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CDN d’Angers : Marcial Di Fonzo Bo prend la direction du Quai

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Favori de la présélection par son expérience, Marcial di Fonzo Bo est nommé à la direction du Quai, centre dramatique national Angers Pays de la Loire.

Favori de la présélection par son expérience, Marcial di Fonzo Bo est nommé à la direction du Quai, centre dramatique national Angers Pays de la Loire. Né à Buenos Aires en 1968, ce franco-argentin s’est installé à Paris en 1987, a suivi les cours du Théâtre national de Bretagne (première promotion 1994), a joué sous la direction de Claude Régy, Matthias Langhoff, Luc Bondy et Olivier Py... À partir des années 2000, il investit la mise en scène. En décembre 2014, il avait été nommé à la direction de la Comédie de Caen, CDN, avec Élise Vigier comme artiste associée au projet de direction. Il succédait à Jean Lambert-wild.

L’expérience compte pour diriger le Quai, lieu vaste et complexe sur le plan administratif. Cet établissement public de coopération culturelle ouvert en 2007 a vu passer à sa direction Christopher Crimes (parti sur un désaccord en 2009), Christian Mousseau-Fernandez (non reconduit par la Ville en 2014), Frédéric Bélier-Garcia de 2015 à fin 2019 (il dirigeait déjà depuis 2007 le CDN Nouveau Théâtre d’Angers, désormais intégré au Quai). Thomas Jolly, nommé en 2020, l’a quitté prématurément fin 2022, après avoir été nommé directeur artistique des cérémonies pour les JO 2024. Son mandat, marqué par la période Covid et la volonté de multiplier les projets, a été trop court pour lui permettre de s’acclimater au cadre institutionnel où une fatigue sociale se combinait avec des inquiétudes budgétaires. Sylvain Maurice, ancien directeur du CDN de Sartrouville, avait été chargé d’assurer l’intérim. Avec un budget de 7,4 millions d’euros, le Quai est soutenu principalement par la ville (4,2 millions d’euros) et la DRAC (1,4 millions d’euros), la Région (198 000 euros) et le Département (15 000 euros).

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°539

Légende photo : Marcial di Fonzo Bo

Crédit photo : Julien Pebrel

Opéra sur écrans augmente sa portée

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L’élixir d’amour

« Les comédies musicales ne font rien d’autre que s’inspirer de l’opéra, les opéras baroques mettent en scène des super héros similaires à ceux de Marvel », observe Alain Surrans, directeur général d’Angers Nantes Opéra, qui poursuit un travail de démocratisation avec l’opération Opéras sur écrans. L’édition 2023 verra le 15 juin une retransmission en direct du Théâtre Graslin de Nantes de L’Élixir d’amour, de Gaetano Donizetti, sur des écrans géants au sein de la ville émettrice mais aussi à Rennes, Angers et dans plus de 50 communes de Bretagne et des Pays de la Loire. Un bassin de population de 7 millions de personnes est visé.

Une retransmission assurée grâce aux moyens techniques de France 3 Pays de la Loire, qui le diffusera sur le Web en direct (et en différé sur son antenne), une pléiade de télévisions locales (Télénantes, Le Mans Télévision, TV Vendée, TV Tours Val de Loire et les différentes chaînes bretonnes) le relaieront en parallèle. « Une telle collaboration entre France 3 et des télévisions locales est rare, observe Alain Surrans. Mais une convergence forte est nécessaire pour financer la réalisation audiovisuelle. » Elle nécessite, avec les installations des grands écrans, un budget de 80 000 à 100 000 euros et ne serait pas soutenue par le CNC si les télés locales ne se rassemblaient pas dans le processus. La subvention de 15 000 euros en provenance de la Région Pays de la Loire a eu aussi valeur de déclic, de levier. 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°538

Légende photo : L’élixir d’amour a été mis en scène par David Lescot.

Crédit photo : Laurent Guizard

Grand Paris : L’Atlas des lieux culturels pointe un essor alternatif

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Atlas

Alors que la Société du Grand Paris vient d’accorder des marchés pour la construction de la ligne 17, l’Atlas des lieux culturels permet une analyse fine des implantations culturelles métropolitaines. Il a été réalisé conjointement avec la Métropole, en lien avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) et la DRAC d’Île-de-France. 200 kilomètres de lignes seront construits d’ici 2030. Les quartiers de gare comptent 656 lieux culturels (270 en 2015), 809 sont au niveau métropolitain dédiés au spectacle vivant (445 salles de spectacle, 364 théâtres),1 543 s’avèrent des lieux de production et de pratiques artistiques. Car « de nouvelles catégories de lieux ont été ajoutées : lieux hybrides, lieux de pratiques amateurs, lieux de productions, note la Société du Grand Paris.

En 2015, ces lieux étaient minoritaires, ils ont depuis fortement émergé à une échelle large (139 dans la métropole), moins dans Paris intramuros (47) du fait du coût du foncier. La culture pèse ici 273 000 emplois. Sont distingués des établissements publics territoriaux type Plaine Commune ou Vallée Sud - Grand Paris, à qui sont confiés la gestion de nombreux théâtres. La capitale, où plus d’un théâtre sur cinq est privé, concentre près des 2/3 des lieux de spectacles (un peu plus de 500), soit 24 lieux pour 100 000 habitants. Quand le territoire d’Est Ensemble (Seine-Saint-Denis) offre environ 12 salles de spectacle pour 100 000 habitants, pour 10 fois moins de lieux (51).

L’aménagement en banlieue reste marqué par l’histoire des politiques culturelles d’après-guerre et par les objectifs de démocratisation culturelle, via les CDN La Commune à Aubervilliers (93), le Théâtre de Gennevilliers ou Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine) ainsi que des scènes nationales type MC93 à Bobigny (Seine-Saint-Denis), Les Gémeaux à Sceaux (Hauts-de-Seine), la Maison des arts de Créteil (Val-de-Marne), des scènes conventionnées d’intérêt national. Le territoire d’Est Ensemble (Seine-Saint-Denis) se distingue par les concerts à l’ouest de Bagnolet et Montreuil, avec la SMAC le Triton ou d’autres petites salles. Ce territoire étendu du Grand Paris compte 491 festivals par an dont 296 à Paris même.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°538

Source : Apur, ministère de la Culture, 2022

Civitas : le festival Saint-Rock menacé

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festival saint-rock

Le « chef de la section Civitas » de Saône-et-Loire, Jean-Nicolas Noviant, vient d’exiger des organisateurs du festival Saint-Rock, qui a lieu chaque été depuis 2009 dans la commune de La Clayette, qu’ils abandonnent ce « nom blasphématoire ». La lettre précise que « le jeu de mot qui assimile saint Roch, éminent saint franciscain du XIVe siècle avec le genre dit “musical” souvent sulfureux par son rythme répétitif et discordant, par ses messages dépourvus de morale, ses “artistes”, est insupportable aux catholiques de France. » Plus loin dans son courrier, le chef de section insiste sur le fait que le mot « Saint » n’est « pas approprié pour des festivaliers en train de gesticuler un verre de bière à la main, voire sous l’emprise de substances illicites, devant une scène dite musicale. » Le courrier prêterait à sourire si les extrémistes de Civitas en restaient aux mots. Mais Jean-Nicolas Noviant, dans les colonnes du quotidien local Le Journal de Saône-et-Loire, prévient que Civitas pourra lancer de « nouvelles actions » contre le festival, rejoint par un groupuscule intégriste et complotiste, Terre et famille, installé dans la région. Le président de l’association organisatrice, Pierre-étienne Dury, assure qu’il n’est « pas question de changer de nom » et que Saint-Rock n’est qu’un jeu de mot lié à la présence d’une chapelle Saint-Roch dans le village. « Nous ne sommes pas inquiets, poursuit-il. Mais la gendarmerie a pris contact avec nous pour mettre en place des mesures au moment du festival pour éviter les problèmes. »

Bruno Walter

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°538

Crédit photo : D. R.

Le camion CGT-Spectacle fédère les manifestants

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camion CGT

Bordeaux comme Nantes ont pris un virage singulier grâce à leurs camions lors des manifestations. En Gironde, lors du 1er mai, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés autour du véhicule sur lequel jouaient des adhérents du SNAM-CGT. A Nantes, identifiée pour la violence de sa répression (plusieurs manifestants viennent d’y être mutilés), un camion sonorisé apparait surmonté d’un ballon rouge CGT. Légèrement en amont du début de la mobilisation contre la réforme des retraites, un groupe d’animation des luttes s’est formé au sein de l’union locale de Nantes. Avec pour but de redynamiser et de sécuriser les cortèges. Une petite scène sonorisée est donc installée sur un camion benne au cœur des manifestations. Y interviennent techniciens, chanteurs, comédiens, danseurs issus de compagnies locales.

« Depuis la première manifestation du 19 janvier, notre camion est là, précise Martine Ritz, costumière, actrice et militante au SFA-CGT, qui fait partie de l’Institut d’histoire sociale de la CGT. «Il est devenu un repère pour les gens, les jeunes nous disent que, près de lui, ils se sentent en sécurité, le député LFI Andy Kerbrat s’y est exprimé, on y est joyeux, c’est une sorte de mini-parlement de la rue, je ne suis pas catholique, la lutte n’est pas un acte sacrificiel et de martyr, ne doit pas être mortifère mais source de vie ». Le coût de la location, environ une centaine d’euros par jour, est dégressif, assumé par l’union locale de la CGT, la CGT-Spectacle et le collectif Culture en lutte. « Nous avons un répertoire, notre cahier de chants, une équipe solide depuis l’occupation de l’Opéra Graslin de mars à juin 2021, rappelle Martine Ritz. La CGT-Spectacle sait mener de grosses actions. En 2003, nous avions rassemblé 5 000 personnes autour du camion Royal de Luxe ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°537

Légende photo : La Fédération Mines-énergie en renfort le 19 avril. 

Crédit photo : D. R.

Un logiciel pour programmer des festivals

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Alexandre Stevens

Un agrégateur de données pour aider à la programmation d’artistes en festivals ? « Certains sont choqués qu’un tel logiciel existe, mais un programmateur est constamment bombardé de données par les agents sur les tops ou les tournées d’artistes, il gère déjà ces données de façon empirique, avance Alexandre Stevens, créateur du logiciel Bookr.fm, aujourd’hui utilisé par une dizaine de festivals (Marsatac, Couleur Café, Sakifo et Francofolies de la Réunion, Peacock Society...). Informaticien de formation et programmateur du Dour Festival en Belgique, Alex Stevens devait faire face à 10 000 artistes proposés pour cet événement.

Du tableau Excel, il est donc passé à la création d’un logiciel qui permet d’agréger les données de plus de 680 000 artistes. Concrètement, celui-ci propose de rassembler les données issues de Spotify, Last.fm, SoundCharts, Shazam, de réseaux sociaux (Facebook, Instagram...), de près de 500 médias (presse, radio, web...) et les dates de concerts (via BandsinTown et Songkick). À ces données de popularité, l’équipe d’un festival peut ajouter un tag à chaque artiste pour le catégoriser ou indiquer qu’il l’a vu, entendu, apprécié... Un algorithme de recommandation est conçu selon chaque festival, donnant une note sur 100, basée sur des critères quantitatifs et qualitatifs. Un module indique où en sont les éventuelles offres financières pour programmer un artiste, ses conditions techniques et d’accueil et les prix de cession proposés. Ces derniers sont centralisés dans les bases de données de l’entreprise Music Data Studio, créée par Alexandre Stevens, mais, soumis à une clause de confidentialité, ils peuvent être cryptés. En outre, les contacts des agents, managers ou tourneurs sont associés à chaque artiste. Un peu comme en finance, des tendances peuvent être établies entre l’actualité d’un musicien et le prix de son spectacle.

Si plusieurs directeurs de festivals (Eurockéennes, Trans Musicales, Beauregard...) se sont dits dubitatifs, Alexandre Stevens rejette tout risque d’uniformisation des programmations : « C’est comme le GPS de votre voiture : vous le mettez parfois lorsque vous ne connaissez pas la route, parfois alors que vous la connaissez, et vice-versa. Booker.fm aide à la prise de décision, notamment quand il s’agit d’investir le prix d’une maison sur une tête d’affiche. À Dour, un tiers de la programmation se fait encore au coup de cœur. L’art du programmateur est de mixer les deux approches. » L’abonnement annuel varie en fonction du budget du festival, de 1 000 à 20 000 euros. Comme toute nouvelle technologie, c’est l’usage de Bookr.fm qui peut poser question. 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°537

Légende photo : Alexandre Stevens

Crédit photo : Samuel Hertay

Le blocage d’un projet lié aux exilés fait partir le directeur

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l’Albarède

Frédéric Stein, le directeur du théâtre l’Albarède à Ganges (Hérault), a choisi de renoncer à son poste faute de pouvoir mener à bien un projet impliquant des exilés. Ce fonctionnaire de catégorie A, agent du département, attend une nouvelle affectation. Il a décidé un départ anticipé. Et ce face au refus du maire de Ganges, Michel Fratissier, président de la Communauté de communes des Cévennes gangeoises et suménoises de s’impliquer dans Les nomades font le monde. La municipalité déplore que ce projet ait été porté à sa connaissance par voie de presse, sans qu’une convention ait été signée. « S’il s’agissait d’une question d’équilibre budgétaire, on pourrait négocier mais là, ce n’est pas le cas, la décision apparaît brutale, sans dialogue ni discussion », défend Frédéric Maurin, président du SNSP. Les nomades font le monde devait recueillir les paroles d’exilés, travailler sur des banquets solidaires, tout en étant associé à la pièce Ahmed revient du philosophe et dramaturge Alain Badiou, mise en scène par Didier Galas. Avec pour objectif de lutter contre l’isolement des exilés, de favoriser leur alphabétisation et de les amener à prendre confiance.

« Fin octobre, j’avais reçu un appel de la DRAC et de la Dreets qui proposaient d’utiliser des crédits non consommés, rappelle Frédéric Stein, je me suis rapproché du groupe CVN qui coordonne des collectifs œuvrant à l’alphabétisation des exilés, nous voulions casser les clichés autour d’eux, travailler ensemble sur le masque, la farce. » Une première était prévue fin juin, suivie « en novembre d’une résidence d’une semaine, selon Didier Galas. De 10 000 euros actuels, le spectacle pourrait bénéficier de 40 000 euros de soutien financier si la Région donne son feu vert. Car si il n’est plus question de l’Albarède, le projet n’est pas abandonné et pourrait trouver un accueil au sein du tiers-lieu Bouillon Cube ou dans des festivals. Le dossier déposé en début d’année pour bénéficier d’une appellation scène conventionnée d’intérêt national (SCIN) pour l’Albarède apparaît en revanche plus incertain. « Frédéric Stein a fait un travail formidable pendant dix ans à l’Albarède, remarque Jean Burdin, vice-président Culture de la communauté de communes, qui gère en régie directe le théâtre et subventionne pour 160 000 euros son budget de près de 220 000 euros. Mon grand regret est de ne pas avoir été suffisamment convaincant pour qu’il accepte certaines de nos règles de fonctionnement. C’est d’autant plus dommage que le passage en SCIN apporterait plus d’autonomie au théâtre. »

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°537

Légende photo : Le théâtre l’Albarède.

Crédit photo : D. R.

Cour d’honneur : Julie Deliquet adapte l’envers du rêve américain

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Julie Deliquet

Le spectacle Welfare, de Julie Deliquet, directrice du Théâtre Gérard Philipe (TGP) de Saint-Denis (93), ouvrira la cour d’honneur au Festival d’Avignon le 5 juillet. Welfare est au départ un documentaire de 1975 de Frederick Wiseman, 93 ans, inspirateur de Stanley Kubrick ou de Miloš Forman et auteur de l’inaugural Titicut Follies en 1967, film coup de poing sur les conditions d’incarcération de malades mentaux criminels. « Frederick Wiseman, qui partage sa vie entre Boston et New York, est un grand connaisseur et habitué de théâtre, raconte Julie Deliquet. Il avait vu plusieurs de mes spectacles. En juin 2020, il m’appelle et me confie qu’il a toujours pensé qu’il y avait du théâtre dans ses films, qu’il aimerait que ce soit moi qui en réalise une transposition. Ce qui m’a particulièrement touchée car j’ai adapté au théâtre beaucoup d’œuvres cinématographiques. » Après Fanny et Alexandre, d’Ingmar Bergman ; Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin ; ou le feuilleton Huit heures ne font pas un jour, de Rainer Fassbinder, Julie Deliquet avait elle même réalisé un court-métrage, Violetta, qui plantait en partie son décor au sein du service d’oncologie de Villejuif.

Welfare, de Frederick Wiseman a, lui, pour cadre un bureau d’aide sociale new yorkais, le réalisateur y captait avec une seule caméra chômeurs, SDF, malades ou enfants victimes de violence. « Il n’a utilisé qu’une perche, qu’une seule caméra, il a eu 150 heures de rush, on était presque dans des processus de répétition, poursuit Julie Deliquet. Wiseman a filmé de très près, sans voix off, sans musique, dans une radicalité extrême. Je devais travailler presqu’à l’opposé, pour retrouver une dimension jusqu’au boutiste, ce qu’ont vite compris Tiago Rodrigues, que je n’avais jamais rencontré et Géraldine Chaillou, que je connaissais un peu, il me fallait ordonner une mise en couleurs, dé-zoomer, avec l’envie de mettre des personnages marginaux dans un cadre hors normes. » Les 15 acteurs, âgés de 20 à 70 ans, sont passés par le TGP. Welfare s’est financé en partie grâce à un programme de 472 300 dollars de la Villa Albertine et devrait bénéficier d’une diffusion aux Etats-Unis.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Légende photo : Julie Deliquet

Crédit photo : Moland Fengkov

Alternative : première cérémonie des Flammes

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Flammes

La cérémonie des Flammes aura lieu le 11 mai au Théâtre du Châtelet, à Paris. Fin mars, dix artistes ont été révélés dans chacune des 21 catégories de prix : album rap, album nouvelle pop, featuring de l’année, morceau afro, morceau caribéen, concert de l’année… Cette remise de prix est organisée par les médias en ligne BooskaP et Yard avec l’agence de conseil Smile. Hamad Ba, de BooskaP, observe : « Les cultures qualifiées d’urbaines ont longtemps été perçues comme des sous-cultures alors qu’elles sont extrêmement populaires aujourd’hui. Pourtant, elles sont très mal représentées par les institutions ou par les cérémonies liées à ces institutions. Mais il ne s’agit pas d’une cérémonie du rap mais des cultures populaires. »

Les Victoires de la musique ou les NRJ Music Awards font en effet une minuscule place aux « musiques urbaines ». Douze catégories sont soumises au vote du public et d’un jury, une catégorie au seul vote du public (morceau de l’année), huit au seul vote du jury. Tom Brunet (Yard) livre : « La transparence est primordiale dans tout processus de vote. La participation du jury permet un certain recul, une curation, afin que ne soient pas récompensés seulement les artistes qui ont les plus grosses fanbases. » Le jury de 23 personnes sera renouvelé d’une année sur l’autre et ses membres seront connus juste avant la cérémonie, afin d’empêcher toute concertation entre eux. Il comporte des représentants de maisons de disque, des professionnels du spectacle, des personnalités publiques, des indépendants et des journalistes. Les Flammes ont pour partenaire financier principal Spotify, mais aussi de nombreux organismes (Adami, CNM, Sacem, SCPP, Snep, SPPF).

La ministre de la Culture serait présente le 11 mai au Châtelet. Une quinzaine de prestations sont prévues, avec de nombreuses personnalités sur scène. Produite par Black Dynamite (Mediawan), l’émission sera diffusée en direct, notamment sur Youtube, BooskaP et Yard, puis rediffusée sur une chaîne de télévision. Les 3 nommés par catégorie seront révélés le 11 avril. 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Crédit photo : D. R.

Hauts-de-France : les artistes investissent les usines en grève

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Stéphane Titelein

En quelques heures, la boucle WhatsApp lancée jeudi 23 mars par le metteur en scène et acteur Stéphane Titelein a fédéré plus de 130 professionnels du spectacle vivant des Hauts-de-France. Le nom du groupe : « Qui peut faire quoi ou jouer quoi dans une usine en grève ? ». Très vite, comédiens, circassiens et musiciens proposent des interventions. Les idées fusent. « On pourrait faire une lecture de Faut pas payer !, de Dario Fo, suggère Louise Wailly, auteuse et metteuse en scène de la compagnie Proteo. Julie Duquenoy signale dans la foulée que le collectif Éternel instant « est partant ». Julien Emirian de la compagnie Tout le monde dehors, est le premier à se lancer sur le terrain, pour soutenir les ouvriers du piquet de grève du Vert Baudet, le groupe de vente par correspondance en lutte depuis dix jours. Très rapidement, le comédien et metteur en scène Maxime Séchaud, délégué CGT-Spectacle dans la région, assure un lien avec les piquets de grève là où il y en a, pour tenter de coordonner les bonnes volontés et de mettre en rapport artistes et grévistes « J’ai des contacts avec les Unions locales et départementales, ça aide à avoir les infos, précise-t-il. Il lance également l’idée d’un « cabaret des luttes » qui serait « une journée complète avec des projections, des petits formats, un concert... » à la Bourse du travail de Lille le 8 avril.

Soutenir les électriciens, les éboueurs, les ouvriers par des interventions artistiques sur les lieux même de la lutte, tout cela réjouit au plus haut point Gilles Defacque, 77 ans, figure lilloise incontournable. Le fondateur – en 1973 – du Prato, théâtre international de quartier, labellisé par la suite pôle national de cirque, a évidemment été parmi les premiers à proposer ses services : « J’ai fait le clown dans des usines occupées il y a bien longtemps, se souvient-il. Il existe dans cette région un pont, un lien entre les artistes et le monde ouvrier. La création n’est pas hors sol. » Et les artistes très engagés, comme le constate Maxime Séchaud, qui représente la nouvelle génération. « Il n’y a pas forcément beaucoup d’artistes en grève c’est vrai, mais nous avons toujours des cortèges culturels importants dans les manifestations contre les retraites et dans les cortèges en général. » L’instigateur du groupe, Stéphane Titelein, est bien sûr satisfait. « Tout part d’une soirée au Théâtre du Nord que David Bobée avait ouvert après une manif. Il y avait beaucoup de monde, ça discutait et arrive la question : et nous, artistes, gens de spectacle, qu’est-ce qu’on peut faire ? Je me suis dit qu’on était, aussi, l’art de la fête, et que nous pouvions embellir les jours de grève en allant dans les usines. »

Un témoignage l’a conforté : « Quelqu’un se souvenait de son pépé qui avait vu Jean Ferrat en 1968 dans son usine et en parlait comme du plus beau jour de sa vie. Je me suis dit qu’on pouvait apporter de la gaîté dans le bazar. » En militant de longue date de l’éducation populaire, Stéphane Titelein place aussi l’action des artistes nordistes dans les traces du groupe Octobre de Jacques Prévert qui allait jouer du théâtre dans les usines occupés dans les années 1930. « Les artistes et les ouvriers, nous avons des choses à nous raconter. Après tout, nous sommes les prolétaires dans ce métier. »

Bruno Walter 

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Légende photo : Stéphane Titelein

Crédit photo : Kalimba