Dès le 19 octobre, la chorégraphe Sylvie Balestra commencera le travail avec les élèves du master interprète et notation Laban du CNSMDP…
Mission menée tambour battant, car la restauration en cours de la salle Favart avance et, avec l’informatisation, le savoir des cintriers va disparaître. C’est la mémoire de ce métier que la direction de l’Opéra-Comique a demandé à la chorégraphe-anthropologue de sauver. Elle dit même : « Il s’agit de faire entrer les gestes des cintres au répertoire de l’Opéra-Comique ! »
Ces techniciens qui œuvrent à 15 mètres du sol – « un bon cintrier ne doit pas avoir besoin de descendre », disent-ils –, et sans qui, comme ils ajoutent, « le rideau ne se lèverait pas », possèdent un savoir et des traditions qui ne vont pas survivre à l’informatisation. Pas de nostalgie, la pénibilité et le danger avant même l’efficacité justifient ces changements, mais perdre ces savoirs, c’est aussi une perte de sensibilité, explique Sylvie Balestra.
Une longue recherche
La chorégraphe pensait pourtant en avoir fini avec cette recherche engagée en 2010, dans une aciérie de Fumel (Lot-et-Garonne), poursuivie dans une briqueterie puis après des spectacles (Pièce ébauchée – 2014), continuée avec les gestes des infirmiers (Care – 2015), et qui était devenue un corpus sur l’engagement du corps, la technicité du mouvement, l’appréhension de la dimension culturelle et politique du geste. Regroupé dans une démarche, l’Encyclopédie du geste au travail, cela prend la forme de conférences dansées.
En 2021, c’est autour de la rénovation d’un théâtre, à Bordeaux, que Sylvie Balestra engage une recherche qui donne lieu, en 2025, à Avignon, à une présentation durant les 7es Rencontres Culture ; Arts/Travail. La directrice adjointe de l’Opéra-Comique, Irène Basilis, présente, comprend l’enjeu. Commande est passée, la collecte des gestes débute en janvier 2026. En juin 2026, les cintres ont disparu, mais les notatrices Laban (technique de notation du mouvement inventé par Rudolf Laban) sont à l’œuvre ; photographe et vidéastes également et un texte écrit. La première partie de la commande est honorée. Maintenant commence la seconde : à partir de ces étudiants au Conservatoire national, qui vont travailler cette matière, la faire entrer dans le corps des danseurs, étudier comment « le réel peut venir investir la création de la danse » comme le dit Sylvie Balestra, jusqu’à devenir la matière, les 26 et 27 mars, d’une nouvelle conférence dansée à l’Opéra-Comique : Chorégraphier les gestes des cintriers… Et quelque chose du métier des cintriers de l’Opéra-Comique sera devenu répertoire autant que création.
Philippe Verrièle
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°612
Légende photo : Sylvie Balestra et un cintrier de l’Opéra-Comique
Crédit photo : Nicolas Godin