue de faciliter la création dans l'espace public.

La question du partage des outils (celui des CCN) a été débattue, avec une demande d'accès des chorégraphes locaux aux studios ainsi qu'une possibilité pour des artistes régionaux de travailler avec des danseurs salariés du CCN pour des créations hors de la structure nationale. Chorégraphes associés va inviter tous les responsables des « résonnances » et les organisatrices du Manifeste nancéien (Sosana Marcelino et Pascale Manigaud) à un bilan qui servirait de base pour un revendication nationale.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°493

Légende photo : La Manifeste à Nancy

Crédit photo : Clémence Brach

Dépenses culturelles : la crise déstabilise les budgets

Infoscènes
Image
Source : Observatoire des politiques culturelles, 2021

L’Observatoire des politiques culturelles étudie chaque année les dépenses culturelles des collectivités et intercommunalités de plus de 20 000 habitants. La note de conjoncture qui vient de sortir confirme d’abord une tendance prévue à la hausse sur les budgets 2019-2020 : « 51 % de nos répondants annoncent des budgets de fonctionnement en expansion (dont 18 répondants à plus de 10 %) alors qu’ils sont 34 % à envisager une baisse et 15 % un budget stable ». Sur les 10 régions qui ont répondu, 7 indiquaient une hausse en fonctionnement et 3 une baisse. Sur 41 départements, 15 annoncent une baisse. La hausse l’emporte dans la plupart des grandes villes de plus de 100 000 habitants. Sur les 18 villes de l’échantillon, 12 augmentent leurs dépenses de fonctionnement. Dans la catégorie des villes de 20 000 à 100 000 habitants, les réponses sont partagées entre hausses et baisses.

Mais l’enquête s’est déroulée entre septembre et décembre 2020 et comment comparer cette période de crise avec les années précédentes ? Les projets annulés, les recettes qui ne rentrent pas, les dépenses de solidarité imprévues... Indice de cette tempête sur la gestion, le nombre de répondants, était cette année à la baisse. L’OPC a cherché à cerner les effets de la crise sanitaire. Un tiers des collectivités répondantes ont mis en place un  dispositif spécial d’aide aux activités artistiques et culturelles. C’est le cas de 8 régions sur 10. En revanche, seulement 8 grandes villes sur 18 et 12 villes de moins de 100 000 habitants sur 48 en ont institué. Les responsables des collectivités font part de trois fortes contraintes : la baisse des recettes liée à la fermeture des salles et musées, des dépenses imprévues pour la protection des personnels, une absence de consommation des crédits liée aux annulations.

Comment ont réagi les collectivités face à ces incertitudes ? L’étude ne peut pas encore répondre, car seule une vision précise des modifications budgétaires de l’été et de l’automne 2020 – et de la consommation réelle des crédits – permettra de savoir si les villes ont plutôt décidé de régler les commandes et embauches contractées et annulées, ou de reporter les crédits prévus, parfois en demandant le remboursement des acomptes alloués suite à l’annulation de spectacles. Une inconnue qui vaut aussi pour l’exercice 2021. Dans la perspective d’une baisse générale de leurs recettes, 57 % des collectivités préfèrent indiquer qu’elles s’en tiendront à la stabilité des dépenses.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°493

Crédit photo : D. R.

Source : Observatoire des politiques culturelles, 2021

« Un plan de relance de 7,6 M€ en Île-de-France »

Infoscènes
Image
Laurent Roturier

Entretien avec Laurent Roturier, directeur de la DRAC Île-de-France, président de l’association des DRAC.

A combien se montent les aides à la relance en Île-de-France ?
Le ministère de la Culture a déployé un volant inouï d’aides, à la mesure de la crise que traverse le secteur. Le plan de relance dont on parle ici est seulement une des facettes des plans qui ont été mis en place. Il y a eu aussi les allègements de charge, le chômage partiel, le fonds de solidarité... Et il vient en complément des crédits de droits commun qui s’élèvent à 68 millions d’euros pour la création en Île-de-France. Le plan de relance 2021 pour la DRAC d’Île-de-France, c’est 12 à 13 % de plus, à ce jour, soit 7,6 M€ qui sont mis en œuvre en deux vagues.

Qui en bénéficie ?
Sur l’ensemble du champ culturel, en intégrant les librairies, éditeurs, salles de cinéma, etc., 550 structures en ont déjà bénéficié. Sur la création, la première vague du plan de relance (4,6 M€) a permis de soutenir 200 opérations supplémentaires dont 60 compagnies indépendantes. Nous serons sur un chiffre équivalent pour la deuxième vague (3 M€).

Quelles sont les priorités ?
Nous avons deux grands objectifs qui correspondent aux priorités ministérielles : la sauvegarde, c’est-à-dire faire en sorte que l’on retrouve un écosystème intact après la crise. à ce titre, les lieux labellisés de l’état ont un rôle éminent. Et nous sommes attentifs à ce que cette pérennité soit assurée aussi grâce au maintien des aides des collectivités. La deuxième priorité est la relance : être prêt lorsque la date de réouverture sera donnée, qu’il n’y ait pas de contrainte économique qui freinerait la reprise. En Île-de-France, nous avons aussi des objectifs spécifiques : l’équilibre entre les territoires en raison de la grande hétérogénéité entre la capitale et la grande couronne. Nous allons donc vers des opérateurs jusqu’ici peu soutenus, comme les tiers-lieux en zones rurales et des opérateurs qui s’adressent à la jeune création.

Des exemples ? 
Je vous citerai un projet intéressant en Seine-et-Marne : la Douve blanche, à égreville, qui travaille avec les très jeunes talents de la musique électro. Dans l’Est parisien, je citerai la Station Gare des Mines (collectif MU) qui réunit une vingtaine d’associations. Il y a une volonté de la ministre d’aller vers les tiers-lieux. Nous avons choisi de ne pas travailler sous forme d’appel à projets. Nous faisons appel à la concertation avec les organisations professionnelles, les élus, et au travail d’expertise des équipes de la DRAC pour identifier des projets qui, jusqu’ici, ne pouvaient pas être soutenus parce qu’ils n’étaient pas dans les cadres habituels. La première vague a aussi permis de consacrer 1 M€ au projet de construction de la scène de musiques actuelles Forum II, à Vauréal, en investissement et 145 000 euros aux tiers-lieux. La deuxième vague est en train d’être programmée.

Interviendrez-vous, à la reprise, pour compenser les jauges réduites ? 
Nous travaillons depuis décembre avec le Centre national de la musique sur les questions de jauges. On étudie en ce moment la question des festivals qui sont susceptibles d’avoir des jauges progressives, pour, de la même manière, qu’on puisse les soutenir avec des interventions différentes selon les modèles économiques. Sur le champ privé non musical, c’est soit l’Association de soutien au théâtre privé (ASTP) qui finance, soit le ministère de la Culture via la DRAC, mais pas les deux en même temps. Nous pouvons intervenir auprès de structures privées pour des aides économiques. Ce qui compte, c’est la manière dont les charges artistiques sont prises en compte.

Quelles sont les perspectives pour 2022 ?
Le plan d’aide va se poursuivre en 2022, mais on ne connaît pas encore les volumes. Il y aura sans doute une phase de reconquête de public qui aura pris d’autres habitudes. Nous travaillons aussi sur la question des festivals on voit bien que le tendance n’est plus d’aller vers le gigantisme, mais sur la proximité, des esthétiques plus pointues, avec des publics plus réduits. Les limites du système se voyaient déjà avant la crise. On commence à voir s’esquisser ce que sera l’après-Covid pour la culture.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°493

Crédit photo : Sothean Nhieim

Arts du cirque : vers une cité internationale à Vénissieux

Infoscènes
Image
Hauts-Plateaux

C’est à Vénissieux que s’installera la future Cité internationale des arts du cirque, a annoncé la Métropole de Lyon. Ce projet porté par la compagnie MPTA (Mathurin Bolze) et l’école de cirque de Lyon (dont la plupart des élèves poursuivent leur parcours en écoles nationales supérieures), un temps envisagé à Saint- Genis-Laval, ouvrira sur le site du Puisoz, où est mené le projet d’urbanisation Grand Parilly. Quand ? « Tout ou partie de ce projet se fera sous cette mandature [2020-2026], espère Cédric Van Styvendael, élu en charge de la culture de la Métropole et maire de Villeurbanne, ajoutant : ce pôle a plusieurs “briques” ». Il s’agit, sur 10 000 m², a minima d’héberger l’école de cirque, à l’étroit dans ses actuels murs, d’accueillir des chapiteaux et d’avoir des espaces de travail.

Les artistes circassiens en manquent, même dans le Pôle national cirque de la région, La Cascade (Ardèche), où une salle d’entraînement est à venir. Il s’agit de « rassembler les espaces et activités à même d’accueillir l’ensemble de la filière cirque et soutenir sa structuration en étant un pôle de ressources pour l’ensemble des acteurs du territoire », selon la Métropole. Les professionnels pourront donc y côtoyer les amateurs. Le but n’est pas d’en faire un lieu de diffusion, mais ce pourrait être le cas à l’occasion notamment du festival UtoPistes, créé en 2011, en biennale, par la compagnie MPTA. La formation et l’entraînement sont au cœur de ce projet qui comprendra deux salles. Le financement reste à détailler car le choix très récent du lieu oblige à adapter ce qui avait été imaginé dans une autre commune depuis deux ans. Mais la Métropole principalement, la DRAC et la Région Auvergne-Rhône-Alpes  y participeront. La Métropole a déjà acté 2 M€ pour cette Cité du cirque lors du vote de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) en janvier et « 7M€ sur l’ensemble du projet ». 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°492

Légende photo : Hauts-Plateaux, de Mathurin Bolze, directeur de la cie MPTA qui porte la Cité avec l’école de cirque de Lyon.

Crédit photo : Brice Robert