Aller au contenu principal

Infoscènes

Les producteurs face aux annulations

Infoscènes
Image
Julie Berthon

Après les reports, les annulations. Alors que la reprise s’annonce lente, les producteurs sont toujours confrontés à de fortes incertitudes.  

Tous en sont pleinement conscients. La reprise sera longue, très longue. Et si, fin août, le gouvernement a lâché quelque peu de lest en rendant possible les spectacles en salle, pour un public masqué, la situation reste très précaire. Le rebond épidémique et l’hiver qui approche annoncent une saison très tendue, au cours de laquelle tout peut être envisagé. Le pire comme – espérons-le – le meilleur.

Pour Virginie Riche, directrice de Gommette Production, l’angoisse porte sur les représentations scolaires, sur lesquelles les recommandations du ministère de l’éducation nationale ne sont pas encore connues. « Elles représentent un pan énorme des activités des musiques jeune public, affirme Virginie Riche. Pour Gommette, cela représente 70 % à 75 % des dates que nous vendons. » Le bureau d’accompagnement L’Armada Productions, à Rennes (35), a vu 200 dates annulées de la mi-mars à la fin juin. La structure a inauguré un lieu de création fin 2019 et son modèle économique repose en grande partie sur l’activité de production. 

[…] Lire La suite dans La Scène n°98 – Automne 2020

Par Cyrille Planson, avec Tiphaine Le Roy

Légende photo : Julie Berthon, Vocal 26

Crédit photo : Chantal Bou-Hanna

 

Les SMAC se réinventent

Infoscènes
Image
Le Grand Mix

Les scènes de musiques actuelles (SMAC) s’adaptent et mettent en place des alternatives aux concerts debout en salle, toujours proscrits. À Dijon, la Vapeur va proposer des concerts en extérieur, tant que la météo le permettra. L’EMB Sannois (Val d’Oise) utilisera son toit-terrasse. « Au début, nous étions beaucoup à refuser d’organiser des concerts assis et masqués, mais nous avons conscience que la situation va durer. On ne peut pas ne rien faire. À nous, aux artistes et à leurs producteurs d’inventer d’autres formes que les concerts debout », avance Yann Rivoal, directeur de la Vapeur. Les concerts y seront plus courts, sans première partie, en configuration réduite et assise s’ils sont en intérieur. Le lieu a loué 300 sièges pour sa grande salle (1 200 places debout).

À Angoulême, la Nef envisage des concerts à la scène nationale. « Nous devons faire preuve de souplesse et d’agilité. Un concert de rap comme celui de Josman le 18 septembre devant 190 spectateurs n’est pas rentable pour l’artiste, vu ses frais techniques », estime Benjamin Jardinier, responsable de la communication de la Nef. Les quatre sorties de résidences prévues en septembre se feront en petits comités, soit 50 spectateurs assis. Au Havre, le Tétris propose son premier concert le 17 septembre, avec deux options : en extérieur ou bien en intérieur avec 240 places assises, selon les instructions de la sous-préfecture. Didier Super et Pierre-Emmanuel Barré avaient prévu de doubler leurs représentations, avant que la distanciation soit abandonnée pour les concerts assis « La situation financière est plus compliquée pour les producteurs et les artistes que pour les SMAC », confie Franck Testaert, le directeur du Tétris.

Les programmations seront très françaises après les reports d’artistes étrangers. Le Grand Mix, à Tourcoing, utilisera le bar de son club pour la grande salle et vice-versa afin que les spectateurs puissent boire un verre (assis) entre deux concerts. La salle diversifie ses propositions en formule assise, avec conférences ou projections autour de la musique. Son directeur, Boris Colin, comprend mal l’interdiction des concerts debout : « Nous avons le sentiment de deux poids deux mesures. Nos salles de concerts ne sont pas plus dangereuses que des centres commerciaux ou des métros. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°477

Légende photo : Le Grand Mix, à Tourcoing

Crédit photo : Emmanuel Poteau

Sauvetage à l'opéra

Infoscènes
Image
Martin Ajdari

Roselyne Bachelot a pris en main le dossier du sauvetage de l’Opéra national de Paris, grevé par une quarantaine de millions de déficit après les grèves de l’hiver et le confinement. Elle a accéléré le départ de Stéphane Lissner et la prise de fonction d’Alexandre Neef à compter du 1er septembre, bien que celui-ci reste aussi directeur général de la Canadian Opera Company (COC) jusqu’à l’arrivée de son successeur. Elle a présenté un plan d’aide lors de la passation de pouvoir. L’urgence relève en effet du domaine administratif et financier où le nouveau directeur général adjoint Martin Ajdari est à la manœuvre.

Celui-ci déclarait, lors de son audition au Sénat, le 13 juillet, à propos du déficit : « Nous étions théoriquement éligibles au chômage partiel, puisque nous avons plus de 50 % de ressources propres. Mais on nous a demandé de ne pas compenser un euro de perte de rémunération pour les salariés, contrairement à ce qui a pu se produire à la RATP ou la SNCF ou dans d’autres s’établissements publics. C’est un choix qu’il était difficile d’imposer aux salariés de l’Opéra. L’absence de recours au chômage partiel, pour une activité industrielle et commerciale comme celle de l’Opéra de Paris, peut représenter, vu la durée, 25 à 30 millions d’euros. »

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°477

Légende photo : Martin Ajdari

Crédit photo : D. R.

Premisses s’étend en Belgique

Infoscènes
Image
Claire Dupont et Raphaël De Almeida

Du 14 au 19 septembre seront présentés à Bruxelles, huit projets artistiques portés par des équipes issues d’écoles supérieures d’art dramatique françaises et belges. C’est la nouvelle version du cluster Prémisses, créé en 2017, lors de la nomination de Marc Le Glatin et Claire Dumont à la direction du Théâtre de la Cité internationale, à Paris (TCI). Les partenaires d’origine sont le Théâtre de Chelles (77) et le JTN (Jeune Théâtre national). Prémisses se présente comme un office de production artistique et solidaire, accompagnant la carrière de jeunes professionnels du spectacle vivant, pour les métiers artistiques, administratifs et techniques. Claire Dupont (épaulée par Raphaël De Almeida) et les associés du cluster présentent une sélection de projets à une quarantaine de responsables de scènes labellisées et organismes institutionnels. Les lauréats des trois premières années étaient Maëlle Dequiedt, le collectif Marthe, Roman Jean-Elie & Lucie Grunstein et Eddie D’Aranjo. Leurs créations, en production déléguée par Prémisses, ont été coproduites et/ou diffusées par des structures du réseau.

Le dispositif répond à l’urgence de créer qui anime les jeunes équipes, tout en leur laissant le temps d’intégrer un savoir-faire en production, diffusion, administration. Il associe des élèves du master 2 des métiers de la production théâtrale, à l’université Paris 3 que dirige Claire Dupont : « On les accompagne dans leur future compagnie, on les implante sur le territoire, on crée les alchimies avec des lieux et des collectivités où ils seront installés ». Raphaël De Almeida se réjouit : « Les deux premières sorties sont exemplaires. Le Phénix de Valenciennes a parrainé l’implantation de Maëlle Dequiedt avec le soutien de la Région Hauts-de-France. Le collectif Marthe s’implante en Rhône-Alpes avec le soutien du Théâtre du Point du jour (Lyon) et d’Arnaud Meunier (CDN de Saint-Etienne). » Cette édition 2020 de Prémisses associe Les Halles de Schaerbeek et le Théâtre Les Tanneurs, à Bruxelles. Des partenariats sont en cours avec le Festival de Milos, en Grèce, et l’Institut français de Berlin.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°477

Légende photo : Claire Dupont et Raphaël De Almeida

Crédits photos : D. R.

Roselyne Bachelot, ministre de la relance ?

Infoscènes
Image
Roselyne Bachelot

Franck Riester n’aura pas échappé au phénomène d’usure accélérée qui frappe les ministres de la Culture. Arrivé sur des succès comme le déblocage de l’accord entre Canal+ et les organisations professionnelles du cinéma sur la chronologie des médias, il quitte sur l’enlisement de la réforme de l’audiovisuel. Surtout, il paraît avoir manqué de poids politique au moment où le secteur du spectacle vivant est dévasté par la crise de Covid-19. C’est ce poids politique qui donne de la valeur à la nomination de Roselyne Bachelot, au-delà de sa popularité médiatique et de son franc-parler. Elle est l’une des rares ministres de la Culture à avoir une solide expérience de ministre à son arrivée Rue de Valois. Un atout dans les relations avec les administrations centrales du gouvernement.

Ses débuts en politique remontent à 1982, comme élue départementale du Maine-et-Loire. Elle a été députée de 1988 à 2002, membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, mais aussi élue européenne et surtout trois fois ministre, auprès de Jean-Pierre Raffarin, puis de François Fillon. Son mandat à la Santé sous Nicolas Sarkozy, réhabilité à la lumière de la crise de Covid-19, rehausse sa crédibilité. « Une personnalité de premier plan pour porter les grands dossiers », salue l’Adami. « Son expertise et son expérience politiques ainsi que sa passion pour l’opéra et plus largement la création et la culture seront des atouts incontestables », applaudit la SACD.

Reste à confronter sa motivation aux réalités d’une durée limitée à 23 mois. C’est cette fugacité ministérielle qui préoccupe, au Syndeac : « Nous avons beaucoup de chantiers en cours, nous attendons qu’ils soient traités dans la continuité et avec de la réactivité, réagit Nicolas Dubourg. Dans une situation de crise, le moment n’est pas à une remise à plat et une réanalyse. » Les syndicats d'entrepreneurs du spectacle vivant privé saluent la nomination de Roselyne Bachelot et souhaitent des « états généraux des industries culturelles et créatives » avec, pour ligne d’horizon, un plan de relance sectoriel « massif ».

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°476

Légende photo : Lors de la passation de pouvoir, le 6 juillet

Crédit photo : D. R.

La grande inconnue du mécénat

Infoscènes
Image
Big Sisters

L’inquiétude est montée rapidement : dès l’annonce du report de la Biennale de danse de Lyon, la menace d’un retrait des mécènes a plané sur les finances des manifestations. Pour la Biennale, le manque à gagner est de près de 250 000 €. à la fédération France Festivals, les adhérents consultés (60 % ont répondu) expriment un haut niveau d’incertitude sur le mécénat. Pour les festivals qui ont annulé leur édition, 30 % des mécènes maintiennent leurs aides, 20 % se désisteront et 50 % n’ont pas de visibilité. Les festivals qui tiennent une édition en 2020 avec report ont 17 % de mécènes qui ne se réengagent pas, autant qui maintiennent et 66 % pour lesquels la décision n’a pas été prise. Pour les organisateurs qui ont construit une offre allégée ou adaptée à la crise, le maintien des engagements se situe à 40 %, mais 17 % se retirent totalement.

La situation est inquiétante pour la danse car les mécènes qui s’y intéressent sont rares et les fondations qui s’y consacrent se comptent sur les doigts d’une main. La Fondation Hermès va poursuivre son activité et en particulier New Settings. Mais les spectacles de ce programme vont s’étaler jusqu’au printemps. Et le spectacle de Mohamed El Khatib, qui met en jeu des gardiens de musée, est reporté d’un an. Un autre acteur majeur est la Fondation BNP Paribas. En 2020 et depuis le début de la crise, elle a renouvelé plusieurs soutiens, comme l’Opéra national de Paris, le Festival Variations du Lieu Unique de Nantes, le Lille Piano(s) Festival / Orchestre national de Lille ou la Fabrique du Théâtre national de Chaillot, jusqu’en 2023 pour ces quatre. Elle a réaffirmé son soutien à Airelle Besson, Anne Paceo, à la Hofesh Shechter Company, à Yoann Bourgeois ou la Biennale des arts du cirque de Marseille en 2021. Elle soutiendra la compagnie L’Immédiat de Camille Boitel et Sève Bernard ainsi que Le Plus Petit Cirque du monde, à Bagneux, en lien avec BNP Paribas Real Estate, pour accompagner l’émergence et l’insertion de jeunes artistes via la « Pépinière Premiers Pas ».

Le soutien direct de  la Fondation BNP Paribas concerne plus de 25 artistes (10 musiciens de jazz et 17 compagnies de danse et cirque), ainsi qu’une quinzaine de structures dédiées à ces disciplines. Les moyens des fondations seront affectés par la dégradation de l’économie, mais il n’apparaît pas, pour le moment, de désengagements significatifs. Comme le souligne la Fondation Fluxum qui intervient principalement sur la danse entre la Grèce et la Suisse, les interruptions et les reports d’événements affectent l’activité des fondations.

Philippe Verrièle et Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°476

Légende photo : Big Sisters, de Théo Mercier et Steven Michel, dans le programme New Settings.

Crédit photo : D. R.

Pas de convention d’après-direction pour Robert Swinston

Infoscènes
Image
Beach Birds

« Nous, danseuses et danseurs au CNDC d’Angers, au sein de la compagnie et de l’école, avons appris récemment que le ministère ne soutiendrait pas financièrement le projet de Robert Swinston sur sa transition en association indépendante post- CCN. Nous souhaitons exprimer dans cette lettre notre consternation face à cette décision qui nous semble injuste vis-à-vis du bilan de ses 7 années de travail acharné que Robert Swinston a déployé en tant que directeur artistique du CNDC. » Le courrier, reçu par Michel Ayroles, président du conseil d’administration du Centre national de danse contemporaine d’Angers, et Laurent Vinauger, délégué à la danse au ministère de la Culture (DGCA), fait entendre une voix jusqu’ici méconnue.

Il a été signifié à Robert Swinston, directeur du CNDC, centre chorégraphique national, que la mesure d’accompagnement de sortie de direction, soit 150 000 euros par an sur trois ans, lui était refusée à cause du déficit de 150 000 € constaté en fin de mandat. C’est la réglementation de janvier 2018. Elle a déjà été appliquée à la sortie du mandat d’Emio Greco du Ballet de Marseille. Les danseurs argumentent : « Robert Swinston n’avait pas de structure au préalable en France. Ne pas le soutenir, c’est lui retirer l’opportunité de continuer à exercer son métier et transmettre son précieux savoir artistique. » La situation de Robert Swinston n’est pas comparable avec celle d’Emio Greco qui dispose d’une structure. C’est même le maintien de cette activité, tandis qu’il dirigeait le ballet de Marseille, qui posa problème. La sanction contre Robert Swinston paraît sévère après la crise Covid-19 et risque d’être perçue comme une volonté de resserrer le contrôle sur les directions de CCN.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°476

Légende photo : Beach Birds, de Robert Swinston

Crédit photo : D. R.
 

Crise sanitaire : rassemblement unitaire pour les festivals

Infoscènes
Image
festival d’Ambronay

Promis par le président de la République le 6 mai, le fonds dédié aux festivals n’est pas prévu dans le nouveau budget rectificatif. La fédération France Festivals et douze organisations professionnelles écrivent au président et aux élus : « Les festivals ne sont toujours pas considérés et reconnus par l’État à la hauteur des enjeux qu’ils représentent dans le paysage culturel national, dans leurs missions de service public et d’intérêt général. Ils n’ont fait l’objet d’aucune politique spécifique d’accompagnement de la part du ministère de la Culture. » La lettre rappelle les espoirs soulevés par le rapport de Pierre Cohen, puis la mission confiée par Françoise Nyssen à Serge Kancel, « subitement mise en sommeil sans aucune explication ». La crise sanitaire a renforcé ce sentiment d’abandon de la part de l’État. France Festivals demande de réactiver la mission festivals et d’ouvrir « une large concertation au sujet de l’avenir des festivals ».

Cette lettre est assortie d’une demande de rendez-vous. Elle est signée par AJC JAZZ (Association Jazzé Croisé), la Fedelima (Fédération de lieux de musiques actuelles), la FFCF (Fédération des festivals de chanson francophone), France Festivals, Futurs composés (Réseau national de la création musicale), le REMA (Réseau européen de musique ancienne), le SCC (Syndicat des cirques et compagnies de création), le SMA (Syndicat des musiques actuelles), Themaa (Association nationale des théâtres de marionnettes et des arts associés), l’Ufisc (Union fédérale d’intervention des structures culturelles), l’USEP-SV (Union syndicale des entreprises du secteur public du spectacle vivant, comprenant les Forces musicales, Profedim, le Syndicat national des scènes publiques et le Syndeac), Zone franche (réseau des musiques du monde).

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°475

Légende photo : Au festival d’Ambronay

Crédit photo : B. Pichène

Avignon : jes acteurs du Off en ordre dispersé

Infoscènes
Image
Off avignon

Après l’annulation du Off d’Avignon, les théâtres regardent l’avenir avec inquiétude. Marie Broche, directrice de l’Espace Roseau Teinturiers, détaille : « Je suis à 1 000 euros près car nous sommes une structure familiale fragile avec un énorme crédit immobilier. Avant nos reports de crédits, nous estimions nos pertes à 200 000 euros. Sur 17 créneaux loués à des compagnies, 14 ont été reportés à 2021 aux mêmes conditions. » Ce théâtre permanent va multiplier les activités à l’année, comme des cours de théâtre ou de cirque. Installé de longue date, le Théâtre des Barriques déclare avoir une assise financière solide et être suivi par sa banque. Pour sa part, la Factory (théâtres de l’Oulle et salle Tomasi) a suspendu son projet de reprise d’un lieu. Stéphane Dupont, directeur des théâtres Carnot et l’Autre Carnot, est dans une situation financière compliquée : « J’ai acheté l’Autre Carnot l’an dernier après de nombreux travaux, avec un crédit d’un montant équivalent au loyer que j’y payais. J’ai 52 000 euros de frais fixes à l’année sur les trois salles hors salaires de trois régisseurs. Comme je propose aux compagnies essentiellement des coréalisations, cela m’a évité d’avoir trop d’acomptes à rembourser. » Certains lieux ont contraint des compagnies à réserver le même créneau pour l’année prochaine afin de garder leur acompte, tandis que d’autres augmenteraient les prix d’environ 20 %. Ce que démentent les lieux que nous avons sollicités.

Parce qu’ils n’étaient pas censés ouvrir durant le confinement, les théâtres sont exclus du Fonds d’urgence pour le spectacle vivant (privé). L’association Avignon Festival & Compagnies (AF&C) travaille depuis deux mois à la création d’un fonds avec la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture. « Le dispositif est prêt, il serait d’un montant d’un million d’euros mais nous attendons toujours le feu vert du ministre de la Culture », s’inquiète Pierre Beffeyte, président d’AF&C. Les procédures de sauvegarde ou de conciliation pour les structures en cessation de paiement ont été repoussées au 10 octobre, mais certaines sociétés lorgnent dès à présent sur les théâtres les plus fragiles. Quelques lieux de la cité des Papes proposeront une offre cet été. Les cinq théâtres permanents du collectif Scènes d’Avignon mettent sur pied un cycle de lectures en extérieur du 16 au 23 juillet. De son côté, Laurent Rochut, directeur de la Factory, indique : « Nous proposerons à 5 ou 6 compagnies de montrer leur travail durant 4 jours mi-juillet. Davantage pour éviter une ville morte cet été que pour générer des recettes. » Stéphane Dupont estime que les conditions actuelles ne sont pas réunies pour ouvrir, avec des hôtels vidés de leurs touristes. Matthieu Hornuss, directeur du Théâtre des Barriques, nuance : « Je ne suis pas partisan d’organiser quelque chose car cela coûtera cher en déplacements et hébergements pour les artistes. En revanche, cela peut être une opportunité pour des compagnies régionales. »

En somme, constate Pierre Lambert (Présence Pasteur), « chacun est maître chez lui. C’est un fait et une revendication. » Une revendication portée par la toute nouvelle Fédération des Théâtres d’Avignon, qui regroupe 57 lieux, présidée par Pierre Lambert, qui explique : « Nous nous estimons mal représentés par AF&C. Son président est souvent hostile aux théâtres et souhaite contrôler le Off. » La fédération entend soutenir les lieux tout en développant des stratégies communes. AF&C a mené une consultation qui a obtenu 863 réponses sur des pistes d’avenir du Off. Par ailleurs, des États généraux du Off ont été lancés, entre autres à l’initiative de l’association Ls Sentinelles. Restera à coordonner ces différentes actions.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°475

Crédit photo : Eric Deguin

Espace public : des programmateurs entre bricolage et espoir

Infoscènes
Image
festival des Rias

En l’absence de festivals, les programmateurs d’artistes de l’espace public voient leurs habitudes bouleversées. Interrogés par La Lettre du Spectacle, ils expriment le souci de soutenir au mieux les compagnies et privilégient les reports pour permettre « que les spectacles soient vus », comme le formule Morgane Le Gallic, responsable du spectacle vivant à Pantin (93). à condition que les artistes soient disponibles et que les budgets suivent. Certains « temps forts » apparaissent à l’automne, sur le modèle de VivaCité, à Sotteville-lès-Rouen (76). Quelques événements ont été maintenus cet été et « remaniés », comme à Laval (53) ou à Notre-Dame-de-Monts (85) où le festival gardera les spectacles dans des parcs clos permettant une jauge. « Il y a une moins grande appréhension de la part des spectateurs à voir un spectacle en extérieur plutôt qu’en salle », observe Christian Lalos, directeur du Théâtre de Châtillon (92). La situation complique le repérage, poursuit-il : « les festivals des arts de la rue annulés constituent en effet des temps privilégiés pour découvrir des équipes et des projets ».

Ceux qui ont des programmations pluridisciplinaires et qui ne font que de la diffusion sont particulièrement affectés, confirme Bertrand Turquety, directeur de Fontenay en scènes (94). Souvent, la prochaine saison est déjà prête, « entre ce qui était déjà programmé et les dates de report », note Pauline Piganiol, responsable du service culture de la communauté de communes Cère & Rance En Châtaigneraie (15). Le problème se pose pour la saison suivante. Certains évoquent la possibilité de programmer des spectacles « en réserve », déjà repérés. Pour les créations, diverses pistes sont évoquées. Les temps forts proposés à l’automne serait l’occasion de découvrir des spectacles. Les programmateurs disent qu’ils seront attentifs aux sorties de résidence, comme David Michaud, DAC à Notre-Dame-de-Monts.

Les lieux « essaieront de recevoir un maximum de présentations professionnelles », en plus de « déplacements dans d’autres régions » plus nombreux, affirme Morgane Le Gallic. Les réseaux joueront un rôle important, en mutualisant l’attention : le Groupe des 20 Théâtres en Île-de-France en est un exemple. L’expertise des collaborateurs et les contacts interpersonnels sont également cités, notamment par Paulo Lemoigne, responsable service action culturelle à Laval (53). Certaines équipes artistiques prennent les devants et contactent les diffuseurs avec des « propositions réadaptées ». Peut-être la programmation sur dossier va-t-elle gagner un peu de terrain : programmer du spectacle vivant sans l’avoir vu vivre, en faisant confiance.

Mathieu Dochtermann

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°475

Légende photo : Au festival des Rias, à Quimperlé, en 2016

Crédit photo : Franck Betermin