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Antoine Thibaud « Le Chainon est l’un des plus gros diffuseurs collaboratifs de France»

Infoscènes
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Antoine Thibaud

La 35e édition du Chainon Manquant (Laval) était la première à la direction artistique d’Antoine Thibaud, codirecteur du réseau, dont il est membre de longue date. Il détaille ses choix et le succès du Chainon à l’épreuve des crises actuelles.

Comment s’est déroulée votre première édition ?
C’était une édition un peu particulière : la 35e du Chainon manquant, avec cette saveur de la première pour moi. Nous avons observé plus de structures adhérentes au réseau que les années précédentes, ce qui démontre un intérêt des professionnels, qui ont moins de moyens pour faire du repérage. À Laval, en quelques jours, ils ont cette possibilité de voir énormément de spectacles, à des coûts réduits. Et tous les spectacles ont été vus, repérés et validés par d’autres professionnels en amont. On voit cette envie dans des paniers de pros plus importants. Au total, nous avons vendu  12 200 billets, soit 20 000 personnes avec les propositions dans l’espace public. Avec une grande forme en apothéose, Souimanga, celle qui danse (compagnie L’Homme debout), regroupant 4 000 personnes.

Les spectacles de rue, c’est votre touche ?
Il y en a toujours eu au Chainon manquant. Mais par rapport à mon prédécesseur [Kevin Douvillez, NDLR], je viens plutôt de la danse et du cirque, j’ai un rapport au corps et à l’espace public différent. Et avec des spectacles un peu plus polyformes, plus difficiles à définir. Je pense à Cloche (Association des Clous), et à Souimanga, celle qui danse. Ma seule thématique était de renforcer la part des propositions qui venaient des fédérations régionales du réseau et de mettre en avant des formes plus conséquentes ; par exemple Jeu de massacre (compagnie les 2 Apaches).

250 pros sont venus en repérage et se disent inquiets…
Oui. Nous avons un poste d’observation d’autant plus intéressant qu’il est sur une échelle de structures très peu observées. Ce ne sont pas encore des lieux conventionnés ou repérés, avec une typologie de salles d’environ 300 places en milieu périurbain ou rural, au plus proche des habitants. Et on voit, déjà depuis les municipales, une inquiétude, et qui grossit avec la présidentielle. Évidemment, dans les villes qui ont basculé RN, c’est encore plus compliqué, mais d’autres couleurs politiques font de l’ingérence dans les programmations.

Vous n’avez plus la subvention de la région Pays de la Loire…
Effectivement, nous avons perdu 100 % de la subvention, soit 160 000 euros, fin 2024. L’édition 2025 a été résiliente avec plusieurs leviers d’économie et de nouvelles recettes, et une grosse solidarité. Je pense à la ville de Laval et au ministère de la Culture : la DGCA nous a soutenus avec une subvention exceptionnelle pour sauver le festival. En 2026, nous avons resigné avec elle une convention de 4 ans qui consolide notre modèle économique. C’est une reconnaissance énorme. Nous n’avons pas retrouvé les moyens d’avant, mais notre objectif principal est de continuer de faciliter la circulation des œuvres au niveau national. Et nous allons poursuivre cela. On dit souvent que nous sommes, après Avignon, le plus gros festival de repérage professionnel pluridisciplinaire. Et tous les spectacles qui ont été repérés sont proposés en tournée à nos adhérents. Nous générons environ 1 200 dates de tournée chaque année. Ce qui fait de nous l’un des plus gros diffuseurs collaboratifs de France. 

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°611
Crédit photo : Kevin Rouschausse