Les questionnaires envoyés à plus de 600 têtes de liste aux élections municipales par l’Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant (USEP-SV) le 5 février ont produit 407 réponses (68 % du panel).
L’objectif était de remettre la culture dans le débat de ces élections en demandant aux candidats de se positionner sur 27 engagements structurés en cinq axes (gouvernance, financements, liberté de création et de programmation, accès à la culture pour toutes et tous, et lien entre culture, territoires et transition écologique). Toutes les listes n’ont pas répondu intégralement : « 239 listes ont répondu à l’ensemble des 27 engagements, 168 listes ont apporté des réponses partielles », soulignent les organisations professionnelles qui se satisfont cependant « d’une mobilisation importante des listes candidates autour des enjeux culturels locaux ». D’ailleurs, « 98 % des listes se sont engagées à reconnaître la culture comme un service public essentiel ».
La gauche très réactive
Selon l’USEP-SV (Syndeac, Scène Ensemble et les Forces musicales), « les premières analyses mettent en évidence une forte réactivité des listes de gauche qui ont davantage répondu en proportion aux engagements du questionnaire ». Ce qui donne, sur les 239 réponses intégrales, 10,8 % des réponses rattachées à des listes de droite, 8,6 % à des listes du centre, 47,8 % à des listes de gauche, 23,7 % à des listes d’extrême gauche (dont LFI), et 9,2 % sans étiquette. Par ailleurs, et c’était aussi une attente des organisateurs de cette campagne de mobilisation, « un nombre significatif de réponses spontanées » a été relevé. Enfin, l’USEP-SV se satisfait également de la représentativité territoriale des réponses qui couvrent « de manière homogène l’ensemble des territoires », y compris dans les collectivités ultramarines. Et, de manière assez attendue, des « effets d’entraînement concrets » ont été observés, avec dans certaines grandes villes (Lille, Paris, Strasbourg, Metz, Nantes et Lyon), « des réponses de l’intégralité des listes sollicitées ». Dans ces agglomérations, leurs réponses ont permis d’organiser des débats de confrontation des équipes à la veille du scrutin.
Liberté de création et financement
Deux sujets structurants « émergent particulièrement », selon cette étude : la liberté de création et le financement de la culture, des principes qui « font largement consensus dans les discours » (98 % des listes répondantes réaffirment leur attachement à son respect). Mais avec « des nuances sur la mise en œuvre de solutions concrètes » détaillées dans les réponses aux questions ouvertes. Sur la liberté de création, tous s’engagent pour le respect de la loi LCAP de 2016, mais l’USEP-SV observe « des nuances dans l’application », de listes de différentes sensibilités politiques, « à droite comme à gauche ». Ces nuances ou conditions sont exprimées ainsi : oui à la protection de la loi, mais « selon les orientations de la politique culturelle municipale », « dans le respect de certaines priorités », ou encore des références implicites aux contenus programmés apparaissent. Un point déjà observé dans plusieurs débats sur la question, et qui fera, assurent les organisations professionnelles, « l’objet d’une vigilance particulière dans les échanges avec les équipes municipales qui seront élues », car « le respect de l’indépendance artistique et de la liberté de programmation ne peut comporter de “si” et doit être pleinement garanti »
Sur le financement, « un autre point de vigilance se confirme ». Il a d’ailleurs été relevé depuis quelques années. Mais, là, « les positions exprimées par les candidates et les candidats révèlent des signaux d’inquiétude ». La plupart se disent attachés aux politiques culturelles locales tout en exprimant des « hésitations » à s’engager « sur la stabilité ou le renfort des budgets municipaux ». Toutefois, 95 % des listes répondantes s’engagent sur un maintien « a minima du niveau des budgets culturels municipaux sur l’ensemble du mandat 2026–2032 », un chiffre qui chute à 57 % sur la question d’un « engagement à augmenter le budget durant la durée du mandat avec pour une très forte proportion (37 %) de listes qui choisissent de ne pas se prononcer. » Des données cohérentes avec les études de l’Observatoire des politiques culturelles.
L’USEP-SV compte bien se servir de cette étude comme une « première étape » vers « le dialogue avec les futurs élus », sur la base de leur expression. « Ces prises de position constituent un matériau précieux pour comprendre les orientations et les priorités des différentes listes au-delà des réponses fermées au questionnaire ».
Les réponses des équipes élues seront d’ailleurs « transmises aux structures culturelles implantées dans les villes concernées, afin qu’elles puissent engager un dialogue avec les équipes municipales élues à l’issue du scrutin. » Mais aussi veiller à leurs engagements sur la durée du mandat.
Propos recueillis par Jérôme Vallette
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°600
Crédit photo : D. R.
Financement : des engagements oui, mais...
À Marseille, Benoît Payan (PS) s’est engagé à « poursuivre l’effort d’investissement pour l’ouverture (ou la réouverture) de lieux comme pour la rénovation des équipements », quand Sébastien Delogu (LFI) veut « augmenter le budget […] pour soutenir durablement les arts et la culture via la maison municipale de la création. » À Paris, Emmanuel Grégoire (PS) a proposé de « l’augmenter de 10 % » pour un « soutien amplifié à la création ». Et du côté de ses adversaires déçue, Rachida Dati (LR) s’était engagée à « maintenir son niveau » quand pour Sophia Chikirou (LFI) « aucune commune insoumise ne réduira son budget dédié à la culture […] L’objectif sera même [de les] augmenter […] en concertation, via les conseils de quartier ».