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CGT-Spectacle : un syndicaliste au commissariat

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Denis Gravouil

C’est une première, alors que des rassemblements devant le ministère de la Culture sont régulièrement organisés, celui du 19 janvier, à quelques mètres, place du Palais-Royal, a mené à la convocation au commissariat de Denis Gravouil, secrétaire général de la Fédération CGT- spectacle. Il a été interrogé pendant plus d’une heure et demie au commissariat, lundi 31 janvier, après une convocation écrite pour audition libre, au motif que son organisation n’avait pas reçu d’autorisation de la préfecture pour manifester. Il confie : « Nous avons organisé des dizaines de rassemblements devant le ministère de la Culture sans les déclarer. Celui-ci s’est monté très rapidement car nous avions appris la tenue d’un conseil de défense le 20 janvier, trois jours plus tôt. Mais j’ai été convoqué pour “manifestation sans déclaration préalable”. Nous avions pourtant prévenu la préfecture ; j’en veux pour preuve que trois fourgons de CRS étaient sur place. »

Soit presque autant de forces de l’ordre que la trentaine de manifestants venus appuyer une délégation concernant les conséquences sociales des interdictions de spectacles. Le syndicaliste précise que les manifestations sur la voie publique sont soumises au régime de la déclaration et non de l’autorisation. « S’agit-il d’un excès de zèle du préfet Lallement ou de la réponse du gouvernement ? Dans les deux cas, c’est un recul manifeste du droit », livre Denis Gravouil. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il ne sait toujours pas si le parquet va engager des poursuites ou si ce dossier sera classé sans suite. L'affaire fait écho aux récentes tensions entre pouvoir et manifestants suite à des manifestations non déclarées à Gardanne ou à Nantes.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°509

Légende photo : Denis Gravouil

Crédit photo : MPI Moinet

Covid-19 : les clubs s’avèrent faiblement exposés au risque

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ITOC

L’expérimentation ITOC « Reviens la Nuit », menée le 17 octobre 2021 à la Machine du Moulin rouge (Paris), livre ses premiers enseignements sur les risques de contamination par le Sars-Cov-2 en clubs, importants pour les démarrages de carrières en musique électronique. Un article devrait paraître dans une revue scientifique en mars. Le docteur Jérémy Zeggagh, spécialiste des maladies infectieuses, confie : « Nous n’avons pas retrouvé beaucoup de virus dans l’air via les capteurs viraux installés dans la discothèque. Une ventilation très performante empêche une surpropagation du Covid. » Il n’y a pas eu non plus surcontamination des volontaires qui étaient dans le club par rapport au groupe témoin qui n’y était pas.

Cependant, l’expérimentation, menée alors que les clubs avaient rouvert et que le virus circulait moins, a eu du mal à recruter suffisamment de volontaires, contrairement au concert test mené cinq mois plus tôt. Notamment organisée par l’ANRS, AP-HP et le Prodiss, elle concernait des volontaires vaccinés. Si le concert-test visait à éprouver le pass sanitaire, ITOC/Reviens la Nuit a fait l’essai de l’actuel pass vaccinal. A-t-elle joué en faveur de la réouverture des discothèques le 16 février ? « Les modélisations permettent d’évaluer la baisse du taux d’incidence à cette date. Mais il va falloir apprendre à vivre avec ce virus, on ne va pas pouvoir fermer les discothèques en permanence. D’autant que le variant Omicron a peu d’impact sur une population jeune vaccinée et sans comorbidité », estime Jérémy Zeggagh.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°508

Crédit photo : D. R.

Le Quai M succède au Fuzz’Yon

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Fuzz’Yon

Après 35 ans de bons et loyaux services au centre-ville de la Roche-sur-Yon (Vendée), le Fuzz’Yon fermera ses portes début avril pour laisser la place à un équipement flambant neuf, le Quai M. Benoît Benazet, directeur-programmateur depuis 2004, confie : « Le Fuzz’Yon n’était plus adapté aux nouveaux modes de production et de création des spectacles. Il n’était pas insonorisé, thermiquement mal isolé… » Le nouveau bâtiment a été conçu par Chloé Bodart (Compagnie Architecture), à qui l’on doit notamment La Sirène, à La Rochelle. Les travaux et équipements, d’un montant total de 8 M€, ont été financés par l’agglomération, l’État, la Région des Pays de la Loire et le département de la Vendée.

Implantée sur une ancienne friche ferroviaire, la scène de musiques actuelles disposera désormais de deux salles de concerts qui permettront aussi des résidences de création : un club de 198 spectateurs debout et une grande salle avec balcon, accueillant 874 personnes ou 400 en version assise. Benoît Benazet explique : « La grande salle s’inspire à la fois de la Maroquinerie et de la Cigale. Le bâtiment est très ergonomique, on s’y repère facilement. » Un toit-terrasse et cinq studios de répétition complètent cet équipement de 2 800 m2 très identifiable de l’extérieur avec son toit-usine rouge et son œuvre graphique sur un pan de mur. Le déménagement – prévu en mai – entraînera un développement des concerts (de 40 à 60 par an), des recettes de billetterie (de 120 000 à 400 000 €), de l’équipe, qui passera de 7 à 17 salariés et du budget de fonctionnement, de 0,7 à 2 M€. L’ouverture du Quai M aura lieu le 9 septembre.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°508

Crédit photo : D. R.

SNAM-CGT : « Il y a eu un pacte du silence autour du “village de Bamboula” »

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Philippe Gautier

Entretien avec Philippe Gautier, musicien et secrétaire général du SNAM-CGT

Le documentaire Le village de Bamboula, de Yoann de Montgrand et François Tchernia, diffusé sur France 3 et visible en replay jusqu’au 6 février, revient sur ces danseurs et danseuses ivoiriens cloîtrés en 1994 au parc animalier de Port-Saint-Père, près de Nantes, dans des conditions de travail très discutables. Comment avez-vous eu vent de cette affaire que beaucoup présentent comme une réminiscence des « zoos humains » ? 
Le plus incroyable, c’est que beaucoup de choses étaient facilement accessibles, écrites noir sur blanc à l’époque dans Ouest-France ou Presse-Océan. Le montage juridique, l’enclave de droit ivoirien, les salaires bien inférieurs à ceux pratiqués en France. Dans la presse locale, c’était présenté comme une initiative formidable, logique puisque les autorités administratives avaient pleinement donné leur accord. Au début des années 1990, nous, les musiciens, vivions encore une époque où le travail au noir était monnaie courante, où les employeurs s’ingéniaient à ne pas payer les artistes. Et pas seulement en Loire-Atlantique. Nous étions très sensibilisés au dumping social. 1994, c’est aussi la date de la première extension de la convention collective du Syndeac, une sorte d’an 1 d’une certaine reconnaissance des droits des artistes.

Avec qui avez-vous mené vos démarches ? 
Pour le procès, nous avions constitué une délégation autour du SNAM-CGT, de la Ligue des droits de l’homme (LDH), du MRAP, du Gasprom et de SOS Racisme. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il y a eu plusieurs étapes, un peu comme dans un jeu de cartes, nous n’avions pas au début pleinement conscience de la « main » de nos interlocuteurs.

Que voulez-vous dire ?
Nous pensions que l’administration avait été trompée et que le droit se rétablirait après notre intervention. Alors qu’en réalité, les pouvoirs publics étaient eux-mêmes mouillés jusqu’au cou. Les Ivoiriens payés ¼ du Smic, les enfants autorisés à travailler, on a fini par s’apercevoir que cela avait été validé par la préfecture, on a vu les tampons officiels. Les pièces avaient été contrôlées et estimées valables. Nous avons cru qu’ils allaient nous aider mais c’était impossible car cela les mettait gravement en cause. Je l’ai compris l’année suivante lorsque nous avons porté l’affaire en justice. Cette procédure avait un double intérêt : faire condamner l’entreprise et avoir accès aux documents administratifs. C’était difficile d’’avoir des infos. Il était interdit de me parler. Je n’ai pu échanger quasiment qu’avec Salif Coulibaly, le leader de l’école de danse du Djolem, l’équivalent à l’époque de l’orchestre et ballet de l’Opéra national de Paris, une troupe d’État qui se produisait souvent à l’étranger.

Qui avait permis ce qui pourrait être considéré comme une aberration ?
C’est encore très difficile de le déterminer aujourd’hui. Je pense que cela s’est joué lors des obsèques de Félix Houphouët- Boigny, sous Mitterrand, alors que Balladur était Premier ministre, à la jonction de la Françafrique et des relais locaux de la droite en Loire-Atlantique. Il ne faut pas oublier que le conseil général de droite était alors actionnaire du parc animalier du Safari africain où était installé le fameux village.

D’ailleurs, vous aviez fait condamner la SA Safari africain pour « atteinte à la dignité humaine » mais quid des entorses au droit du travail ? 
En matière de droit du travail, il n’y a que les salariés concernés qui peuvent exiger le paiement de leurs salaires. Comme ils ne souhaitaient pas aller dans cette direction, nous avons décidé de faire dire par la justice le nom que toute cette entreprise portait.

Nantes étant marquée par la traite des esclaves, comment un tel projet a-t-il pu aboutir et rappeler de tels mécanismes de domination il y a encore 28 ans ?
Il s’agissait d’une énième reconversion du bassin économique nantais sous le prisme du divertissement touristique, le film le montre très bien. Ce serait vraiment fantastique qu’un sociologue ou un historien s’empare de cet événement. Je suis heureux que ce documentaire voit finalement le jour car l’Histoire était en train de se perdre.

Quand les deux réalisateurs se sont-ils manifestés auprès de vous ? 
Ils sont venus me voir au cours de l’été 2019. Ils ont vraiment effectué un travail de fond énorme pendant deux ans, notamment sur l’iconographie et les archives. Personnellement, de nombreux aspects nouveaux m’ont été révélés, notamment autour du « droit de cuissage ». On en entendait parler, Eugénie Bamba, qui était alors présidente de la Ligue des droits de l’homme de Loire-Atlantique me l’avait dit, la religieuse Sœur Joseph Guillory évoque cette dimension dans le documentaire, Édith Lago, qui était danseuse et avait à peine 14 ans au moment des faits, aussi, pour expliquer qu’elle avait refusé. Le harcèlement sexuel était alors un peu moins scandaleux qu’aujourd’hui, c’est une caisse de résonance supplémentaire sur notre époque.

Y avait-il une « loi du silence » ?
Oui. Et elle a continué pendant le tournage. Les réalisateurs n’ont eu qu’au dernier moment l’accord du membre de la troupe Lassina Coulibaly et de Édith Lago. Ils n’ont pas eu l’autorisation de tourner au sein de Planète sauvage, nom actuel du parc, dont l’actuelle direction a refusé de s’exprimer, tout comme le maire de Port-Saint-Père ou la famille de Dany Laurent, l’ancien directeur à l’initiative du « village de Bamboula ». Il y a eu un pacte du silence autour de cette affaire. Pour serrer les rangs et dissuader les Ivoiriens de témoigner, la thèse officielle de la direction était d’affirmer que les musiciens de la CGT étaient contre le parc parce qu’ils étaient jaloux que d’autres leur « piquent » leur travail. Heureusement, j’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur les ressources du SNAM, notamment juridiques, pour mener cette lutte.

N’a-t-elle pas un écho particulier au moment de l’actuelle exposition sur la traite et l’esclavage au musée d’Histoire de Nantes, L’Abîme
Nous discutons d’une projection-débat du documentaire en mars au château des ducs de Bretagne, en association avec la LDH que j’avais rejoint par la suite même si je n’ai pas revu Eugénie Bamba depuis 20 ans. Dany Laurent n’a vraiment pas eu de chance en tombant sur une des rares sections locales de la LDH présidée par une étrangère, ivoirienne de surcroît.

Propos recueillis par Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°508

Crédit photo : D. R.

« Positionner Chaillot comme un creuset et un lieu de réflexion »

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Pierre Lungheretti

Entretien avec Pierre Lungheretti, nouveau directeur délégué de Chaillot. 

Quel va être le périmètre de ce poste nouveau ?
Le périmètre est celui qui est défini dans la fiche de poste rendue publique dans l’appel à candidatures à l’automne dernier, avec spécifiquement une contribution à la stratégie globale de l’institution et au développement culturel. Il est lié à la nature du projet de Rachid Ouramdane fondé sur l’hospitalité, la diversité et une expérience élargie de l’art chorégraphique qui vise à développer l’action éducative et culturelle, l’action territoriale, une stratégie digitale innovante et l’action internationale.

Comment votre poste va-t-il s’articuler avec celui des autres responsables de Chaillot ?
C’est un poste de coordination stratégique et opérationnelle rattaché au directeur pour renforcer la dynamique transversale de l’institution, démultiplier les partenariats afin de diversifier les publics sur le plan social et générationnel, structurer des réseaux territoriaux et internationaux, innover avec les outils numériques pour diffuser à grande échelle la danse et les projets portés par Chaillot. Il s’agit également de positionner Chaillot comme un creuset et un lieu de réflexion autour d’une fabrique du lien par l’art. Je pense à titre personnel que nos institutions ont besoin d’équipes de direction complémentaires. Je pense en outre que chaque projet exige une gouvernance spécifique et qu’il est intéressant d’expérimenter des modèles différents. Je note, par ailleurs, que le schéma directeur/directeur délégué existe dans des structures de niveau national tel que le festival d’Avignon ou dans nombre de structures étrangères comme par exemple au Théâtre national Wallonie-Bruxelles.

Un poste de direction, c’est un coût non négligeable. Que va représenter le vôtre et comment est-il financé ?
Le coût de ce poste est neutre pour l’institution aussi bien pour l’année 2022 que pour les années suivantes. Il va être financé par redéploiements internes tenant compte d’évolutions structurelles de la masse salariale liés à des mouvements de personnels prévus bien avant mon arrivée.

Pourquoi ne pas avoir annoncé immédiatement que vous alliez accompagner la candidature de Rachid Ouramdane ?
Cette création de poste a fait l’objet d’un appel à candidatures ouvert. J’avais certes un lien avec Rachid Ouramdane, mais d’autres candidates et candidats ont pu faire valoir leurs qualités et leurs motivations.

Pourquoi, selon vous, les tutelles nomment des artistes à la tête d’institutions culturelles qui exigent une disponibilité totale alors qu’artiste est un travail à plein temps ?
Il me parait extrêmement important d’avoir des artistes à la tête des institutions culturelles, qui plus est pour des institutions nationales. C’est d’ailleurs le cas pour les quatre autres théâtres nationaux que sont la Comédie Française, la Colline, l’Odéon et le TNS. C’est aussi le cas dans les centres chorégraphiques nationaux et les centres dramatiques nationaux. Les artistes apportent une pensée originale sur le pilotage de ces institutions, une incarnation forte, une sensibilité liée à leur propre démarche artistique et à une connaissance intime de l’art et de la création.

Propos recueillis par Philippe Verrièle 

 

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°507

Crédit photo : D. R.

Trans Musicales : développer l’emploi en festivals

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Trans Musicales

Les festivals mobilisent souvent des bénévoles, avant parfois de créer des postes de salariés permanents. Le Collectif des festivals organisait une rencontre sur ce thème début décembre lors des dernières Trans Musicales de Rennes. Maturité et expérience sont nécessaires pour assurer cette nouvelle fonction d’employeur, synonyme de nouvelle organisation interne. Une fonction néanmoins expérimentée avec la gestion chaque année de CDD et d’intermittents du spectacle, respectivement 50 et 150 pour le festival Art Rock, qui emploie six permanents, rapporte sa directrice, Carol Meyer.

Nadège Couroussé, administratrice de production du Festival du Roi Arthur, était auparavant présidente de l’association portant cet événement. Elle témoignait de la première embauche fin 2020, suivie de deux autres en 2021, soit après dix éditions. « À mesure que le festival grossissait, le facteur temps des bénévoles montrait ses limites. Mais il y avait la crainte que la création d’un emploi prenne le poste d’un bénévole ou que les valeurs du festival soient perdues par une embauche extérieure. »

Igor Gardes, directeur du Festival du Cornouaille, notait qu’un recrutement était aussi un investissement pour l’avenir d’un festival. Par leurs compétences et leur expérience, beaucoup de bénévoles se professionnalisent, tandis que des salariés « bénévolisent » leur travail en y consacrant trop de temps. Le Festival du Cornouaille a décidé de se calquer sur des logiques de ressources humaines pour organiser le travail de ses 850 bénévoles, avec, par exemple, des fiches de poste pour les responsables de secteurs. Entre salariés et bénévoles, une bienveillance réciproque est nécessaire pour que la coordination opère.

Nicolas Dambre

 

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°507

Légende photo : Lors de l’édition 2021 des Trans Musicales.

Crédit photo : D. R.

Libre circulation : une note pour favoriser la mobilité artistique

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MobiCulture

Avant que la France n’assure depuis le 1er janvier la présidence du Conseil de l’Union européenne, les centres de ressources MobiCulture et On The Move avaient été sollicités par le gouvernement français sur la question de la mobilité artistique. Une note de 5 pages avait été envoyée en septembre au secrétariat général du ministère de la Culture. La ministre devant annoncer fin novembre les points retenus. La mobilité des artistes étrangers dans l’Union européenne reste difficile. La note liste plusieurs propositions, dont certaines anciennes, comme l’idée d’un visa d’itinérance, présenté en 2014 par la Commission européenne. MobiCulture suggère de faciliter la communication avec les agences externes traitant les visas, de plafonner les frais à 60 € pour les demandeurs enregistrés dans le Système d’information des visas ou encore d’abroger le code spécifique des visas pour les DOM-TOM. La fiscalité et les cotisations sociales pourraient être simplifiés.

De son côté, Zone franche, réseau des musiques du monde, a transmis par l’entremise de Jack Lang une note sur le même sujet à Emmanuel Macron. Elle pointe notamment les difficultés d’accès des artistes à l’espace Schengen – accrues avec la crise sanitaire – et reprend l’idée de visa d’itinérance, du passeport talent, ainsi que la proposition d’Emmanuel Macron (en 2018) de désigner un « référent visas artistes » dans chaque ambassade. Enfin, Zone franche souhaiterait qu’une grille de critères publique et transparente évite le profilage migratoire, parfois excessif, des artistes. Cette note, transmise en octobre, n’a suscité aucune réponse de l’Élysée. Le président de la République ne se positionnera sans doute pas sur ces sujets sensibles, alors que le Code communautaire des visas a été revu en février 2020.

Néanmoins, One Voice for European Music, un temps d’échange entre professionnels européens de la musique et décideurs des politiques culturelles européennes, est coordonné par le CNM. Une restitution aura lieu à Strasbourg le 7 avril. La mobilité est l’un des quatre groupes de travail, aux côtés des questions d’environnement réglementaire, d’innovation et développement durable, et de connaissances.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°507

Crédit photo : D. R.

Trans Musicales : Voice of Baceprot fait sensation en hijab à Rennes

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Voice of Baceprot

Les jeunes ambassadrices du metal indonésien Voice of Baceprot auront constitué l’un des petits événements de la dernière édition des Trans Musicales de Rennes, le 4 décembre dernier. D’abord par leurs origines lointaines puisque ce trio de rockeuses s’est formé à Garut, petit village de l’ouest de l’île de Java en Indonésie. « Deux représentants de l’ambassade d’Indonésie en France étaient présents au concert à Rennes, indique Claire Bernardet, de l’agence de presse spécialisée Purple Sage PR. Le président indonésien Joko Widodo est d’ailleurs fan de metal. Pour ce qui constituait leur première date française, les Voice of Baceprot sont parvenues à bon port avec leur entourage de 10 personnes malgré la flambée des restrictions sanitaires. D’autres n’ont pas eu cette chance. « Urban Village est resté bloqué en Afrique du Sud et le groupe britannique Wet Leg a dû annuler sa date aux Trans car un changement dans la durée de validité des tests survenu le week-end précédent les obligeait à revenir au Royaume-Uni », relate Gwenola Lebris, responsable des relations médias nationaux aux Trans Musicales.

Voice of Baceprot n’en est pas moins demeuré sous contrainte : si AstraZeneca est utilisé en Indonésie, les vaccins Sinopharm et Sinovac, quoiqu’homologués par l’OMS, ne sont pas acceptés en France ni par l’Agence européenne du médicament (AEM). « Bien que vaccinées, elle devaient du coup effectuer un test PCR tous les jours pour pouvoir se produire », relève Claire Bernardet. Autre singularité du trio : leur port totalement assumé d’un hijab noir assorti à leur costume de scène, l’Indonésie étant le plus peuplé des pays de confession musulmane (cette religion y est largement majoritaire) avec 264 millions d’habitants. Un détail qui ne risquait pas de choquer le public des Trans, particulièrement « bienveillant et ouvert à l’acceptation de l’autre », signale Gwenola Lebris. Après leur autre étape française à l’Atelier des Môles à Montbéliard et leurs concerts aux Pays-Bas, en Belgique, en Suisse, les Voice of Baceprot ont prévu des dates au Royaume-Uni au printemps. « Elles sont aussi invitées au Wacken en Allemagne l’été prochain, l’un des plus importants si ce n’est le plus important festival metal en Europe », note Claire Bernardet. 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°506

Légende photo : Voice of Baceprot a repris Metallica et RATM aux Trans.

Crédit photo : Martin Roche

Rapport Gauron : scénario optimiste pour l’intermittence du spectacle

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Aymeric Maini

Le volume d’heures d’activités des intermittents du spectacle était légèrement supérieur, fin juillet 2021, à celui de juillet 2019, a relevé le ministère du Travail, qui avait demandé à Pôle emploi d’actualiser certaines données du rapport Gauron. Avec le ministère de la Culture, il a ainsi pu fournir ces statistiques aux organisations représentatives des employeurs et salariés lors de réunions bilatérales organisées mi-novembre, alors que l’année blanche se termine, avec le maintien des droits au chômage jusqu’à fin 2021 au lieu de fin août initial pour les 120 000 intermittents liés aux annexes 8 et 10. « Ces données nous permettent de nous placer dans le scénario optimiste du rapport Gauron. À fin juillet 2021, 72 % des bénéficiaires de l’année blanche avaient atteint les 507 heures d’activité », indique-t-on au cabinet de la ministre du Travail.

Le rapport tablait en effet sur un peu plus de la moitié des bénéficiaires dépassant le seuil nécessaire pour conserver leur statut. Selon les projections de Pôle emploi, plus de 80 % des bénéficiaires de l’année blanche seraient réadmis en 2022, les autres se répartiraient à parts égales entre l’allocation de professionnalisation et de solidarité (APS) et la clause de rattrapage. Malgré une fréquentation des spectacles très inégale et l’arrivée d’une cinquième vague épidémique, le gouvernement ne prévoit pas pour le moment de prolongation ou d’aménagements de cette année blanche.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°506

Légende photo : Aymeric Maini

Crédit photo : Eric Deguin

Des containers modulables pour une autre empreinte écologique du théâtre

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containers

Le ministère de la Culture et le CDN de l’océan Indien basé à La Réunion ont passé commande d’un Mobil Téat’ au scénographe Raymond Sarti. « L’ADN du projet, c’est d’être une boîte à outils modulable pour favoriser les résidences artistiques sur les territoires », éclaire Luc Rosello, qui dirige le CDN centré autour du théâtre du Grand Marché de Saint-Denis, chef-lieu. Le Mobil Téat’ faisait partie du premier projet de candidature de Luc Rosello en 2017 et devrait voir le jour fin 2022, au cours de son second mandat. Pour le réaliser, il a fait appel à Raymond Sarti, qui s’était déjà fait remarquer lors de Marseille-Provence 2013 dans le hangar J1 du port autonome phocéen avec une exposition de 60 containers. Or ceux-ci sont précisément au cœur de ce projet développé, qui plus est, sur l’axe d’une des plus puissantes lignes de transit actuelles du fret maritime, l’océan Indien. Le Mobil Teat’ est à la fois un réceptacle mobile de diffusion mais aussi un outil de création. Outre sa scène, il comprend en effet deux ateliers intégrés. De quoi lui permettre de créer ses propres décors et costumes sur place à partir des ressources des zones géographiques traversées.

Il se présente sous forme de quatre containers en acier Corten : un dédié au théâtre (diffusion, coin régie, douche, WC), à la un construction (pour les décors), un pour la couture (pour les costumes) et un pour la billetterie/bar. Plusieurs modulations sont possibles dans des configurations pouvant aller de 50 à 200 places. « J’ai choisi de poser la question de l’autonomie énergétique qui ne figurait pas au départ dans le cahier des charges, ajoute Raymond Sarti. Avec la possibilité d’un approvisionnement hybride s’appuyant autant sur le secteur 220 volts que sur des groupes électrogènes, des éoliennes (de 500 à 5 000 watts) et des panneaux voltaïques rigides, souples ou en toile. Une réponse à l’urgence écologique. « Au départ, je souhaitais même impliquer l’armée sur ce projet car le génie militaire sait par exemple travailler dans le désert en autonomie mais cela s’est révélé très compliqué politiquement », poursuit-il.

Le ministère de la Culture finance ce projet à hauteur de 180 000 €, la Ville de Saint-Denis pour 100 000 €, l’enveloppe de 12 440 € de la région réunionnaise, plus modeste, concerne néanmoins l’axe décisif de l’autonomie énergétique. Depuis l’intérêt marqué par Roselyne Bachelot lors de sa récente venue à La Réunion, le projet a désormais les faveurs des Antilles et de Mayotte. Raymond Sarti travaille pour ce projet avec Benoît Probst, remarqué lorsqu’il a revisité la cour d’honneur du palais des Papes d’Avignon.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°506

Légende photo : Une des configurations, dans 2 ou 4 containers

Crédit photo : D. R.