Après avoir frôlé la cessation de paiement, le théâtre présentait le 6 mai des adaptations pour une saison « de transition ». « On s’est battu pendant deux ans contre la réduction d’activité. Mais avec des financements restreints, pour tenir, on y consent », résumait l’équipe lors d’une réunion publique. Tout en poursuivant « l’accompagnement des compagnies en création et du secteur local », l’établissement s’est résigné à augmenter ses prix, réduire d’un tiers le nombre des représentations et de moitié son équipe qui passe à cinq équivalents temps plein. Si la formation professionnelle et les ateliers amateurs se poursuivront, le Grand Rond a annoncé qu’il miserait sur les coproductions et les projets d’éducation artistique et culturelle. Un nouveau conseil de coopération, composé d’associés, dont des salariés, et d’artistes et de compagnies, pilotera la construction du nouveau modèle. « On va tester des choses quand le plateau ne sera pas occupé et développer nos recettes propres », a expliqué Delphine Dumas, futur coresponsable du développement avec Sophie Sciabica.
Coupe inattendue
Mais le 19 mai, la mairie annonce la suspension pour deux ans de sa subvention (125 000 euros sur un budget de 750 000 euros reposant sur deux tiers de recettes propres), invoquant un audit du théâtre mettant en lumière « une gestion erratique et sans vision à moyen long terme ». Elle relève aussi des irrégularités, signalées au procureur de la République, dans l’utilisation de sa subvention : le reversement d’une partie à une SCIC de Cintegabelle, le Tracteur, dont le Grand Rond est associé au projet artistique. Par ailleurs, Jean-Luc Moudenc reproche au théâtre d’avoir « pris des positions politiciennes et dénigrantes à l’égard de la collectivité pendant la campagne municipale ». L’ancien responsable du développement a participé à la liste menée par le socialiste François Briançon. Le théâtre réclame depuis deux ans un soutien plus important et a notamment dénoncé « les méthodes d’intimidation » de la municipalité. Cette nouvelle situation est-elle tenable ? « Sous le choc, sidérée, effrayée », l’équipe dément toute mauvaise gestion et jure qu’elle n’a fait au Tracteur qu’une « avance de trésorerie », remboursée depuis. « Une telle violence a comme conséquence des risques sérieux pour la santé d’une équipe de salariées déjà épuisée par deux ans de mobilisation pour sauver un lieu », dénonce-t-elle, incapable pour l’heure de mesurer les conséquences de cette annonce sur le projet.
Par Armelle Parion
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°605
Crédit photo : D. R.