Le département de la Creuse, propriétaire de la Scène nationale d’Aubusson, ne peut plus assurer seul la charge d’entretien du bâtiment qui doit faire face à 4 millions d’euros de travaux. Sans réponses à ses demandes auprès des autres collectivités, il lance un ultimatum avec une Autorisation d’occupation temporaire (AOT) dont l’échéance est fixée au 5 juillet. Y aura-t-il un théâtre à la rentrée ? Christine Malard, sa directrice, nous détaille la situation.
De quelle nature sont les problèmes de votre bâtiment ?
C’est un bâtiment qui a été en partie mal conçu, en 1981. À tel point qu’il y a eu à l’époque, un contentieux. Nous avons des toits plats qui ont des creux de 10 cm. Il y a deux salles dans lesquelles l’eau s’infiltre depuis 45 ans. Vous imaginez l’état aujourd’hui. S’y ajoute un défaut d’entretien au fil des ans, problème récurrent pour beaucoup de collectivités.
Cela vous empêche de jouer ?
La chance qu’on a, c’est que la partie théâtre – la boîte noire avec les gradins, là où on accueille les artistes et le public – a été bien conçue. Donc, nous pouvons jouer. Par contre, nos salles de résidence ou d’enseignement artistique ont été fermées, parce qu’elles prennent l’eau. Nous avons perdu un lieu de résidence et les élèves de la filière théâtre du lycée voisin ont perdu leur lieu d’enseignement. Cela s’est produit en juin 2025. Il nous reste 2 salles plus petites, mais cela impacte les résidences et la filière théâtre du lycée.
Vous devez donc faire des travaux ? L’État vous aide ?
L’État financerait à hauteur de 50 % la rénovation [estimée à 4 millions d’euros, NDLR], avec 10 % supplémentaires via des fonds spécifiques pour le département, et la région 20 %, dans le cadre du contrat de plan État-région. En théorie, la loi impose au propriétaire des lieux, le département, de financer au moins 20 % des travaux.
Et le département ?
Il ne veut plus être propriétaire. Ses élus alertent depuis plusieurs années les autres partenaires en disant qu’il n’y a aucune raison qu’il soit la seule collectivité à supporter ses frais de fonctionnement. En plus du théâtre, il y a une bibliothèque intercommunale, la filière théâtre du lycée, qui dépend donc de la région. Sans réaction, le département a lancé un ultimatum au 5 juillet : il conditionne le renouvellement de l’AOT pour le théâtre à une gouvernance partagée du bâtiment. Le problème est qu’avec les élections municipales et intercommunales, le devoir de réserve s’est imposé, et les élus ne peuvent plus inscrire une charge financière nouvelle si près de l’élection. Il faut attendre avril pour réunir tout le monde.
L’avez-vous tenté de votre côté ?
Oui, nous sommes dans une optique constructive de dire : mettez-vous tous autour de la table, en disant : « Si vous cherchez tous ensemble avec nous une solution, nous allons la trouver ». Même si le contexte budgétaire est ce qu’il est. J’ai été interrogée sur France Inter et une foncière solidaire nous a contactés le jour même pour nous proposer son aide afin de financer des rénovations. Il y a clairement d’autres possibilités que celles que les collectivités ont en tête, et qui pourraient soulager tout le monde. Encore faut-il se mettre autour de la table pour choisir une option. Ce sont des choix politiques.
Un collectif vous soutient...
Oui. Ce sont des personnes qui nous fréquentent, mais au sens large : des usagers de la médiathèque, des parents d’élèves dont les élèves font du théâtre ici, et des associations qui ont une pratique amateur, notamment en danse. Enfin, évidemment, des spectateurs de la scène nationale. Ils ont organisé un premier événement le dimanche 1er février.
Et d’ici juillet ?
Nous préparons le terrain. Nous essayons de lister, d’imaginer plusieurs scénarios, différentes hypothèses, de manière à les présenter aux élus, pour qu’ils tranchent et annoncent leur engagement financier. Ils n’ont évidemment pas tous la même capacité, entre la région Nouvelle-Aquitaine et la commune d’Aubusson qui n’a que 3 400 habitants.
La scène nationale existe car toutes les collectivités disent ensemble à l’État : « On s’engage à donner les moyens, donc un bâtiment, des finances à ce théâtre pour assumer les missions du label scène nationale. » C’est forcément une volonté collective, et c’est ça qui fait la réussite en général des projets.
Propos recueillis par Philippe Verrièle
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°597
Crédit photo : Phillipe Esterrellas