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Coutances : aux Jazz Export Days, la scène française en opération séduction

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Ishkero

La 42e édition du festival Jazz sous les pommiers, à Coutances (Manche), a accueilli les « Jazz Export Days », du 15 au 17 mai. Trente programmateurs étrangers ont suivi une programmation spécifique d’artistes français. Ils provenaient, outre des pays européens, d’Argentine, Australie, Brésil, Canada, Corée du Sud, Équateur, États-Unis, Indonésie, Japon, mexique, Singapour. Seul le continent africain n’était pas représenté. Cette opération était montée avec le Centre national de la Musique. Une délégation du CNM était présente avec notamment la venue de Jean-Philippe Thiellay (président), Anne-Sophie Bach (directrice du développement, de la communication et des partenariats), Louis Hallonet (directeur adjoint en charge du soutien aux projets artistiques et de l’international), Lizon Lavaud (cheffe de projet jazz) et Benjamin Demelemester (chef de projet international) et Virginie Ritt (responsable des aides développement international en jazz et musiques classiques). 8 showcases Un appel à candidatures avait été ouvert jusqu’à fin octobre afin de sélectionner les huit projets musicaux retenus pour présenter un showcase d’une trentaine de minutes. Une centaine de candidatures avaient été reçues. Les artistes ont été sélectionnés par les membres de la commission d’aide aux projets de développement international jazz du CNM puis par un jury composé de professionnels internationaux.

Étaient ainsi programmés, Arnaud Dolmen Quartet (Jazz Musiques Productions/Gaya Music Production), Camille Bertault (Acces Concert/Vita Production), Eve Risser Red Desert Orchestra (compagnie ReVeR), Laurent Bardainne & Tigre d’eau douce (DuNose Productions/ Heavenly Sweetness), Nout (Gigantonium), Théo Girard Trio (Discobole), Ishkero (GiantSteps/ Kyudo Records) et Rouge (Anteprima Productions). La première édition des Jazz Export Days devait avoir lieu en mai 2020. Tout comme le festival, elle a été annulée en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19. Les showcases des groupes qui avaient été sélectionnés ont pu se tenir en août 2021 (40e édition du festival déplacée en août toujours à cause du Covid-19), mais les professionnels n’avaient pas pu se déplacer cette année-là pour des raisons sanitaires. Le CNM avait alors décidé de filmer les groupes et de réaliser des montages vidéos, qui avaient été transmis aux professionnels internationaux.

Cette édition 2023 était donc la première en « présentiel ». Avant leur arrivée au festival, les programmateurs étrangers ont profité d’une visite touristique à l’incontournable Mont-Saint- Michel, situé non loin de Coutances. « La liste des délégués était très intéressante par rapport à ce que je vois habituellement. Je programme du jazz français depuis de nombreuses années. Ce type d’événement me permet de découvrir de nouveaux artistes, de garder les yeux et les oreilles sur ceux que je connais déjà et de suivre leur évolution », observe Oyvind Larsen, directeur de l’Oslo Jazz Festival (Norvège). « Le Magic Mirrors était très bien adapté pour les showcases. Nous avons tous vu de très belles surprises. Je pense que la plupart des programmeurs ont quitté l'événement pleins d’inspiration », souligne Frank Bolder, directeur du North Sea Jazz Festival (Pays-Bas). Filière jazz et international L’accueil de professionnels étrangers n‘est pas une nouveauté à Jazz sous les Pommiers. Par le passé avec le Bureau Export, avec l’Institut français, par des partenariats avec certains festivals, grâce aux prises en charge du réseau AJC, Coutances a toujours accueilli des programmateurs étrangers. Le nouveau dispositif est de bon augure pour le milieu du jazz, champ musical qui défend sa place au sein du Centre national de la musique.

Pour l’établissement public, cette association avec Jazz sous les pommiers visait à « mettre en lumière la vitalité et la diversité de la scène jazz française à destination de l’international.» De son côté, le festival Jazz sous les pommiers entend continuer à « jouer son rôle dans le développement de la filière jazz ». Selon Denis Le Bas, son directeur, il s’agit aussi d’offrir « un réel éclairage sur le jazz français qui mérite, par sa qualité, son inventivité, sa diversité, de tourner davantage à l’étranger et qui n’a rien à envier au jazz britannique, qui fut beaucoup sous les projecteurs ces dernières années ». Le principe d’une reconduction de l’opération est acquis, mais la fréquence n’est pas encore encore fixée (sans doute tous les deux ans). Dans quelques mois, au moment du bilan des suites concrètes générées par les contacts pris à Coutances, Jazz sous les pommiers et le CNM sauront si leur mission de mise en connexion a été concluante.

Nicolas Marc

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°539

Légende photo : Ishkero, le 16 mai à Jazz sous le pommiers

Crédit photo : Maxim François

In et Off s’accordent : « Deux festivals, un seul public »

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Laurent Domingos et Harold David

Les années passent et rien ne se ressemble. Après un long face-à-face, parfois stérile, et à la faveur de nouvelles équipes de part et d’autre, In et Off semblent avoir trouvé un chemin commun autour du public et du territoire. La présence de Tiago Rodrigues (directeur) et Pierre Gendronneau (directeur délégué du festival d’Avignon) à la conférence de presse de présentation du Off (22/05) est un signe qui ne trompe pas. « C’est historique. Je pense que ce n’est jamais arrivé », a d’ailleurs salué Laurent Domingos, coprésident d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C). « Il faut mettre fin à une rivalité imbécile », a complété son coprésident, Harold David. De fait, les nouveaux acteurs de ces deux festivals sont d’accord : « Il y a des premiers pas de coopération, d’une pensée collective qui permet de travailler au bénéfice du public et de la création artistique, parce que ça, ce sont des valeurs qu’on partage, a confirmé Tiago Rodrigues. On a un combat à mener ensemble et ça doit nous rejoindre. »

Pour Laurent Domingos, cette « belle rencontre avec Tiago Rodrigues et Pierre Gendronneau, permet de dire que la scission historique Off-In est définitivement et clairement terminée ». Les quatre acteurs travaillent désormais sur des axes de collaboration, dont le principal est fort : « La porosité du public ». Et en partenariat avec Avignon Tourisme. « Deux festivals, un seul public, sur un même territoire », avec des projets communs sur l’écoresponsabilité et notamment le développement des transports en commun, pour désengorger la cité. Et, complète Harold David, un travail s’esquisse aussi sur « la relation des festivals au territoire toute l’année, avec le développement d’un programme de résidence et de création ».

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°539

Légende photo : Laurent Domingos et Harold David

Crédit photo : Jérémie Jung

CDN d’Angers : Marcial Di Fonzo Bo prend la direction du Quai

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Favori de la présélection par son expérience, Marcial di Fonzo Bo est nommé à la direction du Quai, centre dramatique national Angers Pays de la Loire.

Favori de la présélection par son expérience, Marcial di Fonzo Bo est nommé à la direction du Quai, centre dramatique national Angers Pays de la Loire. Né à Buenos Aires en 1968, ce franco-argentin s’est installé à Paris en 1987, a suivi les cours du Théâtre national de Bretagne (première promotion 1994), a joué sous la direction de Claude Régy, Matthias Langhoff, Luc Bondy et Olivier Py... À partir des années 2000, il investit la mise en scène. En décembre 2014, il avait été nommé à la direction de la Comédie de Caen, CDN, avec Élise Vigier comme artiste associée au projet de direction. Il succédait à Jean Lambert-wild.

L’expérience compte pour diriger le Quai, lieu vaste et complexe sur le plan administratif. Cet établissement public de coopération culturelle ouvert en 2007 a vu passer à sa direction Christopher Crimes (parti sur un désaccord en 2009), Christian Mousseau-Fernandez (non reconduit par la Ville en 2014), Frédéric Bélier-Garcia de 2015 à fin 2019 (il dirigeait déjà depuis 2007 le CDN Nouveau Théâtre d’Angers, désormais intégré au Quai). Thomas Jolly, nommé en 2020, l’a quitté prématurément fin 2022, après avoir été nommé directeur artistique des cérémonies pour les JO 2024. Son mandat, marqué par la période Covid et la volonté de multiplier les projets, a été trop court pour lui permettre de s’acclimater au cadre institutionnel où une fatigue sociale se combinait avec des inquiétudes budgétaires. Sylvain Maurice, ancien directeur du CDN de Sartrouville, avait été chargé d’assurer l’intérim. Avec un budget de 7,4 millions d’euros, le Quai est soutenu principalement par la ville (4,2 millions d’euros) et la DRAC (1,4 millions d’euros), la Région (198 000 euros) et le Département (15 000 euros).

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°539

Légende photo : Marcial di Fonzo Bo

Crédit photo : Julien Pebrel

Opéra sur écrans augmente sa portée

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L’élixir d’amour

« Les comédies musicales ne font rien d’autre que s’inspirer de l’opéra, les opéras baroques mettent en scène des super héros similaires à ceux de Marvel », observe Alain Surrans, directeur général d’Angers Nantes Opéra, qui poursuit un travail de démocratisation avec l’opération Opéras sur écrans. L’édition 2023 verra le 15 juin une retransmission en direct du Théâtre Graslin de Nantes de L’Élixir d’amour, de Gaetano Donizetti, sur des écrans géants au sein de la ville émettrice mais aussi à Rennes, Angers et dans plus de 50 communes de Bretagne et des Pays de la Loire. Un bassin de population de 7 millions de personnes est visé.

Une retransmission assurée grâce aux moyens techniques de France 3 Pays de la Loire, qui le diffusera sur le Web en direct (et en différé sur son antenne), une pléiade de télévisions locales (Télénantes, Le Mans Télévision, TV Vendée, TV Tours Val de Loire et les différentes chaînes bretonnes) le relaieront en parallèle. « Une telle collaboration entre France 3 et des télévisions locales est rare, observe Alain Surrans. Mais une convergence forte est nécessaire pour financer la réalisation audiovisuelle. » Elle nécessite, avec les installations des grands écrans, un budget de 80 000 à 100 000 euros et ne serait pas soutenue par le CNC si les télés locales ne se rassemblaient pas dans le processus. La subvention de 15 000 euros en provenance de la Région Pays de la Loire a eu aussi valeur de déclic, de levier. 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°538

Légende photo : L’élixir d’amour a été mis en scène par David Lescot.

Crédit photo : Laurent Guizard

Grand Paris : L’Atlas des lieux culturels pointe un essor alternatif

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Atlas

Alors que la Société du Grand Paris vient d’accorder des marchés pour la construction de la ligne 17, l’Atlas des lieux culturels permet une analyse fine des implantations culturelles métropolitaines. Il a été réalisé conjointement avec la Métropole, en lien avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) et la DRAC d’Île-de-France. 200 kilomètres de lignes seront construits d’ici 2030. Les quartiers de gare comptent 656 lieux culturels (270 en 2015), 809 sont au niveau métropolitain dédiés au spectacle vivant (445 salles de spectacle, 364 théâtres),1 543 s’avèrent des lieux de production et de pratiques artistiques. Car « de nouvelles catégories de lieux ont été ajoutées : lieux hybrides, lieux de pratiques amateurs, lieux de productions, note la Société du Grand Paris.

En 2015, ces lieux étaient minoritaires, ils ont depuis fortement émergé à une échelle large (139 dans la métropole), moins dans Paris intramuros (47) du fait du coût du foncier. La culture pèse ici 273 000 emplois. Sont distingués des établissements publics territoriaux type Plaine Commune ou Vallée Sud - Grand Paris, à qui sont confiés la gestion de nombreux théâtres. La capitale, où plus d’un théâtre sur cinq est privé, concentre près des 2/3 des lieux de spectacles (un peu plus de 500), soit 24 lieux pour 100 000 habitants. Quand le territoire d’Est Ensemble (Seine-Saint-Denis) offre environ 12 salles de spectacle pour 100 000 habitants, pour 10 fois moins de lieux (51).

L’aménagement en banlieue reste marqué par l’histoire des politiques culturelles d’après-guerre et par les objectifs de démocratisation culturelle, via les CDN La Commune à Aubervilliers (93), le Théâtre de Gennevilliers ou Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine) ainsi que des scènes nationales type MC93 à Bobigny (Seine-Saint-Denis), Les Gémeaux à Sceaux (Hauts-de-Seine), la Maison des arts de Créteil (Val-de-Marne), des scènes conventionnées d’intérêt national. Le territoire d’Est Ensemble (Seine-Saint-Denis) se distingue par les concerts à l’ouest de Bagnolet et Montreuil, avec la SMAC le Triton ou d’autres petites salles. Ce territoire étendu du Grand Paris compte 491 festivals par an dont 296 à Paris même.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°538

Source : Apur, ministère de la Culture, 2022

Civitas : le festival Saint-Rock menacé

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festival saint-rock

Le « chef de la section Civitas » de Saône-et-Loire, Jean-Nicolas Noviant, vient d’exiger des organisateurs du festival Saint-Rock, qui a lieu chaque été depuis 2009 dans la commune de La Clayette, qu’ils abandonnent ce « nom blasphématoire ». La lettre précise que « le jeu de mot qui assimile saint Roch, éminent saint franciscain du XIVe siècle avec le genre dit “musical” souvent sulfureux par son rythme répétitif et discordant, par ses messages dépourvus de morale, ses “artistes”, est insupportable aux catholiques de France. » Plus loin dans son courrier, le chef de section insiste sur le fait que le mot « Saint » n’est « pas approprié pour des festivaliers en train de gesticuler un verre de bière à la main, voire sous l’emprise de substances illicites, devant une scène dite musicale. » Le courrier prêterait à sourire si les extrémistes de Civitas en restaient aux mots. Mais Jean-Nicolas Noviant, dans les colonnes du quotidien local Le Journal de Saône-et-Loire, prévient que Civitas pourra lancer de « nouvelles actions » contre le festival, rejoint par un groupuscule intégriste et complotiste, Terre et famille, installé dans la région. Le président de l’association organisatrice, Pierre-étienne Dury, assure qu’il n’est « pas question de changer de nom » et que Saint-Rock n’est qu’un jeu de mot lié à la présence d’une chapelle Saint-Roch dans le village. « Nous ne sommes pas inquiets, poursuit-il. Mais la gendarmerie a pris contact avec nous pour mettre en place des mesures au moment du festival pour éviter les problèmes. »

Bruno Walter

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°538

Crédit photo : D. R.

Le camion CGT-Spectacle fédère les manifestants

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camion CGT

Bordeaux comme Nantes ont pris un virage singulier grâce à leurs camions lors des manifestations. En Gironde, lors du 1er mai, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés autour du véhicule sur lequel jouaient des adhérents du SNAM-CGT. A Nantes, identifiée pour la violence de sa répression (plusieurs manifestants viennent d’y être mutilés), un camion sonorisé apparait surmonté d’un ballon rouge CGT. Légèrement en amont du début de la mobilisation contre la réforme des retraites, un groupe d’animation des luttes s’est formé au sein de l’union locale de Nantes. Avec pour but de redynamiser et de sécuriser les cortèges. Une petite scène sonorisée est donc installée sur un camion benne au cœur des manifestations. Y interviennent techniciens, chanteurs, comédiens, danseurs issus de compagnies locales.

« Depuis la première manifestation du 19 janvier, notre camion est là, précise Martine Ritz, costumière, actrice et militante au SFA-CGT, qui fait partie de l’Institut d’histoire sociale de la CGT. «Il est devenu un repère pour les gens, les jeunes nous disent que, près de lui, ils se sentent en sécurité, le député LFI Andy Kerbrat s’y est exprimé, on y est joyeux, c’est une sorte de mini-parlement de la rue, je ne suis pas catholique, la lutte n’est pas un acte sacrificiel et de martyr, ne doit pas être mortifère mais source de vie ». Le coût de la location, environ une centaine d’euros par jour, est dégressif, assumé par l’union locale de la CGT, la CGT-Spectacle et le collectif Culture en lutte. « Nous avons un répertoire, notre cahier de chants, une équipe solide depuis l’occupation de l’Opéra Graslin de mars à juin 2021, rappelle Martine Ritz. La CGT-Spectacle sait mener de grosses actions. En 2003, nous avions rassemblé 5 000 personnes autour du camion Royal de Luxe ». 

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°537

Légende photo : La Fédération Mines-énergie en renfort le 19 avril. 

Crédit photo : D. R.

Un logiciel pour programmer des festivals

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Alexandre Stevens

Un agrégateur de données pour aider à la programmation d’artistes en festivals ? « Certains sont choqués qu’un tel logiciel existe, mais un programmateur est constamment bombardé de données par les agents sur les tops ou les tournées d’artistes, il gère déjà ces données de façon empirique, avance Alexandre Stevens, créateur du logiciel Bookr.fm, aujourd’hui utilisé par une dizaine de festivals (Marsatac, Couleur Café, Sakifo et Francofolies de la Réunion, Peacock Society...). Informaticien de formation et programmateur du Dour Festival en Belgique, Alex Stevens devait faire face à 10 000 artistes proposés pour cet événement.

Du tableau Excel, il est donc passé à la création d’un logiciel qui permet d’agréger les données de plus de 680 000 artistes. Concrètement, celui-ci propose de rassembler les données issues de Spotify, Last.fm, SoundCharts, Shazam, de réseaux sociaux (Facebook, Instagram...), de près de 500 médias (presse, radio, web...) et les dates de concerts (via BandsinTown et Songkick). À ces données de popularité, l’équipe d’un festival peut ajouter un tag à chaque artiste pour le catégoriser ou indiquer qu’il l’a vu, entendu, apprécié... Un algorithme de recommandation est conçu selon chaque festival, donnant une note sur 100, basée sur des critères quantitatifs et qualitatifs. Un module indique où en sont les éventuelles offres financières pour programmer un artiste, ses conditions techniques et d’accueil et les prix de cession proposés. Ces derniers sont centralisés dans les bases de données de l’entreprise Music Data Studio, créée par Alexandre Stevens, mais, soumis à une clause de confidentialité, ils peuvent être cryptés. En outre, les contacts des agents, managers ou tourneurs sont associés à chaque artiste. Un peu comme en finance, des tendances peuvent être établies entre l’actualité d’un musicien et le prix de son spectacle.

Si plusieurs directeurs de festivals (Eurockéennes, Trans Musicales, Beauregard...) se sont dits dubitatifs, Alexandre Stevens rejette tout risque d’uniformisation des programmations : « C’est comme le GPS de votre voiture : vous le mettez parfois lorsque vous ne connaissez pas la route, parfois alors que vous la connaissez, et vice-versa. Booker.fm aide à la prise de décision, notamment quand il s’agit d’investir le prix d’une maison sur une tête d’affiche. À Dour, un tiers de la programmation se fait encore au coup de cœur. L’art du programmateur est de mixer les deux approches. » L’abonnement annuel varie en fonction du budget du festival, de 1 000 à 20 000 euros. Comme toute nouvelle technologie, c’est l’usage de Bookr.fm qui peut poser question. 

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°537

Légende photo : Alexandre Stevens

Crédit photo : Samuel Hertay

Le blocage d’un projet lié aux exilés fait partir le directeur

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l’Albarède

Frédéric Stein, le directeur du théâtre l’Albarède à Ganges (Hérault), a choisi de renoncer à son poste faute de pouvoir mener à bien un projet impliquant des exilés. Ce fonctionnaire de catégorie A, agent du département, attend une nouvelle affectation. Il a décidé un départ anticipé. Et ce face au refus du maire de Ganges, Michel Fratissier, président de la Communauté de communes des Cévennes gangeoises et suménoises de s’impliquer dans Les nomades font le monde. La municipalité déplore que ce projet ait été porté à sa connaissance par voie de presse, sans qu’une convention ait été signée. « S’il s’agissait d’une question d’équilibre budgétaire, on pourrait négocier mais là, ce n’est pas le cas, la décision apparaît brutale, sans dialogue ni discussion », défend Frédéric Maurin, président du SNSP. Les nomades font le monde devait recueillir les paroles d’exilés, travailler sur des banquets solidaires, tout en étant associé à la pièce Ahmed revient du philosophe et dramaturge Alain Badiou, mise en scène par Didier Galas. Avec pour objectif de lutter contre l’isolement des exilés, de favoriser leur alphabétisation et de les amener à prendre confiance.

« Fin octobre, j’avais reçu un appel de la DRAC et de la Dreets qui proposaient d’utiliser des crédits non consommés, rappelle Frédéric Stein, je me suis rapproché du groupe CVN qui coordonne des collectifs œuvrant à l’alphabétisation des exilés, nous voulions casser les clichés autour d’eux, travailler ensemble sur le masque, la farce. » Une première était prévue fin juin, suivie « en novembre d’une résidence d’une semaine, selon Didier Galas. De 10 000 euros actuels, le spectacle pourrait bénéficier de 40 000 euros de soutien financier si la Région donne son feu vert. Car si il n’est plus question de l’Albarède, le projet n’est pas abandonné et pourrait trouver un accueil au sein du tiers-lieu Bouillon Cube ou dans des festivals. Le dossier déposé en début d’année pour bénéficier d’une appellation scène conventionnée d’intérêt national (SCIN) pour l’Albarède apparaît en revanche plus incertain. « Frédéric Stein a fait un travail formidable pendant dix ans à l’Albarède, remarque Jean Burdin, vice-président Culture de la communauté de communes, qui gère en régie directe le théâtre et subventionne pour 160 000 euros son budget de près de 220 000 euros. Mon grand regret est de ne pas avoir été suffisamment convaincant pour qu’il accepte certaines de nos règles de fonctionnement. C’est d’autant plus dommage que le passage en SCIN apporterait plus d’autonomie au théâtre. »

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°537

Légende photo : Le théâtre l’Albarède.

Crédit photo : D. R.

Cour d’honneur : Julie Deliquet adapte l’envers du rêve américain

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Julie Deliquet

Le spectacle Welfare, de Julie Deliquet, directrice du Théâtre Gérard Philipe (TGP) de Saint-Denis (93), ouvrira la cour d’honneur au Festival d’Avignon le 5 juillet. Welfare est au départ un documentaire de 1975 de Frederick Wiseman, 93 ans, inspirateur de Stanley Kubrick ou de Miloš Forman et auteur de l’inaugural Titicut Follies en 1967, film coup de poing sur les conditions d’incarcération de malades mentaux criminels. « Frederick Wiseman, qui partage sa vie entre Boston et New York, est un grand connaisseur et habitué de théâtre, raconte Julie Deliquet. Il avait vu plusieurs de mes spectacles. En juin 2020, il m’appelle et me confie qu’il a toujours pensé qu’il y avait du théâtre dans ses films, qu’il aimerait que ce soit moi qui en réalise une transposition. Ce qui m’a particulièrement touchée car j’ai adapté au théâtre beaucoup d’œuvres cinématographiques. » Après Fanny et Alexandre, d’Ingmar Bergman ; Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin ; ou le feuilleton Huit heures ne font pas un jour, de Rainer Fassbinder, Julie Deliquet avait elle même réalisé un court-métrage, Violetta, qui plantait en partie son décor au sein du service d’oncologie de Villejuif.

Welfare, de Frederick Wiseman a, lui, pour cadre un bureau d’aide sociale new yorkais, le réalisateur y captait avec une seule caméra chômeurs, SDF, malades ou enfants victimes de violence. « Il n’a utilisé qu’une perche, qu’une seule caméra, il a eu 150 heures de rush, on était presque dans des processus de répétition, poursuit Julie Deliquet. Wiseman a filmé de très près, sans voix off, sans musique, dans une radicalité extrême. Je devais travailler presqu’à l’opposé, pour retrouver une dimension jusqu’au boutiste, ce qu’ont vite compris Tiago Rodrigues, que je n’avais jamais rencontré et Géraldine Chaillou, que je connaissais un peu, il me fallait ordonner une mise en couleurs, dé-zoomer, avec l’envie de mettre des personnages marginaux dans un cadre hors normes. » Les 15 acteurs, âgés de 20 à 70 ans, sont passés par le TGP. Welfare s’est financé en partie grâce à un programme de 472 300 dollars de la Villa Albertine et devrait bénéficier d’une diffusion aux Etats-Unis.

Nicolas Mollé

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°535

Légende photo : Julie Deliquet

Crédit photo : Moland Fengkov