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L’humour, une économie fragile en région

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Valentine Mabille

Malgré l’engouement pour le one man show et le stand-up, et une percée dans le théâtre public, l’écosystème des salles dédiées à l’humour reste précaire, et les carrières fragiles.

Est-il le « pou de la société » (sic), comme le surnomme Mary Diévart, la directrice artistique du Printemps du rire ? « On ne peut plus snober l’humour. C’est une vraie clé pour élargir les publics », rétorque Karine Chapert, la directrice du Théâtre Sorano, à Toulouse, qui « travaille sur une semaine du stand-up l’an prochain ». Selon elle, le genre a gagné le théâtre public depuis deux ans, grâce à « des spectacles comme Les gros patinent bien, Molière du meilleur spectacle de théâtre public, qui tourne désormais dans le réseau privé ». Dans ce mouvement, des festivals comme le Printemps du rire ont un rôle de défrichage : « On a programmé Thomas Poitevin à la salle Nougaro, le Sorano l’a repris l’année suivante », souligne Mary Diévart, qui déplore cependant l’autofinancement de son festival à 70 %. Soirées stand-up à guichet fermé avec des célébrités comme Jérémy Ferrari qui remplissent des Palais des congrès, pièces de boulevard qui font salle comble dans les cafés-théâtres, talents émergents dénichés par les festivals ou producteurs, et que s’arrachent ensuite les salles privées… La place grandissante de l’humour n’est plus à démontrer. Les théâtres municipaux, eux aussi, « doivent répondre aux attentes du “vu à la télé”. C’est devenu un véritable business », souligne Robin Berthault, resté vingt ans à la direction du centre culturel Apollo à Mazamet (Tarn).

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Par Armelle Parion

Légende photo : Valentine Mabille, productrice chez Fourchette suisse productions

Crédit photo : D. R.

Pampa, la production en réseau international

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Jana Grünewald

Réseau européen de professionnelles et professionnels de la production, Pampa se déploie depuis quelques années pour répondre à l’isolement de ses membres et partager des pratiques innovantes.

L’histoire du réseau Pampa débute il y a moins de dix ans, vers 2016, autour d’échanges entre Marion Gauvent, responsable de production et de développement international, coprésidente de Lapas et référente du réseau Pampa pour l’association, et Jana Grünewald, directrice de projets et coordinatrice de Dachverband Tanz Deutschland (association allemande dans le domaine de la danse), sur les problématiques de production et de diffusion à l’international. « Nous avons commencé par un ou deux ans de brainstorming et de discussions avec des collègues de toute l’Europe. Nous avons organisé des sessions mensuelles, en visioconférence, en 2020 et 2021, afin de comprendre le contexte de chacun, puis pour définir les usages de ce réseau », note Marion Gauvent. Réseau informel afin d’éviter de devoir définir un pays d’accueil de son siège social, Pampa compte environ vingt membres, représentant une dizaine de pays, principalement d’Europe occidentale, centrale et du Nord. Pour ses membres, les objectifs du réseau sont d’avoir une vue d’ensemble de ce que signifie produire dans les arts du spectacle, et de partager connaissances et bonnes pratiques avec le plus grand nombre. Les échanges n’ont pas seulement lieu à distance. 

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Par Tiphaine Le Roy

Légende photo : Jana Grünewald, coordinatrice de Dachverband Tanz Deutschland

Crédit photo : Anna Bauer

Quinquas, et alors ?

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Grégory Vandaële

À quoi rêvent les professionnels déjà bien avancés dans leur carrière ? À 50 ans, c’est aussi l’heure des choix.

Ils ont passé depuis peu la cinquantaine. Ils ont connu des années plus fastes, au début de leur carrière, avec des projets en développement, des budgets en hausse légère mais régulière, avant de connaître une succession de crises (économique, financière, sanitaire...). Alors qu’il leur reste encore une bonne quinzaine d’années de travail, comment entrevoient-ils leur avenir personnel et leur positionnement dans l’écosystème du spectacle vivant ? Quels sont leurs choix et les adaptations qui leur permettent de demeurer investis et de ne pas céder à la morosité ? L’actuel directeur du Grand Bleu, scène conventionnée « Art, enfance, jeunesse » de Lille (Nord), Grégory Vandaële, est saisi par les mutations en cours du secteur culturel, et l’accélération récente de ces transformations à l’issue de la crise du covid. « Cela m’interroge beaucoup depuis cinq ans. À la fois, je ne veux pas subir ce qui pourrait s’imposer à nous. Et je ne veux pas non plus tomber dans l’aigreur facile et improductive. » Il dit avoir beaucoup repensé son organisation, celle du lieu qu’il dirige. « J’essaie de ne plus me poser uniquement comme un directeur, mais aussi comme un allié des membres de mon équipe. La relation aux collaborateurs a changé, je me suis formé aux RH, puis nous avons mis en place un temps de formation collectif, avec un accompagnement. » 

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Par Cyrille Planson

Légende photo : Grégory Vandaële, directeur du Grand Bleu

Crédit photo : D. R.

Avignon In et Off : vers l’entente cordiale ?

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Avignon

La concordance des dates entre les deux festivals illustre un désir de rapprochement, concrétisé par de premières actions menées en commun.

L’été prochain, les festivals In et Off d’Avignon débuteront le 5 juillet et s’achèveront le 26 juillet. Pour la première fois depuis les années 2000, les deux manifestations verront ainsi leurs dates alignées. Un fait historique, salué par les directions d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C) et du Festival d’Avignon, ainsi que par la Ville, qui y a amplement contribué au regard de l’importance des deux événements en matière de retombées économiques : 60 millions d’euros pour le département du Vaucluse. Cet impact positif justifie en grande partie « les concessions » effectuées par le In. « Accepter d’ouvrir l’édition 2025 le premier jour des vacances scolaires et non deux jours avant engendre des difficultés vis-à-vis des groupes, notamment scolaires, que nous accompagnons durant l’année. Mais nous étions prêts à le faire pour le territoire », souligne le directeur délégué du Festival d’Avignon, Pierre Gendronneau. La concordance des dates satisfait, en outre, de nombreux acteurs. Les artistes et les compagnies tout d’abord, qui « souhaitaient depuis longtemps pouvoir bénéficier d’une communication synchronisée, gage d’une meilleure visibilité », rappelle le codirecteur d’AF&C, Laurent Domingos,  la presse ensuite, plus à même de couvrir la diversité des spectacles proposés, en particulier dans le Off, et enfin les publics. 

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Par Marie-Agnès Joubert

Légendes photo : A gauche : Harold David et Laurent Domingos, coprésidents d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C) © Johanna Baschke. A droite : Pierre Gendronneau, directeur délégué du Festival d’Avignon © Christophe Raynaud de Lage.

Aurélie Hannedouche combattante

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Aurélie Hannedouche

La directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA) livre sa vision d’un secteur durement touché de plein fouet par l’inflation des coûts et la baisse des moyens.

La Scène : Comment définiriez-vous aujourd’hui les grands enjeux qui traversent le paysage des musiques actuelles ? 
Je pense qu’ils font le lien avec les musiques actuelles, mais que ce sont avant tout des sujets sociétaux. Évidemment, la transition écologique est le premier d’entre eux, le bilan carbone des structures, mais aussi les questions de biodiversité ou de réemploi. La question de l’égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi entre les personnes, est très prégnante, tout comme le sont les sujets liés à la montée de l’extrême droite et aux atteintes à la liberté d’expression. Je pense aussi à la question de la qualité de vie et des conditions de travail, avec les difficultés à recruter, l’évolution des modes de management dans le secteur, et le sujet des addictions dans nos métiers, qui commence aussi à se faire jour. Ce sont des sujets sociétaux et il est vrai que, souvent, les musiques actuelles ont été à l’avant-garde pour les traiter. Je pense aux festivals qui l’ont fait sur la transition écologique. Il y a une forte volonté de s’emparer de ces sujets, mais nous ne devons pas oublier la question de la survie des structures. Nous sommes « à l’os » et, comme je le dis à tous mes interlocuteurs, on ne joue pas au poker. Cela va vraiment très, très mal. Des salles ont fermé l’an passé. D’autres le feront en 2025, probablement des festivals aussi. Et par ricochet, des producteurs de spectacles. Il est vraiment temps de bouger.

La Scène : De quelle manière les récentes coupes budgétaires annoncées par les collectivités locales et l’État affectent-elles cet écosystème ?
Ces coupes viennent de différents endroits, elles sont dogmatiques, comme en région Pays de la Loire ou dans l’Hérault, ou bien subies parce que les collectivités n’ont plus les moyens. Un tiers des Départements seraient en situation vraiment très délicate. Nous pensions que l’État était, dans ce paysage, un point d’ancrage un peu stable. Et l’on s’aperçoit, malheureusement, que ça n’est pas le cas. En effet, le budget du ministère de la Culture pour 2025 a lui aussi subi des coupes, alors que nous nous attendions à un budget stable en ce tout début d’année 2025. Nous nous sommes alors collectivement mobilisés et avons obtenu la suppression du fonds d’urgence, un temps annoncé par la ministre en contrepartie des baisses du programme 131 « création ». Aussi, nous saluons la sanctuarisation de ces crédits par la ministre : ils sont indispensables pour le fonctionnement de l’ensemble des structures sur les territoires. Toutefois, à l’heure qu’il est, le financement du Fonpeps pour l’année en cours n’est toujours pas assuré à 100 %, il manque en effet une partie des crédits ; aussi, nous sommes prêts à nous mobiliser aux côtés de la ministre pour obtenir le dégel et financer ainsi ces aides à l’emploi qui demeurent cruciales pour le secteur. Le programme « transmission des savoirs et démocratisation » (361) a lui aussi vu ses crédits diminuer, dont ceux de la part individuelle du pass Culture. Nous serons attentifs ces prochains mois à la réforme de ce dispositif récemment annoncée. En effet, depuis sa création, ce projet présidentiel a coûté plus d’un milliard d’euros et les différents rapports montrent bien que sa portée reste limitée tant en matière de démocratisation que de fidélisation des publics. Nous sommes évidemment convaincus que si ces sommes avaient été allouées directement aux structures culturelles, ces dernières auraient pu en faire bon usage afin de poursuivre leur travail à l’intention des publics. [...]

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Propos recueillis par Cyrille Planson

Légende photo : Aurélie Hannedouche

Crédit photo : Julien Pebrel

Part collective du Pass culture : « 25 millions d’euros ont disparu par rapport au budget réalisé en 2024 »

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Marie-Christine Bordeaux

Marie-Christine Bordeaux, professeure à l’Université Grenoble Alpes et chercheuse au Groupe de recherche sur les enjeux de communication (Gresec), membre du Haut Conseil de l’éducation artistique et du Conseil scientifique de l’Inseac – Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle. Elle revient sur le gel des fonds de la part collective du Pass culture, un dispositif financé et coordonné par le ministère de l’Éducation nationale.

Que révèle la bronca contre le gel de la part collective ?
D’abord un niveau d’appropriation tout à fait remarquable par les acteurs éducatifs et culturels de ce dispositif. La protestation, qui est montée du côté des enseignants, chefs d’établissements et des artistes et acteurs culturels, révèle le succès de cet outil.

On a eu le sentiment que 25 millions d’euros disparaissaient...
Ce n’est pas un sentiment, ils ont réellement disparu par rapport au budget réalisé en 2024. En 2023, le budget était de 51 millions d’euros pour la part collective, puis 62 millions d’euros en loi de finances initiale pour 2024. Et effectivement, 35 millions d’euros ont été rajoutés en cours d’année, pour aboutir à à 97 millions d’euros de budget 2024 réalisé, dans une grande discrétion. Ce n’est que récemment que ce montant a été rendu public, ce qui laisse perplexe. Pour l’année civile 2025, la répartition budgétaire annoncée (50 millions d’euros au premier semestre et 22 millions au second semestre) repose sur une vision de la chronologie de l’Éducation nationale qui n’est peut-être pas fausse mais qui ne tient pas compte de celle des programmations culturelles : si les projets pédagogiques sont concentrés en fin d’année scolaire, la programmation culturelle, elle, bat son plein en septembre-octobre. Le pari consistant à dire que 22 millions d’euros suffiront pour le second semestre me paraît sous-estimé. 

Combien d’élèves sont concernés par la part collective ?
Nous n’avons des chiffres fiables que pour l’année 2022-2023, issus d’Adage et analysés par le DEPS : 86 % des collèges et 89 % des lycées y ont fait appel pour au moins une action d’éducation artistique. Le budget dépensé, différent du budget sollicité, est moins important qu’on pourrait le penser [sont alloués de droit 20 euros par collégien et 25 euros par lycéen] car les collèges ont dépensé 46 % de ce budget et un peu moins de 40 % pour les lycées. On peut faire l’hypothèse pour 2023-2024 que le taux d’utilisation est supérieur puisque celui de la première année de plein exercice était déjà très satisfaisant. 

Pourquoi ça marche ?
Parce que c’est simple à utiliser, que les sommes sont allouées sans procédure d’appel à projets et qu’il y a eu une prise en main immédiate. Adage, le logiciel de gestion de la part collective, existait bien avant le Pass culture. Enseignants et établissements font remonter leurs demandes à partir d’une offre déposée. C’est donc à la fois une avancée budgétaire et un outil dont tout le monde s’est emparé. Cela marche aussi parce que la politique publique d’EAC, initiée en 1983, existe de longue date et qu’il y a une base solide d’acteurs de terrain. Et, enfin, parce que le dispositif redonne la main aux acteurs locaux : c’est une décision locale dans l’établissement et avec des partenaires de proximité.

Vous dites que le faible montant par élève a un peu libéré certains enseignants...
La part collective relève des dispositifs facilitateurs parce qu’elle repose en partie sur une offre catalogue. Cette façon de procéder est souvent contestée par les acteurs culturels et les militants de l’éducation artistique, qui défendent un modèle plus exigeant, fondé sur une affinité élective et une dynamique commune. Mais bien souvent, ce qui crée cette affinité, c’est qu’on se connaît déjà ou qu’on n’est pas étranger l’un à l’autre. Or une majorité d’enseignants ne se sent pas légitime ou ne souhaitent pas porter des projets ambitieux. Cette facilitation au niveau budgétaire, qui actuellement représente en moyenne 500 euros par projet, ne les engage pas très loin, dans un premier temps. Certes, ce n’est pas une vision très qualitative de l’éducation artistique mais c’est un premier pas. Ce qui est aussi facilitateur c’est que le dispositif est conçu comme un droit : c’est le premier depuis 40 ans qui est organisé de cette façon-là. Tout le monde a les yeux rivés sur la part individuelle mais ce qui se passe dans la part collective, qui était plus technique et moins visible, est vraiment intéressant. 

La ministre veut réformer le Pass culture...
Il n’y a pas d’unanimité du secteur culturel sur la part individuelle. Pour le dire rapidement, elle fonctionne bien pour les industries culturelles, très peu pour le spectacle vivant, qui a obtenu des inflexions. Le débat actuel est un vrai débat de politique culturelle. La culture pour tous ou la culture pour chacun ? Faut-il subventionner le bénéficiaire ou les producteurs de contenus culturels ? Les partis politiques n’ont pas tous les mêmes conceptions. Ce qui est étonnant, c’est que la part individuelle, en tant que version numérique de dispositifs plus anciens comme les chéquiers culture, ne s’est pas appuyé sur leurs études d’évaluation d’impact pourtant pleines d’enseignements sur la non-atteinte des scolaires qui en auraient pourtant le plus besoin et sur les effets d’aubaine. 

On fait les mêmes erreurs ?
C’est, en effet, la même histoire, cette fois à l’échelle nationale, avec non seulement une absence de médiations, mais une véritable négation de la nécessité de certaines médiations pour pouvoir toucher tous les publics. Ce n’est pas simplement un outil, c’est une question de politique culturelle générale. Faut-il financer aussi bien la création que l’action culturelle et la médiation ? Comment penser, aujourd’hui, la démocratisation culturelle face à ce que certains analystes ont présenté comme une crise, voire un échec de la démocratisation ? 

Cette part collective personne n’y a cru ?
Ce dispositif, malgré son rapide et remarquable succès, a été sous-estimé, car tout le monde avait les yeux fixés sur la part individuelle qui concentrait de nombreuses critiques et suscitait d’incessants débats. Il a fallu cet épisode de janvier pour qu’il soit connu d’un public plus large que celui de ses utilisateurs et de certains médias. 
Il a également été sous-estimé à cause de sa dénomination : il y aurait un dispositif global, le Pass culture, qui aurait deux « volets ». Or quand on regarde objectivement comment cela fonctionne, on a affaire à deux dispositifs différents, avec des objectifs différents, une gestion différente, des plateformes différentes et indépendantes. La part collective finance des actions et des projets, et se situe dans l’éducation artistique et culturelle, alors que la part individuelle finance une consommation individuelle, sans lien avec l’éducation artistique. Ce sont deux dispositifs que l’on doit analyser séparément et il serait plus clair, dans la perspective de prochains débats, de les dénommer différemment : chéquier numérique, pour la part individuelle, financement du 100 % EAC, pour la part collective. Cela permet, il me semble, de mieux identifier les enjeux. 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°576

Légende photo : Marie-Christine Bordeaux

Crédit photo : D. R.

Organisation d’une France Music Week : une fausse bonne idée ?

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Wu-Lu

Annoncée en 2024 par Emmanuel Macron lors de la Fête de la Musique, l’idée d’une France Music Week prend-t-elle forme ou est-elle irréalisable ? 

Prenant modèle sur la Paris Fashion Week et le festival américain South by Southwest, « une semaine de rencontres professionnelles et de manifestations populaires, festives et musicales » aurait lieu du 16 au 21 juin 2025, selon les termes d’un appel d’offres publié le 28 janvier. Ceci afin de « replacer la France sur la carte de la musique mondiale », de valoriser sa création artistique et son savoir-faire.

Grand concert et rendez-vous business
Un grand concert de lancement ouvrira cette semaine au musée d’Orsay ou sous la pyramide du Louvre, avant deux jours de rencontres professionnelles et de showcases (« International Exchange Days »), une journée dédiée aux nouvelles technologies et aux « champions français » (« Music Innovation & Tech Day »). Le Château de Villers-Cotterêts accueillerait un projet de cocréation internationale tandis qu’une trentaine d’événements musicaux seraient labellisées dans toute la France. Un « sommet de haut niveau » réunirait les grands décideurs français et internationaux de la musique avec le président de la République autour des enjeux de la filière, clôturé par une « session musicale exclusive d’un artiste de renom », au château de Versailles. 

L’accueil mesuré de la filière musicale
La réponse à l’appel d’offres pour l’organisation de cette France Music Week a été fixée… au 14 février. Le Centre national de la musique (CNM) est missionné pour organiser cet événement, Corinne Sadki (Directrice des affaires européennes et du développement International) en est la coordonnatrice. Le budget est de un à deux millions d’euros. 
À l’heure des restrictions budgétaires, les syndicats ne se sont guère émus. Malika Séguineau, directrice générale d’Ekhoscènes, syndicat des entrepreneurs du spectacle vivant privé, estime : « Un événement qui met à l’honneur la filière est toujours positif et intéressant. Nous serons donc mobilisés pour rendre cela possible. » Pour Aurélie Hannedouche, directrice générale du Syndicat des musiques actuelles, « si Emmanuel Macron a de l’ambition pour la filière musicale, très bien. Attention à ce que ce ne soit pas qu’un événement parisien ou réservé à certains répertoires. » Angelo Gopee, directeur général de Live Nation France, qui organise désormais le Midem, n’y voit pas une concurrence, « car le Midem est un salon professionnel », et il ne répondra pas à l’ensemble de l’appel d’offres. Fernando Ladeiro-Marques, directeur du festival et salon professionnel MaMA, est, lui, dubitatif : « Je ne vois pas qui pourrait répondre vus les délais. C’est une décision personnelle d’Emmanuel Macron qui n’emballe pas vraiment le ministère de la Culture ou le CNM. […] La période est mal choisie car les artistes et les professionnels sont en tournée et en festival, c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y pas de rendez-vous pros internationaux l’été. Et cela risque de tuer la Fête de la musique. »

Nicolas Dambre

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°576

Légende photo : Wu-Lu

Crédit photo : Eric Deguin

 

Pass Culture : le ministère reprend en main la SAS avec une pilote expérimentée

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Laurence Tison-Vuillaume

La nomination de Laurence Tison-Vuillaume à la présidence de la SAS Pass Culture sonne comme sa « reprise en main » par la Rue de Valois, ce que recommandait d’ailleurs la Cour des comptes.

Cette nomination sonne aussi le début de la réforme voulue par Rachida Dati, sous la pression de plusieurs rapports, dont celui, très critique, de l’IGAC (2024) qui avait été chapeauté par Laurence Tison-Vuillaume, alors cheffe de l’inspection générale des affaires culturelles où elle a mis en place une réforme complexe de son administration. 
Pass Culture dans sa part individuelle est, selon les plus optimistes, « un succès relatif », comme le qualifie Christopher Miles, directeur général de la création artistique (DGCA) du ministère, avec 4 millions d’utilisateurs et 87 % d’une classe d’âge. Car il manque « les jeunes les plus éloignés de la culture […] et d’inciter les jeunes à une plus grande diversification de leurs pratiques ». Le ministère travaille déjà à un « bonus pour les jeunes les moins aisés, déscolarisés ou en situation de handicap […] le développement de la géolocalisation, de la médiation et de l’éditorialisation ». 

Les inspections en soutien
Mais la commande de Rachida Dati vise aussi l’élargissement du conseil stratégique « en prise avec les acteurs de terrain », une « transparence totale dans les critères d’éligibilité » et, enfin « un contrôle strict des coûts de fonctionnement » qui ont tendance à filer. La haute fonctionnaire (HEC, ENA), qui a œuvré à la Cour des comptes (2007-2011), dirigé le cabinet de Françoise Nyssen (2017-2028), ou encore été adjointe au DGCA (2013-2017) a aussi eu une expérience d’élue locale (maire adjointe de Rouen, puis vice-présidente de la région Haute-Normandie). 
Elle sera appuyée par « l’Inspection générale des finances, l’IGAC et l’Inspection générale de l’Éducation nationale. »  La prise de contrôle est totale, et semble nécessaire politiquement tant le dispositif fait face à de l’hostilité, notamment du spectacle vivant. Mais aussi désormais de la vice-présidente, très écoutée, du Sénat, Sylvie Robert (PS) : « Je pense que tout cet argent doit revenir à la création artistique et à l’éducation artistique et culturelle. Créons en ce sens un pass universel de la maternelle au bac au moins. »  

Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°576

Légende photo : Laurence Tison-Vuillaume

Crédit photo : Didier Plowy

Thibault Sinay : « Difficile de vivre du métier de scénographe »

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Thibault Sinay

Le président du Syndicat des scénographes, costumiers et créateurs lumière décrit des professions malmenées par la réduction des productions.

Comment les scénographes vivent-ils le moment ?
Ce qui se dessinait déjà s’accentue. Le plan Mieux produire, mieux diffuser, va de pair avec une réduction des budgets. L’opéra qui était une valeur sûre est encore plus sacrifié. Le peu de productions qu’il reste s’y fait avec des bouts de ficelle. Les ateliers de construction commencent aussi à être en difficulté. Le scénographe vit de créations et une seule création ne suffit pas pour vivre. Son statut n’est pas adapté.

C’est-à-dire ?
Nous avons une double casquette d’artiste-auteur et de technicien du spectacle. Ce statut de technicien n’est pas le bon. Pour arriver à 507 heures, il faut faire beaucoup de productions, puisqu’en tant que technicien, on est bloqué à 8 heures par jour. L’annexe 10 des artistes est la plus juste pour nous et correspond à la réalité des heures que nous faisons. Aujourd’hui, quand nous travaillons en Europe, on ne peut pas déclarer nos heures. Pour la formation, c’est plus difficile. Le ministère nous renvoie aux partenaires sociaux où on n’arrive pas à faire bouger les lignes dans le marasme actuel. Il y a un risque de disparition du métier.

Où en êtes-vous sur le droit d’auteur ?
Le droit d’auteur s’applique pour l’exploitation et pour le réemploi. Mais les droits ne sont soit pas payés, soit refusés au moment de signer le contrat par de grosses productions privées qui commencent à avoir le monopole sur la scène parisienne. Le ministère nous répond « Faites des procès !». Mais aucun scénographe ne prend le risque de se griller pour gagner finalement peu d’argent.

Comment est perçu votre manuel de l’écoscénographie sur le réemploi des décors ?
Il y a encore de la pédagogie à faire. Les gens se bloquent. Or, quand nous disons qu’il y a un droit d’auteur à respecter, cela ne signifie pas que ce n’est plus possible. Le droit d’auteur n’est pas un frein au réemploi. Aujourd’hui, dans un souci général d’économie, le mot d’ordre est d’utiliser les stocks. Ce n’est pas agréable de voir son travail réutilisé sans être cité. Le ministère nous dit de faire des procès, mais ce n’est pas si simple. Souvent les contrats ne sont pas signés, ne sont pas clairs. Et il y a des relations de subordination fortes. Beaucoup de choses ne sont pas posées sur la place publique par les artistes qui ont peur d’être blacklistés.

Quel autre sujet à l’agenda ?
On suit les évolutions sur l’IA qui ne va pas forcément dans le bon sens. Nous sommes dans un moment charnière. Idem pour les costumes : on fait du contemporain parce qu’il n’y a plus d’argent pour des costumes d’époque. On aimerait que les journalistes critiques s’emparent de ces questions. Les partis pris artistiques sont parfois des choix par défaut. Si Eric Ruf revendique un décor vide pour Le Soulier de Satin, il faut aussi dire que l’atelier décor est en chantier. De façon générale, la presse ne souligne pas le manque de clarté.  

Propos recueillis par Yves Perennou

En partenariat avec La Lettre du Spectacle 575

Crédit photo : Cyril Cosson

Stéphane Krasniewski : « En vingt ans, le SMA a répondu  au besoin de représentation et est devenu une force de proposition »

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Stéphane Krasniewski

Le président du Syndicat des musiques actuelles, et directeur du festival des Suds (Arles), retrace le parcours de cette organisation qui fête ses vingt ans. De sa création dans un monde qui découvrait l’Internet, à l’arrivée de l’IA... 

Est-ce une fierté d’avoir vingt ans et de représenter plus de 600 structures ?
Oui, bien sûr. C’est une fierté de représenter encore vingt ans plus tard l’ensemble de la filière et d’avoir réussi à construire un syndicat pour cette filière qui n’était pas présente dans les instances alors. Le syndicat s’est créé pour répondre à cette attente. Et vingt ans plus tard, le SMA y a répondu, et est désormais force de proposition. Nous avons réussi à construire une organisation représentative qui, désormais, réussit à accompagner, voire anticiper les mutations et les besoins de la filière.

C’est un syndicat de l’intérêt général ? 
Nous défendons une certaine idée de l’intérêt général, avec des structures qui se reconnaissent dans les valeurs de l’économie sociale et solidaire. Pas nécessairement à but non lucratif, car nous avons aussi des sociétés, mais elles réinvestissent l’ensemble des bénéfices dans le projet. Nous nous retrouvons dans cette vision de la culture qui se met au service de l’intérêt général.

Ce qui a changé depuis 2004 ?
Tout. Quand on fait un flashback, pour préparer cet anniversaire, on voit qu’on a pris de face la révolution numérique, avec des transformations sur les modèles économiques, sur les habitudes des consommateurs, tout en en voyant les potentialités. Il y a vingt ans, c’était le début de YouTube, de MySpace. Aujourd’hui, on en est à des milliers de titres générés chaque jour par l’IA déposés sur les plateformes de streaming. En 2024, on avait des salles qui étaient encore en train de se structurer, le label scène de musiques actuelles n’avait que huit ans. Désormais, on a une multiplication des lieux, une diversification de leurs activités et des festivals devenus des acteurs structurants des territoires et de la filière. Mais ils doivent pour autant se réinventer, car ils sont en tension et à un moment charnière de leur existence.

L’euphorie des débuts passée, quelles sont vos grandes problématiques ?
C’est le financement et les moyens qu’on consacre à la culture, la volonté politique, la vision politique que l’on partage ou pas sur le rôle de la culture dans la définition du rapport à l’autre, et à nos territoires. Le tout dans un contexte politique et idéologique extrêmement tendu qui pose question. Par ailleurs, se pose le défi de l’avenir des festivals et des salles frappés par de multiples crises, mais aussi l’arrivée de nouveaux opérateurs. Et s’y ajoutent les cas de censure que l’on voit se multiplier. Tout ce contexte devrait nous amener à plus de solidarité dans la filière et à un renforcement du soutien public pour préserver cette exception culturelle. 

Craignez-vous pour l’existence de certains de vos adhérents ?
Oui, nous sommes inquiets que la conjoncture soit fatale à certains adhérents. Certains festivals ont déjà eu du mal. Tout le monde n’a pas vécu la sortie de crise sanitaire de la même manière. Certains ont pu amortir les mauvais chiffres grâce au soutien du Centre national de la musique, des collectivités, grâce à leurs fonds propres, mais ce n’est pas une situation qui leur permettra de pérenniser l’événement. Des festivals qui ont eu des pertes ces dernières années, et si elles se reproduisent, cela risque de les mettre en danger. Nous sommes aussi inquiets pour les salles qui n’arrivent pas à amortir la hausse des coûts malgré le rattrapage de la dotation de l’État pour les lieux labellisés en 2024, d’autant qu’on n’est pas sûr qu’il soit maintenu en 2025. Ça va fragiliser l’ensemble de la chaîne, les producteurs, les salles et les festivals.

Si tout a changé en vingt ans, arrive-t-on à un nouveau chapitre de fonctionnement de la filière ?
Je pense qu’on est dans un entre-deux. C’est assez gramscien comme vision, mais oui, d’une certaine manière, les multiples crises dont on parle ne sont-elles pas tout simplement que les facettes d’une seule et même crise qui est systémique et qui présage d’un monde qui reste à inventer ? Voilà, à nous de savoir ce que l’on souhaite en faire. À nous de savoir quel visage on veut donner à ce monde-là, qui sera plus écoresponsable, plus en phase avec les défis de la crise climatique, plus en phase avec les attentes sociétales aussi, d’une manière générale. C’est autant stimulant qu’inquiétant.

Ce sont les axes de votre mandat ?
Nous essayons d’œuvrer autour de trois axes à l’évolution de nos structures, de notre filière, voire même à son anticipation. C’est à la fois l’écologie, mais également la question des conditions de travail et de la liberté d’expression. Sur l’écologie, on a fait le projet Déclic, décarbonons le Live collectivement ! ; sur les conditions de travail, on a lancé le pacte Emma (Ensemble, repensons les métiers des musiques actuelles) ; et nous travaillons toute la question de la liberté d’expression qui, selon nous, est également menacée et qui est fondamentale. C’est un sujet sur lequel on sera extrêmement présent et vigilant. 

Propos recueillis par Jérôme Vallette

En partenariat avec La Lettre du Spectacle 575

Crédit photo : Julien Pebrel