C’est un compagnonnage inédit de quatre années qui s’achèvera cet été entre le Festival d’Avignon et le metteur en scène Gwenaël Morin. Celui-ci y présentera son spectacle Le deuil sied à Electre, à nouveau dans le jardin de la Maison Jean-Vilar.
Créer un théâtre permanent en Avignon...
À l’origine de ce projet au long cours, « démonter les remparts pour finir le pont », soit créer en Avignon un théâtre permanent, comme Gwenaël Morin a pu le faire à Aubervilliers ou à Lyon. « Je souhaitais m’implanter durant deux mois dans différents quartiers d’Avignon en lien avec les habitants pour y créer quatre grandes tragédies de Shakespeare avec des comédiens professionnels locaux, avant de les montrer intra-muros. L’idée était d’utiliser la matière de ce qui nous sépare (les remparts) pour créer du lien (le pont), ce qui est l’enseignement large de bien des tragédies. Mais ce projet très ancré sur le territoire n’a pas soulevé l’enthousiasme de partenaires financiers. »
... Dans le verger de la Maison Jean-Vilar
Le directeur du festival, Tiago Rodrigues, lui propose alors un projet plus conventionnel sur quatre ans, d’œuvres emblématiques liées aux langues invitées. En 2023, avec l’anglais, Gwenaël Morin monte Le Songe, d’après Shakespeare, puis avec l’espagnol, Quichotte, d’après Cervantes, et avec l’arabe l’an dernier, Les Perses, d’après Eschyle. Ces pièces ont été créées dans le verger de la Maison Jean-Vilar, « presque à l’ombre de la Cour d’honneur, avec une mise en scène simple, sans décor, facile à transposer ensuite dans la boîte noire d’un théâtre. » Pour cette édition du Festival d’Avignon, Gwenaël Morin créera Le deuil sied à Électre, d’après Eugene O’Neill, qui transpose le mythe des Atrides aux États-Unis (du 7 au 23 juillet). « J’aurais souhaité monter les trois Électre d’Eschyle, Sophocle et Euripide, mais là encore, les financements n’ont pas suivi, le Festival d’Avignon n’a pas été un véritable levier », regrette le metteur en scène, qui aurait souhaité une coproduction et une diffusion moins classiques. Mais il se dit heureux d’avoir pu présenter son travail durant quatre années lors de cet incontournable rendez-vous du théâtre.
Par Nicolas Dambre
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°605
Crédit photo : D. R.