Barbara van Huffel et Sophie Amri n’ont elles-mêmes pas l’air d’y croire vraiment : Sobanova a vingt ans et le concours prépare sa dixième édition.
Barbara van Huffel et Sophie Amri, se présentent ensemble et évoquent irrésistiblement les copines du cours de danse décidées à ne rien abandonner de leur passion d’adolescentes dans un monde d’adulte. « Nous avons mûri, entourées par de vrais pros », expliquent les deux directrices artistiques de l’association comme pour s’excuser de ne pas venir du sérail et de porter un projet qui s’est construit un peu en marge de celui-ci.
Un concours devenu un tremplin important
Sobanova, qu’elles animent ensemble, témoigne de cette vitalité mâtinée de candeur : une association culturelle dédiée à la promotion de la danse qui organise des stages, des ateliers et des rencontres professionnels pour accompagner les artistes émergents, puis soutenir les jeunes chorégraphes et interprètes dans le développement de leurs projets artistiques. De fil en aiguille, Sobanova en est venu à organiser un concours devenu un tremplin important pour encourager les jeunes artistes et leur apporter de la visibilité. Soit près d’une quarantaine d’artistes révélés, dont quelques noms qui ont fait leur chemin, comme Jann Gallois où Noé Chapsal (lauréat 2024 vu dans les festivals cette saison) ? Un effet d’entraînement qui va conduire Sobanova cette année, parce qu’un des prix consiste en une diffusion, à devenir programmateur (au Théâtre 12, en novembre). Une mobilité qui conduit le concours à s’installer à la Villette (finale le 3 juin 2026), plus visible que le Théâtre Paris Plaine de 2025, mais sans l’avoir vraiment voulu. Pas de stratégie de conquête ou de volonté de concurrence et les deux « copines du cours de danse » expriment une admiration toute déférente pour Danse élargie (en juin 2026, toujours au Théâtre de la Ville) ou La Fabrique de la danse, lauréat de Réinventer Paris, aujourd’hui installée à Pantin, sur les terrains desquels elles s’aventurent. Mais leur mouvement permanent répond à celui de la danse aujourd’hui. Ainsi du hip-hop qui, parce qu’en délicatesse avec l’institution, comme elles, irriguait les premières éditions du concours, les deux amies reconnaissent qu’il se mâtine de plus en plus de contemporain…
Davantage de femmes chorégraphes
Et quand elles se voient demander ce qui a le plus changé durant ces dix éditions de concours, elles se concertent pour reconnaître « une audace dans des pièces plus singulières, proposées par des chorégraphes plus jeunes et surtout plus féminines en moyenne », soit un assez fin résumé des tendances lisibles actuellement. « Mais au début, nous n’avions pas vraiment mis en place de jury complet comme maintenant, et tout était moins professionnel », amoindrissent-elles, comme pour s’excuser, au bout de dix concours et vingt ans d’association, de représenter quelque chose.
Propos recueillis par Philippe Verrièle
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°599
Crédit photo : Bruno Aussillou