Suite aux annulations de l’été et au manque de soutien, les professionnels réclament une politique publique de temps long.
Le diagnostic a été fait, où est la vision ? C’est, en substance, ce que les professionnels des festivals demandent au ministère de la Culture, après une saison bouleversée par les canicules, y compris dans des régions jusqu’ici épargnées. Ces épisodes ont fait remonter les difficultés du modèle festivalier, qui ont déjà fait l’objet de concertations avec la Direction générale de la création artistique (DGCA). Mais le budget a montré que les festivals n’étaient pas une priorité.
Annulations peu lisibles
Et les annulations d’événements ont souvent été mal comprises par les professionnels qui se sont, pour la plupart, déjà adaptés en déployant depuis de longues années des protocoles pour atténuer les effets des fortes chaleurs sur les publics, les artistes et les équipes. « Ce qu’on n’a pas aimé, c’est qu’on laisse croire que nos événements étaient à fort danger pour le public alors que ce sont des professionnels qui les gèrent, avec beaucoup d’expérience », détaille Malika Séguineau, directrice générale d’Ekhoscènes. « Les autorités ont assez peu pris en compte la capacité d’adaptation du secteur. » Sentiment confirmé par Alexandra Bobes, directrice de France Festivals, qui demande de la visibilité : « Nous avons été confrontés à des décisions d’annulation parfois incompréhensibles, tout cela malgré d’importants dispositifs d’adaptation, et donc des coûts supplémentaires. »
Des règles claires
« Nous voulons donc un processus clair de décision », complète la directrice de France Festivals. « Ça n’existe pas. Parfois, il y a eu des raisons d’annulation qui ont montré que, de nouveau, la culture, dont les festivals, n’est ni essentielle ni prioritaire. » Sur le terrain, des festivals ont été contraints à la demande de préfets. Toutefois, certaines décisions ont semblé contradictoires, résume Aurélie Hannedouche, qui pointe des inégalités territoriales : « Nous avons pu avoir, sur deux régions proches, et avec la même météo, un festival annulé et l’autre pas ». Difficile à comprendre, poursuit la directrice du Syndicat des musiques actuelles (SMA), « comme lorsqu’un festival est annulé alors que le Tour de France passe devant ». Son syndicat s’est pourtant démené pour équiper ses adhérents en outils techniques et administratifs pour assurer leurs éditions. La directrice d’Ekhoscènes synthétise la demande : « Le sujet n’est plus de savoir si nous devons nous adapter. Mais comment ? Et surtout, dans quel cadre collectif ? » La DGCA devait lancer en septembre une concertation, sans calendrier à ce jour, alors que les équipes préparent déjà l’été 2027. Mais, avertit Malika Séguineau, « Ce cadre n’est pas seulement climatique : il s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité économique. » France Festivals poussera la question plus loin, lors du grand débat de SoFest! (https://www.francefestivals.com/focus-actualites/sofest-forum-france-festivals-2026) : « Veut-on encore des festivals ? »
Où sont les aides ?
Selon plusieurs professionnels, le ministère n’a pas prévu sur 2026 d’accompagner les festivals qui ont été touchés durement par les canicules. Et après ? Fin 2025, la concertation de festival avait pointé « la nécessité d’accompagner sur le long terme des festivals engagés dans des projets de mutation en profondeur. » La DGCA travaille à une boîte à outils d’adaptation des lieux de spectacles vivants. Mais pour les festivals, il devient difficile d’investir dans l’adaptation d’autant plus que les subventions publiques ont été rabotées. Et que l’épisode estival a révélé un autre risque : « L’assurabilité des événements de demain est en question », prévient Malika Séguineau. « En 10 ans, on est passé de 1,26 % à 2,24 % » du budget consacré à l’assurance, a relevé Aurélie Hannedouche. Et l’extension intempérie prend désormais le dessus, quand elle est garantie ! Sur ce point, le Centre national de la musique doit lancer une concertation en présence des assureurs.
Jérôme Vallette
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°610
Légende photo : Aux Escales 2026
Crédit photo : Éric Deguin