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«Pour les petits lieux, le décret son serait intenable»

3 questions à Elsa Deftari, ingénieure du son.

Que pensez-vous du décret qui doit limiter la puissance sonore au 1er octobre 2018 ?

Il est nécessaire de limiter la puissance car dans certaines salles, le son est trop fort et donc désagréable. Mais pour certains petits lieux, les limiteurs et compresseurs de son peuvent déjà gâcher un concert, car le son du plateau se mêle à celui de la salle, qui est mesuré. Pour ces petits lieux, ce décret serait intenable. Il faudra veiller à sa mise en place par les arrêtés.

Ce sera aux ingénieurs du son de faire respecter les seuils ?

Nous serons un peu des huissiers de justice par rapport aux groupes, leur ingé-son ou leur producteur. Mais nous sommes aussi au service des groupes. Certains refuseront de jouer sous ces seuils car ils recherchent une certaine pression acoustique. Quitte à ce que la production du spectacle consacre, comme en Suisse, un budget au paiement des amendes. Les artistes des États-Unis – où il n’y a pas de législation sur les niveaux sonores – ne comprennent pas ces limitations. Début novembre, l’établissement de la Grande Halle de la Villette nous a demandé lors du festival Pitchfork de limiter à 100 dB(A) et 113 dB(C) les niveaux, à cause des riverains [le décret prévoit 102 dB(A) et 118 dB(C) sur 15 minutes, NDLR]. Ces seuils ont été tenus, tout le monde a joué le jeu.

Ce décret représente t-il une violation du droit moral des auteurs ?

Je ne sais pas. Les musiciens sont dans la création, ils ne regardent pas les volumes sonores. Ils font confiance aux techniciens qu’ils ont choisis. Ils ont déjà des difficultés à vendre leurs spectacles et ils se concentrent sur leur création. De plus, ils sont habitués à répéter à des niveaux élevés dans des endroits exigus. Sur scène, ils sont à la recherche de sensations. Ils ne se protègent souvent les oreilles que lorsqu’ils ont déjà mal.

PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS DAMBRE

(En partenariat avec La Lettre du Spectacle du 17 novembre 2017)

Légende photo : Elsa Deftari. Crédit photo : D. R.