« Rien n’explique qu’un magasin soit ouvert et un théâtre fermé »

    Nicolas Dubourg

    Interview de Nicolas Dubourg, président du Syndeac

    Quelle est votre appréciation de la concertation avec le ministère pour une « reprise
    progressive » ?

    La concertation sur un modèle qui s’adapte à la crise est une proposition que nous avons portée. Nous avions réclamé de la modulation pour poursuivre nos activités et nos missions de service public. Sur le principe, on est donc d’accord. Le problème se pose pour les négociations. Il y a la question du périscolaire : certaines activités sont autorisées, mais pas dans les théâtres. Et il y a la distinction faite par l’état, entre les établissements commerciaux et les théâtres, qui ne repose sur aucune preuve scientifique. Rien n’explique qu’un magasin soit ouvert et un théâtre fermé. L’argument est politique : « les pays voisins ont refermé, l’épidémie est sur une pente ascendante, on ne peut pas alléger dans un tel contexte ». Nous pouvons comprendre cet argument, à condition que cela ne dure pas. Et nous répondons : « Dès que vous déciderez le moindre allègement, vous devrez réenclencher une phase où les théâtres ouvrent. » Nous n’accepterons pas une nouvelle déconnexion. Et nous n’accepterons pas cette modulation, en commençant pas les musées et les monuments. Cela ne repose sur rien. L’équité doit être basée sur des principes scientifiques.

    Sinon, ce sera le recours judiciaire ?
    Nous sommes en train d’en discuter avec les autres organisations de la culture.

    Le Syndeac est-il unanime à appeler à une réouverture ?
    On est un syndicat de professionnels, on avance dans une logique de concertation. La position que je défends a été votée à l’unanimité et a fait l’objet de nombreuses concertations avec les réseaux, les labels. Le poids de nos propositions vient de notre représentation, mais aussi du travail en amont pour se mettre d’accord sur ce qui assure la solidarité de notre écosystème.

    Avez-vous des réponses sur la demande de soutien aux compagnies, pour l’enveloppe de 35 M€ ?
    Il n’y a pas de réponse. La négociation vient juste de commencer. Nous menons de front la négociation sur les conditions d’ouverture et celle sur les dispositifs de relance. Nous avons ce soir [15 janvier] une réunion avec Bruno Le Maire sur les dispositifs non spécifiques à la culture. Nous demandons à ce que le secteur de la culture puisse bénéficier de mesures exceptionnelles et nous allons discuter de la fameuse “année blanche” qui va s’arrêter le 31 août. On est en janvier, c’est impossible de recharger des droits en si peu de temps et il faudra des mesures spécifiques pour ceux qui ne sont pas intermittents. Nous revoyons la ministre de la Culture la semaine prochaine.

    La ministre n’a-t-elle pas assuré le principe de la prolongation des aides ?
    C’est dans les détails qu’il y a des problèmes. Vous avez le cas des régimes juridiques de certains lieux, ou certaines municipalités qui vont préférer fermer. Il faut prendre en compte la diversité des situations territoriales et économiques de tous les acteurs. Sinon, à l’issue de la crise, on aura mis à plat un modèle et seuls auront été sauvés des théâtres privés et certains théâtres publics.

    Propos recueillis par Yves Perennou

    En partenariat avec La Lettre du spectacle n°486

    Légende photo : Nicolas Dubourg

    Crédit photo : Julien Pebrel