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La Culture au cœur du projet de territoire

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Couv La Culture au cœur du projet de territoire

Enjeux, méthodes et actions 
François Lajuzan 

L’ancien directeur des affaires culturelles de la ville  de Tournefeuille, puis de la métropole de Toulouse, en Haute-Garonne, publie un ouvrage dont l’ambition  est de donner à son lecteur les clés pour « concevoir, piloter et ancrer durablement la culture dans les territoires ». On le sait, cet enjeu contemporain du développement culturel territorial est central, pour les métropoles, bien sûr, mais aussi pour les marges périurbaines en quête d’identité comme d’attractivité. C’est sous ce prisme que François Lajuzan livre sa méthode pour bâtir une politique culturelle qui intègre les paramètres que sont alors la transition écologique, la participation citoyenne, la recherche  de la cohésion sociale, l’innovation numérique, l’attractivité économique, etc. On pourra s’emparer des grilles  de diagnostic pour démarrer ce processus et se nourrir des nombreux exemples mis en relief dans l’ouvrage.  

Territorial éditions, coll. Les Essentiels, 49 euros.

Un art de la réparation

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Couv Reparation

Réparer (par) les arts vivants 
Giuseppe Burighel et Sunga Kim (dir.) 

Voici un ouvrage de fond qui sort de l’ordinaire, abordant sous une grande diversité d’entrées  la « grande » question de la portée de l’acte artistique, et de l’œuvre pour qui la reçoit. Ainsi, se demandent les nombreux contributeurs à cet ouvrage, l’art peut-il réparer ? Et, s’il le peut, n’est-il pas trop tard pour que cette « réparation » advienne dans une société extrême troublée et confrontée à d’immenses défis sociaux, politiques ou écologiques, tous existentiels ?  Si l’on part du postulat que la réparation est ici « indissociable des traumatismes de l’histoire, des crises  de civilisation, des injustices sociales et de la fracture des liens sociaux », l’ouvrage collaboratif met en jeu l’art vivant contemporain sous le prisme « de la responsabilité, de la perte, de la blessure  et du dommage ». 

Artistes et scientifiques livrent ici  leur pensée, leurs réflexions, empruntant à l’esthétique du spectacle vivant, à son histoire ou à des considérations juridiques sur les pratiques réparatrices apparues  dans le champ des arts vivants. On compte, parmi ces contributeurs éclairés, Rachid Ouramdane,  Béatrice Picon-Vallin, Margaux Redon-Magloire, Lorraine de Sagazan, Manon Worms… Leurs approches sont complémentaires, certains se confrontent  au postulat de départ, celui d’un art qui répare, quand d’autres témoignent, usent de la métaphore, ou développent un propos plus politique et revendicatif. On pourrait penser qu’un tel ouvrage recenserait une parole consensuelle sur un sujet qui pourrait l’être tout autant. Ce n’est pas le cas, car ici, ce sont aussi les lignes de tension, voire de fracture, propres au monde de l’art comme à nos sociétés contemporaines, qui nourrissent un débat prolifique. Voilà donc de quoi nourrir  la réflexion de chacun, quelle que soit sa place  dans la longue chaîne de la création des œuvres  à leur mise en partage avec les publics. 

Coédition EUR ArTeC/Les presses du réel, grande collection ArTeC, 320 pages, 18 euros. 

L’Art du marionnettiste

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Couv L'art du marionnettiste

Pratiques de transmission 
Laurette Burgholzer et Lucie Doublet 

Rédigé par une chercheuse en arts  du spectacle, également plasticienne (Laurette Burgholzzer), et la codirectrice (avec Pierre Blaise)  du Théâtre aux Mains nues (Lucie Doublet), par ailleurs docteure en philosophie, L’Art du marionnettiste est la première monographie consacrée aux pratiques  de transmission dans les arts  de la marionnette. C’est à partir d’enquêtes de terrain,  de l’observation du geste du marionnettiste dans des lieux de formation, et d’échanges avec des artistes pédagogues que les deux autrices ont posé les bases de leurs recherches. En quelques dizaines de pages, elles reviennent sur l’histoire du théâtre de marionnettes, avant d’aborder son enseignement puis ce qui caractérise les fondamentaux de la transmission (l’art de voir, se laisser animer par la matière avant même d’animer, l’art du regard, les centres de gravité, la parole traversant le corps marionnettique, etc.). Des photos, des dessins et une maquette aérée rendent la lecture des plus agréables. 

Actes Sud, 224 pages, 25 euros. 

Un Nécessaire à théâtre

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Couv Un Nécessaire à théâtre

Christian Duchange

Celles et ceux qui connaissant Christian Duchange, qui fut pendant de très longues années le metteur en scène du Théâtre de l’Artifice, savent combien cet ouvrage lui tenait à cœur. Intitulé Un Nécessaire à théâtre, ce livre s’inscrit dans la droite ligne de ce que le fondateur de La Minoterie, scène conventionnée « art, enfance, jeunesse », avait développé dans ses activités de formation au sein de la structure dijonnaise. Il s’agit là d’un guide pratique qui doit accompagner au quotidien, les « passeurs d’art » qui souhaitent « initier des débutants de tous âges au jeu théâtral », dévoilant toute une série de séquences à mettre en œuvre. Successivement, l’auteur propose de voir comment « entrer en théâtre, s’adresser au public, improviser, explorer un texte par sa lecture à voix haute, jouer un texte en n’oubliant pas de jouer, et s’engager dans le jeu ». À la fois théorique et très pratique, l’ouvrage de Christian Duchange ouvre des perspectives nombreuses. Il est aussi émaillé d’extraits de pièces qui viennent très judicieusement éclairer le propos.

Actes Sud - Papiers, coll. Apprendre, 208 pages, 18 euros. Parution le 1er octobre

Création et devenir des festivals en France

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Couv Création et devenir des festivals en France

Julien Audemard, Aurélien Djakouane, Emmanuel Négrier

Le regard que portent ici les trois chercheurs des universités de Montpellier et de Nanterre sur le paysage des festivals est louable, à un moment où celui-ci traverse une crise sans précédent. Ensemble, ils traversent des réflexions déjà abordées lors des différentes enquêtes SoFest !, menées par eux à la demande l’association France Festivals. Ils présentent leurs analyses sur « la sociologie des créatrices de festivals, leurs dirigeants actuels, les motivations qui ont présidé à cette émergence et la manière dont ces manifestations s’engagent avec force dans la transition écologique du monde de la culture ». Cet ouvrage fait suite à un premier opus, Festivals, territoire et société, qui analysait l’écosystème économique, local et national, de ces grands rendez-vous. On aborde ici aussi des endroits de complexité comme la fragilité intrinsèque d’une grande majorité de ces manifestations et les menaces de disparition qui peuvent peser à un moment ou un autre sur chacune d’entre elles.

Presses de Sciences Po, ministère de la Culture – département des études, de la prospective et des statistiques, 208 pages, 20 euros.

Mise en scène et coordination de l’intimité

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Couv intimité

Guide pratique pour le cinéma et le théâtre
Rachel Zerki

La révolution #MeToo a profondément transformé les mondes du spectacle et de l’audiovisuel, conduisant à réviser bien des pratiques, à être plus attentifs à certaines déviances et – espérons-le – bienveillants à l’égard de la parole des victimes. La prise de conscience existe, mais il manquait jusqu’alors un outil permettant de poser un cadre respectueux aux scènes de nudité ou d’intimité sexuelle. Coordinatrice d’intimité pour le théâtre et le cinéma, Rachel Zerki offre ici à son lecteur un ouvrage éminemment pratique qui détaille les bonnes pratiques, « safe » et respectueuses à adopter dans une multitude de situations de jeu. Elle y évoque aussi la manière dont peut s’organiser une audition ou un espace de jeu sécurisés pour tous (LGBTQIA +, personnes racisées, etc.), de manière à éviter toute situation à risque.

Éditions Armand Colin, 208 pages, 24 euros.

Faire label - Les Centres culturels de rencontre

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couv Faire label

Julien Audemard, Aurélien Djakouane, Emmanuel Négrier

Le réseau des centres culturels de rencontre a plus de 50 ans. Il reste, pour une part, méconnu des acteurs culturels, alors qu’il pose depuis sa création les bases d’une rencontre entre le patrimoine et les arts visuels et vivants. Fort de 23 lieux en France, et de quelques autres à l’étranger, où ce concept a essaimé, il constitue un intéressant creuset de création, aujourd’hui ouvert aux industries culturelles, qui en font un réseau de pointe en matière d’innovation et d’hybridité artistiques. Parmi ceux-ci, certains sont porteurs de projets forts, connectés au champ du spectacle vivant, tels que la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (Gard) l’Abbaye de Noirlac (Cher), l’ARIA (Haute-Corse), Le Plus petit cirque du monde (Hauts-de-Seine), l’Abbaye et Fondation de Royaumont (Oise), la Maison Maria-Casarès (Charente)… S’il est trop peu connu, c’est sans doute pour sa très grande hétérogénéité. Chaque projet y est singulier, en écho à un patrimoine et à son territoire. Les chercheurs Julien Audemard, Aurélien Djakouane et Emmanuel Négrier nous apportent ici des clés de compréhension pour mieux appréhender le réseau des centres culturels de rencontres. Ils analysent ensemble leurs activités, mais aussi leurs modèles économiques et leur gouvernance. Ils présentent aussi la nature et la qualité des partenariats à l’œuvre. En fin d’ouvrage, chacun des 23 sites bénéficie d’une fiche de présentation qui permet d’identifier les axes de son projet. Si, aujourd’hui, le dialogue entre le patrimoine et les arts vivants est parfaitement compris, intégré, par les politiques publiques, confirmant l’intuition de départ, celle des années 1970, il n’en reste pas moins que « la reconnaissance publique, collective comme propre à chaque centre, se révèle très inégale selon les territoires et les institutions partenaires, sans que l’intervention de l’état soit en mesure de pallier une telle inégalité ». À travers cet ouvrage, on traverse une histoire des politiques culturelles, du processus de labellisation à celui de la déconcentration, en passant par l’enjeu de l’internationalisation. Le réseau est méconnu, mais d’importance. En 2023, il pesait pour 80 millions d’euros dans l’économie de la culture.

Éditions de l’Attribut, 228 pages, 17,50 euros.

Scènes artistiques : au-delà de la ville créative

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Couv Scènes artistiques

Charles Ambrosino, Basile Michel et Dominique Sagot-Duvauroux (dir.)

Le concept de « ville créative » aura-t-il fait long feu ? Les nombreux contributeurs réunis autour de cet ouvrage interrogent ce modèle si prégnant dans les années 2010, ses enjeux (nombreux) et ses limites (intrinsèques). On se souvient que cette vision participative des politiques urbaines reposait notamment sur l’implication des classes dites créatives – celle des artistes et de certaines catégories d’entrepreneurs – pour piloter des politiques urbaines innovantes. Est-on vraiment certain que les activités artistiques et culturelles interagissent autant que nous l’imaginons avec les dynamiques urbaines ? En croisant leurs regards, les auteurs se questionnent sur la manière dont ces activités peuvent « résonner au-delà du seul objectif d’attractivité ».
Dans quel rapport aux habitants et à l’espace urbain se demandent-ils, et avec quels types de créations ?

Après une première partie théorique, le propos se recentre sur l’étude de cas concrets illustrant la diversité des approches. On interroge ici les transformations de la ville, la manière dont la création peut changer des ambiances, mettre en mouvement habitants ou visiteurs, en déployant ici le concept de scène… Un ouvrage intéressant pour mieux saisir les liens existants ou à construire entre art, culture et développement urbain, que l’on soit un acteur de la culture ou de l’aménagement du territoire. Avec les contributions de Charles Ambrosino, Étienne Capron, Sandrine Emin, Gérôme Guibert, Rainer Kazig, Isabelle Leroux, Basile Michel, Nathalie Moureau, Vanessa Nicolazic, Mariella Pitombo, Dominique Sagot-Duvauroux, Vincent Sorrel, Raphaël Suire et Nicolas Tixier.

Presses universitaires de Grenoble, 160 pages, 22 euros.

Concevoir un festival du spectacle vivant

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Couv Festival

Enjeux, territoires, organisation

Bénédicte Dumeige, Jean-Louis Patheiron

Les deux consultants, bien connus dans le secteur culturel, ont réalisé ici un guide simple qui propose un cadre méthodologique croisant tout à la fois la réglementation et les enjeux territoriaux. Car c’est bien là la difficile tâche des organisateurs de festivals, tout à la fois ancrés sur un territoire, dans un quotidien organisationnel parfois très complexe, et tenus de se projeter pour déployer des stratégies multiples (de conquête des publics, de financement, de programmation et de coopération…). L’ouvrage pose ici les enjeux sociaux, éducatifs et culturels de ces manifestations dont on sait qu’elles font la singularité du « modèle culturel français ». Ses auteurs n’oublient pas non plus les grands sujets du moment : la lutte contre les VHSS sur les festivals, la transition écologique, l’inclusion des publics éloignés…

Territorial éditions, coll. Dossier d’experts, 180 pages, 55 euros.

Évaluer l’éducation artistique et culturelle

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couv Evaluer l'EAC

Enjeux épistémologiques et politiques de la recherche

Marie-Christine Bordeaux, Alain Kerlan

Si l’injonction politique est « de plus en plus prégnante », soutenue par des financements ciblés, « la demande d’évaluation peut contrevenir à la définition d’objets de recherche, qui ne sauraient se réduire à la seule traduction des objectifs des acteurs institutionnels ». Les deux chercheurs - en collaboration avec Christine Détrez et Myriam Lemonchois - étayent leurs réflexions d’un important corpus de recherches menées en France comme à l’étranger. Ils n’hésitent pas, ici, à revisiter les méthodologies à l’œuvre (quantitative, qualitative,  multimodale…), les résultats obtenus, ainsi que les « postures épistémologiques » de celles et ceux qui s’y investissent. Dans un dernier chapitre, il est même question de méthodologies à réinventer, à l’épreuve du terrain et à partir des caractéristiques du dispositif étudié. Un ensemble inspirant sur un sujet bien délicat à appréhender.

Presses universitaires de Science Po, ministère de la Culture (DEPS),
coll. Questions de culture, 184 pages, 18 euros.