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Jeux olympiques et sécurité : Les conséquences à Lorient et Aurillac

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Excitation foraine

Le Festival Interceltique de Lorient (FIL) et le Festival du Théâtre de rue d’Aurillac sont deux événements à forte fréquentation qui figuraient dans la circulaire du ministère de l’Intérieur de décembre 2022 comme les deux exceptions pouvant bénéficier d’unités de forces mobiles nécessaires à leur sécurisation dans la période entre les Jeux olympiques et paralympiques. Lorient (Morbihan) a reculé ses dates (du 12 au 18 août) et réduit la durée. Aurillac (Cantal) les a avancées (du 14 au 17 août). Ils se préparent dans une certaine sérénité, même si la « posture Vigipirate » de l’été automne 2024 est active au niveau « urgence attentat ».

À Lorient, une unité de compagnie républicaine de sécurité (CRS) et une demi-unité de plus pour la journée du grand défilé sont habituellement mobilisées pour le FIL. Guy Gasan, maire adjoint de Lorient chargé de la sécurité et de la prévention, n’a aucun doute : « On ne nous a pas dit qu’on ne les aurait pas. » Il rappelle que la sécurité des biens et personnes reste de la compétence de l’État. La Ville engage quand même un budget sécurité de 250 000 euros pour ce festival. Ses agents font une inspection visuelle des sacs à l’entrée des espaces clos plein air du festival : « Pour l’instant, l’État n’a pas exigé la palpation. Ce serait extrêmement contraignant. Il y a entre 850 000 et 1 million de personnes sur la période, avec des allées et venues en permanence entre la rue et les fans zones ». La Ville pose aussi les blocs de béton et barrières contre l’intrusion de véhicules. Cette année, elle met en place un centre de supervision urbain « pour voir en temps réel ce qu’il se passe dans l’hypercentre ». L’association FIL elle-même emploie une société de sécurité pour surveiller l’accès aux bâtiments et garder les lieux la nuit, y compris le village commerçant. Finalement, le budget sécurité est stable, mais sur 7 jours au lieu de 10 et un périmètre réduit, principalement à cause de la hausse des rémunérations de personnels.

Au Festival d’Aurillac, le changement de dates pèse financièrement, car il tombera dans le week-end du 15 août. « Cela génère un surcoût de rémunération des personnels de sécurité et des agents municipaux », observe le directeur, Frédéric Rémy, qui n’a pas encore l’évaluation. L’association Éclat a à sa charge l’accès et le gardiennage des lieux de spectacle. La configuration « urgence attentats » n’implique pas de changement par rapport à l’habitude (l’hypercentre est en accès contrôlé par des agents de la Ville). Grâce aux relations fidèles avec les prestataires, Aurillac ne voit pas d’affolement sur la disponibilité des personnels de sécurité, mais les charges sont encore alourdies par le nouveau système de vacations de 4 heures minimum et les dernières réformes de vérification et certification des structures temporaires. « Il y a l’inflation, mais aussi des réglementations qui font qu’organiser des manifestations dans l’espace public coûte de plus en plus cher depuis deux ans. Or, on n’a pas de marge pour s’adapter ».  

Yves Perennou

Arts de la rue :  week-ends concentrés
« Une des vraies difficultés, c'est que la période des festivals autorisés est très limitée, note Frédéric Rémy, directeur du Festival d'Aurillac. Les week-ends disponibles sont surchargés. Les compagnies sont sursollicitées et refusent des options alors qu'il y a très peu d'événements sur d'autres week-ends. C'est problématique pour les arts de la rue qui peu de possibilité pour décaler la diffusion hors de l'été. »

En partenariat avec La Lettre du Spectale n°561

Légende photo : Excitation foraine, de la compagnie Titanos

Crédit photo : Vincent Muteau

Pauline Bayle : « Avec ce projet, nous faisons du CDN un refuge face à la violence du monde »

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Pauline Bayle

Avec « Fxmmes créatrices », Pauline Bayle, directrice du Théâtre public de Montreuil, a accompagné toute la saison 13 femmes et une personne non binaire de Seine-Saint-Denis pour mener un projet personnel de création. La restitution publique, le 20 avril, s’est faite à guichet fermé. Retour sur cette « édition fluide, de sa théorie à sa mise en œuvre ».

Quand avez-vous nourri le désir de ce projet « Fxmmes créatrices » ? 
J’avais réfléchi à la question d’espaces de création pour les femmes et minorités de genre quand j’étais artiste associée à l’Espace 1789. En arrivant au TPM, j’ai discuté des possibilités avec l’équipe des relations avec le public, mais le projet est né lors de mon travail sur ma pièce Écrire sa vie, d’après l’œuvre de Virginia Woolf. Dans sa correspondance avec d’autres artistes, se lisent des échanges sur des mêmes questions liées à la création, sans distinction entre les arts. J’avais envie de proposer cela au TPM, d’en faire un espace de recherche pas seulement théâtral. Et notre appel à projets a reçu beaucoup de propositions !

Comme avec Écrire sa vie, vous soulignez l’importance du collectif dans la naissance à soi comme artiste… 
Oui, je crois à l’émulation collective. Au cours des séances, chaque participant(e) montrait une étape de sa création, et pensait à des questions à destination des autres : est-ce compréhensible ? Saisit-on les intentions ? Aucun(e) de nous n’était expert(e) d’un art en particulier, donc nous avancions ensemble. 

Quelle a été votre place, surtout auprès de participant(es) dont l’art est a priori éloigné du vôtre ? 
Tous les différents arts sont recoupés par la question de la dramaturgie. Derrière l’œuvre, c’est une idée qui s’incarne, et elle doit être lisible. C’est là que j’ai pu intervenir. Grâce à mon expérience, j’ai pu aussi aider les participant(es) sur des questions de durée, etc. Mais je n’ai rien imposé. D’ailleurs, certains de mes systématismes ont été eux-mêmes remis en cause !

Quels retours avez-vous eus des participant(es) ? 
Le cadre dans lequel on crée a un énorme impact sur la création. Là, nous avions du temps, un lieu, plein d’espaces… Ce que beaucoup ont souligné. Chacun(e) a puisé de quoi faire avancer sa pratique, voire aboutir son œuvre, sur le fond ou la forme. 

Est-ce essentiel pour vous, directrice de CDN, de proposer ce projet uniquement à des amateurs et des amatrices ? 
C’est la règle du projet oui – quoique certaines pourraient publier leur roman, par exemple. C’est important pour moi de réserver un espace à des pratiques gratuites, comme des fins en soi. Car elles disparaissent de nos vies, attaquées par nos obligations. Avec ce projet, nous faisons du CDN un refuge face à la violence du monde. Et les projets amateurs doivent avoir leur place dans un CDN. C’est ainsi qu’on s’ancre aussi dans le quotidien d’un territoire. 

Quelles envies cette première édition a-t-elle suscitées chez l’artiste que vous êtes ? 
J’ai envie de continuer à travailler avec des personnes qui ont des choses à dire sans que ce soit leur métier. Mais sous quelle forme ? Aussi, je suis très intéressée de suivre les projets des participant(es). 

Et pour l’avenir de ce projet ?
Il y aura un débrief avec les participant(es) en juin. Le projet sera reconduit en 2025, mais nous ne savons pas encore qui assurera l’accompagnement. En revanche, la restitution se fera en fin de saison, lors des Aperçus, temps de présentation de tous les travaux amateurs de la saison (ceux des Adelphes, des scolaires etc.). Et le projet figurera dans la brochure. 

Propos recueillis par Hanna Laborde

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°560

Légende photo : Pauline Bayle

Crédit photo : Julien Pebrel

Printemps des comédiens : des artistes d’Afghanistan et de Palestine

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Une assemblée des femmes, aujourd’hui

A Montpellier, le Printemps des comédiens (du 30 mai au 21 juin) accueillera l’Afghan Girls Theater Group pour le spectacle Les Messagères, d’après Antigone de Sophocle, mis en scène par Jean Bellorini, directeur du TNP de Villeurbanne. Ce dernier relate : « Lors de l’arrivée des Talibans à Kaboul en août 2021, elles ont quitté l’Afghanistan seules, laissant tout derrière elles, dans une forme d’élan de survie et d’inconscience, grâce à une lettre d’invitation des autorités françaises. » Alors âgées de 17 à 23 ans, les neuf femmes étaient toutes scolarisées et participaient de façon amateure à cette troupe de théâtre coordonnée par le metteur en scène Naim Karimi, qui les a suivies en France. La Ville de Villeurbanne les loge jusqu’en septembre prochain, avec l’aide de la municipalité de Lyon. 

En novembre 2022, elles ont créé un premier spectacle, plus autobiographique que le suivant, au Théâtre Nouvelle Génération, Le Rêve perdu. « Notre priorité a d’abord été qu’elles apprennent le français et règlent leurs démarches administratives pour être autonomes, poursuit Jean Bellorini. Le projet artistique devait venir après la reconstruction humaine. Certaines caressent le rêve de devenir comédiennes, elles suivent des études universitaires en France, ce qui nous empêche de jouer trois semaines d’affilée en tournée. » Une assemblée des femmes, aujourd’hui, d’après Aristophane, sera également présentée lors du festival, en plein air.

Conçue avec le Théâtre national palestinien, cette pièce est née à l’initiative de l’Institut français de Jérusalem, mise en scène par Roxane Borgna et Jean-Claude Fall. Sur le plateau, cinq femmes et trois hommes, arrivés de Palestine où ce spectacle a été donné à Jérusalem, Bethléem, Jéricho et Ramallah. Il est l’occasion de questionner la place des femmes, avec de nombreux témoignages vidéos réalisés sur place par Laurent Rojol. « Nous ne voulions pas créer un spectacle sur le conflit israélo-palestinien pour donner des leçons. Le thème des femmes est arrivé comme une évidence car il est récurrent dans la société palestinienne. À première vue, ce n’est pas un spectacle militant mais plutôt une comédie, mais durant la pièce, nous menons un débat avec le public » explique Jean-Claude Fall. La première fut une foire d’empoigne. Une comédienne veille désormais à canaliser les échanges. La circulation des comédiens dans le pays ou à l’étranger a été compliquée. Roxane Borgna se souvient : « Tout est compliqué et empêché par l’administration israélienne, c’est une stratégie de guerre pour montrer que les Palestiniens ne sont pas libres. » Une des comédiennes, Mays Assi, n’a ainsi pas pu venir pour jouer cette pièce à l’Institut du monde arabe en 2023. Les metteurs en scène aimeraient pouvoir prochainement la présenter à Paris.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°560

Légende photo : Une assemblée des femmes, aujourd’hui

Crédit photo : Laurent Rojol

La chute des ressources des Départements impacte durement le monde de la culture

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Carrément-cube, Cie-Hanoumat

Des recettes qui baissent et des obligations qui explosent poussent ces collectivités à freiner leurs subventions.

Signe de leurs difficultés, de nombreux Départements ont reporté le vote de leur budget primitif en quête de millions d’euros. Certains ont puisé dans leurs réserves. D’autres, comme l’Aisne, ont voté un déséquilibre budgétaire : il lui manque 22,5 millions d’euros. Cet échelon territorial est frappée de plein fouet par le fameux effet ciseaux : leurs recettes propres, tirées d’une taxe sur les ventes immobilières, sont en chute libre (-23 % sur un an) chaque mois, quand leurs dépenses s’envolent. Car c’est la collectivité la plus exposée à la conjoncture avec 60 % de son budget composé de dépenses sociales. 

Des baisses de 6 à 8 %
Face à ce mur, Départements de France demande à l’état 10 milliards d’euros pour ces missions obligatoires. Pour la culture, qui ne l’est pas, c’est le spectre d’un recul brutal, mais hétérogène : « Certains ont baissé de 6 à 8 % leur budget culture, d’autres, plus rares, l’ont monté de 4 à 6 % », observe un expert qui veut rester discret. Si le gros du financement territorial au spectacle vivant vient du bloc communal, les Départements pèsent tout de même 1,05 milliard d’euros dans ces apports. 2024 s’annonce compliquée, 2025 sera sans doute pire car « les principaux chocs budgétaires à venir (hausse du RSA, basculement de l’allocation de solidarité spécifique, solidarité à la source) », ne sont pas arrivés, selon Départments de France. Et déjà des tensions apparaissent. Dans le Nord, la fin des subventions au Collectif des réseaux d’insertion par la culture touche les artistes (lire page 2). À Créteil (Val-de-Marne), la Maison des arts annonce une fermeture d’un mois et demi (La Lettre du Spectacle, le 3 mai 2024). En Haute-Garonne, le Théâtre de la Cité, centre dramatique national de Toulouse Occitanie, dit au revoir à 80 % de sa subvention départementale.

Vers une déstabilisation du maillage culturel
Pour Cédric Hardy, délégué général de Cultures Co, réseau national pour la culture dans les départements, qui regroupe élus et professionnels, la position de ces collectivités est très délicate : « Ce qui nous inquiète le plus, c’est la façon dont ça va fragiliser le cadre de vie des habitants, déstabiliser un maillage installé au niveau des politiques culturelles ». Et ce, alors que la préparation des assises nationales de la culture en milieu rural, incertaines, montre l’importance de ce tissu culturel dans ces territoires isolés. La réaction des élus monte. « Je n’ai jamais vu cette levée de boucliers se dessiner autant qu’en 2024, on arrive à une situation très très délicate, complète Cédric Hardy. On voit des DAC très très inquiets. » La Fnadac (Fédération nationale des associations de directeurs et directrices des affaires culturelles) le confirme : « La compétence, facultative, devient de fait une variable d’ajustement, déplore Christophe Bennet, son président. Les Départements ont des ambitions culturelles, des liens avec les structures associatives qu’ils subventionnent. Donc les variables risquent de s’opérer sur des opérateurs en délégation de service public. » Preuve de la soudaineté de la crise sur la culture, dans le baromètre 2023 de l’Observatoires des politiques culturelles, « les Départements semblaient les collectivités qui contenaient le plus leur baisse budgétaire », résume Samuel Périgois, son chargé de recherche. Mais, en 2022, leurs recettes avaient été bonnes. L’enquête 2024 débute avec une forte pression sur les premiers résultats qui seront diffusés à Avignon en juillet. En toute logique, ils devraient témoigner d’une nouvelle tendance. Dramatique, cette fois ?

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°560

Légende photo : Carrément-cube, Cie-Hanoumat

Crédit photo : Eric Deguin

« Moins de compagnies sous-entend une véritable casse sociale »

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Marion Gauvent et Véronique Felenbok

Marion Gauvent et Véronique Felenbok, coprésidentes de Lapas reviennent sur l’étude révélée fin mars qui montre un effondrement de la diffusion à venir.

Votre enquête fait état d’une baisse très significative  de la diffusion pour la saison prochaine et d’inquiétudes  des artistes et professionnels de l’administration des compagnies pour l’avenir de leurs métiers. Les faits sont-ils déjà très clairement à l’œuvre ? 
Marion Gauvent : Nous ne sommes pas « inquiets d’une situation à venir ». Nous vivons déjà les deux pieds dedans. Nous sommes dans la situation.
Véronique Felenbok : Les résultats de l’enquête sont assez significatifs puisqu’elle a été renseignée par près de 170 administrateurs et administratrices de compagnies, chargés et chargées de production et de diffusion, sur 270 adhérents et adhérentes. Comme la plupart travaillent pour plusieurs compagnies, au total, cette enquête permet de dresser des perspectives sur un échantillon de plus de 1 000 compagnies. Ce constat, nous le faisons nous-même dans notre métier. En tant qu’administratrice de compagnie, je suis contactée par énormément de compagnies, même de très importantes, dont la diffusion sera en berne la saison prochaine. Et je dois refuser car je ne suis pas en capacité de prendre de nouveaux accompagnements.
Marion Gauvent : Nous avons besoin de nous parler car plus qu’une crise, c’est un nouveau paradigme qui s’annonce, vers lequel le gouvernement nous amène. Et s’il y a moins de compagnies, cela sous-entend une véritable casse sociale dans tous les métiers du spectacle vivant.

Quels sont les retours ?
Marion Gauvent : Nous avons envoyé un communiqué reprenant les principaux chiffres issus de l’enquête aux syndicats et associations de lieux labellisés, notamment, afin de poser un constat concret et d’échanger ensemble. Cette semaine (mi-avril) nous avons plusieurs réunions, comme avec le Syndeac et le Synavi. Nous avons aussi rendez-vous avec la Direction générale de la création artistique (DGCA), que nous avions déjà sollicitée l’an dernier suite à la lettre ouverte que Lapas avait réalisée. 

Qu’en attendez-vous ?
Marion Gauvent : Nous espérons un rapprochement entre acteurs du spectacle vivant. Nous sommes dépendants les uns des autres. Lorsqu’il y a des coupes à un niveau, cela se répercute ailleurs.
Véronique Felenbok : Les acteurs du secteur ont parfois l’impression que leurs intérêts sont divergents, qu’ils soient créateurs, producteurs, diffuseurs… alors qu’ils sont convergents. Si un nombre important de compagnies disparaît, les structures de diffusion seront les premières à regretter de voir leurs capacités de choix s’amoindrir.  

Propos recueillis par Tiphaine Le Roy

En partenariat avec La Lettre du spectacle n°559

Légende photo : Marion Gauvent (à dr.) et Véronique Felenbok (à g.)

Crédit photo : D. R. / Julien Pebrel

Ille-et-Vilaine : crise aux théâtres de Saint-Malo

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Patrice Albanese

Culture & Avenir, qui gère en délégation de service public (DSP) les deux théâtres municipaux de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), vient d’être placée en redressement judiciaire. La société accusait des défauts de paiement de prestataires et n’avait pu verser les salaires de l’équipe pour le mois de mars.

Le PDG, Patrice Albanese, pensait traverser cette mauvais passe grâce à l’accord de la Ville d’avancer l’échéance de subvention, soit 300 000 euros, sur une subvention annuelle de 960 000 euros (budget global de 1,8 million d’euros), mais il a fallu attendre un conseil municipal et le tribunal de commerce a été saisi avant. Patrice Albanese explique la situation par un faisceau de difficultés depuis que son équipe (la société de production A360 dont Culture & Avenir est filiale) a été choisie pour la DSP, de 2022 à 2026. Il avance, d’une part, le délai imprévu du paiement du crédit de TVA (96 000 euros sur 2022 et une partie de 2023), bloqué par une mesure de vérification fiscale. Il détaille ensuite la succession « catastrophique » avec le groupe JMD Prod (Jean-Marc Dumontet), le précédent délégataire à Saint-Malo.

La saison 2024-2025 est maintenue
Les désaccords les ont conduits devant la justice sur les droits de garde billetterie, sur les spectacles commandés, sur le remboursement des annulations de 2021, soit un total que Patrice Albanese évalue à 250 000 euros. S’y ajoutaient les frais liés au licenciement d’une salariée qui a, par ailleurs, saisi les prud’hommes. Mais, après référés et jugement au fond, Culture & Avenir n’a pas obtenu satisfaction sur toutes ses demandes et fait appel « pour récupérer encore 150 000 euros ». Enfin, est intervenue l’inflation sur les charges d’entretien et de fluides des deux théâtres en gestion, et sur les coûts de transport. Inflation d’autant plus lourde que Culture & Avenir a augmenté l’activité. La Ville attendait plus d’action culturelle, une programmation plus diversifiée en danse et musique et plus de représentations. Ainsi, il y a eu une saison d’été, en 2023. « Il a fallu renforcer l’équipe aussi. Quand on a repris, ils n’étaient plus que 6. Maintenant, on est à 14, plus 3 contrats de professionnalisation. Notre subvention, elle, était figée dans le marbre », ajoute le dirigeant. Dans ces circonstances, la saison prochaine est un peu allégée « avec quand même avec une quarantaine de spectacles et 75 représentations ». Un mandataire a été nommé par le tribunal de commerce pour gérer les dettes en cours, tandis que le redressement judiciaire garantit les paiements des prestations futures.

Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°559

Légende photo :  Patrice Albanese, PDG de Culture & Avenir

Crédit photo : D. R.

Première : un marathon pour Baro d’evel

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Qui som ? Baro d’evel

La compagnie Baro d’evel se produira pour la première fois dans le cadre du Festival d’Avignon, du 3 au 14 juillet 2024. Qui som ?, est un spectacle ambitieux, tant sur le plan artistique, financier, qu’en ce qui concerne la tournée.

« 22 personnes sur la route »
Le choix d’une grande forme s’est vite imposé, selon Laurent Ballay, directeur délégué de cette compagnie fondée en 2000 : « Ce projet est un nouveau triptyque. Souvent, nous commençons par une petite forme, comme pour Là - Falaise. Avignon est une belle preuve de reconnaissance pour la compagnie. Nous avons décidé d’y débarquer avec toute la tribu, soit 12 personnes sur le plateau (comédiens, danseurs, circassiens…),ce qui représente 22 personnes sur la route. » Le thème de ce triptyque est l’argile et les matériaux de récupération. Sur scène, la scénographie sera moins spectaculaire que celle de Falaise, et sans animaux, mais des montagnes de bouteilles plastique ou des mètres de tissu de montgolfière empliront l’espace, tandis que plusieurs comédiens tourneront l’argile.

Un tryptique
Le second volet du triptyque (fin 2026) sera un solo de Blaï Mateu Trias – auteur et metteur en scène de Baro d’evel aux côtés de Camille Decourtye – toujours autour de l’argile. Avant un dernier volet conçu sous la forme d’une installation plastique et sonore. Ce premier volet mobilise le nombre record d’une trentaine de coproducteurs. Avec l’assurance d’une importante tournée durant la saison 2024-2025 puisque une centaine de date est déjà calée. « Dans le climat actuel, nous avons beaucoup de chance. Les festivals d’Avignon et Grec de Barcelone sont les plus gros coproducteurs avec le Théâtre de la Cité de Toulouse. Ils ont été un vrai levier pour ramener des partenaires que nous ne connaissions pas. Nous avions fixé une part de 20 000 euros minimum pour éviter un trop grand nombre de coproducteurs », rapporte Laurent Ballay. Doté d’un budget prévisionnel de moins de 900 000 euros, le spectacle est aussi financé par des diffuseurs en Belgique, Italie, Suisse ou Portugal, ce qui lui donnera une visibilité européenne. Après 10 représentations au Festival d’Avignon, la création de Baro d’evel sera notamment donnée à Toulouse en décembre, puis à la MC93 de Bobigny, en janvier.

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°559

Légende photo :  Qui som ? Baro d’evel, 2024

Crédit photo : François Passerini

Printemps de la ruralité : des assises qui tardent à venir malgré des attentes fortes

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Rachida Dati

Le monde rural attend un soutien technique et financier pour ses politiques culturelles sous contraintes.

Le Printemps de la ruralité, lancée le 22 janvier 2024, aurait dû déboucher ce mois-ci sur des assises destinées à « valider une feuille de route ». Las, un temps annoncé le 19 avril, elles n’ont toujours pas eu lieu. Les attentes sont pourtant là tant les zones rurales sont « les grandes oubliées », selon Rachida Dati, et comme tant d’autres l’ont déjà dit. Les acteurs du terrain ont toutefois saisi l’opportunité et apporté leur contribution. En ligne – plus de 30 000 participations –, au ministère et dans les concertations régionales. L’Association des maires ruraux de France (AMRF) a déposé 100 propositions, bien heureuse « de l’arrivée sur le devant de la scène de sujets portés depuis de nombreuses années, résume son directeur, Cédric Szabo. Si vous ne mettez pas le pied dans la porte, il n’y aura rien de nouveau ». 
Ces élus, déçus par la dimension culture « réduite » de France Ruralités (2023-2027), le programme global d’Élisabeth Borne, poussent « la question de l’ingénierie culturelle, insuffisante ». Le plan Borne l’avait esquissé avec 60 volontaires territoriaux en administration (VTA), et des formations d’élus. L’AMRF veut aller plus loin : « Que chaque DRAC ait une personne dédiée à la culture en milieu rural. Nos élus se sentent seuls, en manque de codes. Et un Monsieur ruralité ce serait bien », explique Cédric Szabo. 

Un financement pérenne
Impossible toutefois, pour le ministère, de passer à côté de la question du faible financement dans ces « campagnes » lors des Assises. Parfois, il suffit de le flécher différemment. France Ruralités voulait, par exemple, mobiliser les labels en ruralité. « L’État parle d’éviter la dispersion des moyens. Il faut donc les renforcer là où des choses sont faites plutôt que de demander à d’autres d’y aller », répond de son côté Claire Moreau, directrice déléguée du Synavi. Pour son syndicat, l’absence d’ingénierie, et parfois d’équipements, rend le travail complexe : les compagnies jonglent avec plusieurs partenaires, « des choses invisibilisées qui coûtent du temps et de l’argent ». 
Ce syndicat pousse « les résidences de territoires et une pluriannualité des financements », pour éviter de courir les appels à projets lourds. Selon Claire Moreau, les Assises sont « l’occasion de reconnaître ce travail des compagnies fait dans l’ombre des labels. Une autre lecture du service public de la culture ». 
Les festivals, dont la dynamique récente s’observe surtout dans les territoires ruraux (lire encadré), attendent soutien et reconnaissance. « Pour nos adhérents, il y a un besoin d’accompagnement dans leur fonctionnement et leur financement », synthétise Alexandra Bobes, directrice de France Festivals, qui regrette également les appels à projets au détriment des conventions triennales : « Du coup, on travaille avec des budgets pas sûrs ». Comment changer ? Par une concertation entre les DRAC et les collectivités pour des financements pérennes, voire « la mutualisation de certains postes », surtout ceux en lien avec le développement durable. 
Pour les scènes de musiques actuelles (SMAC), acteurs importants – 25 % sont implantées en milieu rural contre 5 % des autres lieux labellisés –, « le principal problème est la question du financement », assure Aurélie Hannedouche, directrice du Syndicat des musiques actuelles. Car les SMAC sont dans des collectivités aux budgets « naturellement peu élevés ». Et où la question « de l’attractivité des professionnels à venir travailler », et de « l’accessibilité, avec des transports en commun rares », se pose âprement. Un sujet de développement territorial, et durable.

Festivals : une dynamique rurale malgré les défis
Lancée à l’automne dernier, l’étude Ruralités, 8e volet de SoFest, de France Festivals et de l’équipe du chercheur Emmanuel Négrier, arrive par un heureux hasard à l’aube des assises de la culture en milieu rural. Elle montre une dynamique singulière de création des festivals dans ces zones (46 % des événements de musiques) depuis 10 ans (48 % sont nés dans la dernière décennie), bien que leurs moyens sont inférieurs (taux de subventionnement de 41 % contre 56 % pour les festivals urbains), et avec une dépendance supérieure aux recettes propres. Malgré tout, ce travail scientifique montre un taux de dépenses artistiques de 49 % contre 44 % en milieu urbain. C’est la preuve d’une moindre professionnalisation des équipes, et de la part du bénévolat. Ce déficit de « structuration professionnelle » est à combler pour plus de diversité artistique : la musique l’emporte sur le théâtre, plus complexe techniquement (décors, scènes) à monter.  

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°558

Légende photo : Rachida Dati à l'Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue en fevrier 2024

Crédit photo : Drac Occitanie

« Nous ne sommes plus dans la période du plan de relance »

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Laurent Roturier

DRAC Île-de-France et président de l’Association nationale des DRAC, Laurent Roturier rassure sur le maintien des crédits sur 2024 et défend l’action soutenue de la déconcentration culturelle.

Comment les DRAC vivent-ils ce surcroît d’activité depuis 5 ans ?
45 ans après la création des DRAC, la déconcentration est à l’œuvre dans un souhait de rapprocher l’État des territoires. C’est vrai, le travail en DRAC est extrêmement soutenu. Bien sûr, la question de l’adéquation des moyens et des missions se pose toujours, mais je constate que l’engagement des équipes est significatif. On n’entre pas en DRAC par hasard. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à différents ministres, il y a parfois un engagement qui peut être déraisonnable. Un agent en DRAC passe la moitié de son temps sur le terrain. La notion de contact est importante et la création de grandes régions a augmenté cette charge. Mais le ministère a évolué. Avec l’association des DRAC, nous avions réfléchi et plaidé pour des directions transversales matricielles. En 2020, il y a eu ainsi la création de la Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle. Cette organisation est une force pour engager des actions adaptées aux territoires.

Des difficultés de recrutement ?
C’est paradoxal, car le ministère porte des valeurs fortes, mais oui, on a constaté des difficultés de recrutement. Il y a, d’une part, la question de l’attractivité de la fonction publique, en général. Pour la génération d’aujourd’hui, le concours est un repoussoir. On a aussi des métiers qui connaissent de fortes tensions, notamment dans le patrimoine, sur des fonctions d’ingénieurs, de techniciens. Dans le spectacle vivant, on a eu des questions d’un vivier issu de concours insuffisamment important pour des postes de conseillers. Nos métiers ont aussi de fortes contraintes en raison des temps de déplacement, du travail en soirée, face aux aspirations d’un meilleur équilibre de vie. Il faut s’adapter et y répondre par le sens de notre travail.

Comment jugez-vous les relations avec les collectivités ?
Ces rapports se sont beaucoup développés ces dernières années, avec la question du bon échelon. Où est-on pertinent pour aller contractualiser avec les collectivités ? Deux échelons sont montés en puissance. Les intercommunalités, notamment en milieu rural, ont souvent pris la compétence culturelle, c’est-à-dire la gestion des équipements culturels et sportifs. C’est assez pertinent. L’autre échelon est celui des départements sur milieu rural qui travaillent de façon assidue sur la lecture publique.

Quel sera l’impact des mesures d’économies sur les crédits à la création des DRAC ?
La ministre a annoncé qu’il n’y aurait pas de diminution budgétaire sur 2024, notamment dans le spectacle vivant. Les économies sont faites sur la réserve de précaution. Il peut y avoir, à la marge, quelques opérations décalées sur le champ du patrimoine. Mais il faut voir que nous ne sommes plus dans la période du plan de relance. On a eu la chance d’avoir des crédits exceptionnels. Ils ont permis de maintenir à flot le monde culturel, d’où l’intérêt de la concertation avec les collectivités.  

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°558

Légende photo : Laurent Roturier

Crédit photo : D. R.

Vivendi cède Garorock et See Tickets international à l’Allemand CTS Eventim

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Garorock 2023

Vivendi est en train de conclure la cession de plusieurs activités au groupe allemand CTS Eventim dont le festival Garorock (150 000 spectateurs) à Marmande (Lot-et-Garonne) ou encore See Tickets international (44 millions de billets en 2023). L’activité internationale de See Tickets comprend sept pays européens (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Pays-Bas, Portugal, Suisse) ainsi que les États-Unis.

8 festivals concernés 
Dans le projet de cession de se trouvent sept autres événements : les festivals anglais Nocturne (Blenheim Palace), Love Supreme (Oxford), Junction 2 (Londres), The Long Road (Leicestershire), Sundown (Norwich), Boundary (Brighton), et le festival albanais ION (Dhërmi). Ni l’Olympia (280 spectacles et 500 000 spectateurs en 2023) ni le Théâtre de l’Œuvre (Paris), pas plus que les salles en Afrique (Canal Olympia), ne sont concernés par cette vente. Idem pour le Brive Festival, non cédé, car il est codétenu par Centre France. Toutefois, nous a précisé le groupe, « il pourrait faire ultérieurement l’objet d’un accord séparé ». Ce qui est aussi le cas de See Tickets France. Pour le moment, «Vivendi continuera à soutenir See Tickets France qui sera autorisé à opérer sous la même marque et à utiliser la technologie See Tickets utilisée par See Tickets ailleurs. » Les activités que CTS Eventim va acquérir ont réalisé un chiffre d’affaires (CA) de 137 millions d’euros en 2023, selon Vivendi : 105 millions d’euros pour la billetterie, dont la plus grande partie au Royaume-Uni, suivie du marché américain. Les activités « festivals » concernées ont, elles, généré 32 millions d’euros de CA.
Le chiffre d’affaires de Vivendi Village, qui regroupe billetterie, festivals et salles, s’est établi à 180 millions d’euros en 2023 contre 238 millions d’euros en 2022. Une baisse en partie due à l’arrêt des activités de production de concerts (Olympia Production) fin 2022, selon le groupe. Les activités de billetterie et de festivals représentent 151 millions d’euros de CA (+8,9 % par rapport à 2022). Les festivals de Vivendi Village, ont rassemblé 400 000 personnes au cours de l’été 2023.

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°558

Légende photo : Garorock 2023 à Marmande

Crédit photo : D. R.