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Robin Renucci à la Criée

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Robin Renucci

Le comédien Robin Renucci succédera le 1er juillet à Macha Makeïeff à la direction du théâtre de la Criée (Marseille). Les discussions entre la Ville et le ministère de la Culture ont fait un peu tarder la nomination. « Je n’ai pas été impatient. Je pensais que le handicap de mon âge allait s’éroder au profit de mon projet et de la notion de transmission », confie Robin Renucci, 65 ans, nommé pour un mandat de 4 ans. L’actuel directeur des Tréteaux de France n’arrive pas seul, mais accompagné de douze artistes et intellectuels, associés à la Criée. Notamment le Collectif 49701 de Clara Hédoin et Jade Herbulot ou le Nouveau Théâtre populaire (NTP), avec Léo Cohen Paperman. « Ils ont une grande capacité à irriguer le territoire et aiment jouer à l’extérieur des théâtres », remarque Robin Renucci.

Les auteurs Alice Zeniter et François Cervantes, les metteurs en scène Louise Vigneau et Simon Abkarian seront également associés au centre dramatique national. Le projet de Robin Renucci s’articule autour de l’œuvre, de la pratique et de la pensée, trois endroits de médiations. L’ancien président de l’Association des centres dramatiques nationaux (ACDN) souhaite « que le paradigme du “venir à” se conjugue avec celui du “aller vers” les publics. Tout en accueillant les grandes œuvres théâtrales européennes. » La saison sera rallongée, ainsi que les séries, à une dizaine de représentations, tout en élargissant la base sociale des publics de la Criée, en combinant « création, transmission, formation, éducation populaire et éducation artistique. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°513

Crédit photo : Fabrice Robin

Dernière édition sous la direction d’Olivier Py

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Olivier Py

Olivier Py a présenté le programme de la dernière édition du festival d’Avignon comme directeur après dix ans à sa tête. Présent, son successeur Tiago Rodrigues a été maintes fois cité. Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov ouvrira cette 76e édition dans la cour d’honneur. Le festival accueillera 46 spectacles (autant qu’en 2021) pour 270 levers de rideaux. Il retrouvera l’Opéra du Grand Avignon rénové avec un Iphigénie, signé Tiago Rodrigues, puis une Tempête, revue par Alessandro Serra. Olivier Py mettra en scène Ma Jeunesse Exaltée, une épopée de 10 heures, et conclura le festival avec Miss Knife, accompagné d’Angélique Kidjo et des musiciennes ukrainiennes Dakh Daughters. Les femmes ont leur place dans la programmation (Anne Théron, Miet Warlop, Élise Vigier…), tout comme les artistes étrangers, notamment du Moyen-Orient (Ali Chahrour, Amir Reza Koohestani, Hanane Hajj Ali…), ou de Chine avec Meng Jinghui.

Notons côté danse le retour de Jan Martens au Palais des papes ou la venue de Dada Masilo, annulée en 2020. En revanche, pas de feuilleton théâtral Jardin Ceccano. Une exposition dévoilera les coulisses du festival via les photos de Christophe Raynaud de Lage. L’opération le Souffle d’Avignon, initiée en 2020 avec des théâtres permanents, est renouvelée. Également rénovée, la Maison Jean-Vilar recevra pour des rencontres Jean-François Marguerin et Bernard Latarjet à propos du service public de la culture, et Reine Prat sur le féminisme dans le secteur. À la Maison des publics et des professionnels, on échangera autour du spectacle vivant et des scènes numériques, avec aussi le premier forum consacré à l’inclusion économique dans la culture et les industries créatives. Le Syndeac abordera la transition écologique dans le spectacle. Olivier Py et Stanislas Nordey livreront un bilan de 1er Acte, programme lancé en 2014 pour promouvoir la diversité. Enfin, France Festivals présentera sa cartographie complète des festivals hexagonaux.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°513

Crédit photo : Eric Deguin

La fragile ligne de front de la musique contemporaine

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Lisa Heute

Le rendez-vous s’annonçait comme une libération, après deux ans de visioconférences et d’interactions restreintes pour les 17 professionnels participant au focus nouvelles musiques du 17 au 20 mars de l’Institut français, à Lyon. Un tel panel international de participants était inimaginable il y encore quelques mois : des prescripteurs culturels d’Italie, du Royaume-Uni, de Suisse, d’Argentine, de Vancouver, de Houston ou de New York se sont pourtant retrouvés pour nouer des contacts, découvrir des artistes français susceptibles d’être programmés au sein de leurs festivals ou lieux de diffusion. Venus des Pays-Bas, Gerco Devroeg, Bas Pauw et Shane Burmania étaient en repérage pour un projet d’échange entre leur pays et la France concernant la danse, le théâtre et la musique.
Mais globalement, la pression épidémique a réduit de moitié le contingent d’inscrits de rigueur, budgété à 40 000 € au lieu des 50 000 € à 60 000 € habituels, assumés pour moitié par l’Institut français. Kyu Choi du Séoul Performing Arts Festival (SPAF) annulait par exemple sa participation quelques jours auparavant. La non-venue de professionnels russes constituait un autre écho d’un contexte de crise tout aussi préoccupant, celui de la guerre en Ukraine. « Il y a encore trois semaines, nous étions en discussion avec des Russes, relate Mathilde Bézard, chef de projet musique classique et contemporaine à la direction de la création artistique et des industries culturelles de l’Institut français. Mais nous devions nous adapter à la contrainte de la non-homologation du vaccin russe, nous étions en train de mettre en place leur double vaccination. Et la guerre avec l’Ukraine est arrivée... ».

Bombardement sonore
Le sujet est omniprésent. Sur les planches, avec les déflagrations sonores apocalyptiques évoquant un bombardement du spectacle Dead trees give no shelter donné aux Subs le soir du 19 mars, sa sombre, fumante façade d’immeuble plantée au milieu de la scène évoquant Marioupol ou même Kiev. « Avoir des professionnels des pays de l’Est dans ce moment particulier est un beau symbole, ce focus constitue un moment assez européen », constate Erol Ok, directeur général délégué de l’Institut français. Les membres de la délégation des pays baltes ou de l’Est restent pourtant sur la réserve. Sur un front en perpétuelle redéfinition, choisir son camp peut s’avérer une question de vie ou de mort. « C’est la survie qui est en jeu », tranche la Lettonne Baiba Kurpniece, membre de l’orchestre symphonique de chambre d’État de Riga, qui précise que l’hymne national ukrainien est désormais diffusé avant chaque concert de son ensemble.
La Hongroise Katalin György-Dóczy souligne que « l’académie de musique de Budapest accueille des étudiants ukrainiens, c’est beaucoup de travail, on espère que ça ne durera pas et que l’Ukraine saura mettre en concordance ses standards éducatifs avec ceux de l’Union européenne ». La Polonaise Malgorzata Klajn ne s’attendait pas du tout à cette guerre « même si il y a un conflit larvé depuis 2014. L’escalade a été rapide, c’est vraiment terrible, aujourd’hui il y a déjà plus de 300 000 réfugiés en Pologne, on ne sait pas si on y verra plus clair dans un mois ou dans un an et demi », s’interroge-t-elle.

Doutes
Des doutes qui apparaissent en miroir des questionnements du secteur. « On sort d’une période déprimante, on vient de passer tellement de temps à faire et à défaire pendant le confinement », rappelle la compositrice et metteuse en scène Maguelone Vidal. Il y a, bien sûr, l’éternelle oscillation entre musique écrite et improvisée, mais surtout la nécessité de trouver un langage commun pour soi et vis-à-vis de l’extérieur qui a mobilisé, parallèlement à Lyon, les rencontres du réseau professionnel Futurs Composés. Contrairement au théâtre, la musique ne fait pas forcément corps avec le verbe. Elle compte pourtant ses propres centres nationaux de la création musicale soutenus par le ministère de la Culture.
À Lyon, le Grame (Générateur de ressources et d’activités musicales exploratoires) est l’une des huit entités labellisées. La structure fête ses 40 ans avec à sa tête Sebastian Rivas et Anouck Avisse, qui ont fait évoluer le festival Musiques en scène en Biennale des musiques exploratoires (BIM) se déroulant jusqu’au 27 mars et invitant un artiste d’un autre champ artistique. Après l’écrivain Yannick Haenel, l’architecte météorologique Philippe Rahm donne le « la ». « Lyon n’ayant pas une énorme audience pour la musique contemporaine, nous avons décidé de proposer le spectre le plus large possible », expose Sebastian Rivas. Avec une dimension scientifique qui passe par son langage de programmation musicale, Faust, et un département pédagogique travaillant avec les hôpitaux, les handicapés. « Nous allons à la rencontre de nos publics », résume Anouck Avisse.

Amérique du Nord
Comme l’Américain David Dove de Nameless Sound, à Houston, dont l’association développe les pratiques d’improvisation et d’accès à la musique auprès d’enfants des écoles publiques, de sans-abris et de réfugiés. Nameless Sound a développé pendant la pandémie « Special Deliveries », un concept inspiré des livraisons à domicile emblématiques des confinements. « Il s’agissait d’une série de concerts hebdomadaires gratuits de 15 minutes donnés dans l’allée de la maison des gens, dans leur jardin, décrit David Dove. Il fallait trouver une solution aux problèmes de diffusion posés par la crise sanitaire. J’estime que cela fait partie de la responsabilité sociale de l’artiste. » Malgré les couacs. « Un médecin par exemple m’a appelé pour m’expliquer que les improvisations vocales d’une chanteuse le mettaient mal à l’aise, poursuit David Dove. On lui a envoyé un violoniste, il était très content. »
Concernant l’Amérique du Nord, le choc des cultures n’est pas un vain mot. « La France consacre vraiment des moyens importants à sa création, envie le compositeur David Pay de Music on Main à Vancouver, qui évoque non sans amertume les propos du prédécesseur du Premier ministre Justin Trudeau, Stephen Harper, à l’endroit du monde culturel qualifié d’« élite » déconnectée au moment où il coupait dans le budget culturel canadien à hauteur de 45 M$. Pays phare pour sa politique culturelle, la France peut aussi excéder ses voisins européens lorsqu’elle tente d’explorer le potentiel d’improvisation d’instruments folkloriques comme la cornemuse et l’accordéon lors de showcases. En ce sens, avec ses pas de danse dans un clair-obscur ciselé aux prises avec un humus sonorisé qui le rapproche du land-art, le spectacle Devenir imperceptible de Clément Vercelletto présenté aux Subsistances le 18 mars paraît plus universel. La finalité de ces focus étant de devenir des essais transformés. « Des tournées américaines et des temps forts en Europe en 2021 sont nés du focus nouvelles musiques à Strasbourg en 2019 », rappelle Erol Ok.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°512

Légende photo : Lisa Heute de l’Ensemble Orbis

Crédit photo : D. R.

« Réinterroger la compétence culturelle obligatoire »

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Frédéric Maurin

Entretien avec Frédéric Maurin, président du Syndicat national des scènes publiques (SNSP).

Le SNSP a publié une lettre ouverte aux candidat(e)s à la présidentielle. Quel est le sens d’un renforcement du lien État/projets de territoire ? 
Les directions régionales des affaires culturelles manquent de personnel, de moyens et d’autonomie pour assurer l’ambition de la politique publique d’État. Quant aux collectivités territoriales, la question de la compétence culturelle obligatoire doit être réinterrogée. Demander à des petits communes d’avoir cette compétence culturelle obligatoire, c’est discutable. Un débat est nécessaire entre associations d’élus et syndicats de la culture.

Quelle visée a un programme de permanence artistique avec des aides à la résidence, l’implantation d’équipes artistiques, la mutualisation de tournées et un plan massif d’éducation artistique et culturelle ?
Nous devons, peut-être, aussi réfléchir au désengorgement des grandes métropoles, où il y a souvent surabondance d’équipes artistiques, vers des territoires ruraux avec de la place pour de belles aventures. Quant à l’éducation artistique et culturelle (EAC), il faut réunir en interministériel l’ensemble des acteurs qui travaillent dans le champ de l’EAC pour harmoniser efficacement cette volonté affichée depuis deux quinquennats. Nous regrettons que la pratique artistique et l’enseignement de l’histoire de l’art cessent à la fin du collège quand la personnalité des adolescents commence à s’affirmer.

Pourquoi demander de « préserver plus que jamais la liberté de programmation » des responsables de scènes publiques ?
Beaucoup de jeunes directeurs et directrices sont précaires, contractuels, en CDD. Si le maire souhaite interférer dans leur programmation, ils auront du mal à s’y opposer. Dans un grand théâtre de ville, une scène conventionnée ou labellisée, cette ingérence sera vite relayée. Il faut pérenniser emplois comme projets.

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°512

Crédit photo : D. R.

Cultures frontalières : Ekinox ou l’Europe à double face

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Compagnie L’Insomnante

Le Nest, CDN transfrontalier de Thionville, organisera la manfestation Ekinox aux deux instants de l’année où le jour a une durée égale à celle de la nuit sur l’ensemble du globe. Elle sera articulée en deux événements : la foire du sommeil, le 26 mars au Luxembourg et la Foire des rêves le 24 septembre à Aumetz en France, à une vingtaine de kilomètres de Thionville. Avec au Luxembourg un spectacle de la metteuse en scène et directrice du CDN Alexandra Tobelaim, une station radio mobile Radio Dodo avec deux animateurs comédiens, des performances de Sophie Langevin. Puis, en France, des spectacles à l’échelle d’une ville matérialisant les rêves collectés dans l’année (concert choral de berceuses par exemple). Ekinox s’inscrit dans le cadre du rôle que joue la ville luxembourgeoise d’Esch-sur-Alzette en tant que capitale européenne de la Culture (celle-ci finance d’ailleurs le festival à 63 %).

« Ce sera un événement un peu tentaculaire qui commencera en gare de Thionville, décrit Alexandra Tobelaim. Chaque jour, en provenance d’Allemagne, de Belgique, de France, 250 000 personnes viennent travailler à Luxembourg, parmi eux, 120 000 Lorrains de Thionville, avec des bouchons dès 6 h du matin. Nous avons embarqué aussi avec nous dans cette aventure trois classes de lycée, deux classes de Thionville et une de Esch-sur-Alzette, travaillant avec eux sur les notions d’eldorado, de rêve, de nocturne et diurne ». Des champs sémantiques qui ont tout leur sens à proximité du paradis fiscal Luxembourg niché au cœur de l’UE, avec ses énormes flux financiers. « C’est troublant de constater le vrai décalage existant entre ceux qui travaillent au Luxembourg 40 heures par semaine avec quatre heures de transport et ceux qui restent en France, ajoute la directrice. Pour explorer ce pile et face, cet événement au budget valorisé de 800 000 € fera aussi intervenir, en plus des 46 artistes (metteurs en scène, comédiens et musiciens), des médecins, chercheurs, chefs cuisiniers ou artisans.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°512

Légende photo : La Compagnie L’Insomnante sera présente.

Crédit photo : Raoul Gilibert

SCH en route vers le Vélodrome

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SCH

Tournée. Prix de l’album le plus streamé lors des dernières Victoires de la Musique, le rappeur SCH a déploré lors de cette cérémonie les grands oubliés du rap. Il en était le seul représentant avec Orelsan. Les deux artistes entament chacun une importante tournée. SCH, qui sortait d’une série de concerts en SMAC avant la pandémie, commencera le 6 mai une tournée des Zénith et vise les 45000 places du Stade Orange Vélodrome de Marseille, le 22 juillet 2023, mises en vente depuis le 9 février.

À l’origine prévue en février-mars, la tournée de 14 dates a été décalée en mai (3 dates) et en septembre-octobre, pour préserver les exclusivités demandées par les festivals de l’été. Elle est coproduite par Olympia Production et Baron Rouge, le label créé par SCH. Yuma Prod en assure la production exécutive, son directeur général, Éric Bellamy, explique : « Les ventes de places démarrent bien. En vue du Vélodrome, nous devons raconter une histoire qui incitera le public des Zénith à faire le voyage jusqu’à Marseille pour le revoir. » Ces 37e Victoires de la Musique ne comportaient plus que 11 catégories. Certains professionnels y voient l’ingérence de France Télévisions. Éric Bellamy constate : « Les Victoires n’ont plus d’effet sur les ventes de concerts. Les musiques urbaines devraient créer leurs propres récompenses. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°511

Crédit photo : D. R.

Streaming : cruciales négociations pour les musiciens

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streaming

Sous l’égide du ministère de la Culture ont actuellement lieu des négociations pour une garantie de rémunération minimale proportionnelle à la valeur économique vers les artistes dont les titres génèrent des recettes notamment sur les plateformes de streaming. Elle surviennent alors que la cour d’appel de Versailles a condamné le 27 janvier un syndicat de salariés mais aussi producteurs phonographiques (SNEP et UPFI) à payer des dommages et intérêts de 50 000 € et 25 000 € à la Spedidam et au syndicat dissident Samup du fait d’une clause hors la loi. « Dans un “salaire de base” de 156,97 € étaient ainsi englobés à la fois la prestation de travail d’enregistrement, mais également la cession de droits voisins sur cet enregistrement, dont l’exploitation sous forme de streaming », remarque la Spedidam. Or les revenus du streaming ne compensent pas le manque à gagner des différents reports, annulations alors que « les adhérents du SNAM-CGT gagnent principalement leur vie avec le spectacle vivant, note son secrétaire général, Philippe Gautier.

Les taux de rémunération pratiqué pour les interprètes (0,000735 $ par titre écouté en stream sur Apple Music, 0,00437 $ sur Spotify, 0,00069 $ sur YouTube) sont très faibles. Reste qu’une augmentation de 22 % du chiffre d’affaires de Spotify au quatrième trimestre 2021 correspond aussi logiquement à 22 % de droits d’auteurs supplémentaires. Si les barèmes accordés aux auteurs compositeurs se situent aux environs de 15 % selon la Sacem, commence aussi ici le règne de la négociation de gré à gré ; les gros vendeurs s’entendant avec les producteurs pour des taux adaptés, y compris comme interprètes. « Jusqu’aux années 1990, les musiciens parisiens enregistraient dans la journée et se produisaient “live” le soir, ce n’est plus imaginable aujourd’hui où les enregistrements se font sans musiciens, la technologie et les esthétiques ont considérablement changé, constate Philippe Gautier. Le nombre de syndiqués SNAM-CGT aussi a évolué, avec une vague d’adhésions importante pendant la crise sanitaire : plus d’un tiers en plus, portant ses effectifs à près de 2 500 musiciens. Parmi eux, nombre de concertistes de jazz et d’ensembles symphoniques.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°511

Crédit photo : D. R

Calais : Feux d’hiver victime d’une rivalité politique

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Feux d’hiver

« Les conditions ne sont pas réunies pour organiser Feux d’hiver en 2022, constate Francis Peduzzi, directeur de la scène nationale du Channel, qui pilote cet événement depuis 1999 (après une interruption de 2009 à 2017, il avait été relancé par Xavier Bertrand). Proposant théâtre de rue et spectacles en salle, le festival, qui se déroule à un rythme biennal pendant les cinq derniers jours de l’année, génère une fréquentation comprise entre « 40 000 et 50 000 personnes » selon Francis Peduzzi. « Nous sommes à 100 % de jauge de sept heures du matin à minuit, notre seule possibilité aurait été d’augmenter l’offre artistique, en installant des chapiteaux en face du Channel ». Il aurait fallu pour cela passer des 1,2 M€ du budget actuel à 1,450 M€.

Le Département, lui, n’est pas dans la boucle concernant Feux d’hiver mais « nous subventionnons le Channel à hauteur de 448 000 €, signale-t-on au conseil départemental du Pas-de-Calais. Soit à peu près ce que la Ville de Calais a amputé au Channel au cours des trois dernières années. « Ils nous ont supprimé 200 000 € de subventions la première année, 100 000 € en 2021 et encore 100 000 € en 2022 », précise Francis Peduzzi.

De son côté, la Ville de Calais déclare qu’elle était prête « comme en 2019, à soutenir la manifestation à hauteur de 100 000 € ». Feux d’hiver fait les frais de la rivalité politique grandissante entre Xavier Bertrand, président du conseil régional et candidat malheureux à l’investiture de LR et Natacha Bouchard, maire de Calais. La présidente de la communauté d’agglomération Grand Calais Terres & Mers s’est récemment rangée du côté d’Emmanuel Macron et met désormais en scène son accueil des réfugiés ukrainiens après avoir mis nombre de bâtons dans les roues des Africains forcés à l’exode (elle s’était même opposée à la venue de la marionnette Amal, symbole du voyage des exilés).

Face à l’absence de soutien financier de la Région Hauts-de-France à la compagnie de danse contemporaine Hervé Koubi installée à Calais par Natacha Bouchard, celle-ci a continué à réduire ses subventions au Channel. « Je ne peux que regretter ces problèmes d’entente entre Francis Peduzzi et Natacha Bouchard car j’entretiens de très bonnes relations avec les deux, commente Hervé Koubi. Francis Peduzzi signale pourtant avoir reçu « mandat du conseil d’administration du Channel pour tenter de réunir les conditions d’organisation de Feux d’hiver en 2023 ».  

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°511

Crédit photo : Vincent Muteau

Vers une communication trimestrielle ?

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Marie-Pia Bureau

Guidé par le contexte sanitaire, ce changement de périodicité autorise une plus grande souplesse dans la délivrance de l’information mais peut aussi contrarier la lisibilité d’un projet dans sa globalité.

En raison de l’incertitude persistant sur la reprise totale de l’activité et des nombreux reports de spectacles, certains lieux ont choisi la saison dernière de privilégier une communication trimestrielle. « Cela nous permettait d’être plus réactifs, comme nous le sommes grâce aux canaux numériques », explique Frédéric Durnerin, directeur de L’Agora, Pôle national Cirque de Boulazac, qui a en outre édité un programme pour la période estivale, de la mi-mai à la fin juillet 2021. La scène nationale Chambéry Savoie abritant également en ses murs un tiers-lieu (ce qui accroît son activité), la décision de faire paraître un document tous les trois mois, en plus de la plaquette de saison, s’est naturellement imposée depuis deux ans déjà. La directrice, Marie-Pia Bureau, y a vu la possibilité de ne plus focaliser l’information sur les seuls spectacles en soirée mais de mettre en lumière les multiples propositions (dont les actions de médiation) inscrites au calendrier et de favoriser ainsi une mixité des usages du lieu. Chaque livraison compte près d’une centaine de pages illustrées et s’apparente à un journal, avec des contenus qui diffèrent donc de la brochure annuelle. « Ce document véhicule une autre image de la scène nationale, un état d’esprit », ajoute Marie-Pia Bureau.

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Par Marie-Agnès Joubert

Légende photo : Marie-Pia Bureau, directrice de Malraux, scène nationale Chambéry Savoie

Crédit photo : D. R.

Des Youtubeurs pour toucher les publics ?

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Ronan Ynard

Encore peu nombreux, ils développent un propos singulier pour mobiliser des publics jeunes, curieux et rompus aux codes des réseaux sociaux.

Depuis quelques années, les « youtubeurs » ont ouvert une brèche dans la communication et la médiation, partageant  leurs passions et jouant un rôle de vulgarisateurs auprès des moins de 35 ans. En dehors du champ de la critique musicale, ils sont très peu nombreux à avoir ouvert des chaînes thématiques ayant pour sujet principal le spectacle vivant. Avec sa chaîne, Ronan au théâtre (6 300 abonnés, et jusqu’à 30 000 vues), Ronan Ynard fait figure de pionnier dans ce petit milieu. Il a lancé sa chaîne en 2016, une éternité dans un univers où il a identifié « une multitude de tentatives avortées. Il faut du temps pour installer une chaîne. J’ai failli tout lâcher à plusieurs reprises ».

En premier lieu, l’objet même de la chaîne, le théâtre pour Ronan Ynard : « Le problème, c’est que le théâtre n’est pas un produit culturel consommable dans l’immédiat et à distance, à la différence d’un film ou d’un livre par exemple, observe-t-il. Lorsque vous en parlez sur votre chaîne, vos fans peuvent immédiatement s’en emparer. Alors que pour le théâtre, il leur faudra peut-être attendre 6 mois ou un an pour voir la pièce dont vous parlez. En revanche, vos vidéos ont une vie plus longue. Je peux presque suivre la géographie des tournées en regardant d’où proviennent les vues de certaines vidéos un peu anciennes. »

[...]

Lire la suite dans La Scène n°104 - Printemps 2022

Par Cyrille Planson

Légende photo : Ronan Ynard, fondateur de la chaîne Ronan au théâtre

Crédit photo : Arnaud Bertereau