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Le spectacle s’évalue à l’aune de Paris 2024

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Alexis Michalik

L’organisation des Jeux olympiques de Paris peut-elle inspirer le monde du spectacle vivant ? Quel sera l’héritage de cette Olympiade culturelle ?

Les Jeux olympiques de Paris (JOP) ont enthousiasmé beaucoup de spectateurs grâce à l’organisation de compétitions dans de spectaculaires lieux patrimoniaux : place de la Concorde, esplanade des Invalides, ou encore au pied de la tour Eiffel. L’aménagement de A à Z de ces sites peut s’apparenter à celui qu’effectuent de nombreux festivals de plein air. Dans les jardins du château de Versailles, par exemple, un stade équestre de 16 000 places a été construit de toutes pièces par GL Events pour les épreuves d’équitation et de pentathlon moderne. Soit un budget 25 millions d’euros de la conception à l’exploitation, en passant par la construction du site, dont une piscine de 25 mètres de longueur. Ces lieux, comme ceux de certains festivals, sont hautement « instagrammables ». Arnaud Meersseman, directeur général AEG Presents France (Rock en Seine, Accor Arena, etc.), a été impressionné par le montage des gradins et par l’efficacité du logiciel de billetterie. « Mais ce sont des échelles et des moyens faramineux comparés à ceux des festivals. Nous n’avons pas non plus les mêmes publics. J’adorerais organiser un festival sur le domaine de Versailles ou place de la Concorde ! »

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Lire la suite dans La Scène n°115 - Décembre 2024

Par Nicolas Ambre

Légende photo : Alexis Michalik, auteur et metteur en scène

Crédit photo : Julien Pebrel

La scène, côté jardin

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Francesca Poloniato et Céline Rousseau

Deux scènes nationales – Carré-Colonnes et le ZEF – investissent les jardins pour faire culture autrement avec les habitants.

Bien au-delà de projets anecdotiques et éphémères, les deux scènes nationales investissent le jardin, en faisant un véritable axe artistique sinon culturel de leur projet, au même titre que les spectacles. Dans les deux cas, le jardin ne vise pas à attirer de nouveaux publics en salle, mais à créer de nouvelles relations.

Faire du jardin une œuvre 
En Gironde, c’est la crise sanitaire qui a donné l’idée à la directrice, Sylvie Violan, de proposer « du réconfort aux habitants en semant des graines de poésie ». Cyril Jaubert, directeur artistique d’Opéra Pagaï – compagnie associée –, lui répond alors : « Nous allons semer de vraies graines ! » En une semaine, 750 semis sont réalisés par les passants, rassemblés dans le hall du théâtre. Pour leur donner des nouvelles de leur « double végétal », l’équipe lance une « newslaitue » qui raconte l’histoire d’une scène nationale « submergée par le vivant ». Deux mois plus tard, il est temps de planter, et la salle obtient l’autorisation municipale d’occuper un terrain vague à proximité, qu’elle transforme en jardin. En mars 2021, une nouvelle tradition démarre, pérennisée depuis : les semis de printemps. 

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Lire la suite dans La Scène n°115 - Décembre 2024

Par Julie Haméon

Légende photo : Francesca Poloniato, directrice, et Céline Rousseau, directrice adjointe du ZEF

Crédit photo : D. R.

Communication : comment s’adresser aux primospectateurs ?

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Apolinne Locquet

Celles et ceux qui accèdent pour la première fois à un lieu de spectacle vivant doivent faire l’objet de toutes les attentions.

Apolline Locquet a fait en début de saison une expérience aujourd’hui commune, plus encore après la pandémie : elle a quitté Paris pour s’installer sur un territoire sans doute plus accueillant et, pour le moins, à plus faible densité de population. Désormais dans le sud-ouest de la France, la directrice de l’expérience client d’Arenametrix est donc devenue, elle aussi, primospectatrice des lieux de spectacle de son environnement immédiat. Elle y a découvert de nouveaux lieux, des habitudes qui ne sont pas les siennes. Surtout, elle s’est étonnée que, à la suite de son premier achat, aucun e-mail spécifique n’ait été adressé à une primospectatrice. « On aurait pu me présenter en quelques mots la configuration des lieux, me dire que je trouverais un bar, que je devais me présenter à l’heure pour éviter les retards que j’ai pu constater et le démarrage tardif de la représentation. Ça fonctionne, pourtant, les taux d’ouverture de ce type d’e-mail (entre 65 et 90 %) montrent bien que le public y voit de la valeur. » Pourtant, témoigne cette spécialiste du marketing culturel, peu de lieux investissent cet espace de la toute première rencontre entre un lieu et son spectateur. Une étape pourtant décisive si l’on espère le fidéliser. 

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Lire la suite dans La Scène n°115 - Décembre 2024

Par Cyrille Planson

Légende photo : Apolline Locquet, directrice de l’expérience client, pour Arenametrix

Crédit photo : Julien Pebrel

Vers une certification pour le Off

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Laurent Domingos et Harold David

AF&C, qui coordonne le Festival Off d’Avignon, a travaillé à la création d’un label qui incitera à la professionnalisation des salles et des compagnies qui participent à la manifestation. Avec un contrôle extérieur à la clé.

Réguler le Off ? Plusieurs directions d’AF&C se sont cassé les dents à tenter d’organiser le plus grand marché du spectacle vivant. La loi de l’offre et de la demande pousserait à de la spéculation, voire à des pratiques trompeuses ou hors la loi côté compagnies, mais surtout théâtres. L’idée d’un label est ancienne et a effleuré plus d’une structure. La Fédération des théâtres indépendants d’Avignon (FTIA), organisation créée en opposition à la direction d’alors d’AF&C, y avait réfléchi.

Côté compagnies, les Sentinelles avaient envisagé en 2018 un guide des théâtres assorti de nombreux critères. Initiative reprise par les États généraux du Off. « Est alors apparue l’idée de symétrie entre théâtres et compagnies en leur appliquant à chacun des critères, pas seulement aux lieux, mais à tous les acteurs du Off. » explique Laurent Domingos, coprésident d’AF&C, qui fut représentant des Sentinelles, fédération de compagnies du spectacle vivant.

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Lire la suite dans La Scène n°111 - Décembre 2023

Par Nicolas Dambre

Légende photo : Laurent Domingos (à g.), coprésident d’AF&C, ici avec Harold David, également coprésident

Crédit photo : Jérémie Jung / Signatures

« Le problème qu’on traverse est celui du partage de la richesse au sein du jazz et de l’ensemble du champ musical »

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Antoine Bos

Le réseau Association Jazz Croisé (AJC), organise ses rencontres du 2 au 4 décembre à La Dynamo de Banlieues bleues (Pantin). Au programme, des débats sur la situation du jazz et deux soirées concerts avec les lauréats des programmes d’accompagnement du réseau : l’historique Jazz Migration, et le nouveau-né Jazz With. Rencontre avec Antoine Bos, délégué général d’AJC.

Ces rencontres AJC, c’est le temps fort de votre réseau ?
C’est un moment pour se retrouver tous ensemble, en physique et non pas en visioconférence, calé aussi sur un temps associatif assez important (une journée et demie de travail avec nos invités). Cette année, on a un focus sur les programmateurs de lieux et de festivals de la Réunion. C’est assez intense pour nos adhérents qui vont discuter de coopération dans la diffusion, de meilleure circulation des artistes, d’international, et le temps associatif, avec les présentations des activités 2024, des chantiers 2025, et de leurs grands enjeux.

Est-ce ouvert à tous ?
Oui, nous avons aussi des temps qui concernent tous les professionnels du jazz, car il y a très peu d’espaces pour que les acteurs du jazz se retrouvent. Il y a deux soirées de concerts ouvertes avec, au milieu, un buffet qui permet à la profession de se retrouver, et une table ronde dédiée aux dynamiques de coopération entre acteurs du jazz. C’est un débat qui dépasse le cadre d’AJC : comment notre secteur fait face aux contraintes économiques, aux complexités d’ordre écologique, aux questions de diversité, d’égalité de genre, etc. Il y aura le Centre national de la musique, la DGCA, car l’idée c’est aussi de questionner nos partenaires sur leur accompagnement de ces structures de diffusion et de ce travail d’artisanat de la musique.

Vous présentez aussi vos projets : Jazz Migration, bien installé, et Jazz With, plus jeune.
Il a fallu du temps pour mettre Jazz Migration, créé en 2002, à cet endroit-là et ses fondations sont encore relativement fragiles, parce qu’il y a une tension autour de la diffusion des artistes. Mais c’est un projet d’accompagnement de musiciens émergents de jazz et musiques improvisées qui fonctionne bien et qui a porté ses fruits : 250 musiciens, plus de 1 000 concerts en France et en Europe. Depuis 2016, il apporte aux lauréats et finalistes des outils de structuration et de professionnalisation dans le cadre d’un parcours global, adapté aux spécificités du jazz. On reçoit plus d’une centaine de candidatures chaque année, on travaille avec 30 musiciens sur deux ans parce que les cycles de génération durent deux ans [les quatre lauréats 2024 sont Marsavril, Nubu, Sėlēnę et [Na]]. 

C’est un vrai projet d’accompagnement d’artistes émergents ?
Oui. Le monde du jazz et des musiques improvisées de manière générale souffre cruellement d’un manque d’entourage. Et les artistes d’un manque de formation à ces questions. Je pense qu’il n’y a rien de mieux que des structures de diffusion pour le faire. Et avec cette idée, à chaque fois, d’accompagner des artistes français à aller à l’étranger. Pour les programmateurs et pour les musiciens, il y a besoin d’avoir ces connexions. 

Et Jazz With ? 
C’est notre dernier né pour accompagner les groupes français et européens qui ont plusieurs nationalités en leur sein et qui ont des difficultés à trouver des partenaires. AJC travaille depuis des années aux questions de développement international. On invite chaque année autour de 100 professionnels étrangers à découvrir des artistes français, on a soutenu des festivals à Rome, à Berlin, on a des partenariats... Pour Jazz With nous avons fait un appel à candidatures européen, et reçu plus de 100 réponses, ce qui est énorme pour une première. On en a sélectionné trois : TIM, le trio Volkmann/Jarret/Andrzejewski et Weave 4. On travaille avec eux depuis plusieurs mois en les guidant dans leur diffusion, en France et en Europe. C’est un travail d’intermédiaire. On donne à chacun une bourse de 3 000 euros et ils vont jouer devant des professionnels des pays dans lesquels ils veulent travailler, qu’on invite. Notre ambition, c’est que cet argent ne serve qu’à des tournées.

Vous avez des fonds européens ?
Non, ce sont des fonds de nos partenaires, le CNM, le ministère de la Culture, et aussi des fonds propres. Je ne désespère pas d’arriver à en faire quelque chose d’un peu plus lourd pour qu’on soit en mesure de les accompagner un peu plus, car 3 000 euros ce n’est pas énorme dans le montage d’une tournée. C’est un coup de pouce. Ce serait bien qu’on ai non pas trois mais quatre groupes. On avance tout doucement, j’espère mettre autour de la table différents partenaires pour aller un peu plus loin. 

De votre poste d’observation, quelle est la situation du Jazz ?
On sortira début 2025 des données 2023 de nos adhérents. En ayant vu ces chiffres de loin, je vois déjà qu’entre 2023 et 2024 il y a une baisse assez relative de la diffusion, ou en tout cas de l’accueil d’artistes, donc de l’emploi artistique. ça fait quelques mois qu’on nous dit dans le réseau que c’est compliqué et là ça se manifeste en chiffres. Je vois qu’on est face à un problème réel. On a des lieux et des festivals, des structures de diffusion qui ont de moins en moins de marge artistique pour travailler. On a plusieurs structures qui ont préparé leur programmation de septembre à décembre avec beaucoup de coproduction et pas de programmation pure. 

Observez-vous, vous aussi, une hausse des cachets ?
Oui, on a une hausse du coût des cachets pour les grandes têtes d’affiches, aux alentours de 10 %. Mais on a aussi besoin de ces têtes d’affiche dans le développement des publics. Alors que les émergents ou des artistes de longue date se retrouvent avec des cachets équivalents depuis 10 ans. Le problème qu’on traverse est celui du partage de la richesse au sein de ce secteur-là et au sein du champ musical. 

Vos adhérents sont soutenus ?
Au sein du réseau AJC, j’ai une vingtaine, voire une trentaine de structures qui ont des budgets en dessous de 150 000 euros. Ce sont des structures qui sont pourtant de grands organes de diffusion de la musique, qui programment de manière très professionnelle les artistes, et qui, aujourd’hui, ne trouvent pas auprès des tutelles publiques le moindre soutien. Et ça va devenir problématique.

La situation s’aggrave ?
Cette tension économique dure depuis très longtemps. On commence à se rendre compte qu’on a déjà gratté jusqu’à l’os. Je ne connais aucune structure chez moi qui peut s’enorgueillir d’être confortable en ce moment. Je sens la tension partout, à tous les endroits, et pour la première fois de manière aussi importante. 

Pourtant, les projets vivent ?
Sur l’artistique, on a des projets incroyables, et il y a une énergie qui est folle sur Jazz Migration et Jazz With. Notre réseau est parmi les plus actifs, avec une vitalité dingue. C’est bien d’avoir creusé dedans, mais il faut la cultiver. Les politiques publiques auraient à cœur de se rendre compte que le secteur ne peut pas vivre que de cette vitalité. Il faut aussi des moyens pour le faire. 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°570

Légende photo : Antoine Bos, délégué général d’AJC

Crédit photo : D. R.

Comédie musicale : Les Misérables, retour gagnant ?

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Les Misérables

Fin de la malédiction pour Les Misérables en France ? La comédie musicale la plus vue au monde revient au Théâtre du Châtelet (Paris), à partir du 20 novembre pour 50 représentations. 

Le spectacle n’avait rencontré son public ni à Mogador (1991), ni au Châtelet (2010). Cette version a été revue côté orchestration et réécrite côté paroles pour près d’un tiers, en français, par Claude-Michel Schönberg (compositeur) et Alain Boublil (parolier d’origine). Le tout sous le contrôle du producteur britannique Cameron Mackintosh (ayant droit) qui propose toujours la version londonienne et de nombreuses tournées. Contrairement à de grandes comédies musicales montées en anglais au Châtelet (Un Américain à Paris, 42e Rue…), celle-ci est constituée de comédiens-danseurs-chanteurs français. Ils sont 50 (en alternance ou remplacements), soit 39 sur scène, accompagnés d’un orchestre de 14 musiciens (le double en alternance) dans une nouvelle mise en scène, de nouveaux décors et de nouveaux costumes.

Un budget de 5,3 millions
À l’origine imaginé pour la Salle Pleyel ou le Palais des sport, le spectacle tiré du roman de Victor Hugo, a été porté par la précédente direction du Théâtre du Châtelet, avant l’arrivée en 2023 d’Olivier Py, qui avait mentionné ce projet dans sa candidature. Cette nouvelle version est née de la rencontre en 2016 d’Alain Boublil avec Stéphane Letellier, qui produisait alors la comédie musicale Oliver Twist, salle Gaveau, mis en scène par Ladislas Chollat, qui met en scène les Misérables cette année. « Nous avons mis un an et demi avant de pouvoir rencontrer Cameron Mackintosh à Londres. Mais après 2h30 de rendez-vous il était convaincu par notre projet, disant qu’il ne comprenait pas le public français », se souvient Stéphane Letellier, gérant de SPJL Production, qui coproduit le spectacle (en apport d’industrie) avec le Théâtre du Châtelet et France Télévisions Distribution (en apport de marketing). Le budget de production et d’exploitation est de 5,3 millions d’euros, deux fois moins que Starmania. La production et le montage ont été plus rapides que pour d’autres spectacles, lancés 4 ou 5 ans avant leur première représentation. Pourtant, l’ambition est importante, avec près de 300 costumes, une machinerie complexe, deux énormes pentes motorisées ou encore des projections vidéo. « Nous avons bon espoir d’organiser une tournée en Zénith à partir de 2026, mais elle sera coûteuse vu le nombre de personnes sur la route », confie Stéphane Letellier.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°570

Légende photo : Les répétitions à la Fondation Fiminco de Romainville

Crédit photo : Thomas Amouroux

« L’enjeu actuel pour le Glob Théâtre est la fidélisation des publics »

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Yoann Lavabre

Après 3 ans de fermeture (dont 18 mois pour travaux), le Glob Théâtre (Bordeaux), a rouvert en février 2023. À la tête de cette scène conventionnée depuis septembre 2023, Yoann Lavabre revient sur sa première année de mandat et commente les enjeux de sa première programmation.

Pourquoi le Glob ? 
Pour moi, c’est un retour au théâtre contemporain. Alors qu’avant, je dirigeais un théâtre municipal, avec une programmation au spectre plus large. Mais j’ai commencé comme administrateur au Théâtre-Studio d’Alfortville, avec un théâtre de répertoire contemporain – Sarah Kane, Edward Bond… C’est aussi un retour à un théâtre intimiste, avec une proximité scène-salle que j’affectionne. Les travaux en ont fait un outil sobre et performant, avec un plateau généreux et une jauge quasi doublée (190 places). Enfin, le Glob est une SCOP (société coopérative), un statut juridique qui m’intéressait pour le management collaboratif qu’il implique.

Quel bilan faites-vous de votre première année ? 
Le fonctionnement en SCOP est très agréable. Le projet est porté par toute l’équipe, chaque décision est discutée. Ce qui bouscule aussi, et réinterroge le rôle du directeur. Par exemple, j’ai soumis ma programmation pour la saison 2024-2025 au vote lors de l’assemblée générale. 

Comment l’avez-vous pensée ? 
Un des impératifs était de s’inscrire dans l’histoire du Glob. C’est pourquoi je porte une attention particulière aux compagnies locales, comme ce théâtre l’a toujours fait. Ce qui répond aussi à des contraintes budgétaires autant qu’à des enjeux écologiques. Sur 33 propositions, au moins 23 sont régionales et 16 sont bordelaises. J’ai souhaité une grande ouverture, en recevant une centaine de compagnies en entretien. Je programme également des artistes habitués du lieu, tel Renaud Cojo, et dont j’aime le travail. Enfin, je souhaite asseoir le Glob comme scène dédiée aux compagnies émergentes, en programmant parfois leurs toutes premières expériences pour favoriser leur visibilité. 

Comment qualifieriez-vous cette programmation ? 
Je la souhaite généreuse, inclusive, critique et pleine d’espoir. Et qu’elle traduise ma vision du théâtre comme un outil utile et nécessaire de compréhension du monde, à la fois en le reflétant et en le pensant.

Quelles autres orientations proposez-vous ? 
Je développe la programmation jeune public, sur le temps familial et scolaire, en créant notamment des parcours de 3 spectacles pour chaque niveau (maternelle, élémentaire, collège). De même que l’instauration d’abonnements, cela va permettre une fidélisation des publics, véritable enjeu actuel pour le Glob. Aussi, je souhaitais une saison coopérative avec l’extérieur, pour donner plus d’envergure aux projets et renforcer les collaborateurs – le Glob compris. Ainsi, outre l’accueil de spectacles lors de festivals tels Trente Trente, le FAB et Bienvenue, je lance aussi des festivals thématiques aux enjeux sociétaux importants, comme « Cultivons nos singularités ! » et « Cultivons le matrimoine ». Dans ce cadre-là, je cherche à embarquer d’autres structures du territoire (l’Opéra, la Manufacture CDCN, etc.) pour accueillir des propositions. Les festivals offrent aussi une meilleure synergie pour les publics.

Vos objectifs pour la suite ? 
Rencontrer le public avec ce projet-là. Et, à l’avenir, pouvoir programmer des représentations sur plus de 4 soirs, pour favoriser le bouche à oreille. La représentation en série fait partie de l’histoire du Glob (jusqu’à 8 soirs), ce qui est important pour les artistes – même si j’ai préféré être prudent pour cette réouverture. 

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°570

Légende photo : Yoann Lavabre

Crédit photo : Marianne Efstathiou-Lavabre

En crise de modèle, les festivals esquissent des pistes pour rester vivants

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Royal Republic

L’écosystème des festivals, en grandes difficultés économiques, est prêt à évoluer, mais veut être accompagné en ce sens pour inventer un modèle de demain. 

Les festivals français de toute taille sont à la croisée des chemins. Si le public répond toujours, et majoritairement, présent, des changements de pratiques pointent. Sur le plan économique, « les dépenses augmentent plus vite que les recettes, le taux de remplissage ne suffit plus à lui seul pour atteindre l’équilibre », résumait au MaMA, Stéphane Krasniewski, directeur des Sud (Arles) et président du Syndicat des musiques actuelles (SMA). « Il a augmenté et est passé de 66 % à 95 % en moyenne de remplissage des jauges en 20 ans, analysait récemment (Midi Libre, le 8 septembre), Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS. Les festivals ne peuvent plus se louper. » D’autant que les prix d’entrée sont arrivés à un plafond. 

Une mission de réflexion ministérielle
Le cul-de-sac, pressenti déjà avant le Covid, pourrait devenir délétère. La situation est telle qu’Ekhoscènes, syndicat du spectacle vivant privé, a officiellement demandé au ministère de la Culture un « groupe de travail » sur le modèle des festivals. Message reçu par Rachida Dati qui, en audition à l’Assemblée nationale, le 23 octobre, a annoncé « une mission de réflexion » à venir, pilotée par la Direction générale de la création artistique, sur le spectacle vivant, les festivals, la création. « L’État est prêt à accompagner les professionnels dans la réflexion sur leurs modèles », a-t-elle synthétisé, « pour réfléchir à la pérennisation et à la pérennité des festivals ». Ce sujet sera dans le rapport sur le budget du député Erwann Balanant (Les Démocrates). Ses pistes ? « Une moins grande concentration sur la période estivale, une politique d’aller-vers, la mise dans l’équation de l’enjeu climatique », et une réflexion sur des dispositifs fiscaux. 

Des solutions pour pivoter
Pour ce pivot inéluctable, la filière veut être aidée. « Il n’y a pas de réponse unique, ajoute Stéphane Krasniewski. Chaque festival doit faire son aggiornamento, et va travailler sur un modèle de décroissance, sur l’affirmation d’une identité forte, ou sur une diversification. Mais comment les accompagner pour que ces solutions soient modélisables et utiles à l’ensemble de la filière ? » Son syndicat plaide pour l’ouverture du fonds festivals (32 millions d’euros reconduits en 2025) à  des événements qui voudraient « prendre des risques ». France Festivals vient de caler son Forum national des festivals (les 13 et 14 mars 2025 à la Comédie de Reims), pour faire pivoter la filière, et pointe comme piste un accompagnement de long terme des festivals, et non plus au projet. Dans une lettre ouverte à Rachida Dati, l’organisation demande « une plus forte affirmation de l’importance du fait festivalier dans le discours politique ». « L’État répond présent, mais le soutien public ne peut pas être à l’infini », lui répond Rachida Dati. Et de pointer les festivals soutenus en DRAC passés de 169 à 772 (2019 -2023), les crédits de 10,6 à plus de 20,2 millions d’euros, ou encore le soutien du Centre national de la musique à 250 festivals en 2023.

Petits, mais costauds ?
Le Collectif des festivals (Rennes) vise, lui, des solutions à l’échelle de la filière avec une saison des festivals plus longue, et des fêtes plus petites. De quoi désengorger des événements devenus, parfois, des mastodontes à l’empreinte carbone discutable, dopés par des têtes d’affiche aux cachets délirants. Une question qui ne peut être mise de côté. Sans retourner à l’équilibre « d’avant », quand aller dans un festival était un acte culturel et social plus que de consommation, où l’on venait voir des artistes émergents, la fin de la course est peut-être arrivée.  

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°569

Légende photo : Royal Republic, aux Escales à Saint-Nazaire (44)

Crédit photo : Eric Deguin

Pierre Guillois : « La comédie donne confiance au public »

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Pierre Guillois

Plus de 800 représentations et 323 000 spectateurs ! Les Gros patinent bien, poursuit son succès avec une importante tournée 2024-2025, tout en jouant au Théâtre Saint-Georges (Paris) jusqu’à fin 2024. Onze comédiens travaillent sur ce duo comique, joué jusqu’à trois fois par soir. Pierre Guillois, auteur, comédien et directeur de la Compagnie le Fils du grand réseau, défend un élargissement des publics en misant sur la combinaison privé-public.

Comment fonctionne la tournée des Gros patinent bien ?
La Compagnie le Fils du grand réseau est implantée en Bretagne et conventionnée par la DRAC. D’autre part, Ki m’aime me suive produit au Théâtre Saint-Georges et, avant cela, produisait au Tristan-Bernard. Cette année, le spectacle va jouer essentiellement sur ce qui est plus leur réseau que le nôtre, de théâtres municipaux. Des théâtres où la compagnie ne va pas souvent. Là, on a atteint une telle notoriété que c’est possible.

La diffusion est gérée par Ki m’aime me suive ?
Une grosse partie de la tournée est prise en charge par la compagnie : les scènes nationales, l’international… Les “ une seule date ”, c’est Ki m’aime me suive. Pour cela, ils ont fabriqué un nouveau décor (450 cartons). C’est un gros chantier. Maintenant, il y en a même trois. Et les équipes : 6 maigres et 5 gros. C’est la seule façon d’assurer tant de dates et le spectacle est éprouvant physiquement. J’ai passé les trois  dernières années à former des gens et composer des équipes. Aujourd’hui, c’est plutôt Olivier Martin-Salvan qui prend le relais. C’est un gros travail de répétition et un investissement.

Pourquoi ce succès ?
C’est compliqué de le savoir… Dès les balbutiements, le concept a emballé les gens, avant le  Molière. Que ce soit comique, c’est indéniable : la comédie donne confiance aux gens. Le bouche à oreille fonctionne fort partout où on joue plusieurs jours. Et il y a un élément intergénérationnel. Les parents viennent avec des enfants de tous les âges. Au théâtre, souvent le texte nous sépare à un endroit. Cette histoire, on ne l’a pas calculée.

Ressentez-vous tout de même les difficultés économiques des théâtres ?
Non. On est un peu honteux, mais on est à contre-courant. Nous devenons une valeur refuge. On ne se rend plus compte des difficultés sur nos nouvelles productions.

Et sur l’idée de programmateurs plus frileux sur les sujets dits sensibles ?
Je verrai avec les prochains projets qui sont des textes que j’ai écrits avec un humour assez vachard et des problématiques un peu sensibles. Le prochain, c’est Josiane, à partir du 22 novembre, au Théâtre de la Pépinière (Paris) qui est producteur, et non par ma compagnie. C’est un humour un peu rosse, parfois même un peu violent. Et la saison prochaine, avec la compagnie, je monte un spectacle avec des partenaires du théâtre public : un drame rural qui aborde le sujet du racisme.

Vous différenciez les codes d’expression entre théâtre privé et public ?
Non, c’est la même chose. Le spectacle que je monte à la Pépinière, j’aurais pu le monter dans le public. On a créé Les Gros patinent bien, et Bigre, dans le théâtre public. C’est le privé qui nous a invités. La directrice de la Pépinière connaît bien mon travail et je ne fais pas quelque chose de plus édulcoré ou plus comique. C’est le même registre.

Où en êtes-vous à l’international ?
On a fait le Fringe d’Édimbourg, à l’été 2023, sous le titre The Ice Hole. C’était un gros succès. On a de vraies perspectives avec le Canada, l’Australie, mais c’est très compliqué. La compagnie travaille l’international en direct. C’est un gros investissement, un peu effrayant. Autant l’Institut français est, pour l’instant, complètement absent et ne nous a pas accompagnés à Édimbourg, autant la DRAC Bretagne nous a soutenus en 2023 pour le Fringe d’Édimbourg, c’est tellement cher ! En Grande-Bretagne, vous faites un gros succès à Édimbourg, sans date derrière, parce qu’il n’y a pas d’argent. Il faudrait tourner à la recette. On cherche des productions à même de nous porter. Il faut être patient.

Un autre motif de patience, c’est votre idée d’un théâtre de la comédie.
Là, j’ai un peu laissé tomber. J’en ai parlé à deux ministres, ça n’a rien donné. Ce n’est pas grave. On tourne dans les scènes nationales, les centres dramatiques. On prouve que la comédie continue d’exister.

Serez-vous encore candidat à une direction de théâtre ?
J’ai échoué à Saint-Étienne et j’ai été un peu refroidi d’avoir touché de près ce qu’était une grosse maison. Je ne dis pas que je n’irai pas, mais la charge, le prix à payer pour être dans un lieu est tel que quand on a la chance d’avoir une compagnie qui marche bien, aller s’engager dans cet enfer… J’en avais envie pour me rapprocher du territoire, du public, travailler les séries. Avec la compagnie, on souffre de partir trop tôt des villes, au moment où on pourrait avoir des publics nouveaux, même s’il y a des petites victoires. Mais les cahiers des charges des lieux sont hallucinants et les ressources humaines, c’est très compliqué. Je ne suis pas le seul à le dire. 

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°569

Légende photo : Pierre Guillois

Crédit photo : Erwan Floch

FALC en Scène, le théâtre pour tous

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La Jalousie du Barbouillé

Si le FALC (Facile à lire et à comprendre) est une méthode « de plus de 40 ans », selon le comédien et metteur en scène Matt K’Danet, le théâtre FALC est, quant à lui, une révolution.

L’ambition du théâtre FALC ? Transcrire et adapter à la scène des textes pour des personnes ayant des difficultés de compréhension – en raison ou non d’un handicap. Ainsi l’explique Matt K’Danet, aussi fondateur de l’association Zigzag, qui propose des pratiques artistiques aux « personnes aux besoins spécifiques », et porteur du dispositif FALC en Scène, « une mission de service public enthousiasmante ».
Après des essais « en interne » encourageants, un projet « plus élaboré » se conçoit entre Zigzag, des chercheurs, et des transcripteurs de l’Établissement et service d’aide par le travail (ESAT) La Roseraie (Yvelines), favorisant l’insertion sociale des personnes handicapées. L’idée, « être au plus près » du public concerné. Lauréat d’un appel à projets du ministère de la Culture, FALC en Scène obtient une bourse de 15 000 euros et un an d’accompagnement, avant sa restitution féconde en mai 2023. Au programme, l’adaptation de La Jalousie du Barbouillé, de Molière, Le Corbeau et le Renard, de La Fontaine, et Le Petit Chaperon Rouge, de Perrault. Cette recherche-création allie trois enjeux. Esthétiques, notamment par « une approche multisensorielle ». Scientifique, par l’objectivisation d’une méthodologie et de « pratiques collaboratives ». Et sociétal, par la proposition de métiers « d’experts » pour les membres de l’ESAT.

Vers un  approfondissement
Un FALC en Scène 2 se lance avec un laboratoire « plus conséquent », le Groupe de recherche sur le handicap, l’accessibilité, les pratiques éducatives et scolaires (Grhapes – Insei). Comme soutiens, la Fondation Malakoff et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), à l’apport « majeur ». En attendant celui des collectivités, et d’autres, pour combler les 200 000 euros manquants. Le projet compte de nouveaux partenaires de poids, dont la Cité internationale de la langue française et la FabricA du Festival d’Avignon – où sera montrée la pièce en 2026, adaptation d’un texte de Shakespeare. Des structures approchées « par ricochets, grâce à des acteurs du milieu du handicap ». À l’issue (2027), sortira un Guide des bonnes pratiques FALC – « une boîte à outils » –, adjoint d’un label, garants « d’incontestabilité ». Un objectif ? L’accès au « monde du théâtre professionnel ». Par des résidences de création – une au 104Factory (Paris) en 2025. Et par une diffusion élargie, en affirmant que le théâtre FALC est « tout public ». « L’élan est là, assure Matt K’Danet, mais chaque directeur de lieu doit en prendre conscience. »

Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°569

Légende photo : La Jalousie du Barbouillé, de Molière

Crédit photo : Céline Sturm