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Jean Lambert-wild : de l’Union à la désunion

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Jean Lambert-wild

Le metteur en scène a démissionné, le 24 novembre, de son poste de directeur du CDN de Limoges. Depuis plusieurs mois, il faisait face à de lourdes accusations de la part des salariés et des étudiants. Autopsie d'une chute.

« Le théâtre est une aventure qui n’a de sens que si elle est partagée. […] J’ai décidé de quitter au 31 décembre mes fonctions de directeur Théâtre de l’Union et de l’Académie de l’Union. » C’est par un communiqué succinct que Jean Lambert-wild a annoncé le 24 novembre son départ du Centre dramatique national (CDN) de Limoges. Il devait y achever son deuxième mandat, dans un an, le 31 décembre 2021. « La décision aurait dû être prise depuis longtemps. Jusqu’au bout il a manœuvré, joué avec nos nerfs », regrette un employé. Pour l’ensemble des 16 salariés (hors direction) du Théâtre de l’Union et les 17 élèves de l’Académie de l’Union (l’école qui y est adossée depuis 1997), la cause était entendue : « soit il part avant la fin de l’année, soit nous portons l’affaire devant les prud’hommes voire au pénal. »  « Trop tard » pour un audit RH ou une médiation alors que deux audits financiers (l’un du Trésor public, l’un d’un commissaire aux comptes) s’achèveront en décembre.

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Par Thibault Dumas

Légende photo : Le metteur en scène Jean Lambert-wild 

Crédit photo : Thierry Laporte

Les producteurs retiennent leur souffle

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Christophe Bosq

Les tournées de nouveau interrompues, les producteurs espèrent désormais une reprise, même temporaire, en début d’année.

Tenir, faire face, attendre la reprise, espérer le rebond... De fait, qu’ils le veuillent ou non, et même s’ils peinent à demeurer optimistes, tous les producteurs de France n’ont d’autre alternative que de suivre ce cap.

Une fenêtre en début d’année ? 
D’emblée Christophe Bosq, le directeur de 3C, explique ne pas vouloir céder au catastrophisme ambiant. « Nous avions anticipé cette situation, résume-t-il. D’abord en jouant la sécurité à la rentrée. Contrairement à certains collègues qui annulaient tout, nous avons préféré jouer la carte du concert assis. Il y a eu de très nombreux échanges avec les artistes, parfois réticents. Finalement, ils en sont tous revenus ravis par la qualité de la relation, même avec des spectateurs masqués. Je n’ai jamais eu autant de retours positifs que sur cette période. » Lui-même se confie sur sa propre expérience de spectateur et producteur du concert de Catastrophe, au Centquatre, en septembre, le premier auquel il assistait depuis le printemps. 

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Christophe Bosq, directeur de 3C

Crédit photo : D. R.

Etude : des spectacles possibles malgré le virus

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etude

L’organisation de spectacles pourrait se faire durant la pandémie de coronavirus, conclut l’étude Restart-19 menée par la faculté de médecine de Halle (Allemagne). Le 22 août, près de 2 000 volontaires avaient participé à trois concerts à l’Arena de Leipzig, organisés en trois configurations : sans mesures sanitaires, avec espace modéré entre spectateurs ou avec espace de 1,5 mètre. Chaque participant était équipé de traceurs enregistrant ses déplacements. Des produits désinfectants fluorescents permettaient d’observer quelles surfaces les spectateurs touchaient le plus souvent.

Les résultats ont permis de définir un modèle mathématique pour évaluer les risques de propagation dans une grande salle de concert en configuration assise. Les contacts entre spectateurs étaient rares et brefs durant le spectacle, mais plus nombreux lors de l’entrée dans la salle et durant l’entracte aux bars. Si les règles sanitaires sont appliquées et respectées lors d’un événement similaire, les risques de transmission sont « faibles, voire très faibles » a observé le Dr Moritz. « Le résultat le plus important pour nous a été de comprendre combien il est déterminant d’avoir une bonne ventilation. C’est l’élément clef pour réduire les risques. Il est également important d’adapter le nombre de spectateurs en fonction du nombre de nouvelles infections pour 100 000 habitants au cours des sept jours précédant l’événement. »

Documents à télécharger en allemand et anglais sur le site restart19.de

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°482

Crédit photo : D. R.

Avignon Off : un fonds trop peu sollicité

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Avignon off

Le Fonds d’urgence pour le festival Off d’Avignon (FUOA), mis en place pour les théâtres privés impactés par l’annulation du Off, a été sollicité par 59 lieux. 49 ont été aidés pour un total de plus de 460 000 euros. Ce fonds était doté de 800 000 euros par le ministère de la Culture et confié à AF&C, l’association qui coordonne le Off d’Avignon. Trois commissions ont attribué ces aides fin août et en octobre. Sur les 140 lieux d’Avignon, pourquoi étaient-ils si peu à demander une aide ?

Les critères stipulaient que les lieux éphémères, comme Présence Pasteur ou Espace Alya, n’étaient pas éligibles. Des théâtres subventionnés, comme le Théâtre des Carmes, ou ayant proposé plus de 15 représentations (la Condition des Soies, le Verbe Fou) ne pouvaient pas non plus y prétendre. Certains théâtres, comme ceux de la Fédération des théâtres indépendants d’Avignon, contestent ces critères : « Pourquoi avoir créé un dispositif spécifique aux théâtres d’Avignon alors qu’il existait le Fonds d’urgence pour le spectacle vivant ?, proteste Harold David (Archipel Théâtre). AF&C s’est substituée à la puissance publique et a défini des critères, sans concertation. Peu de théâtres ont sollicité ce fonds alors qu’ils sont tous exsangues. » AF&C rappelle qu’une condition sine qua non posée par le ministère de la Culture pour le fonds avignonnais était que les acomptes versés par les compagnies leur aient été remboursés. Ce que le FUSV n’aurait pas pu contrôler. De plus, les bénéficiaires s’engageaient à ne pas augmenter leurs prix de locations en 2021. Deux conditions qui en ont peut-être découragé certains.

Plusieurs association ont été auditionnées à l’Assemblée nationale, début octobre, concernant ce fonds par les députées Souad Zitouni et Dominique David (LREM). Cette dernière confie : « En tant que rapporteure du budget de la culture, j’évalue et contrôle l’argent public. Dans quelques temps, je vérifierai comment ont été réparties ces aides. » AF&C demande un doublement des aides à l’emploi via le Fonpeps pour les salles de moins de 300 places, la nomination d’un référent Covid et que son fonds de soutien à la professionnalisation soit abondé par l’état.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°482

Crédit photo : D. R.

Marseille : « Nous souhaitons rééquilibrer les subventions »

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Jean-Marc Coppola

Interview de Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture de la Ville de Marseille.

Dans son programme, le Printemps Marseillais souhaitait « augmenter immédiatement de 50 % l’enveloppe des subventions culturelles de la Ville, puis de 10 % par an ». Le ferez-vous ? 
En effet, de 27 millions d’euros nous passerons à 54 en fin de mandat. Nous avons constaté que les subventions culturelles étaient particulièrement basses à Marseille, la chambre régionale des comptes le souligne également. Nous souhaitons rééquilibrer les subventions sur le territoire et entre les disciplines, mais aussi vers de jeunes lieux ou vers des artistes femmes. Pour autant, il ne s’agira pas de baisser les subventions plus importantes, nous travaillons à redéfinir les critères d’attribution. Aucun arbitrage n’est encore effectué concernant le budget 2021. Des Assises de la culture réuniront chaque mois les acteurs culturels afin de définir une grande politique culturelle pour le printemps 2021.

Quelles sont vos ambitions en matière d’équipements ? 
Le drame de la rue d’Aubagne a montré l’état de certains bâtiments, plusieurs lieux culturels sont vétustes. Un plan pluriannuel d’investissement sera lancé. Le Théâtre du Gymnase doit rénover ses balcons, le Théâtre de l’Odéon subit des fuites, des salles de concerts comme l’Espace Julien doivent être insonorisées… Nous souhaitons également créer une Maison des cultures dans chacun des 16 arrondissements de la ville. Par ailleurs, la culture hip-hop est très active à Marseille mais a été trop longtemps méprisée. Nous allons être à l’écoute de ses acteurs et développer une maison ou plusieurs lieux d’ancrage dans des lieux existants, sans trop institutionnaliser cette culture. Enfin, il y a trop peu de résidences d’artistes à Marseille. Nous avons identifié des équipements municipaux laissés en friche depuis parfois dix ans qui pourraient être utilisés.

Pourquoi souhaitez-vous que l’opéra municipal devienne national ?
Parce que Marseille est la seule ville de plus de 300 000 habitants à financer seule son opéra. Un audit sera mené concernant cet établissement et le théâtre municipal de l’Odéon. Le seul opéra art déco de France doit rayonner et diversifier son public. Il est également nécessaire que la deuxième ville de France se dote d’un auditorium en cœur de ville, par exemple au Parc Chanot [parc des expositions, NDLR].

La question des transports et de la mobilité semble centrale pour les acteurs culturels… 
Le premier obstacle à l’accès à l’emploi, ce sont les transports, je pense qu’il en est de même pour l’accès à la culture. Marseille est au début du XXe siècle en matière de transports collectifs. Nous avons une ambition écologique qui implique la baisse de l’utilisation de la voiture. Mais les transports sont une compétence de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Propos recueillis par Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°482

Crédit photo : D. R.

Le ministère bon élève malgré des rémunérations élevées

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ministere

Depuis la loi sur la transformation de la fonction publique du 6 août 2019, les administrations, les collectivités locales, mais également les ministères doivent, en gage de transparence, communiquer des informations concernant les salaires de leurs agents. Si le détail des montants individuels n’est pas exigé, chaque entité concernée doit néanmoins rendre publique la somme des salaires de ses dix agents les mieux payés ainsi que le nombre de femmes concernées par ces hautes rémunérations. Réunis dans un document budgétaire annexé au projet de loi de finances 2021, ces données, qui prennent pour base l’exercice 2019, démontrent l’existence d’une forte disparité salariale entre les départements ministériels. Au sein de l’exécutif, le ministère de la Culture fait figure de bon élève.

La situation rue de Valois est caractérisée par une certaine « modération salariale » et un partage égalitaire des plus hautes rémunérations entre les femmes et les hommes. Les 10 agents les plus privilégiés (5 hommes et 5 femmes) gagnent ainsi, en moyenne, 161 000 euros brut annuels, soit près de 13 500 euros par mois. à titre de comparaison, c’est au ministère de l’Intérieur que les rémunérations atteignent les niveaux les plus élevés (248 000 euros annuels en moyenne). La rémunération des ministres s’élève à 10 093 euros bruts mensuels et les collaborateurs de cabinet de Franck Riester bénéficiaient d’une rémunération moyenne de 9 671 euros bruts. Une augmentation de 7,8 % par rapport au cabinet de Françoise Nyssen que la rue de Valois avait justifié par le recrutement de profils de contractuels seniors.

9 541 emplois au ministère 
Le budget 2021 du ministère de la Culture prévoit un plafond de 9 541 équivalents temps plein, soit 52 de moins qu’en 2020. 479 M€ sont prévus pour les dépenses de personnel, dont 9 M€ pour « la revalorisation indemnitaire afin de combler le retard global des agents du ministère », au regard de la moyenne interministérielle.  

Antoine Blondel

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°481

Légende photo : Ministère de la Culture

Crédit photo : D. R.

Cirque : à Auch, les artistes livrent leurs doutes

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Circa TsuÏca

Le festival CIRCa, à Auch, a réussi à se tenir, du 16 au 25 octobre. Si sa nouvelle directrice Stéphanie Bulteau était soulagée, le nombre de programmateurs présents était au tiers de ce qu’il est d’habitude. Les artistes s’en rendent compte, qui eux luttent pour diffuser leurs spectacles. L’une des difficultés réside dans le fait que les reports de la saison dernière ont créé un « bouchon » comme l’appelle Jani Nuutinen (Circo Aereo), de sorte que les lieux n’ont plus de temps de plateau libres pour proposer des dates. « Il y a de grosses inquiétudes chez les compagnies », confie Pauline Barboux (L’Envolée Cirque). « On a aucune visibilité pour la suite », renchérit élodie Guézou (compagnie AMA). Pour la même raison, les résidences sont devenues difficiles à obtenir. Or, même si certaines compagnies, comme AMA ou Circo Aereo, ont bénéficié de temps de plateau proposés par les lieux pendant l’été, c’est loin d’être le cas pour tous les artistes. « C’est très difficile, les projets qui sont nés en 2020 ne peuvent pas toujours faire leur première », regrette Lucho Smit (Galapiat Cirque). Les programmateurs internationaux n’ont presque pas pu se déplacer et les artistes ont fait une croix sur les tournées au-delà des frontières.

Les programmateurs français commencent à anticiper les restrictions sanitaires : Pauline Barboux indique ainsi qu’on lui a demandé si le musicien qui accompagne sa création 2020 pouvait « jouer avec une visière. » Une circassienne décrit leur attitude comme « frileuse ». Les artistes s’adaptent : Raphaëlle Boitel a renoncé à créer une grande forme, ceux qui ont des solos les privilégient. Les collectifs comme Galapiat Cirque ou Cheptel Aleïkoum semblent pour l’instant mieux tenir le coup, sans doute grâce à leur « renommée » et aux réserves financières qui ont servi à « abriter les salariés ». Pour autant, même eux se troublent quand on aborde l’avenir : Guillaume Dutrieux (Cheptel Aleïkoum) le concède : « Pour l’instant, on y voit que du feu, mais on va sentir les conséquences en 2021-2022. » Les efforts des opérateurs publiques pour aider les compagnies sont salués, mais comme le dit Raphaëlle Boitel : « à un moment les structures ne pourront plus faire tampon. » Incertitude, le mot revient souvent : « Normalement, on est toujours dans l’anticipation », confie la même, « mais là on n’arrive plus à se projeter. »

Mathieu Dochterman

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°481

Légende photo : (V)Îvre, par la compagnie Circa TsuÏca

Crédit photo : Ian Granjean

Paris : le visage de la Cité du théâtre prend forme

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Ateliers Berthier

Les architectes Nieto Sobejano et Marin + Trottin ont publié les premières images du futur site Berthier dans le 17e arrondissement qui accueillera le Conservatoire national supérieur d’art dramatique et les salles de spectacle de l’Odéon et de la Comédie-Française. Le projet avait été annoncé par François Hollande en 2016. L’objectif est désormais une livraison fin 2025 ou début 2026.

Une volonté politique 
La confirmation de ce grand investissement est un geste politique. Certains y verront une forte ambition forte, la volonté d’engager des moyens dans la création dramatique et la formation. La Comédie-Française attend depuis longtemps un équipement adapté aux formes contemporaines. Le Conservatoire ne tient plus dans ses locaux actuels. Les autres seront choqués de voir l’état promettre 70 millions d’euros pour construire des salles de théâtre dans une capitale déjà suréquipée, quand le ministère de la Culture est accusé de privilégier Paris aux dépens des régions. La pilule des 80 millions d’euros d’aide exceptionnelle à l’Opéra de Paris était déjà dure à avaler. La Cité du théâtre leur apparaîtra comme un de ces grands projets du « monde d’avant », renforçant encore les grandes institutions.

La Cité du théâtre s’étendra sur 22 000 mètres carrés. Le projet s’appuie sur les bâtiments existants des Ateliers Berthier, construits par Charles Garnier en 1895 et classés aux Monuments historiques. La halle principale deviendra le parvis d’accueil du public avec billetterie, restauration, salles de médiation et un centre de ressources central. Il donnera accès aux 6 salles aménagées dans ou sous les bâtiments situés à « cour et jardin » : celles de la Comédie-Française (250 et 600 places), celles du Théâtre national de I’Odéon (250 et 500 places) et celles du conservatoire (100 et 200 places). à l’arrière, tout le long des cinq constructions « Garnier » s’étendra un jardin surélevé bordé d’un bâtiment long de 200 mètres et légèrement incurvé, haut de 4 à 5 étages. Baptisé le « Lointain », il hébergera les salles de cours du conservatoire et les bureaux des théâtres. Sa façade sera végétalisée avec une production de houblon. Au-dessous du jardin seront aménagées les voies de circulation du public, les accès techniques aux scènes.

Budget à 86 M€ 
Le projet est porté en maîtrise d’ouvrage par un groupement d’intérêt public (GIP), dirigé par Adrien Petit, qui réunit les quatre partenaires : état, Odéon, Comédie-Française et CNASD. Un démarrage des travaux est espéré à la fin 2021. Pendant le chantier l’Odéon continuera à y exploiter ses Ateliers Berthier. Pendant cette première phase l’Opéra de Paris doit libérer les locaux qu’il occupe sur le site et la construction du Lointain débutera. Alors que la phase d’avant-projet sommaire n’est pas terminée, le budget reste calé sur le chiffre initial de 86 millions d’euros dont 56 M€ de travaux.

Un chiffre qui paraît léger au regard des derniers grands théâtres livrés en France ou de la Philharmonie de Paris. 70 M€ seront financés par l’état et 16 M€ en ressources propres par le GIP, l’essentiel venant du mécénat qui devra être récolté par les trois institutions et par la revente des locaux actuels du conservatoire (sauf la salle à l’italienne historique). Ce GIP est aussi chargé de l’exploitation générale du bâtiment et de son entretien en fonctionnement (sécurité, nettoyage, etc.), mais il ne s’occupera pas du volet artistique. 

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°481

Légende photo : Les Ateliers Berthier adossés à un nouveau bâtiment à façade végétalisée

Crédit photo : D. R.

A Lyon, après l’appel, les indépendants s’engagent

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Lors d’un atelier, à Lyon

Dans la foulée des états généraux des festivals, se sont tenus, à Lyon, les 6 et 7 octobre, les états généraux de l’Appel des indépendants, initié dans cette ville, dès le 11 mars, quand une trentaine d’acteurs du secteur de la création et des médias se sont fédérés pour alerter sur la crise à venir des métiers de la musique, du livre, des arts numériques, du cinéma, de la presse, de la photo (bookers, graphistes, prestataires techniques, labels, libraires, organisateurs de festivals, directeurs de salles…). Autant d’activités qui ne sont pas sous tutelle des pouvoirs publics – même si certaines peuvent percevoir quelques subventions – ni adossées à de grands groupes privés.

1 600 signataires ont émargé cet appel en France. 60 workshops se sont tenus dans 20 villes cet été pour émettre des premières pistes de travail que 150 délégués, réunis durant ces deux jours, ont approfondi avec une émotion palpable et une rigueur remarquable, sur les thèmes de la responsabilité, la coopération, les financements… Il s’agit, pour les représentants de ces structures, d’imaginer de nouveaux modèles de travail commun alors que – selon leurs dires – ils ont l’habitude de se débrouiller seuls. De grands témoins comme l’autrice Corinne Morel Darleux ont rappelé que « la culture est une partie du soin » de cette crise et que « l’indépendance ne doit pas signifier la précarité », d’autant que ces « professionnels répondent aussi aux besoins de la jeunesse, oubliée ».

Les participants ont notamment planché sur une approche plus écologique de l’organisation d’événements avec des propositions qui vont être collectées pour figurer dans un livre banc à paraître le 10 novembre. L’enjeu est désormais de porter ces revendications au niveau politique pour ne pas être les oubliés du plan de relance. Au niveau local, le vice-président chargé de la culture à la Métropole de Lyon, Cédric Van Styvendael, présent lors de la séance plénière de clôture, a réagi sur Twitter : « La crise Covid met en danger tout l’écosystème des acteurs culturels et spécialement les indépendants. Ils ont choisi de ne pas se résigner ! Ils en ont fait une brillante démonstration pendant deux jours. » Pour peser au niveau européen sur les arbitrages des 2 % des 750 milliards d’euros dévolus à la culture au sein des 27 pays de l’Union, une version anglaise de cet Appel des indépendants, « Reset », a été lancée en vue d’organiser, à Bruxelles, une déclinaison de ces états généraux au printemps.

Nadja Pobel

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°480

Légende photo : Lors d’un atelier, à Lyon

Crédit photo : Laurie Diaz

Dans l’espace public, les artistes en mode « furax »

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Furax

Depuis fin septembre, le mot-dièse #culturefurax tourne sur les réseaux sociaux. Son lancement fait suite à l’annulation de la Journée singulière des Rencontres d’ici et d’ailleurs qui aurait dû se tenir les 26 et 27 septembre à Garge-lès-Gonesse. Jean-Raymond Jacob, directeur du Cnarep  (centre national des arts  de la rue et de l’espace public) Le Moulin fondu, explique qu’il découle d’une réelle « colère ». Dans les 24 premières heures, son texte de protestation a été partagé près de 500 fois. Il pointe le fait que le dialogue se fait difficilement avec sa préfecture, alors que les collectivités locales offrent globalement leur soutien.

Jean-Raymond Jacob avertit que 2021 pourrait être l’année de la casse. Jean-Luc Prévost, président de la Fédération nationale des arts de la rue, se dit solidaire. Il suggère de travailler en priorité sur « le rôle des préfets » et sur la relation avec les directeurs techniques et avec les maires. Il souhaite rester « constructif », même s’il s’agace de l’absence de prise en compte du savoir-faire professionnel du secteur, face au « manque d’ouverture » des décideurs publics, alors que la ministre semble « à l’écoute ». Alain François, trésorier de la Fédération en Île-de-France, appelle à ne pas confondre un « événement artistique et culturel » organisé par des professionnels avec un « rassemblement », et souligne la difficulté de travailler quand les interdictions se font « la veille pour le lendemain », sur des critères « ambigus ». Les deux fédérations invitent les préfectures au « dialogue ».

Du côté des artistes, cette initiative trouve un écho. Barthélemy Bompard de la compagnie Kumulus (26), dont un spectacle aurait dû jouer dans l’espace public parisien, mais a été interdit « par le préfet trois heures avant de jouer », trouve « injuste » d’empêcher le public « encadré par des professionnels » de se rassembler en plein air. Derrière son « coup de gueule », cette question : « Combien de temps on va tenir sans s’effondrer, si on ne peut pas travailler ? » Périne Faivre, directrice artistique de la compagnie Les Arts Oseurs (34), s’est associée à l’initiative « par solidarité ». Elle rappelle que l’annulation du festival à Garges-lès-Gonesse n’est qu’un épisode dans « une seconde vague d’annulations [de spectacles] sans préavis ». Pour elle, « l’action collective » seule permettra de rétablir la « liberté dans l’espace public ». Pour l’instant, cette protestation s’étend avec lenteur hors du secteur rue. Certains artistes, à l’image de la chorégraphe Marina Torres, expriment leur solidarité et leur exaspération des contraintes, y compris en salle.

Mathieu Dochtermann

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°480

Légende photo : Le lancement de Furax, à Garges-lès-Gonesses

Crédit photo : Xavier Cantat