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Jaha Koo : « L’autocuiseur, métaphore d’une société fondée sur la pression »

Infoscènes
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Jaha Koo

Installé en Belgique, l’auteur et metteur en scène coréen Jaha Koo présentera trois pièces lors du Festival d’Avignon : Cuckoo, Haribo Kimchi et The History of Korean Western Theatre.

Les trois pièces que vous montrerez ne sont pas seulement du théâtre… 

Je compose de la musique, je crée des vidéos, je cuisine en direct sur scène et il m’arrive de collaborer avec des interprètes non humains, comme des robots et des voix de synthèse. Certaines de mes œuvres s’apparentent  davantage à un concert, d’autres à un documentaire ou à une installation. Ces différents éléments constituent le langage le plus approprié pour explorer les questions que je souhaite aborder. Bien que les trois œuvres soient indépendantes, elles sont liées par des questions récurrentes sur l’héritage du colonialisme, l’identité culturelle, l’histoire et la langue, la migration et le sentiment d’appartenance, ainsi que sur la relation entre les interprètes humains et non humains.  

Pourquoi avez-vous quitté  la Corée du Sud ? Cela a-t-il changé votre regard sur votre propre pays ?  

J’ai quitté la Corée en 2011, car je recherchais un environnement artistique différent. Le milieu des arts de la scène me paraissait assez hiérarchisé, avec des frontières bien définies entre les disciplines. Paradoxalement, c’est seulement après être devenu étranger que j’ai commencé à m’intéresser de plus près à la Corée. Aujourd’hui, je me sens à la fois lié à la Corée et distancié. Cette position intermédiaire est devenue l’un des fondements de ma pratique artistique.  

Dans Cuckoo, pourquoi utiliser trois cuiseurs à riz ?  

Cuckoo est une œuvre qui traite de l’impérialisme économique et des pressions apparues en Corée après la crise financière asiatique de 1997. Le pays est une « société sous pression » : pressions économiques, éducatives et sociales… La Corée continue de faire face à l’un des taux de suicide les plus élevés des pays développés. J’ai perdu plusieurs amis par suicide. Un jour, submergé par le chagrin et un profond sentiment d’impuissance, seul dans mon appartement, mon cuiseur annonça que le riz était prêt et me recommanda poliment de le remuer pour un goût optimal. Étrangement, j’ai trouvé du réconfort dans cette simple voix mécanique. Comme si un objet prenait soin de moi alors que j’en étais incapable. L’autocuiseur est devenu une métaphore d’une société fondée sur la pression, tout en devenant un compagnon et un témoin de la vulnérabilité humaine. 

Par Nicolas Dambre 

En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°607

Crédit photo : D. R.