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« En Transit », le théâtre en version originale

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En Transit

La pièce En Transit sera présentée au festival d’Avignon du 7 au 14 juillet. Elle a été produite par la Comédie de Genève et coproduite par 9 institutions dont l’Odéon, Théâtre de l’Europe et le Théâtre national de Bretagne. En 2018, le metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani était arrêté à l’aéroport de Munich pour contestation de son visa. S’ensuivent 24 heures d’attente dans la zone de transit de l’aéroport, entouré d’individus dans la même situation que lui. Ironiquement, il travaille au même moment sur l’adaptation du roman Transit, d’Anna Seghers, drame politique dans lequel des fugitifs tentent de quitter l’Europe pour échapper à la Wehrmacht et se retrouvent bloqués à Marseille en 1940, se démenant pour se procurer sauf-conduits, permis de séjour, visas et faux-papiers.

Dans la pièce librement adaptée, En Transit, l’un des protagonistes joue le rôle d’Amir Reza Koohestani, bloqué lui-même dans cette situation bureaucratique oppressante. Un imbroglio qui n’est pas sans rappeler Le Terminal, de Spielberg. Le décor de la pièce, les nombreux dispositifs de caméras et les superpositions d’images vidéos amplifient l’effet de paranoïa. La complexité technique de la pièce repose sur la bonne gestion des caméras sur le plateau, qui se déplacent en même temps que les actrices dans la cabine. La rencontre entre la réalité et le roman accentue la sensation d’absurdité. Le multilinguisme est ce qui fait la spécificité de cette pièce.

« Amir Reza Koohestani a souhaité plonger le spectateur dans l’atmosphère du roman d’Anna Seghers, ainsi que dans la situation qu’il a vécue, rappelant l’atmosphère multiculturelle dans les aéroports et les incompréhensions que ces différences linguistiques peuvent entraîner », analyse Gautier Fournier, chargé de production déléguée et de tournée à la Comédie de genève. Le français, l’anglais, le farsi et le portuguais sont utilisés par les comédiennes, Danae Dario, Agathe Lecomte, Mahin Sadri et Khazar Masouine, nécéssitant des capacités linguistiques singulières de leur part et un surtitrage en français et en anglais. « Ce double surtitrage n’entraîne aucun surcoût de production, conclut Gautier Fournier, la traduction étant effectuée par Massoumeh Lahidji, traductrice iranienne émérite, qui accompagne Amir Reza Koohestani sur ce projet.

Justine Vincent

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°517

Légende photo : La pièce En Transit évoque aussi le climat paranoïaque des aéroports.

Crédit photo : Magali Dougados

« Moi, Kadhafi » interroge les mécanismes de l’assimilation

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Moi, Kadhafi

L’équipe de Moi, Kadhafi de Véronique Kanor peaufine actuellement la structuration technique de cette pièce qui doit être donnée du 7 au 30 juillet au Théâtre des Halles, à Avignon. « Beaucoup de choses ont changé depuis la lecture qui y a été effectuée l’an dernier, souligne Serge Abatucci, l’interprète principal. Désormais, Paul, le personnage antillais qui a accepté d’incarner Kadhafi au théâtre, du fait de sa ressemblance physique avec le leader anti-impérialiste, arrive sur scène avec un baluchon qui contient des oripeaux tels qu’une veste militaire, une casquette, un chèche, des lunettes de soleil. Le baluchon va devenir un costume, une sorte de toge. »

Paul va ensuite se livrer à un monologue intérieur extériorisé sur scène dans lequel s’imbriquent les notions de passage de l’enfance à l’âge adulte, d’assimilation envisagée comme une dévoration équivoque ou les ambiguïtés de l’éternel combat manichéen entre le bien et le mal au niveau géopolitique. « Lorsqu’on entend le lapsus de George Bush qui confond Irak et Ukraine, on se demande si il le fait exprès, si c’est réel, poursuit Serge Abatucci, il y a aujourd’hui un peu partout un grand retour de l’autocratie et de l’extrême droite, 60 à 70 % des ressortissants des DOM-TOM ont voté Marine Le Pen en plein mois de la commémoration des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, un non sens absolu. Les gens sont dans un égarement total  car si on veut protester, on reste chez soi. »

Mise en scène et scénographiée par Alain Timar avec Alfred Alexandre à la dramaturgie, la pièce a été produite par le Centre dramatique Kokolampoe de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane. « Ils sont vraiment moteurs culturellement ici, souligne David Jurie, DG adjoint, en charge de la culture et du patrimoine de cette ville qui a vu sa population passer de 8 000 à 100 000 habitants en vingt ans. Nous avons des réflexions communes sur la formation des techniciens, le matériel. » Sur les 1,7 M€ qu’elle consacre à la culture, la Ville alloue annuellement 150 000 € de subventions à cette scène conventionnée d’intérêt national, un effort important face aux dépenses que nécessite une jeunesse en pleine explosion en Guyane : Saint-Laurent-du-Maroni compte 32 écoles et en construit deux par an en moyenne.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°517

Légende photo : L’acteur principal Serge Abatucci co-dirige aussi le centre dramatique Kokolampoe. 

Crédit photo : Pascal Gely

Les inégalités territoriales du spectacle vivant sous la loupe de l’Atlas Culture

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Spectacle vivant

Une étude de synthèse des données accessibles via l’Atlas Culture signée Edwige Millery, Jean-Cédric Delvainquière, Ludovic Bourlès et Sébastien Picard vient d’être publiée. Intitulée Dynamiques et disparités territoriales culturelles en France, elle permet une exploration des ressources de ce nouveau recueil de données (www.atlasculture.fr). L’Atlas Culture a évolué en un site Web après deux éditions publiées sur support papier en 2017 et 2018. En construction depuis 2021, l’outil propose désormais un portrait de chacune des dix-huit régions françaises. L’Atlas est passé de 11 000 lieux (spectacle vivant, musées, bibliothèques) dans ses précédentes incarnations papier à plus de 71 600 (avec les monuments historiques, les Micro-Folies, librairies labellisées, centres culturels de rencontre...) dont les tailles et les capacités d’accueil restent cependant des angles morts.

Maillage urbain
L’étude constate que les lieux de spectacle vivant sont moins nombreux que les établissements patrimoniaux ou de lecture publique et bien plus souvent situés dans les grandes agglomérations. Près de la moitié d’entre eux (49 %) sont en zone urbaine dense et près d’un quart (23 %) en zone urbaine de densité intermédiaire. Moins d’un sur cinq se trouve en zone rurale, autonome ou sous l’influence d’un pôle. On ne peut pourtant en déduire que le spectacle vivant en est absent, certains réseaux, comme celui des foyers ruraux par exemple, qui contribuent à diffuser des spectacles itinérants dans les salles polyvalentes ou salles des fêtes, échappant à la recension de l’Atlas. « Le travail en cours de cartographie des festivals de spectacle vivant, dont près de 25 % sont déjà recensés, en l’état actuel de la collecte (huit régions sur dix-huit) devrait également permettre de nuancer cette image d’un spectacle vivant institué synonyme d’urbanité », observent les auteurs de l’étude. Une cartographie nationale sera présentée lors du Festival d’Avignon en juillet prochain, dont « les données seront intégrées à l’Atlas Culture », ajoute le ministère de la Culture.

Concentration parisienne
Les 609 600 actifs déclarant une profession culturelle comme activité principale pèsent pour 2,3 % de la population active en France. En ce qui concerne l’emplois, la polarité de Paris est prégnante pour le spectacle vivant : 46 % des professionnels du spectacle vivant (artistes, techniciens et cadres de la programmation) résident en Île-de-France, une part un peu plus importante que celle des professionnels de la culture, déjà haute (42 %). La totalité des actifs toutes professions confondues n’étant concentrée à Paris qu’à 22 %. Inversement, 2 % seulement des professionnels de la culture résident en Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val-de-Loire, avec seulement 3 % pour la Normandie et 4 % pour la Bretagne et les Pays de la Loire.
Du côté des entreprises culturelles, 90 400 établissements (champs marchand et non marchand) étaient répertoriés en 2018. Un tiers d’entre eux sont situés en île-de-France, 12 % en Auvergne-Rhône-Alpes, 9 % en Occitanie et 8 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Nouvelle-Aquitaine. Le reste des régions en rassemble pour chacune moins de 6 %. La région parisienne regroupe 25 entreprises pour 10 000 habitants quand PACA et Corse n’atteignent qu’un ratio de 14 pour 10 000. Le spectacle vivant rassemble le plus grand nombre d’établissements culturels employeurs, à savoir 28 %, devant le livre et la presse (21 %), l’audiovisuel et le multimédia (15 %), l’architecture (12 %), la publicité (10 %), les arts visuels (9 %) et le patrimoine (2 %). Des établissements plus nombreux mais qui ne sont pas directement des foyers de masse salariale : ces entreprises sont, en effet, souvent des associations culturelles, lesquelles n’emploient très majoritairement (69 %) que moins d’un salarié à l’année.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°515

Légende photo : Spectacle vivant : le premier employeur culturel

Source : ministère de de la Culture

François Alu, une étoile à rayonnements médiatiques

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François Alu

Le danseur François Alu a été nommé le samedi 23 avril, étoile de l’opéra de Paris dans des conditions un peu singulières. Ce jour-là était dévolu à une représentation de La Bayadère, ballet de Marius Petipa dans la version de Rudolf Noureev, dans le cadre de l’opération Ma première fois à l’Opéra de Paris, offre qui s’adresse aux familles n’ayant jamais assisté à une représentation de l’Opéra national de Paris… Le contexte peut surprendre tant il est loin des rendez-vous de balletomanes que ces cérémonies de nomination ravissent. D’ailleurs ceux-là mêmes s’était retrouvés quelques jours auparavant, toujours à l’Opéra Bastille pour le retour sur scène de François Alu, espérant le voir couronner. Car après des débuts tonitruants, celui-ci a vu sa carrière dans la maison ralentir fortement.

Trois ans dans la compagnie pour devenir premier danseur (2013), réputé pour ses sauts et son énergie, puis confinement, blessure… Il y avait trois ans qu’Alu n’avait pas été distribué dans un grand rôle, mais tout en faisant beaucoup parler de lui. Il n’hésite pas à se produire en dehors de la Maison (Hors Cadre, 2017) et même dans une manière de stand-up dansé (Complètement Jeté, 2021) au grand bonheur de son véritable fan club, d’autant plus bruyant depuis que le danseur participe à l’émission Danse avec les stars ! Mais toujours pas d’étoile à l’horizon.

Le retour sur scène du mercredi 20 avril se donc fait dans une atmosphère électrique, les fans supposant que le caractère explosif et rebelle de leur idole, autant que son physique plus puissant que longiligne, lui valent l’animosité de la direction : et l’on entendit donc distinctement : « Alu étoile, Dupont démission ! ». Et donc, pas de nomination. Que celle-ci survienne « hors contexte » ressemble donc à une façon de ne pas céder à la pression du public. Mais cela pose aussi une autre question : il faut qu’un danseur de l’opéra passe par la télévision pour que sa nomination devienne un événement ? On notera qu’à l’exception notable d’une création de Forsythe, le nom d’Alu ne s’attache à aucune grande création. Ce qui devrait interroger, mais le fan club n’était pas là pour cela.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°515

Légende photo : Nomination de FrLe danseur François Alu a été nommé le samedi 23 avril, étoile de l’opéra de Paris dans des conditions un peu singulières. ançois Alu à l’Opéra Bastille.

Crédit photo : D. R.

Rio Loco : un forum 100 % féminin amplifié

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Flavia Coelho

Pour son édition 2022, qui se déroulera du 15 au 19 juin à Toulouse, le festival Rio Loco va offrir une nouvelle résonance à son forum dédié aux femmes. En parallèle de son programme de mentorat Women Metronum Academy, celui-ci a pour but de permettre à des artistes et professionnelles d’exprimer leurs combats et leurs difficultés dans un milieu, les musiques actuelles, où les femmes restent sous-représentées malgré les avancées. Organisé au sein de la SMAC Metronum, les 15 et 16 juin, le forum sera enregistré pour l’occasion puis disponible par la suite en streaming. « Cela fait partie des évolutions, note Virginie Choquart, directrice des musiques à la Ville de Toulouse et directrice de la SPL Le Metronum qui chapeaute la SMAC et le festival. L’un de nos sujets est l’inclusion et la représentativité des femmes, j’y suis attentive, pointe Virginie Choquart. Pas seulement en matière de programmation artistique mais aussi pour les métiers de la musique ».

Une charte du « bien ensemble » a d’ailleurs été élaborée pour prévenir toutes les dérives sexistes et excluantes au sein de l’équipe d’une trentaine de personnes, qui respecte bon an mal an la parité. Virginie Choquart anime un collectif artistique composé de quatre programmateurs : Elvire Delagrange, Vincent Lassere, Santiago et Federico Diaz. Sous influence portugaise puisque baptisée « Nova Onda » et labellisée Saison France-Portugal via l’Institut Français, cette édition de Rio Loco (2,1 M€ de budget) fera la part belle aux talents féminins de caractère avec Nina Goern la chanteuse du groupe toulousain Cats on Trees (première apparition à Rio Loco), Agnes Obel ou Lucie Antunes qui a « une formation classique mais a imaginé ses propres instruments, l’exemple d’une artiste qui s’est créé son propre chemin », formule Virginie Choquart.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°515

Légende photo : Flavia Coelho lors de l’édition 2021 du forum.

Crédit photo : D. R.

Le spectacle vivant se mobilise pour la planète

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Écologie et musiques actuelles

Le Syndicat des musiques actuelles (SMA) et la Fédération des lieux de musiques actuelles (Fédelima) organisaient les 12 et 13 avril à Paris les premières rencontres Écologie et musiques actuelles. Une initiative qui s’ajoute à beaucoup d’autres, comme Music Declares Emergency, Drastic on Plastic, Starter, des formations ou la mini convention climat de Zone franche. L’association Arviva, par exemple, proposera un simulateur avant fin 2022 pour estimer l’empreinte environnementale de la production de spectacles. Édouard Lambert, administrateur de la SMAC jazz/musiques improvisées Périscope, à Lyon, évoque le projet européen Footprints, orienté sur l'empreinte carbone des projets : « Il doit permettre d'effectuer notre bilan carbone, en créant des outils qui permettront aux agents ou aux promoteurs de le calculer ».
Lancé en 2021, Footprints a connu une étape préliminaire avec la constitution du réseau Jazz Connective à l'échelle européenne. « Nous avons sélectionné six agents et six artistes, poursuit Édouard Lambert. Il s'agit de les interconnecter en vue d'un déplacement sur un territoire qu'ils ne connaissent pas, en les aidant à réfléchir pour chacun à comment rentabiliser leur tournée. » Impliquant des partenaires français, polonais, néerlandais, autrichiens, norvégiens et slovènes, Footprints est doté d'une enveloppe financière de 666 000 € sur trois ans. Le programme bénéficie d'ailleurs d'un soutien important de l'UE, qui s'avère son premier financeur et abonde à 50 % son budget. Après Footprints, la démarche doit continuer en se coulant dans le programme européen Europe Créative. « Cette fois, nous allons nous intéresser au point de vue des diffuseurs », promet Édouard Lambert.

Syndeac 
Le Syndeac, lui, accélère ses dialogues réguliers sur l'écoresponsabilité. Un groupe de travail se réunit toutes les trois semaines et implique les directions de lieux et les compagnies (50 % des effectifs du Syndeac selon Joris Mathieu, délégué aux labels du Syndeac). Un premier rendez-vous est même fixé à Avignon le 14 juillet pour partager des constats. Joris Mathieu signale que la mise aux normes de bâtiments trop énergivores est forcément l'enjeu des collectivités et de l'état, ajoutant : « Nous savons très bien qu'un facteur de pollution important va être le digital, c'est déjà le cas avec le streaming, il faut se demander comment on sort de ces mécanismes individualisants polluants à double titre : d'une part, parce que le hardware est quasi impossible à recycler, de l'autre parce que les data-centers sont de lourds foyers d'émissions de gaz à effets de serre. » Le directeur du Théâtre Nouvelle Génération CDN de Lyon constate que « le plus gros facteur d'augmentation de l'empreinte carbone, c'est la mobilité des publics ».
Les grands festivals, très dépendants des énergies fossiles, doivent aussi questionner la mobilité de leurs publics et de leurs artistes, qui représente 80 % de leur empreinte carbone (60 % pour un lieu). « Nous ne devons pas mettre tous nos moyens dans la récolte de données, afin de convaincre les pouvoirs publics de financer des projets éco-conçus. N’oublions pas d’agir », assurait David Carroll, de l’association Slowfest. La suite de ces rencontres a permis d’interroger des usages et des cas concrets, en particulier à travers différents ateliers (maîtrise de l’énergie, alimentation, impact du numérique…). La pratique des exclusivités par des salles ou des festivals empêche des routings (parcours) cohérents. Julien Courquin, du label et tourneur Murailles Music, a participé à la mise en place d’un rider (fiche technique) « transitionnel », il pointait la résistance de certains techniciens (ou d’artistes, sur des menus végétariens).

Modèles économiques 
Côté mobilités, la salle de l’Aéronef, pourtant située au centre de Lille, avait constaté que plus d’un tiers des spectateurs venait en voiture et a donc mené une politique d’incitation, notamment financière, à l’utilisation des transports en commun, du vélo, au covoiturage et au copiétonnage, grâce à une aide du ministère de la Culture. Le Sarcus Festival (Indre-et-loire) ne propose que des passes 3 jours à ses spectateurs et offre une réduction pour l’achat de 4 passes afin de réduire les déplacements à la journée et de favoriser le covoiturage. La production et la diffusion sont au cœur de ces enjeux écologiques soumis à des rapports de force économiques. Le sujet de l'élection présidentielle s'est invité en cet entre-deux-tours où la problématique environnementale est singulièrement éclipsée. Déterminé à “faire barrage”, Joris Mathieu constate qu'il n'y a qu'un seul candidat républicain face à une candidate qui met en danger les fondements de la République. « Mais nous sommes aussi extrêmement en colère, précise-t-il, et demandons au candidat Macron qu'il envoie à toute une partie de l'électorat des signaux clairs à la fois sur l'écoresponsabilité et un réinvestissement de la politique publique, mis à mal ces dernières années ».

Nicolas Dambre & Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°514

Légende photo : Lors des premières rencontres Écologie et musiques actuelles.

Crédit photo : D. R.

Musique : connexions franco-néerlandaises à La Haye

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percussions strasbours

Onzième édition du festival Rewire. Dans un halo de lumière carmin, les notes à la fois majestueuses et inquiétantes de l’orgue actionné par Anna von Hausswolff résonnent sous la voûte de la « grote kerk », la grande église de La Haye (Pays-Bas). Pas d’inquiétude ici, en ces terres néerlandaises libérales et surtout protestantes, la sécurité est réduite au strict minimum et des débordements comparables aux violences commises à Nantes relèvent de l’improbable. En ce cœur historique du pouvoir aux Pays-Bas, qui continue d’abriter les institutions gouvernementales même si La Haye a cédé le titre de capitale officielle à Amsterdam, les liens avec la France sont à chercher ailleurs. Mais ils sont bien réels.
Ici, un lycée français, à deux pas du front de mer, là, une plaque rendant hommage à Louis Napoléon, frère de Napoléon 1er qui lui avait confié la tête du royaume de Hollande. Cette présence française était aussi perceptible, à travers les denses textures électroniques du parisien Aho Ssan, dans une programmation étalée du 7 au 10  avril dernier, à la croisée de l’électronique, des musiques nouvelles et de l’art contemporain. Mais Rewire, dont la ligne défricheuse pourrait assez bien se comparer à celle du célèbre magazine britannique The Wire (Adventures In Modern Music/Aventures dans la musique moderne), est aussi un rendez-vous d’experts.

Rencontres professionnelles  
« Tous les ans, Rewire organise une programmation destinée aux professionnels, souligne Gerco de Vroeg, responsable du bureau parisien du Performing Arts Fund Netherlands, un nouveau programme destiné à faire monter en puissance la coopération franco-néerlandaise dans le circuit du spectacle vivant labellisé. En tout, quinze français ont répondu positivement cette année. » Parmi eux, Stéphane Roth, directeur général du festival Musica, à Strasbourg ; Sandrine Piq, conseillère musique à l’Onda ; Pierre Templé, responsable de la musique au Lieu Unique à Nantes ou Camille Rhonat, directeur artistique du festival de musique contemporaine Superspectives, à Lyon.
Au Théâtre Korzo de La Haye, ils croisent des professionnels néerlandais comme Martijn Buser, nouveau directeur artistique du festival Gaudeamus à Utrecht ayant succédé à son patron emblématique Henk Heuvelmans. Mais aussi Jochem Valkenburg, directeur de la programmation musicale et du théâtre musical au Holland Festival. Édouard Lambert, lui, vient aussi de Lyon, il est administrateur du Périscope, une SMAC labellisée depuis 2018, dont la salle récemment rénovée offre de la diffusion en jazz, un lieu de création et un espace de résidence. « Notre directeur Pierre Dugelay est aussi membre du conseil d’administration du réseau jazz AJC, l’association Jazzé Croisé, signale Edouard Lambert. Nous organisons chaque année 130 concerts et une trentaine de résidences de un à cinq jours. Nous avons aussi une activité d’accueil de porteurs de projets un peu déconnectée du label SMAC, qui concerne l’édition phonographique ou des collectifs d’artistes. »

Jeu collectif 
Collectif artistique pour sa part néerlandais, Slagwerk Den Haag a permis dans l’après-midi du samedi 9 avril de réaliser une démonstration de l’esprit collectif et du pragmatisme locaux. « À Performing Arts Fund Netherlands, nous sommes à la fois indépendants et financés par le ministère de la Culture, expose son directeur Bas Pauw. Pendant les deux ans et demi à venir, notre objectif est de permettre à la musique néerlandaise d’être mieux découverte en France. Mais il n’y pas de motif nationaliste derrière cela, simplement la conviction qu’ils méritent une plus large diffusion. » Ce moment néerlandais doit aussi s’apprécier à la lueur du contexte ukrainien, en plein redéploiement du « soft power » européen, alors que le quatrième gouvernement d’affilée de Mark Rutte est en train de gagner en influence au sein de l’UE à la faveur du Brexit. Au Théâtre Koninklijke Schouwburg (Théâtre royal de la Haye), où sont conviés les professionnels, on découvre des performances du violoncelliste Alistair Sung avec Stargaze, ensemble de musiciens réputés pour ses réinterprétations de Fugazi ou sa collaboration avec Poliça. Tout comme pour ses adaptations scéniques d’un répertoire que ses créateurs ne jouent pas sur scène, celui du duo écossais de musique électronique Boards of Canada.
Ce cocktail de créativité autonome se retrouve aussi dans la performance de la compositrice Genevieve Murphy, accompagnée ici sur scène par le guitariste Andy Moor de la formation culte The Ex, groupe du cru très apprécié de la scène alternative en France. « Genevieve Murphy propose aussi une pièce de théâtre en solo qui dure une heure », glisse Jimmy-Pierre de Graaf, son agent basé à Rotterdam. Stéphane Roth, directeur général, de Musica, festival européen de création musicale contemporaine avec 2,1 M€ de budget, semble bluffé par la cohésion qui se dégage de ce match d’exhibition néerlandais : « J’observe aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves et nordiques une aptitude à concilier une organisation solide, une recherche artistique exigeante et une capacité à valoriser les projets dont nous pourrions nous inspirer en France ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°514

Légende photo : Ryoji Ikeda et les Percussions de Strasbourg.

Crédit photo : D. R.

Cartographie : le SMA sensibilise au risque d’oligopoles dans la musique actuelle

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cartographie

Le Syndicat des musiques actuelles (SMA) relance sa campagne « Vous n’êtes pas là par hasard », interrompue par la pandémie, et destinée à promouvoir les festivals indépendants et la diversité. Avec une cartographie des opérateurs privés dans les musiques actuelles en France. Stéphane Krasniewski, vice-président du SMA, signale : « Il ne s’agit pas de fustiger telle multinationale mais de sensibiliser », alors que des situations oligopolistiques sont apparues dans d’autres secteurs, comme l’édition ou les médias. Laurent Decès, président du SMA, relevait quatre leviers d’action face à un risque analogue : le financement public des festivals indépendants, l’observation permanente du secteur par le CNM, la poursuite du travail de l’Autorité de la concurrence et l’information des publics, partenaires et élus.

D’après la cartographie établie par le chercheur Matthieu Barreira (dont la mise à jour commandée par le SMA par rapport à la cartographie initiale de la revue Nectart correspond aux typographies orangées), les six plus importants opérateurs agissant dans le champ du spectacle vivant et des concerts de musiques actuelles sont dirigés par des milliardaires : John C. Malone (Live Nation), Philip Anschutz (AEG), Arnaud Lagardère (Lagardère), Matthieu Pigasse (Combat), Marc Ladreit de Lacharrière (Fimalac) et Vincent Bolloré (Vivendi et bientôt Lagardère). Cette réactualisation inclut notamment les nouveaux festivals créés par Vivendi/Olympia Production (Inversion et Felyn à Lyon, un festival à Bayonne) ou les nouveaux équipements gérés par Fimalac (Galaxie Amnéville, théâtre Fémina, Colisée Arena…), avec sept théâtres que le groupe a rachetés (Bouffes Parisiens, Michodière…), représentant à eux seuls un quart de la jauge des théâtres privés parisiens. Un groupe de travail « indépendance et diversité » a été créé au SMA. Avec différentes tables rondes (Printemps de Bourges) avant une restitution aux BIS en janvier 2023.

Cartographie aussi consultable à l’adresse : www.vousnetespaslaparhasard.com/ressources

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°514

Légende photo : Cartographie des opérateurs privés dans les musiques actuelles en France

Source : Syndicat des musiques actuelles - Matthieu Barreira

Rectificatif La Lettre du Spectacle

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LLDS 514

Suite à l’article publié page 5 du dernier numéro de Le Lettre du spectacle (no 514), indûment intitulé par nos soins « La Comédie-Française force le mouvement HF à reculer », la rédaction tient à rectifier les points suivants : la Comédie-Française n’a pas mis le mouvement HF en demeure, n’a pas été en contact avec lui et ne l’a forcé à rien. En conséquence elle ne lui a pas demandé de retirer une de ses publications.

Par ailleurs, suite au droit de réponse publié page 5 du même numéro, indûment intitulé par nos soins « Droit de réponse des avocats de la Comédie-Française », la rédaction tient à rectifier les points suivants : il ne s’agit en rien d’une réponse de la Comédie-Française ou de ses avocats mais de Maître Florence Bourg, avocate au Barreau de Paris, représentante de Monsieur Nâzim Boudjenah. Comme indiqué dans ce texte, « il s’agit d’une affaire de vie privée qui n’a rien à voir avec [la Comédie-Française]».Les avocats du Théâtre ni ce dernier ne sont en rien concernés par ce droit de réponse. Toutes nos sincères excuses aux intéressés et à la Comédie-Française pour ces malencontreuses erreurs.
 

La Lettre du Spectacle, le 22 avril 2022

Présidentielle : le Syndeac constate l’absence de récit culturel

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Nicolas Dubourg

« Quel programme pour la culture ? ». La question sera restée, jusqu’au bout, épineuse et l’USEP-SV n’aura pas pu finaliser son film ainsi intitulé, faute d’investissement personnel des principaux candidats à l’élection présidentielle. Seuls Anne Hidalgo (tinyurl.com/2kk3af7y) et Yannick Jadot (tinyurl.com/mss3w4rp) auront joué le jeu d’exposer leur vision du secteur face caméra. Tous, hormis le président sortant, avaient répondu favorablement au départ. Mais, finalement, Valérie Pécresse a annulé sa participation et Jean-Luc Mélenchon n’a pas pu dégager dans son emploi du temps la demi-heure nécessaire. Nicolas Dubourg, président du Syndeac qui portait la démarche avec le SNSP, les Forces musicales et Profedim, se félicite même de la très bonne tenue du débat organisé le 30 mars au Théâtre Ouvert à Paris : « Il s’agissait d’intervenants de haut niveau qui maîtrisaient vraiment le sujet, nous nous sommes vite rendu compte que deux heures n’allaient pas suffire ». Parmi eux, des représentants des candidats comme Aurore Bergé (LREM), Martin Mendiharat (LFI), Laure Darcos (LR) ou Alain Hayot (PCF).

Pourtant, Nicolas Dubourg ne peut que constater la désinvolture avec laquelle les responsables politiques traitent généralement la culture : « L’agriculture pèse comme la culture 3,5 % du PIB, il y a 700 000 professionnels de la culture, bien plus que d’agriculteurs et pourtant, c’est au Congrès de la FNSEA que les candidats se déplacent ». Les principaux présidentiables étaient, en effet, tous à Besançon le 30 mars au rassemblement de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, à l’exception notable d’Emmanuel Macron, pris par le conseil de défense et le conseil des ministres, qui avait transmis une vidéo. « La culture est aujourd’hui considérée comme futile alors qu’au sortir de la guerre des gens comme Malraux ont précisément construit des politiques culturelles qui ont aidé à s’en sortir, rappelle Nicolas Dubourg. Il y a une vraie absence de vision de nos politiques alors que nous vivons aujourd’hui en Europe un bouleversement militaire incroyable. L’enjeu est de savoir dans quel récit on se place. Car les premières victimes de la guerre sont aussi les artistes et les journalistes. Poutine sait combien la question du récit est primordiale, il fait tout pour interdire la possibilité que d’autres histoires soient racontées. » Nicolas Dubourg admet que quelques politiques l’ont compris. « Les autres sont pris dans une spirale médiatique. Mais c’est à eux de créer ce qui intéresse les gens. La politique actuelle répond à une demande au lieu de créer de l’offre, un espace de débat ».

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°513

Légende photo : Nicolas Dubourg

Crédit photo : Julien Pebrel