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Cour d’honneur : Julie Deliquet adapte l’envers du rêve américain

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Julie Deliquet

Le spectacle Welfare, de Julie Deliquet, directrice du Théâtre Gérard Philipe (TGP) de Saint-Denis (93), ouvrira la cour d’honneur au Festival d’Avignon le 5 juillet. Welfare est au départ un documentaire de 1975 de Frederick Wiseman, 93 ans, inspirateur de Stanley Kubrick ou de Miloš Forman et auteur de l’inaugural Titicut Follies en 1967, film coup de poing sur les conditions d’incarcération de malades mentaux criminels. « Frederick Wiseman, qui partage sa vie entre Boston et New York, est un grand connaisseur et habitué de théâtre, raconte Julie Deliquet. Il avait vu plusieurs de mes spectacles. En juin 2020, il m’appelle et me confie qu’il a toujours pensé qu’il y avait du théâtre dans ses films, qu’il aimerait que ce soit moi qui en réalise une transposition. Ce qui m’a particulièrement touchée car j’ai adapté au théâtre beaucoup d’œuvres cinématographiques. » Après Fanny et Alexandre, d’Ingmar Bergman ; Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin ; ou le feuilleton Huit heures ne font pas un jour, de Rainer Fassbinder, Julie Deliquet avait elle même réalisé un court-métrage, Violetta, qui plantait en partie son décor au sein du service d’oncologie de Villejuif.

Welfare, de Frederick Wiseman a, lui, pour cadre un bureau d’aide sociale new yorkais, le réalisateur y captait avec une seule caméra chômeurs, SDF, malades ou enfants victimes de violence. « Il n’a utilisé qu’une perche, qu’une seule caméra, il a eu 150 heures de rush, on était presque dans des processus de répétition, poursuit Julie Deliquet. Wiseman a filmé de très près, sans voix off, sans musique, dans une radicalité extrême. Je devais travailler presqu’à l’opposé, pour retrouver une dimension jusqu’au boutiste, ce qu’ont vite compris Tiago Rodrigues, que je n’avais jamais rencontré et Géraldine Chaillou, que je connaissais un peu, il me fallait ordonner une mise en couleurs, dé-zoomer, avec l’envie de mettre des personnages marginaux dans un cadre hors normes. » Les 15 acteurs, âgés de 20 à 70 ans, sont passés par le TGP. Welfare s’est financé en partie grâce à un programme de 472 300 dollars de la Villa Albertine et devrait bénéficier d’une diffusion aux Etats-Unis.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Légende photo : Julie Deliquet

Crédit photo : Moland Fengkov

Alternative : première cérémonie des Flammes

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Flammes

La cérémonie des Flammes aura lieu le 11 mai au Théâtre du Châtelet, à Paris. Fin mars, dix artistes ont été révélés dans chacune des 21 catégories de prix : album rap, album nouvelle pop, featuring de l’année, morceau afro, morceau caribéen, concert de l’année… Cette remise de prix est organisée par les médias en ligne BooskaP et Yard avec l’agence de conseil Smile. Hamad Ba, de BooskaP, observe : « Les cultures qualifiées d’urbaines ont longtemps été perçues comme des sous-cultures alors qu’elles sont extrêmement populaires aujourd’hui. Pourtant, elles sont très mal représentées par les institutions ou par les cérémonies liées à ces institutions. Mais il ne s’agit pas d’une cérémonie du rap mais des cultures populaires. »

Les Victoires de la musique ou les NRJ Music Awards font en effet une minuscule place aux « musiques urbaines ». Douze catégories sont soumises au vote du public et d’un jury, une catégorie au seul vote du public (morceau de l’année), huit au seul vote du jury. Tom Brunet (Yard) livre : « La transparence est primordiale dans tout processus de vote. La participation du jury permet un certain recul, une curation, afin que ne soient pas récompensés seulement les artistes qui ont les plus grosses fanbases. » Le jury de 23 personnes sera renouvelé d’une année sur l’autre et ses membres seront connus juste avant la cérémonie, afin d’empêcher toute concertation entre eux. Il comporte des représentants de maisons de disque, des professionnels du spectacle, des personnalités publiques, des indépendants et des journalistes. Les Flammes ont pour partenaire financier principal Spotify, mais aussi de nombreux organismes (Adami, CNM, Sacem, SCPP, Snep, SPPF).

La ministre de la Culture serait présente le 11 mai au Châtelet. Une quinzaine de prestations sont prévues, avec de nombreuses personnalités sur scène. Produite par Black Dynamite (Mediawan), l’émission sera diffusée en direct, notamment sur Youtube, BooskaP et Yard, puis rediffusée sur une chaîne de télévision. Les 3 nommés par catégorie seront révélés le 11 avril. 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Crédit photo : D. R.

Hauts-de-France : les artistes investissent les usines en grève

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Stéphane Titelein

En quelques heures, la boucle WhatsApp lancée jeudi 23 mars par le metteur en scène et acteur Stéphane Titelein a fédéré plus de 130 professionnels du spectacle vivant des Hauts-de-France. Le nom du groupe : « Qui peut faire quoi ou jouer quoi dans une usine en grève ? ». Très vite, comédiens, circassiens et musiciens proposent des interventions. Les idées fusent. « On pourrait faire une lecture de Faut pas payer !, de Dario Fo, suggère Louise Wailly, auteuse et metteuse en scène de la compagnie Proteo. Julie Duquenoy signale dans la foulée que le collectif Éternel instant « est partant ». Julien Emirian de la compagnie Tout le monde dehors, est le premier à se lancer sur le terrain, pour soutenir les ouvriers du piquet de grève du Vert Baudet, le groupe de vente par correspondance en lutte depuis dix jours. Très rapidement, le comédien et metteur en scène Maxime Séchaud, délégué CGT-Spectacle dans la région, assure un lien avec les piquets de grève là où il y en a, pour tenter de coordonner les bonnes volontés et de mettre en rapport artistes et grévistes « J’ai des contacts avec les Unions locales et départementales, ça aide à avoir les infos, précise-t-il. Il lance également l’idée d’un « cabaret des luttes » qui serait « une journée complète avec des projections, des petits formats, un concert... » à la Bourse du travail de Lille le 8 avril.

Soutenir les électriciens, les éboueurs, les ouvriers par des interventions artistiques sur les lieux même de la lutte, tout cela réjouit au plus haut point Gilles Defacque, 77 ans, figure lilloise incontournable. Le fondateur – en 1973 – du Prato, théâtre international de quartier, labellisé par la suite pôle national de cirque, a évidemment été parmi les premiers à proposer ses services : « J’ai fait le clown dans des usines occupées il y a bien longtemps, se souvient-il. Il existe dans cette région un pont, un lien entre les artistes et le monde ouvrier. La création n’est pas hors sol. » Et les artistes très engagés, comme le constate Maxime Séchaud, qui représente la nouvelle génération. « Il n’y a pas forcément beaucoup d’artistes en grève c’est vrai, mais nous avons toujours des cortèges culturels importants dans les manifestations contre les retraites et dans les cortèges en général. » L’instigateur du groupe, Stéphane Titelein, est bien sûr satisfait. « Tout part d’une soirée au Théâtre du Nord que David Bobée avait ouvert après une manif. Il y avait beaucoup de monde, ça discutait et arrive la question : et nous, artistes, gens de spectacle, qu’est-ce qu’on peut faire ? Je me suis dit qu’on était, aussi, l’art de la fête, et que nous pouvions embellir les jours de grève en allant dans les usines. »

Un témoignage l’a conforté : « Quelqu’un se souvenait de son pépé qui avait vu Jean Ferrat en 1968 dans son usine et en parlait comme du plus beau jour de sa vie. Je me suis dit qu’on pouvait apporter de la gaîté dans le bazar. » En militant de longue date de l’éducation populaire, Stéphane Titelein place aussi l’action des artistes nordistes dans les traces du groupe Octobre de Jacques Prévert qui allait jouer du théâtre dans les usines occupés dans les années 1930. « Les artistes et les ouvriers, nous avons des choses à nous raconter. Après tout, nous sommes les prolétaires dans ce métier. »

Bruno Walter 

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Légende photo : Stéphane Titelein

Crédit photo : Kalimba

Géopolitique : la tournée très symbolique de Xiexin Dance Theatre

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Xiexin Dance Theatre

Le 25 février, la compagnie Xiexin Dance Theatre était au Laboratorio de las Artes de Valladolid, en Espagne, puis à Luxembourg. Et, à chaque fois, les ambassades chinoise sont présentes… Non pas que cette jeune chorégraphe soit une figure : sa compagnie est privée et c’est la première grande pièce d’une artiste talentueuse mais émergente. Pourtant « à Luxembourg, l’ambassadeur m’a dit qu’il était extraordinaire qu’elle soit là, rapporte Thierry Duclos. Avec son agence artistique, Delta Danse, il est à l’origine de cet événement : la première sortie de son pays d’une compagnie chinoise depuis trois ans… L’aventure a commencé en 2019. Thierry Duclos remarque la jeune chorégraphe Xie Xin, invitée du Festival Paris l’été pour sa première pièce. « J’ai essayé d’avoir des informations, mais avec la Chine, ce n’est pas simple ». Les vidéos sont inaccessibles, les formats ne correspondent pas, les téléchargements sont impossibles ; « oui, il y a un contrôle politique », reconnaît volontiers Thierry Duclos… Le temps de se décider, d’obtenir les informations, l’organisation de la tournée est lancée.

Mauvais timing, au mois de janvier 2020, la Chine se ferme pour cause de Covid… La première tournée prévue en 2020-2021 est annulée ; comme celle de mai 2022. « Cette fois nous avons pu réagir tôt, alors j’ai relancé une nouvelle tournée pour 2023, et j’ai dit à mon équipe qu’il n’était pas concevable que l’on annule une troisième fois, alors on s’est lancé », raconte Thierry Duclos. Mais, à l’automne 2022, il n’y a pas de visas pour sortir de Chine. Et il faut des billets d’avion pour déposer une demande ; et le moindre billet coûte 8 000 €… En décembre 2022, des signes d’ouvertures se font jour mais alors ce sont les pays occidentaux qui devant la flambée des cas de Covid en Chine ferment leur portes… Les billets sont encore à 3 000 €. Ils sont treize à voyager. « Nous avons acheté les billets à la mi-janvier, les prix avaient un peu baissé, et nous avons lancé l’opération. Début févier, la compagnie demandait ses visas ; le 12 février, elle avait confirmation ; le 21 février, elle était dans l’avion ! »

À Delta Danse, on reconnaît que « les théâtres nous ont vraiment fait confiance et je crois qu’ils nous ont été reconnaissants de ne jamais avoir baissé les bras ». Mais personne n’avait pris conscience qu’en Chine même cette première sortie d’une compagnie allait prendre une force symbolique telle que dans chaque pays de la tournée, les autorités officielles chinoises sont mobilisées, ainsi en France où Xie Xin tourne jusqu’à la fin mars… 

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°534

Légende photo : Xiexin Dance Theatre

Crédit photo : D. R.

Média : Spark en relais de Tracks

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Feue l’identité visuelle de Tracks

Après 25 années d’antenne, Tracks a tiré sa révérence sur Arte France le 17 février. Dédiée aux mouvements culturels souterrains, l’émission était produite par Program 33. Onze salariés en CDI ont été licenciés, auxquels s’ajoutent trois intermittents, collaborateurs réguliers. La chaîne franco-allemande avait commandé en septembre le pilote d’une nouvelle formule, avant d’annoncer l’arrêt de Tracks fin décembre, sans trop d’explications. Le diffuseur réfléchirait à un nouveau rendez-vous.

Justine Gourichon, journaliste à la rédaction de Tracks depuis 13 ans, confie : « De nombreux professionnels de la culture se nourrissaient de cette émission, notre équipe a une expertise à mettre au service du public et de ces professionnels. » C’est pourquoi l’équipe licenciée s’est constituée en un collectif intitulé Spark, « agence de voyages dans le futur ». Elle vise à produire des contenus, à leur trouver des diffuseurs, mais aussi créer des événements ou des festivals. « Nous sollicitons des lieux pour y coproduire des expositions ou des festivals, nous souhaitons aussi créer des événements ayant vocation à être filmés. Nous sommes opérationnels quant à l’éditorial et à la production. Il ne nous manque que l’écrin », livre Justine Gourichon.

Lors du dernier Festival d’Avignon, Tracks avait par exemple réalisé, avec l’Adami, une troisième Nuit Immersive, soirée de performances et de déambulations. L’antenne allemande d’Arte continue de diffuser Tracks East, ici conçue à destination de l’Europe de l’Est. Un producteur allemand et un producteur français produisaient auparavant alternativement l’émission. Lancée en 1997, Tracks avait dès 2015 proposé ses archives en ligne et investi les réseaux sociaux. En 25 ans, le développement de ces derniers, de Youtube ou des chaînes de la TNT, a bouleversé la médiatisation des contre-cultures. 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°534

Légende photo : Feue l’identité visuelle de Tracks. 

Crédit photo : D. R.

Résidence : La Nuit caribéenne transposée en Finlande

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artistes en Laponie

Du 28 février au 10 mars, Ewlyne Guillaume, codirectrice du Centre dramatique Kokolampoe et Alfred Alexandre, responsable de l’agence d’auteurs Écritures théâtrales contemporaines en Caraïbe, ont quitté Guyane et Martinique pour la Finlande. Ils ont atterri en Laponie pour une première résidence d’écriture plateau financée par l’Institut français. Celle-ci est liée à l’adaptation de La Nuit caribéenne, d’Alfred Alexandre en un nouveau spectacle baptisé Un anniversaire avec les deux actrices nordiques Jenni Kallo et Niina Rinta-Opas, qui ont découvert l’an dernier le texte original au festival Les Tréteaux du Maroni organisé par la scène conventionnée Kokolampoe. « Avec Le Patron, qui suivait La Nuit Caribéenne, Un anniversaire constituera un triptyque, remarque Alfred Alexandre. Les personnages ont en commun d’être dans la nuit et d’attendre, comme dans En attendant Godot, on ne sait pas ce qu’ils attendent, c’est peut-être Dieu... »

L’alcool a ici pour fonction commune de « briser la glace », souligne Ewlyne Guillaume. « Il s’agit à chaque fois de personnages qui ont entre 40 et 50 ans, l’âge de faire des bilans et qui ressassent, radotent, remâchent, souligne Ewlyne Guillaume. Ici, en Finlande, avec le froid, l’alcool a une influence sociale considérable, il y a beaucoup de couches de vêtements sur les corps et sur les émotions ». Jenni Kallo décrit sa motivation : « Nous sommes d’anciennes acrobates, plutôt axées sur la comédie corporelle, ce qui nous a intéressées dans cette histoire, c’est son universalité, nous sommes tous humains, nous avons tous le même problème, dans chaque famille, il y a un ancien alcoolique. » Ewlyne Guillaume et Alfred Alexandre ont été accueillis au Théâtre de danse Rimparemmi de Rovaniemi, une petite ville de 65 000 habitants capitale de la Laponie. « Si tout se passe bien, la première de la pièce aura lieu en janvier 2024 à Helsinki, précise Jenni Kallo, et elle devrait être jouée en trois langues : finnois, anglais et français ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°534

Légende photo : Les deux artistes en Laponie.

Crédit photo : D. R.

Salaires : l’affaire des abattements plombe le dialogue social

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Ghislain Gauthier

Dans un climat social dégradé par la conjoncture et le conflit autour des retraites, l’affaire des déductions forfaitaires spécifiques (DFS) pour frais professionnels ajoute des tensions au secteur du spectacle vivant, qui n’en demandait pas tant. « En 2021, nous avons appris que les règles changeraient au 1er janvier 2022, nous avons obtenu que cela soit reporté au 1er janvier 2023, nous étions plutôt optimistes, aujourd’hui, les négociations patinent quelque peu, se désole Sébastien Justine, directeur des Forces Musicales, syndicat professionnel des opéras et des orchestres permanents. L’abattement, assis à la fois sur l’assiette des cotisations salariales et patronales, s’applique aux fiches de paie de plusieurs catégories de professionnels du spectacle vivant. Son taux est de 25 % pour les artistes dramatiques et lyriques, de 20 % pour les musiciens, choristes, chefs d’orchestre, ou, parmi les techniciens, les régisseurs de théâtre. Les employeurs peuvent proposer à leurs salariés de choisir entre un abattement sur leur fiche de paie censé remplacer de manière forfaitaire leurs frais professionnels ou de continuer à déclarer au cas par cas ces frais.

En cas d’abattement, le salaire net perçu aura tendance à s’en trouver légèrement augmenté au détriment, cependant, du salaire différé et, point crucial, de la retraite de base ainsi que complémentaire. « En 2016, nous avions obtenu des employeurs qu’ils mettent fin à l’abattement sur la cotisation d’assurance chômage, remarque Ghislain Gauthier, secrétaire général adjoint de la CGT-Spectacle. Ils nous avaient annoncé qu’ils le feraient aussi pour les retraites mais nous n’avons jamais obtenu d’engagement formel de leur part ». Entre temps, l’Urssaf a acté que des vérifications plus poussées seraient effectuées en direction des employeurs. Des dispositions rapidement contestées devant le Conseil d’État par des secteurs professionnels à abattements comme la presse et l’aviation civile.

Des secteurs qui ont finalement accepté le principe d’une fin des abattements mais considérablement étalée, au prix d’un intense lobbying, avec une suppression de quelques pourcentages chaque année, jusqu’en 2038 et leur disparition complète. « Cela ne nous convient pas du tout, signale Ghislain Gauthier, secrétaire général adjoint de la CGT-Spectacle. Ces quinze années de minoration des droits à la retraite toucheraient les intermittents qui rencontrent déjà des difficultés du fait de leurs parcours hachés, de leurs accidents de parcours ». Aux Forces Musicales, on cherche à éviter une addition salée. « La nécessité de trouver des justificatifs avait déjà mis le feu aux poudres, constate Sébastien Justine. Il devenait en effet complexe de réaliser la paie sans eux alors que les frais, réels et importants, pour les musiciens sont souvent dans une temporalité décalée, le moment de l’entretien de l’instrument n’est pas le même que celui où on joue. Si on doit appliquer la suppression soudaine de ces abattements à un orchestre avec 100 permanents, cela se chiffre vite en centaines de milliers d’euros ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°533

Légende photo : Ghislain Gauthier

Source : D. R.

Collectivités : finances au vert sur fond de restrictions pour la culture

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graphique 533

Les chiffres sont à appréhender avec prudence. Mais ils pourraient bien modifier le prisme au travers duquel se vit actuellement une grande partie du spectacle vivant subventionné. En dépit d’une année marquée par l’inflation et la hausse des coûts de l’énergie, la direction générale des Finances publiques (DGFiP) a en effet annoncé que les comptes des collectivités locales se portent plutôt bien globalement en 2022, avec des niveaux en hausse, tant au niveau des dépenses que des recettes. Il s’agit des chiffres 2022, arrêtés au 31 janvier 2023. Et on est assez loin des prévisions alarmistes émises à l’automne dans une note de conjoncture de La Banque postale pour 2022, comme le rappelle La Gazette des communes.

D’après la DGFip, les recettes de fonctionnement globales de l’ensemble des collectivités locales sont en hausse de 4,8 % (soit un accroissement de 10,2 milliards d’euros, grâce notamment à une hausse des recettes fiscales en progression de 5 % via un accroissement de 7,3 milliards d’euros. Un solde favorable au regard des dépenses de fonctionnement, qui progressent elles aussi à vive allure mais dans des proportions légèrement inférieures (+ 4,5 %, pour un peu plus de 8 milliards d’euros). Les dépenses d’investissement augmentent pour toutes les strates de collectivités (+ 0,8 % pour les régions, + 3,9 % pour les départements, + 8 % pour le bloc communal). La capacité d’autofinancement est d’ailleurs au beau fixe (voir histogramme).

Même si ces chiffres doivent encore se concrétiser dans les comptes de résultat définitifs de 2022, au 31 mars 2023 dans de nombreux cas, ils interpellent sur les arbitrages déjà actés des budgets culture ou qui font actuellement l’objet de polémiques et de négociations. Ils ne surprennent pas Christophe Bennet, président de la Fnadac : « Évidemment que les collectivités sont obligées d’être au minimum à l’équilibre, contrairement à l’État qui peut toujours s’arranger avec la Commission européenne. Car dans le cas contraire, elles courent le risque de se retrouver sous la tutelle de leur préfet, qui entreprendrait ensuite de nettoyer les écuries d’Augias et cela, aucune d’entre elles ne peut le souhaiter ». Pour Frédéric Hocquard, président de la FNCC (Fédération nationale des collectivités pour la Culture), « quand les hauts fonctionnaires de Bercy commencent à dire que vous avez trop d’argent, c’est toujours mauvais signe. Cela veut dire que cela va être le prétexte à une augmentation des prélèvements ou à une baisse de vos ressources ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°533

Source : DGFiP

Polémique : médiation au Toursky ?

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Richard Martin

Le bras de fer entre le directeur historique du Théâtre Toursky et la Ville de Marseille a pris une dimension nationale. D’abord par l’écho médiatique de cette affaire (La Lettre du spectacle du 10 février), relayée par La Croix dès le 13 février, puis l’AFP, Le Monde, Libération et Le Figaro. Puis par les soutiens apportés à Richard Martin, qui avait entamé le 7 février une grève de la faim pour contester la décision de la Ville de baisser sa subvention de 80 000 euros (sur un million) et d’établir une convention d’occupation temporaire de ce bâtiment municipal d’un an, alors que le théâtre n’en dispose plus depuis 2014. Philippe Caubère, Clémentine Célarié, Bernard Lavilliers, les députés LFI François Ruffin et Jérôme Legavre, Mourad Merzouki ou encore Jean-Michel Ribes ont signé la pétition défendant Richard Martin. Daniel Mesguich tacle sans le nommer l’adjoint à la culture, Jean-Marc Coppola, « dont le cynisme vraisemblablement le dispute à l’inculture ».

Renaud Muselier, président de la Région Sud, a même apporté son soutien à Richard Martin. Ce dernier a mobilisé ses réseaux et les artistes passés par son lieu en invoquant une menace pour la survie même du Théâtre Toursky. Contacté, Jean-Michel Ribes, ancien directeur du Théâtre du Rond-Point, avoue « ne pas bien connaître le dossier mais soutenir Richard Martin et son théâtre hors piste ». Localement, les responsables de lieux culturels n’expriment publiquement ni leur appui, ni leur désaccord. Interrogés, certains évoquent « un chantage » (quatre grèves de la faim à son actif), d’autres expliquent ce silence par le soutien de la municipalité. Hospitalisé, Richard Martin, 79 ans, souhaite une convention de trois ans. Il aurait mandaté un avocat pour tenter une médiation avec la Ville, alors que le dialogue est rompu depuis plus d’un mois.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°533

Légende photo : Richard Martin

Crédit photo : D. R.

Le spectacle vivant en victime budgétaire

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Anne Mistler

Les acteurs culturels, déjà confrontés à une forte hausse de leurs charges et aux changements d’habitudes nés durant la crise sanitaire, doivent désormais composer pour une partie d’entre eux avec les baisses des subventions accordées par les collectivités territoriales.

« La situation financière des collectivités territoriales est saine, même en sortie de crise. » Ce constat de la Cour des comptes d’octobre 2022 contraste singulièrement avec les discours alarmistes des collectivités elles-mêmes. L’inflation, l’explosion des prix de l’énergie, la hausse du point d’indice des fonctionnaires sont autant d’arguments avancés pour expliquer un tour de vis sur leurs dépenses, tour de vis qui percute les acteurs culturels de plein fouet. La réalité budgétaire des collectivités est complexe. Leur épargne brute – c’est-à-dire leur socle de richesse financière – n’a jamais été aussi forte à 41,4 milliards d’euros, note la Cour des comptes.

Mais ce chiffre global masque des disparités importantes. « Il y a une crise budgétaire réelle, assure Frédéric Hocquard, élu parisien et président de la FNCC. Toutes les collectivités ont été touchées par la crise du covid et la baisse de l’activité économique, et elles font face aujourd’hui à l’inflation, sans avoir les mains libres sur leurs recettes. C’est pourquoi, au Congrès des maires de France, nous avons demandé des marges fiscales pour les communes. » Le combat des collectivités pour leur autonomie fiscale est vieux comme la décentralisation mais s’est accentué depuis 2017 avec la suppression du levier de la taxe d’habitation. 

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Lire la suite dans La Scène n°108 - Mars 2023

Par Bruno Walter

Légende photo : Anne Mistler, adjointe aux arts et aux cultures de la Ville de Strasbourg (Bas-Rhin)

Crédit photo : Jérôme Dorkel