Stéphane Krasniewski vient d’être réélu pour deux ans à la tête du Syndcat des musiques actuelles. Offensif sur le financement du Centre national de la musique, des SMAC et des festivals, il dévoile son plan d’action pour 2027.
Au congrès du SMA vous avez appelé à la mobilisation pour 2027…
Oui, la question de 2026-2027 sera de savoir comment on fait corps, qu’on crée des passerelles avec d’autres composantes de la société civile qui nous rejoignent sur la défense d’un certain modèle de société. Je pense qu’il y a plein de signes qui nous montrent que la mobilisation est en cours, comme la création du collectif Culture future. Maintenant, il faut converger, s’associer, pousser tous dans le même sens.
Sur le budget, le SMA pousse le financement pérenne du Centre national de la musique ?
Cet établissement public est dans une situation extrêmement critique. Le climat est plutôt, hélas, à la remise en question de ces établissements, des agences de l’État, et même du consensus autour de la politique culturelle. Nous sommes convaincus que c’est maintenant qu’il faut consolider le CNM avec un outil fort, une taxe affectée déplafonnée, pour qu’il joue pleinement son rôle de redistribution et, ce faisant, de régulation. Cette année, par le jeu des plafonds, le CNM va reverser au budget de l’État entre 12 et 14 millions d’euros dans une période où 200 millions d’euros manquent à la culture : ils vont cruellement faire défaut au secteur. Le déplafonnement serait le signal fort d’une réaffirmation de l’engagement de l’État en faveur d’un système de redistribution.
Vous avez évoqué au congrès ce besoin de régulation…
Les chiffres du CNM sur l’économie du live pour 2025 qui arrivent vont nous permettre d’objectiver l’évolution. Mais on s’attend à voir que l’échelon intermédiaire – des lieux, des festivals, mais aussi des artistes – souffre énormément de cette extrême polarisation de la filière entre des groupes qui organisent des salles, des concerts dans les grands stades, et qui ont d’une certaine manière confisqué une grande partie de la création de valeur, et des artisans qui arrivent avec une économie extrêmement faible à continuer de survivre. Et au milieu, toute une série de maillons de la chaîne qui sont en extrême tension et qui n’arrivent plus à s’en sortir alors qu’ils sont indispensables pour l’émergence, pour irriguer les territoires et proposer une offre culturelle accessible à tous.
Vous voulez plus de contrôle ?
Nous demandons que les systèmes de redistribution, et j’en reviens au CNM, fonctionnent à plein. Que l’État et les collectivités aient bien conscience de ce que représente la présence d’un festival, d’un lieu sur leur territoire. Si on n’y prend pas garde, on se dirige vers une métropolisation de la culture. Il faut qu’on réinjecte de l’argent public dans cette action culturelle afin de conserver cette irrigation totale, quitte à repenser le financement de la culture. C’est aussi notre rôle de syndicat l’accompagnement à repenser les modèles, en partageant les bonnes pratiques. Nous allons pousser sur ce sujet ces prochaines années.
La filière demande un cadre commun face aux canicules ?
Toute la filière est alignée sur ce constat. Les décisions qui ont été prises ont souvent été incompréhensibles ou mal perçues, comme la communication assez désastreuse de notre point de vue. On a fermé des festivals, quand bien même ils avaient pris les mesures exigées par la préfecture, en laissant penser qu’ils étaient dangereux. Ça nous a renvoyé aux pires heures du Covid où on était non essentiel et, en plus, des zones à risque. Il faut qu’on en sorte pour ne pas se retrouver dans cette situation en 2027.
Avec des subventions réduites, avez-vous le sentiment qu’il y a encore une politique en faveur des festivals ?
On peut interroger la volonté au plus haut niveau de l’État de continuer de soutenir la culture, et les coupes budgétaires en attestent. On s’attend à en subir de nouvelles sur 2027. Nous sommes très inquiets du budget qui va nous être annoncé quand on voit les conséquences de celui de l’an dernier. Je ne vois pas comment certaines structures vont pouvoir survivre à une nouvelle saignée. On a plus d’une dizaine de festivals qui ont annoncé qu’ils ne rejoueraient pas ou qu’ils joueraient pour la dernière fois en 2027.
Les SMAC, que vous représentez, ont-elles eu une année budgétaire compliquée ?
Les SMAC ont eu la chance d’être assez préservées des coupes budgétaires du gouvernement. Mais elles ont été impactées fortement par les coupes budgétaires des collectivités. Nous sommes inquiets pour 2027, certains festivals, certains lieux licencient déjà. On est entré dans une période de récession, de contraction de l’économie culturelle. On est obligé de couper dans nos charges et oui, parfois essayer de remonter les tarifs. Mais la hausse des tickets ne pourra pas compenser à la fois la baisse des subventions et la hausse des charges. Et elle se heurtera à la limite du pouvoir d’achat des spectateurs. Et nous avons toujours la volonté de rester accessibles au plus grand nombre. Le tarif, c’est aussi un outil symbolique.
Jérôme Vallette
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°611
Crédit photo : Julien Pebrel