Lancé voici 25 ans, Le Mans fait son cirque (20-31 mai) s’apprête à fêter cette date symbolique. Malgré des moyens en nette baisse, le Plongeoir n’a pas souhaité réduire la dimension de l’événement, détaille Richard Fournier, le directeur du pôle national cirque du Mans (Sarthe).
Le Mans fait son cirque fête ses 25 ans. Comment l’abordez-vous ?
Nous célébrons cet anniversaire dans un contexte un peu particulier, avec une structure fragilisée par les coupes budgétaires de la région Pays de la Loire. Nous y avons perdu 100 000 euros. Mais, nous n’avons pas voulu rogner sur le festival. Il est de même ampleur que les années précédentes. Nous avons mobilisé les réserves qui nous restaient, tout en conservant l’appui, sans augmentation, de nos principaux partenaires que sont l’État et la ville du Mans. Parmi les temps forts de cette édition, nous avons programmé La Bamboche des 25 ans, imaginée avec la complicité des compagnies CirkVOST et Sapage nocturne, pour une fête d’anniversaire qui se déroulera donc sous le plus grand chapiteau existant en Europe. Nous accueillerons plusieurs avant-premières, et notamment celle de Casa Otra (Prendre place) pour Cirque en musée. C’est l’une de nos singularités que d’ajouter aux spectacles en intérieur, sous chapiteau et dans l’espace public, ce volet spécifique qui nous amène à commander des créations in situ qui nourrissent là un autre type de lien avec le public. Un livre-événement témoigne de toute cette aventure sur un quart de siècle.
Le festival est ancien, mais le Plongeoir est tout jeune (2021). Est-il fragilisé dans son projet par le retrait de la région ?
Les deux sont implantés dans le quartier prioritaire des Sablons, qui compte parmi les plus pauvres en région Pays de la Loire. Cela a un sens et nous accueillons tout au long de l’année jusqu’à 85 000 personnes [20 à 25 000 pour le festival, NDLR] pour de la pratique en amateur, des spectacles, des projets d’éducation artistique et culturelle… Ce que nous y développons, c’est un projet sociétal, qui construit du lien, pour les jeunes et les moins jeunes. La dimension économique est réelle, pour l’écosystème du cirque comme pour la vie locale, à l’image des jeunes du quartier que nous employons sur différents postes durant le festival. Ce travail auprès du public de proximité ne se voit pas, mais il est fondamental.
Comment l’écosystème du cirque, et le Plongeoir, traversent-ils la crise actuelle ?
Nous sommes tous interdépendants dans un écosystème soumis une grande tension. Les leviers sont bien difficiles à trouver. Nous avons déjà très largement investi le champ de la coopération, développé les séries pour réduire les coûts. Nous accompagnons les reprises de spectacle au répertoire, pour augmenter leur durabilité. Nous œuvrons à l’insertion des jeunes, en accueillant cette année les trois écoles nationales. Tout cela demande du temps, de l’intelligence collective et que le programmateur mette son orgueil de côté. C’est le Plongeoir qui a pallié la défection de la région dans le financement de la classe de lycée option cirque, qui relève pourtant de ses compétences. Avec l’État, nous poursuivons, dans le souci de préparer ces jeunes qui, un jour, s’impliqueront dans cette filière, qu’ils soient artistes, techniciens ou administrateurs. Comme pour le festival, nous intervenons car nous pouvons encore le faire, sur nos réserves. Pour le moment.
Propos recueillis par Cyrille Planson
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°602
Légende photo : Richard Fournier
Crédit photo : Thomas Brousmiche