Spring, « un anti-festival » ? Ainsi le définit Lancelot Rétif, directeur par intérim de La Brèche à Cherbourg (Manche), l’un des deux Pôles cirque normands porteurs de cet événement dédié aux nouvelles formes circassiennes. Car il déroge à « l’unité de lieu et de temps » : déployé du 9 mars au 8 avril, il s’étend sur l’ensemble du territoire régional, et ce, par le biais, entre autres, des petites tournées, dont l’articulation se renforce pour cette 17e édition avec huit spectacles concernés, bénéficiant de 5 à 12 représentations. Elles s’organisent en coopération avec une quarantaine de partenaires dans près de 70 lieux différents, dédiés ou non, et rassemblés peu à peu. D’abord en ex-Basse-Normandie, où le festival est né, dont Le Trident (Cherbourg) fut l’un des premiers. Puis en ex-Haute-Normandie, surtout depuis 2016 grâce à un partenariat inédit avec la métropole Rouen-Normandie. Tout spectacle peut tourner, selon Hélène Debrix, directrice par intérim du Cirque-Théâtre d’Elbeuf, pour favoriser « la diversité », en veillant au respect écologique.
Maillage régional
Un exemple : Nocturne (Parade), de Phia Ménard arpente les scènes labellisées tandis que La Tournée des Aurevoirs (Compagnie Quotidienne) est un solo en itinérance à vélo. Si critère il y a, il est territorial : le choix se fait en accord avec les diffuseurs, très divers pour toucher le plus de publics, jusque chez l’habitant cette année. « C’est un travail de dentelle et une force », ajoute Lancelot Rétif, y compris financièrement pour ce festival aux quasi 2 millions d’euros de budget – soutenu en 2025 par la DRAC (63 000 euros), la région Normandie (80 000), les départements de la Manche (9 300) et de l’Eure (30 000), celui-ci s’étant désengagé pour 2026. Le binôme est en coréalisation avec la métropole Rouen-Normandie, qui dédie un budget de 270 000 euros à Spring et le programme dans une trentaine de communes, en privilégiant la gratuité, et dans les équipements de son territoire. Ce qui est « un fonctionnement unique ». Quant aux autres partenaires, chacun d’eux engage les coûts de cession et d’accueil des spectacles, et la Plateforme 2 Pôles cirque (300 000 euros de budget pour chaque EPCC) participe à hauteur de 50 % du déficit. Pour les nouveaux lieux, des forfaits sont proposés. Les objectifs ? Poursuivre cette présence territoriale, dont les modalités sont en discussion. Et accroître dès 2027 la part de créations, qui est aussi « l’essence de Spring», rappelle Hélène Debrix.
Propos recueillis par Hanna Laborde
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°599
Crédit photo : Christopher Gilbert et Brune Hildesanson-Lemagnen