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Culture et ruralité : un an après

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La Caravane poétique

Douze mois après l’annonce du plan « Culture et ruralité » du ministère de la Culture, La Scène est retournée interroger celles et ceux qui avaient partagé leur analyse et leurs espoirs dans ses colonnes, au printemps 2024.

Voici presque un an, le 12 juillet 2024, la ministre de la Culture Rachida Dati lançait le plan « Culture et ruralité », décliné en 23 mesures qui faisaient suite à une courte concertation nationale. Pendant quelques mois, les acteurs culturels et les collectivités locales avaient été invités à contribuer au Printemps de la ruralité. « Il n’y a pas de fatalité à la déprise rurale, notait alors Rachida Dati. Services publics, commerce, offre culturelle : il faut une vision globale pour la redynamisation de nos territoires ruraux. Aujourd’hui, c’est même dans les campagnes que se réinvente un service public de la culture, qui change littéralement des vies. Cela doit tous nous inspirer. »

Le plan « Culture et ruralité » était doté de 98 millions d’euros sur trois ans (2024-2027), dont 18 millions d’euros alloués dès 2024. En réalité, 20,5 millions d’euros ont déjà été dépensés en 2024, sur 19 des 23 mesures du plan, selon les services de la délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle (DG2TDC) du ministère de la Culture. Fin mai dernier, devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, la ministre confirmait que plus de 20 millions d’euros étaient « sanctuarisés pour 2025 et 2026 », précisant en quelques chiffres les endroits d’intervention majoritaires : la mesure Villages en fête, avec 133 projets soutenus ; l’aide aux radios locales (282 projets) ; le déploiement des artothèques (4 millions d’euros, dont 3 millions d’achats d’œuvres) ; 163 projets de résidence d’artistes dans 78 départements, 147 communes ; 4 millions d’euros pour les musées ruraux… « Le plan continue de se déployer et on a un début de rééquilibrage de l’accès à la culture », assurait la ministre.

Pour les festivals ruraux, 600 000 euros ont été dégagés pour 2025. C’est peu si l’on divise la somme par les 14 régions concernées. « On peut finalement soutenir deux festivals dans chaque région, à hauteur de 20 000 euros. Les attentes sont énormes mais un plan pour la ruralité, c’est forcément compliqué et coûteux tant les territoires sont vastes », nous dit-on en off. Dès 2024, le GIP Café Culture s’est trouvé renforcé pour les projets développés dans les petites communes, là aussi à hauteur de 600 000 euros. Et des moyens importants ont été fléchés pour que de grands opérateurs nationaux (Opéra de Paris, Ensemble intercontemporain, Centre national de la danse) puissent se déployer en milieu rural.

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Par Cyrille Planson

Légende photo : La Caravane poétique est un projet de la compagnie La Serendipe, tourné dans les villages des Hautes-Alpes par La Chouette, dans le cadre du festival Itinéraires Bis, en septembre dernier. 

Crédit photo : D.R.

Pass Culture : une reprise en main qui ne rassure pas

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Aurélie Hannedouche

Critiqué avec un tact prudent par Rachida Dati dès son entrée en fonction au ministère de la Culture, éreinté par des rapports successifs, le pass Culture, ce « totem présidentiel », connaît d’importants soubresauts. Gel brutal de la part collective fin janvier, important coup de rabot sur la part individuelle et nomination d’une nouvelle directrice en février, transformation de la structure en opérateur d’État programmée pour janvier 2026… Le débat, lui, reste ouvert.

« En l’état, le pass Culture n’est pas suffisamment démocratique. Sous certains aspects, il peut même alimenter la reproduction sociale. » Devant les sénateurs le 30 janvier dernier, Rachida Dati reprend à son compte certaines des critiques formulées dans le rapport de la Cour des comptes de décembre 2024 comme dans celui de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC), rendu six mois plus tôt. La ministre de la Culture, tout en défendant le dispositif – « totem présidentiel », selon le mot de Laurent Lafon, président de la commission culture au Sénat –, s’est rapidement montrée critique à son égard et, au fond, ces deux enquêtes approfondies lui offrent des arguments pour le corriger. Pour mener à bien ce travail, elle a nommé le 14 février Laurence Tison-Vuillaume en lieu et place de Sébastien Cavalier à la présidence de la SAS Pass Culture.

La haute fonctionnaire, ex-directrice de cabinet de Françoise Nyssen lors de son passage Rue de Valois, a supervisé le rapport sur le pass lorsqu’elle était directrice de l’IGAC. C’est dire si elle en connaît intimement les limites qu’elle a elle-même pointées du doigt. Sa nomination symbolise la reprise en main par le ministère, suivant une préconisation de la Cour des comptes. Au 1er janvier 2026, le pass Culture sera un opérateur du ministère de la Culture – ce qui n’exclut pas son maintien sous la forme d’une SAS. Sébastien Cavalier refusait totalement cette perspective. Cette « réintégration au sein des services du ministère ne lui permettrait plus d’accomplir ses missions avec succès et hypothéquerait l’avenir du dispositif », écrivait-il en réplique aux magistrats de la cour.

La ministre a également repris la main sur le comité stratégique, l’organe qui décide des orientations du pass, dont elle a accusé les membres de « se faire plaisir » et de cultiver l’entre-soi. Quatre nominations ont déjà été actées, avec notamment un changement de président. Aymée Rogé, DRAC de Bourgogne-Franche-Comté prend la direction du comité. 

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Par Bruno Walter

Légende photo : Aurélie Hannedouche, directrice du SMA

Crédit photo : Julien Pebrel

« Le pass Culture est un outil, pas une politique publique stratégique»

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Marie-Christine Bordeaux

L’universitaire Marie-Christine Bordeaux, professeure à l’université Grenoble Alpes, revient sur les directions, souvent contestées, données aux politiques d’éducation artistique et culturelle.

La Scène : On a annoncé au printemps la suppression à venir du Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle (HCEAC), dont vous étiez membre. Qu’en est-il aujourd’hui ? 
La suppression du Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle a été votée par le Sénat dans un projet de loi déposé auprès de l’Assemblée nationale, nous sommes sans nouvelles de l’aboutissement de ce projet de loi, mais il est probable qu’il sera supprimé malgré la lettre ouverte que nous avons publiée avec Robin Renucci et Bernard Noly, également membres du Haut Conseil, pour demander son maintien et la mobilisation de réseaux d’acteurs.

La Scène : La création d’un poste de délégué interministériel à l’EAC, dévolu à Emmanuel Ethis, l’ancien président du HCEAC, est-elle une bonne nouvelle ? 
C’est un signe intéressant, car il montre que l’on cherche des solutions institutionnelles pour organiser l’interministérialité, qui est l’éternel problème de l’EAC. Simplement, cela ne règle pas l’autre dimension, très importante, qu’est le dialogue avec les collectivités territoriales. Le HCEAC y avait apporté une réponse en intégrant, pour un tiers de ses membres, des représentants des collectivités. Mais comme cette annonce est contemporaine de celle de la suppression du HCEAC, on ne peut que s’interroger sur la stratégie du gouvernement.

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Propos recueillis par Cyrille Planson

Légende photo : Marie-Christine Bordeaux

Crédit photo : Julien Pebrel

Les musiques actuelles comptent déjà les dégâts des baisses de subventions

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Gaëtan Roussel

Exemples à l’appui, le SMA alerte sur « un phénomène insidieux de déconstruction ».

Dans un tableau documenté, le Syndicat des musiques actuelles (600 adhérents) a recensé, série en cours, près de 70 millions d’euros en moins de contributions régionales à la culture et des dégâts déjà visibles pour ces esthétiques musicales, à tous les niveaux.

Le symbole de Bourges
Comme une incarnation de l’hécatombe, le Printemps de Bourges, qui ouvre la saison, a dû mener, pour la première fois en 10 ans, sa 49e édition avec près de 400 000 euros en moins sur un budget 7,5 millions d’euros (2024) : dans le détail, c’est 150 000 euros de sponsoring et surtout « 250 000 euros d'aides publiques » qui disparaissent, a expliqué peu avant l’ouverture du festival son directeur, Boris Vedel. Si l’État et la Ville ont maintenu leur soutien, ceux de la région Centre-Val de Loire et du département du Cher s’effondrent. Un autre symbole : ce sont les strates de collectivités les plus en retrait cette année. Ce qui a entraîné une « décroissance contrainte » pour l’événement qui a dû réduire la voilure.

Un phénomène insidieux
Les conséquences des coupes budgétaires mesurées par le syndicat sont multiples : « annulation de dates, groupes déprogrammés, annulation d’actions culturelles envers des publics scolaires, en situation de handicap, mais aussi risques de licenciements des équipes ou hausse des tarifs d’accès pour les publics ». La Fédération des lieux de musiques actuelles (Fedelima), qui publie ses « chiffres clés 2023 » s’alarme d’« une multiplication de signaux particulièrement préoccupants ». 
« Nous sommes évidemment très inquiets, alerte le président du SMA, Stéphane Krasniewski, car on observe un phénomène insidieux de déconstruction, une réalité qu’on ne voit pas qui est à l’œuvre, à bas bruit – et qui ne doit pas faire oublier le drame que vivent les structures en Pays de la Loire, par exemple. » D’ailleurs, l’étude mesure les effets de ricochets nationaux de ce coup de canon régional : « Quand Christelle Morançais coupe ses subventions, nous voyons – au-delà des structures de son territoire – un producteur à Arles dont le chiffre d’affaires est à 30 % en Pays de la Loire être impacté. » 
La simultanéité de ces coupes politiques, choisies, ou budgétaires, subies, entraîne des répercussions en chaîne sur le territoire, mais aussi dans la filière, comme ces structures annulant des concerts et qui perdent ainsi leur éligibilité aux aides du Centre national de la musique (CNM). Sur le terrain, le SMA illustre la casse avec le Café Charbon Nevers, Smac de la Nièvre, obligée de retirer de sa grille 4 à 6 concerts, soit 8 à 12 groupes en moins, et 3 actions culturelles (200 à 600 collégiens touchés), ou la Smac de Belfort, la Poudrière, qui fait disparaître 6 dates (12 groupes) et un projet avec des maisons d’arrêt. Il y a aussi le Jardin Moderne, structure d’accompagnement de musiciens (Rennes) qui réduit ses actions culturelles et annule son Open Garden 2025, les Moissons du Rock (Reims) qui ne peuvent plus financer leurs navettes, ou Adone Productions (Paris) contraint d’annuler 11 représentations du spectacle jeune public Cordalinge, dans trois régions… L’étude veut montrer « que ces structures font un travail de structuration de la filière avec un effet à long terme, et que ce sont aussi des actions qui maillent les territoires et font du lien social », insiste Stéphane Krasniewski. Il souhaite dépasser les chiffres pour mettre en valeur le travail qualitatif de ses adhérents, des projets de temps long : « Si on les fragilise, cela va prendre beaucoup d’années pour les reconstruire. Car ce sont des projets partenariaux avec des structures sociales », elles aussi touchées.

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°581

Légende photo : Gaëtan Roussel au W, Printemps de Bourges 2022

Crédit photo : Jean-Adrien Morandeau

Carnet : disparition de Jean-Paul Montanari

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Jean-Paul Montanari

Comme l’épilogue un peu triste d’une saga qui a tenu en haleine la danse, Jean-Paul Montanari est décédé le 25 avril, alors que ses successeurs à la tête de l’Agora de la danse/Montpellier Danse viennent d’être nommés, mais avant qu’ils prennent leurs fonctions. Il ne verra donc pas l’aboutissement d’une action menée depuis plus de quarante ans et qui a fait de la métropole l’une des capitales mondiales de la danse. 

Et ce n’était pas écrit d’avance. Il a fallu beaucoup de persistance et de volonté pour qu’un gamin en 1947 né à Boufarik (Algérie), devienne journaliste à Lyon, dans ce qui est alors un pôle essentiel de l’effervescence chorégraphique française des années 1970. Il y rencontre le chorégraphe Dominique Bagouet, qui lui-même vient de rencontrer un jeune maire d’une ville pas très en vue. George Frêche a lancé le centre chorégraphique national et va s’accorder à cette vision de la danse que Jean-Paul Montanari sert en prenant en charge à partir de 1983 le festival qui existe déjà. Vu comme une « statue du commandeur », volcanique et entier, le jeune homme donne à la manifestation une place non envisagée initialement. Tant et si bien qu’en 1992, à la mort de Bagouet, le festival prend son autonomie. 

En 1994, il frappe un coup majeur en invitant Béjart pour une édition qui bouleverse la ville et les certitudes. À partir de cette édition, le festival tend à éclipser le CCN, ce qui ne va pas sans tension. La loyauté de Jean-Paul Montanari est rarement soulignée. Elle est pourtant absolue. Aux artistes, à la danse, à Georges Frèche et à la ville… Ainsi va-t-il suivre la réhabilitation du couvent des Ursulines en Agora internationale de la danse, où s’installent le CCN en 1997, puis le festival en 2001. Cette fidélité ombrageuse explique les attachements qu’il a suscités et le communiqué inhabituellement sensible de la part d’un maire au décès d’une figure de sa commune. Quand Michaël Delafosse, maire de Montpellier, en réponse à la phrase de Jean-Paul Montanari – « Ne faire confiance qu’aux artistes, les seuls à savoir transfigurer l’horreur en beauté »  – écrit : « C’est cette promesse que je veux garder en moi alors que cette nouvelle me plonge dans une tristesse infinie », on peut le croire.  

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°581

Légende photo : Jean-Paul Montanari

Crédit photo : D. R.

Céline Saad : « Nous souhaitons ancrer nos partenariats sur le temps long »

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Céline Saad

Après dix ans au développement des entreprises au Festival d’Aix-en-Provence, Céline Saad est responsable du mécénat et des partenariats au Festival d’Avignon depuis novembre 2023. Elle commente les actions menées, les ambitions et la teneur de ces soutiens.

En deux ans, le Festival d’Avignon a doublé le montant du mécénat (8 % des recettes). À quoi est dû ce succès ? 
En effet, son montant est autour de 1,6 millions d’euros, 80 % provenant d’entreprises et fondations d’entreprise et 20 % de particuliers. Ce succès est dû à notre engagement envers le projet de Tiago Rodrigues de diversifier les ressources propres du festival, en particulier en fortifiant le mécénat. De là, nous avons rapproché nos partenaires existants, comme le groupe Crédit coopératif, et développé avec eux de nouveaux projets. Quant à cette année, elle est marquée par la poursuite des engagements de la fondation d’entreprise Hermès et de Van Cleef & Arpels pour la transmission et le soutien à l’émergence, mais aussi par le renforcement des mutualisations du groupe AXA. Déjà Grand mécène de la FabricA pour la période 2024-2026, AXA a renforcé son financement en devenant le Grand mécène de cette édition 2025 qui invite la langue arabe.

Comment cette évolution s’est-elle faite ? 
Au départ, il s’agit d’un partenariat local, porté par une agence AXA du territoire, qui a accompagné le développement de cette relation de façon ambitieuse. Le groupe a d’abord souhaité appuyer son soutien sur le projet de la FabricA, dans sa dimension d’outil de production toute l’année, de permanence artistique sur le territoire, et d’engagement environnemental au festival. Et pour l’édition 2025, il a été à l’écoute de nos besoins. Nos engagements avec les entreprises se font souvent ainsi. Avec l’idée de les faire grandir sur des projets de création, d’innovation, d’accessibilité à la culture qui nous tiennent à cœur, de les ancrer sur le temps long. 

Quels sont les objectifs ? 
L’axe principal est le développement de projets avec des entreprises et des fondations d’entreprise. Un autre, encore émergent, est l’accompagnement par des grands donateurs (un don au-delà de 10 000 €) sur des projets spécifiques, comme celui de la carrière de Boulbon. Dernier axe, envisager la question de la pluriannualité avec chacun de nos partenaires. Elle permet une continuité dans nos objectifs de mécénat et d’avoir une visibilité financière et budgétaire sur plusieurs années.

Comment concilier quantité et qualité des mécénats ? 
Le mécénat est une question à la fois d’incarnation du projet et de relations humaines. Donc, on veille à enrichir celles-ci tout au long de l’année, en associant nos mécènes à d’autres moments que le festival : dans l’activité pérenne de la FabricA, dans nos actions de transmission auprès des publics scolaires, ou encore par des rencontres sur une date de tournée d’un spectacle. 

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°581

Légende photo : Céline Saad

Crédit photo : D. R.

 

Laval : Le Chainon manquant résiste

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Amants, de la compagnie Exalté

C’est la bonne nouvelle de ce printemps. Le Festival du Chainon manquant organisera bien sa 34e édition du 16 au 21 septembre 2025, à Laval et à Changé (Mayenne), et ce, malgré le retrait total du conseil régional des Pays de la Loire, son principal financeur. «Nous souhaitons poursuivre l’aventure, car nous sommes aussi un acteur du territoire, c’est ce qui nous anime. Mais être du territoire des Pays de la Loire sans le conseil régional des Pays de la Loire, c’est quelque chose d’assez absurde», relève François Gabory. Pour le Chainon manquant, c’est une perte de 161 000 euros, 20 % de son budget (840 000 euros en 2024). « C’est une forme de mépris, l’ignorance du travail qu'on fait », a ajouté le président du réseau Chainon en présentant cette future édition. « Jamais en tant que président du Chainon, je ne me suis senti aussi méprisé, ignoré à ce point. » S’il reconnaît avoir « mis un peu de temps depuis les annonces de décembre pour prendre la parole », c’est qu’il a fallu à toute l’équipe du temps pour encaisser, et se réorganiser. D’autant plus que la 33e édition avait signé une forme de maturité (La Lettre du spectacle, le 4 octobre 2024) : « Alors, avec la confiance des collectivités, on avait entre les mains beaucoup d’éléments pour aller encore plus au loin au service des artistes et du public », se souvient François Gabory. Et puis... « patatras ».

Format revisité, mais toujours conséquent
Le retour du festival se fait donc « dans un format revisité s’adaptant à la nécessité économique ». Ainsi disparaît le village du Festival (90 000 euros) au centre de Laval, qui sera compensé par un peu plus de spectacles de rues gratuits. Le festival va se concentrer sur Laval et Changé, et ne pas organiser son dispositif Le Chainon en région cette année. Le « conseil d’administration, en décidant de poursuivre le projet du Festival, a fait le choix de répartir les économies à réaliser sur plusieurs postes et de maintenir les emplois sur place », le tout afin d’assumer « sa responsabilité et ses missions vis-à-vis des artistes, de ses adhérents et de ses partenaires », estime l’organisation. Les partenaires et prestataires ont fait un effort, le Chainon s’est tourné vers les partenaires culturels historiques (le Théâtre de Laval, le 6PAR4 et le Quarante). Le prix des places va augmenter d’un euro, mais restera accessible, autour de 8 euros en moyenne. Et il y aura un peu moins d’artistes. C’est à ce prix qu’« après Avignon, c’est à Laval que ça se passe », assure François Gabory qui présentera en juin la programmation.

Jérôme Vallette 

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°580

Légende photo : Amants, de la compagnie Exalté

Crédit photo : David Wooldrige

Montpellier : L’Agora - Cité internationale de la danse tient ses quatre copilotes

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L’Agora - Cité internationale de la danse

L’annonce de la nomination de Jann Gallois, Dominique Hervieu, Pierre Martinez et Hofesh Shechter à la direction de l’Agora - Cité internationale de la danse, le 10 avril n’a pas été une réelle surprise tant étaient convaincantes les personnalités de ce quadrige. 
L’essentiel reste à faire tant la fusion du Centre chorégraphique national de Montpellier et du festival Montpellier Danse s’annonce complexe. Dès le choix du nom cela se corse, car nul ne sait encore comment appeler la nouvelle entité : le communiqué du ministère de la Culture désigne « l’Agora, Cité internationale de la danse dotée du label Centre chorégraphique national (CCN) », ce qui n’est pas le plus simple. 

Quel montage ?
Pour y voir plus clair, il va falloir attendre le montage juridique puisque, seules certitudes, il doit s’agir d’une association loi 1901 reprenant les actifs et tous les contrats (et salariés) des deux associations préexistantes (CCN et festival. Depuis deux mois, Thierry Tordjman est chargé d’une mission de management de transition et des projets circulent, dont les nommés ne s’offusquent guère, comme l’explique Pierre Martinez : « Il vaut mieux maintenant que tout ne soit pas entièrement bouclé avant que l’on puisse prendre la mesure de la réalité. » Pour les futurs directeurs, les choses sont plutôt claires. Tous seront salariés, en CDI, y compris Hofesh Shechter bien que le chorégraphe, basé à Londres, garde son activité personnelle. Sur un modèle qui est emprunté au collectif FAIR-E –  qui dirige le CCN de Rennes –, Hofesh Shechter disposera d’un CDI de droit français à temps partiel (20 %). Jann Gallois mettra sa compagnie BurnOut en sommeil et ses contrats commenceront dès le 1er janvier 2026. Dominique Hervieu comme Pierre Martinez souhaiteraient, eux, être en poste en septembre ou octobre. Mais le travail d’ingénierie juridique imposera ses délais et les tutelles n’ont pas vraiment progressé sur ce sujet au cœur des préoccupations depuis l’origine du projet. Les quatre codirecteurs souhaitent être sur place pour la prochaine édition du festival (21 juin au 5 juillet 2025). 

4 millions de budget
Cette quadridirection ne se traduira pas par un alourdissement des coûts salariaux puisqu’il s’agit de remplacer Christian Rizzo (CCN), Jean-Paul Montanari (Montpellier danse), mais aussi Rostan Chentouf, directeur délégué du CCN et Gisèle Depuccio, directrice adjointe du festival. Les deux chorégraphes codirecteurs réaliseront une création en alternance par an, celle de 2028 devrait échoir à Hofesh Shechter pour sa compagnie Shechter II dont la présence à Montpellier va être importante. Ses 13 jeunes danseurs (contrats de deux ans) vont être souvent dans les murs de l’Agora. Ils représentent l’un des trois volets de la dimension pédagogique, avec Exerce la formation supérieure en recherche chorégraphique (créée en 2001 avec l’Université Paul-Valéry Montpellier 3) mais aussi la nouvelle classe préparatoire permettant – sur le modèle de L’Atlantique Ballet Contemporain animé par la compagnie Sine Qua Non Art à La Rochelle – à des danseurs n’ayant pas suivi les parcours reconnus d’intégrer le master. 
Si le budget est important (près de 4 millions d’euros) et l’adresse prestigieuse, les missions et les enjeux, immenses, n’ont guère été clarifiés. En somme, tout reste à faire.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°580

Légende photo : L’Agora - Cité internationale de la danse

Crédit photo : D. R.

« Relier le festival au plus près des projets menés en saison »

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Éric Thimjo

Le Festival de Figeac (Lot) se déroulera du 19 au 27 juillet pour une première édition sous la houlette du Grand Figeac. Éric Thimjo, responsable artistique de l’événement et responsable spectacle vivant de la collectivité, explique ce choix inédit en 25 éditions.

Pourquoi la communauté de communes du Grand Figeac  a-t-elle décidé de prendre en direct l’organisation du festival ?
Les élus souhaitaient une reprise en direct, et cela s’est fait d’un commun accord avec le Scénograph, à Saint-Céré (Lot), qui  pilotait le festival ces dernières années, sous la direction de  Véronique Do. L’intérêt pour  la collectivité est de confier  le festival à une équipe qui  travaille sur le Grand Figeac au  quotidien, et qui connaît ainsi  de près les acteurs et lieux du  territoire, et les habitants. Nous pouvons ainsi relier le festival au plus près des savoir-faire et des projets que nous développons  en saison. 

Parmi les spectacles figurent des propositions très contemporaines du théâtre public : Illusions perdues, de Pauline Bayle, L’Abolition des privilèges, d’Hugues Duchêne, Trois contes et quelques, du Groupe Merci… Pourquoi cette inflexion ?
Effectivement, le Festival de Figeac a pu avoir une image de théâtre de répertoire avec Marcel Maréchal, son fondateur avec Les Tréteaux de France. Puis, avec Michel Fau et Olivier Desbordes, la programmation tirait plus sur le théâtre privé. Véronique Do avait déjà mis plus en avant  les esthétiques contemporaines. Nous nous situons dans la lignée de ce qu’elle a pu proposer. Nous souhaitons mettre en avant la variété des écritures et des esthétiques théâtrales, autour des écritures contemporaines comme des écritures de plateau. Nous continuons à programmer des apéros-rencontres et nous allons développer les propositions musicales. C’est une demande  de la collectivité, dans le but que la ville soit en fête pendant la  manifestation. Dans ce sens, nous allons aussi développer un pan de la programmation qui sera gratuite, sur le modèle d’un « Off ». 

Le festival se déroule en été, sur les dates du Festival d’Avignon. À qui s’adresse-t-il ?
Exister en même temps qu’Avignon n’est pas une question qui se pose vraiment pour nous. Cela a pu poser des difficultés aux programmateurs mais, pour le public, ce n’est pas un sujet. Nous nous sommes rendu compte sur les dernières éditions que la fréquentation était constituée de locaux pour les deux tiers [la dernière édition du festival a enregistré 5 585 spectateurs, NDLR], c’est à dire, de Lotois et d’habitants des départements limitrophes. Le festival se déroulant en été, nous travaillons également sur l’attractivité, en essayant de faire venir les touristes et les nouveaux habitants. Il est important de travailler cette deuxième entrée de « l’habitabilité » de notre territoire en proposant des projets de qualité. 

Propos recueillis par Tiphaine Le Roy

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°580

Légende photo : Éric Thimjo

Crédit photo : D. R.

Émergence : première édition des Nouveaux Métallos

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Alice Vivier

En vue de la saison 2025-2026, la Maison des métallos (Paris 11e) lance les Nouveaux Métallos, un programme d’accompagnement de jeunes artistes, en musiques actuelles, danse et théâtre. 

Sous la houlette d’Alice Vivier depuis 2024, la Maison des métallos, établissement culturel de la Ville de Paris, accorde une vive attention à la jeune création pluridisciplinaire. Une exigence pour sa directrice : « Il fallait que la Maison des métallos puisse aussi accueillir l’émergence. » Comment ? D’une part, en lui réservant une place dans sa programmation, d’autre part, en lui dédiant son nouveau dispositif, Les Nouveaux Métallos. Celui-ci était d’emblée inscrit dans le projet porté par Alice Vivier : « Je sais la nécessité d’être soutenu quand on débute », affirme-t-elle, déjà forte de moult expériences dans le domaine. Chaque saison, la Maison accompagnera six artistes au seuil de leur carrière, deux par discipline, sélectionnés par un jury de professionnels en programmation, direction artistique, direction de lieux, entre autres. Pas de parcours requis, mais une présentation d’un projet en écriture, en écho avec les engagements sociétaux et artistiques du lieu, et une capacité à penser un futur professionnel. 

Porter la création
Afin de s’adapter au mieux à leurs besoins, « les forces vives de la Maison » sont mobilisées. Un programme complet est conçu, avec, pour axes, le soutien à la structuration et concrétisation du projet artistique de chacun, des formations par des partenaires, dont Artcena, l’ONDA et peut-être le CNM – sur la production, l’administration, les enjeux de la RSE, le paysage culturel –, et des masterclasses par les artistes programmés dans la saison. S’ajoutent un apport en coproduction de 3 500 euros et la misÉmergence : première édition des Nouveaux Métallose à disposition d’un atelier de 80m² pendant 3 semaines. En guise d’étape, les six artistes présenteront leur projet en première partie de spectacles, pour « leur donner une visibilité auprès des professionnels et les confronter à un public », explique Alice Vivier. Avant une création sur une scène partenaire. Quant au budget de 50 000 euros – hors apport en industrie – alloué à ce programme, il provient du budget global artistique de l’établissement. Avec ce dispositif, la Maison des métallos se fait ainsi un tremplin, un « repère » de nouvelles formes, tout en se réaffirmant comme « un lieu à habiter ». Car ces Nouveaux Métallos sont invités à le fréquenter par-delà les trois semaines de résidence, pour y œuvrer, favoriser les rencontres, créer leur réseau. Et leur donner envie d’y revenir, espère Alice Vivier. Fidéliser une relation entre un lieu et les artistes, dès leurs débuts, pour préserver la création.  

Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°579

Légende photo :  Alice Vivier, directrice de La Maison des métallos

Crédit photo : Jérôme Lobato