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Jean-Claude Gallotta : « Je ne veux pas transmettre pour mieux rester »

Infoscènes
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Le 6 juin, à Châteauvallon, le Groupe Émile Dubois du chorégraphe Jean-Claude Gallotta donnait la dernière d’Ulysse (1981), marqueur majeur des années 1980. Tandis qu’il travaille à son Casse-Noisette, il engage une réflexion originale pour préparer l’avenir : comme un Carnet Bagouet mais de son vivant… 

Comment avez-vous abordé cette dernière ?

Comme une grande fête et, en plus, Thierry Verger, dans la compagnie depuis plus de trente ans, fête ses 60 ans. Mais après cela s’arrête. Il n’y a plus de subventions ni de perspectives, il n’y a plus de demandes et nous ne proposions plus Ulysse parce que nous vendions plutôt des représentations de Cher Cinéma (2024). Et puis il faut laisser tourner la version dansée par la compagnie de Josette Baïz qui est très bien et nous consacrer à la prochaine pièce. C’est donc le bon moment pour réfléchir à la façon de transmettre cette danse. Il y a huit fidèles qui sont engagés dans la vie de la compagnie. La question s’est posée : « Pourquoi ne prendraient-ils pas la suite ? », puisqu’il y a l’enthousiasme et l’envie. Pour le moment, nous sommes encore pris par la future création de Casse-Noisette, donc nous avons évoqué le sujet, mais pas vraiment travaillé. Mais l’année prochaine, comme il n’y a plus rien, le moment est favorable pour penser une suite possible. 

Quelle forme cela pourrait-il prendre ?

Je n’ai pas réfléchi plus avant, mais j’ai contacté les Carnets Bagouet(1), parce que je pense qu’ils ont inventé une formidable façon de faire en matière de patrimoine. Et j’ai demandé ce qui leur avait manqué. Ils m’ont répondu : « Dominique Bagouet » ! Comme sa maladie a été assez soudaine, il n’avait laissé aucune consigne, il n’avait pas dit quelle pièce était prioritaire, quelles modifications accepter. C’est ça qui gêne le plus pour la transmission et, apparemment, le faire quand le chorégraphe est vivant, c’est mieux ! Cela limite les incertitudes. Il y a au moins une vingtaine de pièces que les gens aimeraient que l’on reprenne, mais certaines seraient à revoir avec l’évolution de la société, comme Docteur Labus (1988).

Et quelle serait votre position dans ces « Carnets Gallotta » ?

Il ne s’agit pas de tricher, pas de ruse. Je ne veux pas faire semblant de transmettre pour mieux rester. J’aimerais que cela soit comme un consultant à la demande. Les danseurs se débrouillent avec ce qu’ils savent et ils demandent s’ils ont besoin, ou pas ! Même les compagnies qui voudraient reprendre certaines œuvres, il y en a eu pas mal, ce serait eux qui décideraient. Pour moi, je ne m’interdis pas de faire des choses, un solo, ou des propositions avec des amateurs, mais tout le reste, ce serait à voir avec « Les Carnets Gallotta », comme une Scop de danseur qui s’occupe d’un répertoire ! 

(1) Les Carnets Bagouet ont été fondés en 1993 à partir de l’héritage artistique du chorégraphe Dominique Bagouet (1951-1992) pour préserver et diffuser son travail, sous l’impulsion de danseurs et collaborateurs proches de son univers. 

Par Philippe Verrièle 

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°606

Crédit photo : D. R