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Chorégraphes : un air de retraite plane sur la danse

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Le 31 janvier, au Théâtre des Champs‑Élysées, Carolyn Carlson annonçait que sa compagnie était dissoute après cette dernière représentation du spectacle The Tree, et qu’elle allait « tirer sa révérence », ajoutant : « une page se tourne avec émotion et gratitude, mais un nouveau chapitre reste à écrire pour la Blue Lady. Dans ce contexte incertain, il est plus que jamais important de propager des gestes d’union et d’empathie, et c’est pourquoi elle continuera de partager sa poésie visuelle via des projets de transmission et d’enseignement et des events ». Le fait s’entend. La dame n’est certes pas rassasiée de scène, mais l’âge joue cependant. L’argument ne vaut pas pour Yvann Alexandre qui donne l’ultime représentation de sa compagnie le 4 juin, après presque trente-cinq ans d’activité, quoique lui-même n’ait que 50 ans – il fut d’une précocité étonnante. Coïncidence, sans doute, et l’on soulignera que les motifs de cessation d’activité sont très différents (Yvann Alexandre va prendre la direction du CDCN Pôle-Sud). Mais ce festival Faits d’hiver 2026 mettait en valeur, à travers Daniel Larrieu et Lionel Hoche qu’accompagnait Carlotta Sagna, deux chorégraphes marquants des années 1980-1990 ayant explicitement dissous leur compagnie. Thierry Malandain, quittant le CCN Ballet Biarritz en fin d’année 2026, annonce bien quitter la structure qu’il a créée, mais ne renonce pas à exister artistiquement. Et malgré son succès persistant, Jean-Claude Gallotta a été informé que sa compagnie n’était plus subventionnée eu égard à son âge…

Mise à l’écart de « la jeune danse »
À peu près impossible de confirmer en croisant les données : le ministère de la Culture favorise l’accès à ses chiffres comme un paysan aveyronnais à ses coins à champignons ! Aucun chiffre ne permet de mesurer l’ampleur de cette progressive mise à l’écart de la cohorte (démographique) de chorégraphes de « la jeune danse ». En revanche, en 1997, feu Les Saisons de la Danse publiait un hors-série intitulé « 99 biographies pour comprendre la jeune danse française », avec quelques échos. Il y avait là des erreurs (et 104 chorégraphes plutôt que 99 à cause des duos), mais un échantillon que l’on peut tenir pour représentatif. Il ne reste que 22 chorégraphes actifs (dont 18 avec une compagnie) clairement en activité, soit moins que de morts (28 à minima). 40 de ces artistes sont « en retraite ». La petite vingtaine de compagnies encore en activité tend à se réduire, comme le prouve la suppression des subventions, tandis que la zone grise entre activité et évanouissement disperse un généreux potentiel d’œuvres et de savoir. Ce dont témoigne la richesse des dépôts d’archives à la médiathèque du Centre national de la danse. 
Un chorégraphe reste chorégraphe, même sans produire, dire « j’arrête » » est presque contradictoire avec cet état. Il n’y a que dans le cas exceptionnel où le départ d’un CCN coïncide avec ce changement de statut que la transition est claire. Les vraies sorties sont invisibles. Elles prennent la forme de disparition progressive des créations, de raréfaction des commandes, de retrait non déclaré, dans un climat assez délétère, de déception voire de rancœur. Et c’est un véritable sujet politique.

Philippe Verrièle

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°604

Légende photo : La création ouvrÂges, de Carlotta Sagna, Daniel Larrieu et Lionel Hoche lors du festival Faits d’Hiver 2026.

Crédit photo : D. R.