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Création et ruralité : Rachida Dati lance une consultation

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Bundren !, par les collectifs Tranx et CCC

Le 22 janvier, Rachida Dati a lancé la concertation nationale « Printemps de la ruralité ». Une plateforme Internet permettra à chacun de donner son avis sur le sujet, et deux personnalités sont en attente de nomination pour piloter la consultation. La ministre a appuyé son intention sur un rapport de l’Inspection générale de l’action culturelle (IGAC) intitulé « L’action des labels de la création dans les zones rurales », qui résulte d’une mission coordonnée par Guy Amsellem, Marie Bertin et Isabelle Maréchal. 
Les médias en ont retenu le constat d’une « faible présence d’équipements culturels de proximité ». Et l’IGAC y rend surtout compte de ce que font les 367 structures labellisées (spectacle vivant et des arts visuels) pour irriguer leur arrière-pays : diffusion, résidences, éducation artistiques... Ces actions en territoire rural figurent rarement parmi les objectifs cibles de leurs conventions pluriannuelles d’objectifs. Or la concurrence est rude avec les actions sur d’autres territoires (quartiers prioritaires de la ville, par exemple). 

Préciser les objectifs
Il faudrait bien identifier les objectifs sur la ruralité pour mieux évaluer, recommande le rapport. En 2021, 1 016 actions menées par des lieux labellisés ont bénéficié à 927 communes, en dépit de la crise sanitaire. La tendance est à la hausse pour les résidences et la diffusion. L’IGAC y voit « l’effet positif du plan Théâtres en région mis en œuvre en 2020 ». Les moyens manquent en ingénierie et logistique, suite à l’effacement progressif des associations départementales de musique et danse. 
Une idée de l’IGAC serait de soutenir les postes de coordinateurs culturels dans les intercommunalités et de mener des formations-actions au montage de projets, en associant les maires ruraux. Les petites communes ont des difficultés à gérer directement un partenariat avec une institution. Le rapport insiste sur les partenaires, à commencer par les scènes conventionnées d’intérêt national. Il recommande de davantage associer les labels aux contractualisations des DRAC avec les territoires et de collaborer avec les lieux et les réseaux de proximité.
Pour jouer leur partition dans les territoires, les labels doivent tenir compte de ce qui s’y fait déjà et des attentes spécifiques, selon les principes des droits culturels. Cette approche est déjà défendue par plusieurs réseaux réunis sous la bannière Cultures et ruralités  (cultureruralite.fr). à l’inverse, l’exemple donné par la ministre lors de son déplacement à Nontron (Dordogne), le 22 janvier, illustre un cas de savoir-faire descendant de la capitale à la ruralité ; un programme post-master de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de « redynamisation des territoires ruraux par le design ».

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°553

Légende photo : Bundren !, par les collectifs Tranx et CCC au festival Les Rias (2023) dans le pays de Quimperlé (Finistère)

Crédit photo : D. R.

Aux BIS, le spectacle vivant explore des solutions pour sortir de la crise

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BIS 2024

Sous pression, la filière a esquissé, à Nantes, lors des BIS, des pistes d’existence et de résistance.

Protéger le service public de la culture, c’est aussi réfléchir à son financement. Pour les participants des nouveaux débats «Pourquoi / Comment », le constat est évident. « Si les crédits budgétaires sont en augmentation constante depuis 2014 (+14 % entre 2021 et 2023), rappelle Vincent Guillon, codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles, les difficultés sont, néanmoins bien réelles : avec l’effet ciseau de l’inflation et des recettes en baisse ». Quelles portes de sortie s’offrent au spectacle vivant ? Pour Joël Brouch, « le service public est indissociable d’une démocratie. Et il est difficile d’être audible dans les territoires où les services publics reculent. »

Pour les conforter, le directeur de l’Office artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine (OARA) voit une solution : « un nouvel acte de décentralisation pour que les collectivités aient une autonomie fiscale, et décident de leurs propres compétences. » Ce qui permettrait « que nos politiques publiques soient en capacité de prendre en compte les initiatives citoyennes ». Le président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), Frédéric Hocquard, veut lui aussi « franchir une nouvelle étape » de décentralisation. D’autant que sur ce sujet « le dialogue s’est abîmé avec l’État ». L’adjoint à la maire de Paris est venu aux BIS avec une double proposition : « Déplafonnons la taxe de séjour avec un fléchage des recettes sur la culture. Et mettons un critère culture dans les dotations globales de fonctionnement [DGF versées par l’État aux collectivités en fonction de paramètres précis, NDLR) afin que soient bonifiées les villes vertueuses sur la culture ». Il faut, tranche-t-il « changer de rapport entre l’État et les collectivités ». Ce sont « des pistes très fécondes », lui répond “l’État”, représenté à Nantes par son directeur général de la création artistique, Christopher Miles. Lui l’assure : « l’espace de négociation État-collectivité c’est le plan Mieux produire, mieux diffuser », dans lequel l’État promet d’abonder les fonds locaux. Pour conforter l’« exception culturelle française » qui fait que « la culture est imbriquée dans les autres politiques », complète plus philosophe, Aurélie Filipetti, directrice des affaires culturelles de Paris et ex-ministre de la Culture, il faut résister « à l’offensive médiatique des extrêmes ». Et « c’est à travers la liberté de création qu’on peut défendre notre vision du monde ».

Défendre sa liberté
Une liberté de création et de diffusion mise à mal ces dernières années avec des attaques répétées, parfois violentes, souvent sournoises. Mais aussi, désormais, le spectre de l’autocensure. Aux BIS, Agnès Tricoire, avocate, (lire aussi page 5), estime que des risques pèsent aujourd’hui à trop vouloir, parfois, prendre les devants. « Le débat doit toujours remplacer la censure sous toutes ses formes, avertit-elle. La censure est toujours un renoncement, jamais un acte de courage. » D’autant plus que, prévient-elle, « interdire a priori c’est ouvrir la porte à l’extrême droite, lui fournir des outils juridiques » qu’elle retournera. « Si quelque chose d’inadmissible se passe dans une spectacle, là on peut mobiliser le droit pénal et faire condamner », rappelle-t-elle. Face aux attaques, complète Aurélie Hannedouche, directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA), « il faut toujours réagir sur le plan médiatique, politique et juridique, pour ne jamais banaliser ces faits, ». Pas toujours évident quand « ces pressions sont exercées par des municipalités qui font partie de l’arc républicain, via par exemple une ingérence dans les programmations. » Là, un risque d’autocensure guette tous et toutes : « À préférer la sécurité à la liberté, n’allons nous pas finalement perdre les deux ? » Aymeric Seassau (PCF), adjoint à la culture de Nantes, le martèle : « La première ligne de conduite, c’est la tolérance zéro ». Il pointe surtout « une censure par l’appauvrissement »... quand des collectivités « suppriment les aides à la création ». Financements et liberté sont inextricables.

Jérôme Vallette

 

L’absence inédite de la ministre
Nommée six jours avant les BIS 2024, Rachida Dati a manqué à l’appel du 20e anniversaire, ces 17 et 18 janvier. « C’est la première fois en vingt ans qu’un ministre ne se rend pas au BIS », a précisé son organisateur, Nicolas Marc. Un résumé lapidaire du rendez-vous manqué avec un spectacle vivant dubitatif voire vexé par cette absence. « Soyez sûrs de ma mobilisation entière », a-t-elle fait lire par Christopher Miles. « Je veux défendre une politique publique protectrice, ambitieuse [...]. Porter un spectacle vivant exigeant et populaire, partout pour tous. » Dont acte ? 

En partenariat avec La lettre du Spectacle n°552

Légende photo : Aux BIS 2024

Crédit photo : Philippe Anessault

 

Agnès Tricoire : « En devenant une association, nous pourrons ester en justice »

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Agnès Tricoire

L’Observatoire de la liberté de création devient une association. Sa présidente, l’avocate Agnès Tricoire, nous détaille ce tournant.

L’Observatoire prend son envol et quitte la LDH ?
Nous ne quittons pas la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui reste l’organisation fondatrice, et continuera à défendre avec nous la liberté de création et de diffusion des œuvres. En devenant une association, nous pourrons ester en justice et développer des missions propres comme la formation et la médiation. Il y a un besoin énorme de connaissances juridiques sur le sujet de la censure, de l’entrave à la liberté de création et de diffusion des œuvres. Et nous constatons aussi que, trop souvent, des situations se verrouillent alors qu’une médiation permettrait de débloquer les choses. Depuis 20 ans que nous travaillions nous avons une expertise que nous souhaitons mettre à la disposition du spectacle vivant.

Et sa gouvernance ?
L’Observatoire continuera à être le lieu privilégié des organisations qui le composent, une quinzaine, un chiffre ayant vocation à grandir. Dans la période qui s’annonce, il faut être unis et fermes sur les principes, sans tomber dans le dogmatisme, ce dont nous nous sommes toujours gardés. Avec Daniel Veron (trésorier), François Lecercle (vice-Président) et Thomas Perroud (secrétaire), nous continuerons à animer l’Observatoire dans le respect constant d’une démocratie transversale, la marque de fabrique de notre groupe. Nouveauté : entreront au CA des personnalités qui éclairent nos débats par leur savoir immense. L’Observatoire restera un lieu de discussion interdisciplinaire, et de solidarité entre tous les genres culturels.

Aux BIS, vous avez insisté sur le fait que le débat doit toujours remplacer la censure... 
J’ai souligné la différence considérable entre ne pas programmer – une liberté protégée par la loi de 2016 –, et désavouer ses propres spectacles, ce que nous dénonçons. Si un spectacle fait l’objet d’une polémique, il faut tenir bon et organiser une discussion avec les contestataires. J’ai aussi critiqué la position des Zénith qui acceptent, alors qu’il a été maintes fois condamné pour antisémitisme, de louer leurs salles à Dieudonné. Or ils n’y sont pas contraints. Tout cela pour demander ensuite au préfet d’interdire son spectacle, position absurde et dommageable. Ce n’est pas au préfet de faire de la censure a priori et cela crée un précédent fâcheux quand la demande est faite non par un groupe de censeurs d’extrême-droite, ce dont nous avons l’habitude, mais par le délégataire d’une salle culturelle. Attention à ne pas rétablir insidieusement la censure des spectacles, abolie au début du XXe siècle. On sait à qui profiterait ce système. Enfin, on ne peut pas débattre avec tout le monde, ni avec ceux qui dénoncent les œuvres tout en refusant de les voir, ni avec ceux qui sapent les fondements de notre République avec leurs discours discriminatoires.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°552

Légende photo : Agnès Tricoire

Crédit photo : Julien Pebrel

Marseille : Montévidéo expulsée par le propriétaire des lieux

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Jean-Marc Coppola

A Marseille, ce qui reste de l’équipe de Montévidéo termine les cartons pour quitter définitivement cet espace de création culturelle le 31 janvier. Les trois associations qui occupaient depuis plus de vingt ans ce lieu (le festival Actoral, la compagnie Diphtong et Montévidéo) sont expulsées par le propriétaire qui souhaite vendre l’ensemble immobilier de1 500 m2.

Huit licenciements
Huit des onze salariés ont été licenciés et les finances des associations sont à zéro depuis la saisie de 123 000 euros de retards de loyers, en septembre dernier. Montévidéo n’a plus le statut d’établissement recevant du public (ERP) depuis le récent passage d’une commission de sécurité. Des travaux d’un montant d’un million d’euros seraient nécessaires. La Ville n’a pas préempté le lieu et n’a pas fait d’offre à la hauteur du prix espéré par le propriétaire. Selon l’adjoint au maire en charge de la culture, Jean-Marc Coppola, les « offres au propriétaire ont été revues à la baisse en tenant compte du marché. Nous avons une responsabilité morale et politique de retrouver un lieu, ce que nous avons fait. »
Seule solution de repli : l’ancien couvent de la Cômerie, qui appartient à la municipalité, laquelle a proposé une convention d’occupation temporaire de six mois, renouvelable une fois. Mais cet ensemble n’est pas non plus classé ERP, il nécessite des travaux et ne dispose pas d’un plateau. Montévidéo recevait des artistes en résidence grâce à 5 hébergements (et 5 autres mitoyens), deux studios et une salle de diffusion de 50 places. « Nous nous dirigeons vers la précarité la plus totale, assure Hubert Colas, directeur du lieu. J’ai l’impression que la Ville méconnaît tout le travail mené ici. Montévidéo était un lieu d’accueil important pour les jeunes compagnies. Nous avons annulé toutes les résidences prévues au premier trimestre. » Une réunion avec la DRAC et les collectivités s’est tenue lundi 22 janvier. Ces dernières ont assuré les trois associations du maintien de leurs subventions en 2024. L’État ajustera son soutien en fonction des activités de Montévidéo, désormais hors les murs.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°552

Légende photo : Jean-Marc Coppola

Crédit photo : D. R.

Festival : Trajectoires tente la mobilité dans les Alpes-Maritimes

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Parler Pointu, de et avec Benjamin Tholozan

Le festival coopératif Trajectoires du 11 janvier au 16 février se déroulera dans ses lieux associés sur l’ensemble du département.

La cinquième édition de Trajectoires a lieu du 11 janvier au 16 février dans les Alpes-Maritimes. Ce festival coopératif accueille pour la première fois deux extraits de créations du festival Fragments, celle de Lamine Diagne avec Raymond Dikoumé et celle d’Héloïse Janjaud. Le Forum Jacques-Prévert, à Carros est en effet partenaire de Fragments depuis 5 ans, et coordonne le Festival Trajectoires. Pierre Caussin, directeur de cette scène conventionnée d’intérêt national art, enfance & jeunesse, confie : « Des maquettes de spectacles et étapes de travail peuvent intéresser des professionnels. Nous pourrions envisager des rencontres professionnelles sur notre thématique des récits de vie et de la création contemporaine. L’idée – récente – de circulation des publics fonctionne, mais elle reste modeste. Nous n’avons pas de billetterie centralisée. » Il relève un autre défi : la mobilité des artistes. « Les frais d’approche sont élevés pour faire venir des équipes dans les Alpes-Maritimes, car ce n’est pas un territoire facile d’accès. Ils sont parfois aussi importants que les coûts de cession. » C’est pourquoi le Forum Jacques- Prévert reçoit, par exemple, une grande forme (10 personnes sur la route), Le Dîner chez les Français, qui passera ensuite par la Criée à Marseille.

L’an dernier, des Rencontres interrégionales et internationales de diffusion artistique, organisées dans le cadre du festival, posaient opportunément la question : « Quels modes de coopérations pour rompre l'isolement ? » (La Lettre du Spectacle du 11 janvier 2023). Pour Trajectoires, sept lieux s’associent au Forum : le Théâtre national de Nice, le Théâtre de Grasse, la Scène 55, le Théâtre de la Licorne, l’Université Nice Côte d’Azur, et la médiathèque de Mouans-Sartoux. Une dimension départementale et un nombre d’opérateurs qui ne devrait pas s’accroître. Ces théâtres coopèrent depuis longtemps lors du Festival de Danse Cannes - Côte d’Azur France, bien que les échelles et les logiques soient différentes. Dix-huit spectacles sont proposés lors du festival Trajectoires, dont 7 créations (Parler Pointu, Fils de bâtard…), et plusieurs œuvres présentées pour la première fois dans la région.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectace n°551

Légende photo : Parler Pointu, de et avec Benjamin Tholozan 

Crédit photo : Blokaus808

Billetterie : BAM Ticket prend peu à peu son envol

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Charlotte Rondelez

La plateforme BAM tickets veut bousculer le secteur avec une offre alternative qui permet aux producteurs de rester indépendants et de récupérer ses données.

A son lancement, en décembre 2022, l’ambition de Bam Ticket paraissait démesurée. La jeune proposition de billetterie en ligne prétendait titiller les géants du milieu (Ticketmaster ; Billet reduc – soit Fnac-Darty – ; Ticket tac – soit Le Figaro – ; Theatre Online – reprise de L’Officiel des spectacles). Mais avec près de 150 partenaires qui y présentent leurs productions, ce qui se présente comme une coopérative de théâtres (détenue à 80 % par des acteurs culturels), trouve petit à petit sa place. «Nous n’avons pas l’ambition de bousculer ceux qui sont déjà en place d’autant qu’ils sont là depuis des dizaines d’années pour certains, mais de proposer une alternative, explique Charlotte Rondelez, présidente et cofondatrice de Bam Ticket. Nous proposons un outil qui permet à chaque producteur de rester indépendant, de maîtriser sa commercialisation, et de récupérer ses données ». Et l’ancienne codirectrice du Théâtre de Poche Montparnasse de compléter : « J’ai rencontré beaucoup de techniciens extrêmement compétents en marketing numérique, mais le spectacle vivant est un domaine très spécifique, avec un fonctionnement vraiment à part. Nous transmettons de l’émotion et la communauté numérique peine à le comprendre. » Elle compte sur l’information aux spectateurs et sur une proposition plus diversifiée venant de producteurs attirés par la transparence de la plateforme.

Des bénéfices partagés
Bam Ticket ressemblerait un peu à TPA, le réseau des Théâtres et producteurs associés, dans une version élargie. « C’est vrai, reconnaît Charlotte Rondelez, nous avons d’ailleurs envisagé de nous rapprocher de TPA et cela devrait se faire. Mais TPA dispose d’un financement exclusivement public, à travers le Fond de soutien, et nous pas. Il faut donc trouver un moyen de fonctionnement ».

Le chiffre d’affaires (474 000 euros sur un an) repose sur un fonctionnement très encadré : « Nous reverserons nos bénéfices nets supérieurs à 1 % du chiffre d’affaires aux producteurs ; nos charges de personnels sont plafonnées dans les statuts et nos accords et contrats sont validés par le comité de direction. Ainsi, nous payons nos charges avec les commissions et lorsque nous serons bénéficiaires, nous reverserons tout ce qui dépasse 1 % du chiffre d’affaires aux producteurs. Les 1 % restants sont majoritairement affectés en réserve, les dividendes étant limités par les statuts. » La plateforme proposera fin janvier à ses partenaires un widget à intégrer à leur site. Et dans cinq ans ? « J’espère que nous aurons déjà atteint notre point mort depuis deux ans, avoir développé notre offre sur cinq ou sept régions, être partenaires des grands festivals et être devenus un relais d’info pour le privé comme le public », ambitionne Charlotte Rondelez. 

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°551

Légende photo : Charlotte Rondelez, présidente de BAM Ticket

Crédit photo : D. R.

Entretien : « Bourges 2028, capitale européenne musicale et bas carbone »

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Pascal Keiser

Pascal Keiser, commissaire général de la candidature Bourges 2028, livre ses impressions après la sélection de la ville, le 13 décembre, par le jury européen.

Votre candidature à « taille humaine » a gagné parce qu’elle avait le plus petit budget ?
Cela dépend par rapport à quoi. Les dernières capitales européennes de la culture ont des budgets équivalents, de l’ordre d’une cinquantaine de millions d’euros. Ce que veut la Commission européenne, c’est l’impact, pas un budget en valeur absolue. Avec Bourges, nous sommes sur un investissement par habitant deux à trois fois supérieur à celui des concurrents. Pour Bourges, un budget de 46 millions et des apports en nature, soit environ 50 millions pour une ville de 65000 habitants et le département du Cher, c’était solide.

Quels ont été les éléments déterminants ?
On verra le rapport du jury en janvier, mais le programme artistique a impressionné. Nous n’avions donné aucun nom d’artiste au premier tour, ce qui amenait des possibilités. De grands artistes se sont engagés comme la photographe Zanele Muholi, des pointures de l’architecture comme Petra Blaisse, Rem Koolhaas, des penseurs comme Vinciane Despret ou Gilles Clément sur le rapport à la nature, Camille de Toledo autour du Parlement de la Loire, des artistes comme Sarkis, Tarek Atoui, Tiago Rodrigues… Et ils se sont engagés sur un travail de six mois avec des projets concrets et détaillés. On a aussi de grands commissaires d’exposition comme Hanru Hou, David Moinard… qui ont la capacité de déployer des expositions internationales avec un regard attaché au territoire. Et aussi Anne-Laure Chamboissier, du programme de décentralisation du Centre Pompidou, Boris Vedel qui va travailler sur la fête d’ouverture avec Bintou Dembele…

Le partenariat avec le Printemps de Bourges sera-t-il essentiel ?
Oui, ainsi qu’avec Claire Gibault qui a installé le Paris Mozart Orchestra à Bourges pour le volet classique. Les musiques actuelles sont au cœur du projet. Bourges sera la première capitale européenne des musiques actuelles. C’est aussi une européanisation des filières artistes émergents du Printemps de Bourges, avec ses partenaires de Brighton et Groningen. 25 % des appels à projets seront fléchés vers la musique, y compris le rap.

D’autres volets importants ?
L’aspect climat a été décisif. On a présenté la première Capitale européenne avec un projet bas-carbone et un budget climat, établi avec Hermann Lugan. Cela nous a amenés à intégrer les mobilités bas-carbone dans le programme artistique, ce qui ne s’était jamais fait. Les voyageurs qui viendront de toute l’Europe par train de nuit seront accompagnés avec des projets de grands artistes comme Mohamed El Khatib, Marta Górnicka, Yngvild Aspeli. Il y a aussi la prise en compte du rééquilibrage territorial, de la crise de la jeunesse, de la représentativité : des citoyens sont tirés au sort pour participer… Cela a compté.

Quelle est la prochaine étape ?
2024 sera l’année de mise en place et de structuration du projet, puisqu’on était une petite équipe par rapport à nos concurrents. Les appels à projets seront lancés à partir de 2025.

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°551

Crédit photo : Alexandra de Laminne

Vie Syndicale : renouvellement à la tête de la CGT-Spectacle et du Synptac CGT

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Ghislain Gauthier et Claire-Serre Combe

Le renouvellement annoncé a eu lieu au sein de la Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle (FNSAC-CGT) et du Syndicat national des professionnel.les du théâtre et des activités culturelles (Synptac CGT).

Comme convenu, Ghislain Gauthier [PHOTO], secrétaire général adjoint depuis 2019, a été élu, le 12 décembre, secrétaire général de la FNSAC CGT par la commission exécutive de la fédération, avec ses adjoints Salomé Gadafi, Antoine Galvani et Maxime Séchaud. Il remplace Denis Gravouil, qui la pilotait depuis 2013. Comme nous l’annoncions cet été (La Lettre du Spectacle du 13 juillet), Denis Gravouil a rejoint le bureau confédéral élargi de la CGT en 2023, une fonction peu compatible avec la conduite d’une fédération. Il reste membre cependant de la commission exécutive et du bureau fédéral, et conserve le dossier de la négociation sur les intermittents du spectacle. Cette fédération, dont le congrès aura lieu en 2025, est la première organisation salariale représentative du spectacle vivant. Elle réunit le Syndicat français des artistes interprètes (SFA), le Syndicat national des artistes musicien.nes (SNAM) et le Syndicat national des professionnels du théâtre et des activités culturelles (Synptac).

Autre nomination, celle de Claire-Serre Combe [PHOTO], devenue, le 5 décembre, secrétaire générale du Synptac. Copilote du collectif femmes-mixité au sein de la CGT-Spectacle, elle était secrétaire générale adjointe du Synptac depuis janvier 2022, après avoir été secrétaire nationale du Syndicat français des artistes interprètes (2015-2022). Elle remplace Patrice Massé qui avait prolongé son mandat lors du congrès de 2021, malgré son départ en retraite, afin d’assurer la transmission des dossiers à son adjointe. Il devient secrétaire général adjoint jusqu’au prochain congrès (du 27 au 29 octobre 2024), Nathalie Serane reste également secrétaire générale adjointe du syndicat.

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°550

Légende photo : Ghislain Gauthier et Claire-Serre Combe

Crédit photo : Moland Fengkov / D. R.

« Le “Masque”, c’est la liberté de ton et ce qui va avec, l’indépendance totale »

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Jérôme Garcin

Après 35 ans aux commandes d’une émission qui en a désormais 68, Jérôme Garcin a transmis Le “Masque et la Plume” le 31 décembre à Rebecca Manzoni lors d’une spéciale de deux heures.

Comment vous sentez-vous pour votre dernière ?
Très mélancolique. Je souhaitais à la fois arrêter avant l’heure pour que l’émission, dont j’ai hérité mais qui n’est pas la mienne, ait de l’avenir avec une femme, plus jeune. Donc je suis ravi. Mais en même temps, ce sont les dernières, jamais les auditeurs n’ont été si nombreux... Je suis partagé entre le bonheur que l’émission continue, et la nostalgie parfaitement légitime après 35 ans.

L’audience a beaucoup progressé ?
Maintenant qu’on est triplement diffusé le dimanche (10 h, 20 h et 1 h du matin), ça a pris cet automne une ampleur phénoménale. Le dimanche matin on est à 1,4 million d’auditeurs, le soir, à 800 000. Et il faut ajouter 900 000 podcasts. C’est absolument énorme.

Qu’avez-vous changé dans cette émission ?
J’ai toujours voulu respecter les fondamentaux, je n’ai pas changé l’essentiel. En revanche, je lui ai rendu son public, que l’émission avait un peu perdu. J’ai créé le prix des auditeurs en 1990 pour rassembler la communauté des auditeurs. J’ai multiplié, quand France Inter m’en donnait les moyens, les enregistrements en région afin de récréer le mouvement naturel qui pousse les auditeurs à nous écrire. Mais c’est devenu beaucoup trop lourd, techniquement et financièrement.  En 1989, j’ai rajeuni les critiques, tout en gardant les anciens, car la force du “Masque” était de réunir la jeune génération et, en même temps, les maîtres de la profession comme Michel Ciment ou Danièle Heymann.

Le théâtre a évolué depuis ?
Si on se parle très crûment, très lucidement, il est clair que, quand j’ai repris l’émission, le théâtre était la discipline la plus demandée. Les spectateurs du studio Charles Trenet intervenaient beaucoup sur les pièces. J’ai vu cette discipline perdre de son aura, année après année, au bénéfice du cinéma. C’est clair et net. La jeune génération a de plus en plus de mal à y aller. Le théâtre privé est de plus en plus cher et la programmation de plus en plus courte. Vous multipliez ça et il y a une relative déshérence du théâtre par rapport au cinéma. Après des “Masques” cinéma, je reçois des centaines de courriels. Après un “Masque” de théâtre, je n’en reçois que quelques-uns. C’est très frappant, car je suis un enfant du théâtre, de voir qu’en 35 ans je l’ai vu perdre de son pouvoir, et le cinéma en gagner. C’est la raison pour laquelle je fais moins de “Masques” théâtre qu’autrefois. Et quand j’en fais, il faut trouver la fenêtre où la pièce est soit en tournée, dans le meilleur des cas, et sinon, quand elle peut être visible. Prenez un théâtre historique comme le Rond-Point : avant les pièces duraient deux, trois mois. Maintenant, c’est trois semaines. Comment voulez-vous envoyer les critiques, en rendre compte et diffuser l’émission dans cette fenêtre ? C’est beaucoup trop court. Et enfin, quand on inscrit, pour les têtes d’affiche, le théâtre privé, les places sont à 80 euros... Donc, c’est sûr, et il ne faut pas se mentir, il y a un problème.

Qu’est-ce qui caractérise cette émission, au fond ?
C’est d’abord la liberté de ton, et ce qui va avec : l’indépendance totale. Si l’émission veut continuer à être prescriptrice, et elle l’est énormément, il faut pratiquer la vieille loi : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». Il faut même dire du mal d’un « film France Inter ». Être libre, c’est la première chose. La seconde, c’est qu’il faut des émissions en public, et avec ce public. C’est une émission populaire et culturelle, ou culturelle et populaire. Elle ne peut pas se faire en studio fermé. C’est perpétuer cette idée des origines – c’était enregistré dans des théâtres avant de rejoindre la Maison de la radio – que c’est du spectacle vivant aussi, et pas de la critique fermée entre initiés. Je l’ai dit à Rebecca Manzoni, et elle est tout à faire d’accord. C’est prolonger ce qui est l’image de la radio de service public : la culture ajoutée au mot populaire.

Et le passage de témoin, comment s’est-il fait ?
Rebecca Manzoni est venue assister à deux enregistrements. On s’est vus deux à trois fois. Le 31 décembre, je lui passerai le témoin, à l’antenne. Quand Pierre Bouteiller m’a filé l’émission, il m’a dit : « Débrouille-toi ! ». Je n’ai pas de conseils à donner à une grande femme de radio si ce n’est de prolonger la légende du “Masque et la Plume”, une émission quasiment patrimoniale. Il faut qu’elle apporte ce que je n’apporte pas, sa voix, celle d’une femme de radio, une femme active, et qu’elle fasse les changements qu’elle pense nécessaires. Le “Masque” de [Pierre] Bouteiller n’était pas celui de [François Régis] Bastide. Il faut respecter les fondamentaux et, dans ce cadre-là, inventer sa propre histoire.

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°550

Légende photo : Jérôme Garcin

Crédit photo : D. R.

Ballet de l'Opéra de Paris : une volonté de changement à confirmer

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José Martinez

José Martinez, directeur de la danse de l’Opéra national de Paris depuis 1 an, a présenté son premier bilan à la presse. Retour sur ses annonces et ses réalisations concrètes. 

Pour marquer le premier anniversaire de l’arrivée de José Martinez à la tête du ballet de l’Opéra de Paris, une dépêche de l’Agence France Presse (AFP), largement reprise, fait un premier bilan de l’action du nouveau directeur. Au climat qui est présenté comme pacifié José Martinez, parfait connaisseur des rouages de la maison, ajoute quelques propositions, lesquelles posent plus de questions qu’elles n’en résolvent.

Modalité du concours
Ainsi, le nouveau directeur aurait accédé « à une demande des danseurs de revoir une partie des modalités du concours interne de promotion qui remontait à 1860 ». En réalité, ces modalités, qui sont régulièrement contestées depuis des dizaines d’années, n’ont pas été modifiées : c’est toujours l’article 9 du titre IV de l’annexe « personnels artistiques » de la Convention collective de l’Opéra national de Paris qui s’applique. « Le concours de promotion est en cours d’évolution. Une décision concernant la classe des sujets a été prise au terme d’échanges avec les danseuses, les danseurs, la direction et les organisations syndicales et sera expérimentée pendant un an », explique-t-on en interne et, de fait, il n’y a eu, pour le moment qu’une « signature d’un accord portant dérogation temporaire à la convention collective », et ne portant que sur le passage de sujets à premier danseurs. C’est-à-dire que pour passer de quadrille à coryphées, puis à sujets, rien ne change ; et que ce qui change risque de ne pas durer... Car, même dépassé, le « concours » est défendu par une partie de la compagnie.

La même dépêche évoque une initiative destinée aux étudiants sortant de l’École de danse et non impliqués dans le ballet. Or « la création de la “Junior Compagnie” annoncée dans la dépêche est encore à l’étude à l’heure actuelle », précise-t-on en interne. Les termes « Junior Compagnie » excluent toute structure composée de danseurs déjà dans le ballet (type Groupe de recherche chorégraphique de l’Opéra). Donc elle ne peut prendre que deux formes : un Junior ballet comme en son temps au Conservatoire national supérieur, soit une compagnie seconde, type NDT2. Dans le premier cas, les danseurs sont toujours étudiants et cela doit être intégré au cursus, ce qui n’est pas simple. Dans le second, les possibilités sont plus larges, mais, même avec des d’apprentis, cela signifie une augmentation de la masse salariale... Douteux par les temps qui courent ! Quant à la « crèche de chorégraphes au sein de la maison » évoquée par José Martinez, elle se traduit pour le moment par une simple soirée « carte blanche à 8 chorégraphes de la maison » programmée en avril à l’Amphithéâtre Bastille, formule déjà largement exploitée par Brigitte Lefèvre, l’emblématique prédécesseur de l’actuel directeur. Et ladite formule n’a jamais eu de résultats bien pertinents. Ce qui, en définitive, prouve que s’il y a bien volonté de changement, le bilan concret est pour le moins modeste.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°550

Légende photo : José Martinez, directeur de la danse de l’Opéra national de Paris 

Crédit photo : Julien Benhamou