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Aux BIS 2014, retour de balancier en direction des territoires

Les alertes sur les périls qui menacent le secteur du spectacle vivant ont été nombreuses aux Biennales internationales du spectacle (BIS) : la CGT investit la scène à l’issue du discours de la ministre pour protester contre la baisse du budget ministériel, les délégations de compétences par les DRAC et les menaces sur l’assurance chômage des artistes et techniciens ; Madeleine Louarn, présidente du Syndeac, rappelle la situation «exsangue» de la production ; Jean-Paul Bazin, gérant de la Spedidam, dénonce la dégradation des ressources des artistes ; Marc Slyper secrétaire général du Snam- CGT, pointe les engagements non tenus du chef de l’état ; Emmanuel Wallon et Robin Renucci confient leur crainte d’une France culturelle à deux vitesses, des représentants d’organisations professionnelles s’alarment des messages contradictoires envoyés par le gouvernement sur la décentralisation...

La parole de l’état ne parvient pas à percer cette chape d’inquiétude. à la tribune, face à un grand auditorium tendu, Aurélie Filippetti cherche le ton juste, rappelle son action de renouvellement à travers les nominations de 2013, insiste sur la future loi sur la création artistique, présentée comme un «pacte et une refondation». Elle souligne qu’elle a pu reconstituer les crédits gelés en 2013 : «Je poursuivrai la défense de ces moyens», assure-t-elle, sans citer le dégel pour 2014. Sur la décentralisation, elle jure que les délégations de compétences ne menacent pas l’existence des DRAC. Mais une autre phrase reste à l’esprit : «L’érosion de marge artistique des établissements et de toutes les structures du spectacle vivant est préoccupante... Nous devons trouver des solutions avec les collectivités.» Le même message que son prédécesseur, trois ans plus tôt, mais, cette fois, en comptant sur la confiance des collectivités. Cette confiance paraissait ébranlée chez les professionnels, aux BIS 2014. Madeleine Louarn résume : «Mon souci, c’est l’accord entre les paroles et les actes».

Dans les débats organisés par des associations d’élus, la nouvelle phase de décentralisation est accueillie avec une prudente bienveillance. Une forte incertitude demeure pourtant, alimentée par l’arrivée prochaine au Parlement du deuxième volet de la loi de décentralisation et par les volte-face de l’Association des Régions de France (ARF) sur la clarification des compétences. Il faut s’appuyer sur des conseils territoriaux, expose Alain Gralepois, vice-président de la Région Pays de la Loire, pour définir un cadre qui permette des expérimentations locales : «Il n’est plus temps d’opposer DRAC et collectivités, lance-t-il. La période qui s’ouvre doit nous emmener à travailler ensemble, sur des objectifs communs.» L’un de ces objectifs souvent posés par les élus locaux est la relation avec la population.

Dès le premier grand débat des BIS 2014, plusieurs témoignages ont montré comment des artistes utilisent le lien avec le territoire comme geste créatif. Ainsi l’autrice Karin Serres à propos d’une création issue d’un projet à la rencontre de la population : «Le public a un visage, et lui même a conscience que le spectacle lui appartient». Marion Guerrero, comédienne, metteuse en scène, codirectrice de la compagnie Tire pas la nappe, explique comme le travail en résidence longue l’a aidée à se dégager de la course à la création. à l’occasion d’un autre forum, Joël Brouch, directeur de l’agence Oara, en Aquitaine, défend l’accompagnement de projets artistiques en «contextualisation» : «Il s’agit d’aider les artistes à s’arrimer à des territoires, de défendre des projets à hauteur d’homme au lieu de projets à hauteur d’actionnaires». Une direction qui dépoussière le principe d’éducation populaire et permet de puiser à des crédits extraculturels, mais qui remet aussi à jour des questions d’évaluation et d’indépendance artistique. Cette relation de pro-ximité avec sa population, Chantal Lamarre, directrice de Culture Commune-Scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, en a fait sa ligne de conduite depuis 25 ans. Elle a appelé le monde culturel à faire ce «pas de côté», terminant sur un avertissement : «Les renoncements politiques sont source de violence».

(En partenariat avec La Lettre du Spectacle)

///Photo : Julien Pebrel