À l’heure de fêter ses 40 ans, le Moulin du Roc, la scène nationale de Niort (Deux-Sèvres) est sortie de la crise dans laquelle elle se trouvait plongée depuis trois ans. Fabien André, son directeur, détaille cette nouvelle étape.
La scène nationale a été proche du dépôt de bilan. L’avenir est-il assuré ?
La situation a été compliquée pendant trois ans, en 2023, c’est tout à fait vrai. Le Moulin du Roc a été sauvé grâce à des subventions exceptionnelles de nos partenaires et à la mobilisation de l’équipe, qui a dû réaliser toutes les économies possibles, et passer par une réduction d’activité. Le poste d’ingénieur du son ne compte plus parmi les permanents… Le déficit cumulé approchait alors 300 000 euros en 2022. La scène nationale a connu un an et demi d’intérim à sa direction, avant que je n’arrive en janvier 2025. J’ai hérité d’une situation meilleure, qui se redressait, et nous avons retrouvé un niveau d’activité satisfaisant. Le Moulin du Roc, c’est 3 millions d’euros de budget, 25 salariés permanents. Nous avons la chance, les quatre grandes mutuelles de Niort nous accompagnent depuis 40 ans avec la volonté de renforcer l’attractivité du territoire.
Comment avez-vous dessiné votre projet ?
Nous sommes restés sur nos fondamentaux, auxquels j’ai ajouté deux événements de saison. Le premier, c’est Le Jour le plus court, dont la première édition a eu lieu le 20 décembre 2025. Nous proposons des formes courtes dans tous les lieux du théâtre, mais aussi en médiathèque. Avec des formats courts, pas intimidants, cela nous a vraiment permis d’aller vers d’autres publics, que nous ne connaissions pas. Le second est un festival dédié à l’humour, MDR, pour Moulin du Roc et Mort de rire. C’est en janvier et, là aussi, il nous permet de toucher plus facilement les jeunes.
Comment se manifeste cette attention aux publics ?
Nous avons lancé deux nouveaux dispositifs participatifs cette saison. Le Grain – pour Groupe de repérages artistiques impliquant des Niortais – rassemble 8 personnes qui vont découvrir avec nous 5 spectacles dans des théâtres voisins pour en choisir un que l’on s’engagera à programmer la saison suivante. De l’eau au Moulin propose quant à lui 5 séances critiques pour échanger entre spectateurs autour de la programmation spectacle et cinéma – 3 000 séances par an – de la scène nationale. Ce qui m’importe ici, dans la société très polarisée, c’est d’offrir aux habitants la possibilité d’un débat démocratique entre des sensibilités qui peuvent être différentes les unes des autres.
La scène nationale a vu le jour à l’automne 1986. Comment marquez-vous le coup ?
Nous avons organisé un temps fort, avec sept dates, entre le 1er et le 11 octobre pour rendre hommage à celles et ceux qui ont fait naître ce projet il y a 40 ans, au bâtiment et à ses évolutions dans le temps. Il est aussi l’occasion de faire un lien avec le présent. L’auteur, Mathias Énard, qui est attaché à ce territoire où il est né, est un peu le fil rouge de cette saison. Il est venu lire pour nous son tout nouveau roman. Cette ouverture sur la littérature est un axe de mon projet. Lise Dusuel, une jeune chorégraphe du territoire, venue de la danse hip-hop, est un autre atout pour nous, dans un rapport aux publics. Elle crée Ces choses qui restent, le 13 novembre, au Moulin du Roc, et part sur les routes, dans tout le Niortais, avec des propositions tout terrain.
Cyrille Planson
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°611
Crédit photo : D. R.